ANOMALIES ET DIFFORMITÉS DE LA MATRICE
Absence complète ou partielle, exiguïté, oblitération de la matrice.
L'absence complète est l’anomalie sans contredit la plus rare de toutes ; suivant quelques auteurs, elle est même sans exemple. On oppose, en effet, avec quelque apparence de raison, aux faits rapportés par Colombus, par Theden, et surtout à ceux beaucoup plus douteux de Richerand, de Lamettrie, de Baudelocque, etc., cette remarque très juste, que les recherches anatomiques modernes, faites avec plus de rigueur qu’on n’en mettait autrefois, n’ont pas encore permis de constater l'absence complète de l'utérus, dont il existe toujours quelques rudiments. Cette opinion est conforme à celle de Scanzoni (1).
La petitesse de la matrice est en effet une anomalie assez fréquente et qui à pu en imposer pour une absence complète. Au reste, quand cette exiguité est poussée très loin, les résultats sont les mêmes que si la matrice manquait tout à fait, et ces résultats, pour les résumer en un seul mot, sont l’absence de tous les phénomènes qui ont rapport à la fécondation. La petitesse considérable de l'utérus se lie ordinairement à une imperforation du fond du vagin, ou même à un raccourcissement plus ou moins considérable de ce dernier organe, qui n’a quelquefois qu’un pouce ou moins encore de profondeur. Cette petitesse de l’utérus se constate d’ailleurs, ainsi que les autres anomalies dont je vais parler, à l’aide des moyens d’exploration que j'étudierai à la fin de cette section.
L'oblitération pure et simple de l'utérus a été notée par tous les anatomistes et par tous les accoucheurs. Pendant un! an, à l'hôpital du Midi, à l’époque où l’on y recevait des femmes, pendant trois ans à l’hôpital de Lourcine, pendant tout le temps de mes études anatomiques, j'ai bien vu, j'ai bien exploré des cols de matrice : je n’en ai jamais observé un seul qui n'eût pas d'ouverture extérieure. Je crois que ceux qui admettent si facilement ces oblitérations se sont trompés dans leur examen; l’erreur est venue
(1) Trailé pratique des maladies des organes sexuels de la femme, p. 45.
ABSENCE DE LA MATRICE: 3539 d'une déviation de l'utérus qui a porté le museau de tanche en avant, plus souvent en arrière ; au lieu de le toucher, on touche une paroi du col, et l'on déclare que le col est imperforé. Que de fois en explorant une femme, dans les premiers moments du travail de l’enfantement, n’a-t-on pas été tenté d’adinettre cette oblitération ! Mais si, au lieu de chercher l'ouverture du col au centre du bassin, on va la chercher en arrière, vers le sacrum, on la trouvera presque toujours. Je ne nie pas, pour cela, ce vice de conformation, car il existe des faits qui prouvent que les premières règles ont été retenues dans la matrice, parce qu’elles ont trouvé un obstacle insurmontable dans le col; ce que je veux établir, c’est que ces oblitérations sont extrêmement rares: celles du vagin sont beaucoup plus fréquentes. D'ailleurs, les opérations que nécessite ce vice de conformation sont soumises aux mêmes règles, et offrent les mêmes dangers que celles qu'on pratique pour évacuer les règles retenues par une oblitération du vagin.
Les oblitérations accidentelles du col de l'utérus sont plus fréquentes que celles dont je viens de parler; elles sont dues à des phlegmasies de cette partie, phlegmasies qui ont pris la forme adhésive. Je connais deux faits qui prouvent que les inflammations de cause externe ont surtout la forme adhésive. Un de ces faits a été observé par M. Caffe, qui en publia les détails dans le Journal hebdomadaire. Dans ces deux cas, des violences avaient été exercées sur le col utérin pour provoquer l'avortement. M. Calle, pour rendre possible l'accouchement, débrida le col sur plusieurs points. On devrait imiter ce praticien et se conformer ici aux principes que j'ai établis sur le débridement multiple. Cette opération n'est pas seulement nécessaire quand il y a oblitération du col, mais dans les cas les plus fréquents de rétrécissement de cette partie et de rigidité trop grande (1). En incisant sur plusieurs rayons, et en incisant peu, on ne dépasse pas le tissu de lutérus, on ne s'expose pas à ouvrir le péritoine, la vessie ou le rectum : on évite donc les accidents les plus graves.
