‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 3)Chapitre 107 sur 302 · TUMEURS CHARBONNEUSES · texte numérisé non relu

TUMEURS CHARBONNEUSES

^ En parlant des plaies avec inoculation, j'ai décrit une maladie que l'homme devait à ses rapports avec les animaux : c'est la morve. Nous pouvons encore puiser dans les rapports une autre maladie d'une extrême gravité, les tumeurs charbonneuses que je vais décrire. On peut d'ailleurs voir survenir, sans contagion préalable, une de ces tumeurs, lecharbon symptoma tique, par exemple, celui qui est précédé par une altération profonde du sang.

Les tumeurs charbonneuses sont : r le charbon proprement dit ; 2" la pustule maligne. '

L'histoire des affections charbonneuses, soit chez les animaux, soit chez l'homme, prouve que c'est le charbon qui recèle le principe contagieux, et que c'est presque toujours chez les animaux que se développe ce poison : aussi, chez eux, on observe toujours le charbon, lequel est très rare chez l'homme, tandis que la pustule maligne n'appartient qu'à lui.

Je commencerai donc l'histoire des tumeurs charbonneuses par un aperçu du charbon chez les animaux, car là est le point de départ des tumeurs gangréneuses graves dont l'homme est aiïecté. Cet aperçu devra être considéré comme l'étiologie des tumeurs charbonneuses, que j'aurai à décrire après. Mais comme l'homme peut être aussi atteint du charbon, indépendamment de toute espèce de contagion et à la suite d'une maladie générale analogue à celle des animaux, je décrirai après le charbon chez l'homme. Ainsi, à l'opposé des auteurs contrairement même à ce que j'ai écrit dans ma première édition, iè traiterai du charbon avant de décrire la pustule maligne , ce qui est beaucoup plus logique, car la pustule maligne vient du charbon ; la placer avant lui, c'est placer l'effet avant la cause.

Charbon.

§ 1 . — Charbon ohoz In nnimoux.

Le charbon peut se montrer chez les principales espèces des mammifères et quelrpics oiseaux ; les ruminants, tels que les bœufs, les chevaux, les moutons, en sont le plus souvent atteints: vienneni' pu-

UQk CHAUBON.

suite le cheval, l'Ane, le mulel, leporc; puis les carnivores, leschiens, les loups; enfin, par exception, les oiseaux de basse-cour.

Les circonstances dans lesquelles on a vu naître le charbon chez les Animaux se rapportent à un défaut d'hygiène: ainsi, c'est l'habitation dans des heux bas et marécageux pour les mammifères ; pour les oiseaux de basse-cour, on note la saleté, les émanations fétides des lieux qui les abritent pendant la nuit. Les aliments ont une grande influence sur les mammifères : ainsi ils sont plus souvent affectés du charbon à la suite des grandes chaleurs de l'été, quand, par l'inondation des prairies, les fourrages ont été mouillés, et, comme on le dit, vasés et couverts d'insectes en putréfaction. Le charbon alors peut être épidémique. On a aussi accusé l'alimentation exclusive par les foins nouveaux ou le trèfle. Quant aux boissons, ce sont les eaux bourbeuses stagnantes qui ont été rangées parmi les causes du charbon.

Toutes ces circonstances doivent altérer profondément le sang et la nutrition. Les fatigues excessives dont on accable certains animaux, qui sont alors, comme on le dit, surmenés, sont de nature à altérer le sang au point de produire, comme les causes hygiéniques déjcà indiquées, l'aflection charbonneuse qui n'est pas absolument liée à la circonstance d'une tumeur extérieure. Le sang, en effet, peut contenir le principe charbonneux dont les conséquences sont excessivement graves : il y aura alors les symptômes généraux du charbon, les mêmes altérations cadavériques qui se lient à l'existence de ce charbon, lequel apparaît sous forme d'engorgements dans le foie, la rate, les poumons, mais nulle tumeur n'apparaît à l'extérieur. C'est alors ce que Chabert a appelé la fièvre charbonneuse.

Je ne détaillerai pas les symptômes locaux et généraux du charbon chez les animaux , ils ressemblent d'ailleurs à ceux du charbon de l'homme, qui va être décrit. Je me contenterai de dire ici que les phénomènes locaux sont divisés en deux périodes : une inflammatoire, caractérisée par une vive douleur; une gangréneuse, caractérisée par la cessation de la douleur, par des phlyclènes et la coloration d'un »oir de charbon. Je sais bien que toutes ces tumeurs charbonneuses des animaux ne sont pas noires, puisque l'on a admis chez eux un charbon blanc; mais c'est là une exception qu'il suffit de signaler.

Il est certain que le charbon qui se lie à une altération profonde du sang doit avoir son principe répandu dans tout l'animal. Il faut donc que l'homme s'en éloigne dès que cet animal est charbonneux. L'expérience a prouvé que le virus était dans l'humeur sanieuse provenant des tumeurs charbonneuses des animaux , dans le sang, dans le mucus sécrété par la muqueuse de la gorge, par celle du rectum, et qu'il "dhcrnità la peau, aux poils. Bien plus, le poison peut être pris par

CHAUliUN. /|05

des insectes qui le font voyager pour aller le déposer sur d'autres animaux, surtout sur l'homme.

On a discuté pour savoir si la chair des animaux charbonneux pouvait être nuisible. Il suffit qu'une opinion affirmative se soit produite sous un nom en crédit pour qu'on adopte les mesures qu'elle doit suggérer. Je reviendrai sur ce point.

Les humeurs sus-indiquées introduites directement dans le sang, ou seulement déposées sur une muqueuse ou sur la peau, peuvent produire une tumeur charbonneuse malgré l'épiderme. On conçoit que parmi ces modes de contagion , l'introduction directe du virus dans le sang doive être la plus efficace, comme l'a prouvé M. Leuret, et que l'inoculation sera plus souvent suivie d'effet que le simple dépôt sur l'épiderme; de plus, sur une peaufine, il y a des chances plus nombreuses pour la contagion que sur une peau calleuse. Ce qui doit être noté ici , c'est que le virus n'est pas détruit par la mort de l'animal dans lequel il a pris naissance: aussi les bouchers qui, en dépeçant, en transportant les animaux, se souillent de leur sang, sont-ils exposés à la contagion. Bien plus , le virus n'abandonne pas les dépouilles des animaux soumises aux procédés que l'industrie emploie pour les utiliser : ainsi les laines lavées , cardées, peuvent encore receler le principe contagieux ; les peaux ne le perdent pas même après le tannage: seulement je pense, comme je le dirai plus tard, qu'alors le virus a des effets moins compromettants pour la vie.

§ 2. — Charbon chez l'homme.

Causes. — Ce que j'ai dit précédemment des circonstances qui favorisent le développement du charbon des animaux peut s'appliquer en partie à l'homme : elles se rapportent à des circonstances hygiéniques malheureuses. Ainsi, les individus qui deviennent charbonneux sont surtout ceux dont le régime est très mauvais, qui se nourrissent mal, ou qui ne se nourrissent pas suffisamment. La privation du vin, l'usage des eaux malsaines, le travail excessif cà l'ardeur du soleil, à un j\ge où l'homme des champs est pour ainsi dire surmené, toutes ces circonstances sont favorables au développement du même charbon

■que nous avons vu tantôt se développer chez les animaux, c'est-àdire du charbon précédé d'une altération du sang, de la plus grave de toutes les tumeurs gangréneuses, de ce charbon enfin qui est appelé symptomatique , pour indiquer qu'il n'est qu'une expression extérieure

■d'un mal. plus profond.

L'homme, comme l'animal, peut être affecté d'un autre charbon, d'un charbon qu'on appelle idiopathique , et qu'il vaudrait mieux appeler charbon par inoculation , car c'est par l'action du virus sur un point des téguments qu'il se développe. Ce charbon est plus fréquent

406 CUAKbON.

cnez l'homme ; il puise sa cause dans le charbon symptomatique ; c'est, comme je l'ai déjà dit , le même virus : ce sont par conséquent les individus le plus souvent en rapport avec les animaux, individus déjà indiqués en commençant , qui sont le plus fréquemmejit affectt^s du charbon par inoculation : ainsi les bouchers , les bergers , les équarrisseurs.

SyniptÔMies , niarclie. — Les prodromes sont principalement caractérisés par un abattement des forces , qui se manifeste quand les malades veulent se livrer à quelque mouvement. On a noté aussi que certains sujets éprouvaient un sentiment d'effroi indéfinissable dont il leur était impossible d'assigner la cause.

Une ou plusieurs pustules s'élèvent sur le point qui doit être envahi ; elles noircissent, sont promptement ouvertes et versent une sérosité roussâtre qui détermine sur les parties touchées une chaleur et ime démangeaison insupportable. La tumeur ne s'élève pas beaucoup audessus du niveau de la peau; le centre est noir comme du charbon. (De là probablement le nom de cette maladie. ) C'est une escarre qui est dure , sèche ou diffluente comme celle de la potasse caustique. En allant du centre à la circonférence , la coloration devient moins obscure , et bientôt arrive une nuance d'un rouge vif éclatant ; la peau est luisante ; il y a beaucoup de dureté et une douleur très forte qui se produit par des élancements partis du centre, lesquels sont assez violents pour donner lieu à des défaillances. La douleur se manifeste aussi avec un autre caractère ; c'est alors un sentiment de forte tension comme dans les parties étranglées ; une chaleur brûlante est inséparable de ces phénomènes.

Par les progrès de la maladie , il y a nécessairement extension de la gangrène aux parties qui entourent le charbon ; elles deviennent molles , livides , noires ; de nouvelles pustules se forment sur divers points; elles contiennent une sanie d'une odeur fétide, et dont l'inoculation reproduit le charbon. Fournier a vu deux exemples de cette contagion (1).

Un pouls fréquent, petit et concentré, quelquefois assez développé ( différence qu'il laut bien nqter, car elle a de l'importance en thérapeutique), peau ordinairement aride, yeux hxes, regard inquiet: voilà des symptômes qui s'exaspèrent et se résolvent ensuite en une adynamie complète. x\uprès d'un malade qui éprouvera une soif inextinguible s'en trouvera un autre qui ne demandera pas à boire. Ce n'est pas chez tous aussi qu'on observe ces lipothymies qui cessent et

(1) Fournier, Observations et expériences sur le charbon malin, avec un moyen assuré de le guérir. Dijon, 1709. — Celle seule prétention de guérir à coup sûr doit nous engager à lire cette production avec méiiancc ; car je doute "lu'on puisse trouver un moyeu assuré de guérir un charbon, quel <iu'il .soit.

Page 1