M. Cruveilhier admet quatre variétés d’oblitération de l'utérus : 1° imperforation congénitale de l’orifice vaginal de l'utérus ; 2° oblitération congénitale du col dans toute sa longueur ; 3° oblitération congénitale du corps de l'utérus, la cavité du col restant intacte; 4° cloisonnement de l'utérus par une. membrane verticale qui le divise en deux moitiés latérales parfaitement semblables : ce cloisonnement est partiel ou complet. On comprend que les principales fonctions de la matrice sont empêchées par ces oblitérations ; elles peuvent l'être ou bien elles peuvent devenir difficiles, douloureuses par
(4) Je vois avec satisfaction que cette indication à été parfaitement saisie par les accoucheurs les plus habiles de nos jours. MM. A. Dubois, Danyau, ont débridé multiplement le col utérin pour faciliter certains accouchements, M. Laborie à exposé sur ce point la pratique de ces accoucheurs dans un travail inséré dans la Gazette médicale, 1846.
des états voisins, par des rétrécissements, par des déviations du conduit qui va du museau de tanche au fond de la matrice. Ces rétrécissements, ces déviations ne sont pas toujours congénitaux ; ils peuvent survenir à la suite de certaines phlegmasies ou ulcératiôns ; ils peuvent produire la stérilité, rendre la menstruation très difficile, très douloureuse. La chirurgie devrait s'occuper davantage du traitement de ces rétrécissements.
L'absence d’une partie de l'utérus est une anomalie extrêmement rare : c'est celle que l’on pourrait appeler, pour peu qu’on eût l’amour du néologisme, l’hémimétrie. Dans cette anomalie, il n'existe qu’un seul côté de la matrice et une seule trompe. Chaussier (1) rapporte l’observation d’une femme morte à la suite d’un dixième accouchement, et chez laquelle on ne trouva à l’autopsie que la moitié droite de l’utérus avec un seul ovaire et une seule trompe du même côté.
ARTICLE IL Multiplicité de la matrice.
L’anoinalie opposée à la précédente, la multiplicité ou plutôt la division de l'organe, est infiniment plus fréquente et présente différentes variétés.
Dans l’une de ces variétés, l’utérus n’est divisé qu’à l'extérieur : uné rainure plus où moins profonde s’observe à sa partie supérieure, ou sur l’une de ses faces, tandis qu’à l’intérieur la cavité reste à peu près dans l’état normal. Dans d’autres cas, l'extérieur de l'organe n'offre aucune modification ; mais la cavité est divisée plus où moins complétement par une cloison médiane, qui peut même se prolonger plus ou moins avant dans le vagin. Enfin dans les cas les plus fréquents, la division existe à la fois à l’intérieur et à l'extérieur, et affecte soit le corps seul, comme dans ce qu’on a appelé l’atérus bicorne, soit le corps et le col à la fois, ce qui constitue l'utérus biforé. Cette dernière variété, accompagnée d’une division plus ou moins complète du vagin, à été considérée par cértains auteurs comme un exemple d’utérus double ; mais cette opinion ne pourraît être regardée comme exacte qu’autant qu'il existerait pour chaque moitié d'utérus deux trompes et deux ovaires, ce qui n’a lieu dans aucune des observations connues.
L'anomalie par division n’a aucun inconvénient ; quand elle est très prononcée, elle semblerait devoir prédisposer aux grossesses gémellaires, et encore cette opinion a-t-elle besoin de confirmation.
Quelques auteurs ont considéré certaines obliquités comme un vice de conformation de l'utérus ; mais, outre que ces obliquités doivent être plutôt considérées comme accidentelles que comme congénitales, elles ne pourraient, dans tous les cas, dépendre que d’un vice d'organisation des annexes de l'utérus ; elles se rapprochent d’ailleurs à un tel point des déplacements
(1) Buketin de la Faculté de médecine, 1818.
PLAIES ET RUPTURES DE LA MATRICE. 355 acquis, que tout ce que je dirai de ces dernières leur sera rigoureusement applicable. | |
Je ne crois pas devoir mentionner ici toutes les modifications de forme que peut offrir le col, selon qu’il est plus ou moins long, plus ou moins obliquement taillé, etc., bien qu’on se soit donné la peine de chercher des noms particuliers à quelques-unes de ces modifications, attendu qu'elles n’ont aucune importance chirurgicale.