CHARBON
lovieniient ensuite; tous aussi ne présentent pas ries palpitations. Mais il est bien rare qu'ils ne se plaignent pas d'angoisses et de tiraillements dans la région précordiale.
Selon la région occupée par le charbon , d'autres phénomènes apparaissent encore. Le coma , le délire, les convulsions , la rougeur et une intumescence très forte du visage , la suffocation , le hoquet, voilà une scène à laquelle vous assisterez, si le charbon est à la face, au cou^ ou à la partie supérieure de la poitrine.
Ce sont là les caractères du vrai charbon malin , de celui dont l'issue est si proraptement funeste. Verny, chirurgien cité par Marjolin Olivier (1), a parfaitement raison déconsidérer cette maladie comme à peu près incurable. Il ne se rappelle avoir guéri que tims malades sur un très grand nombre qu'il a traités.
Comme fait de marche rapide , je me rappellerai toujours celui que j'ai observé à Marseille. J'étais interne de garde à l'Hôtel-Dieu ; un homme âgé de près de cinquante ans demande à être admis , et me montre au cou une petite tumeur brune, dure, qui, selon le malade, était très chaude et très douloureuse. Il était une heure après midi quand je reçus ce malade. La deuxième visite du chirurgien en chef devant avoir lieu à trois heures , je n'allai pas dans la salle oii avait été couché le malade pour procéder au pansement; je crus pouvoir attendre l'arrivée de M. Moulaud. Mais quelle fut ma surprise quand , à la visite de ce chirurgien , je vis le cou de cet individu si énormément tuméfié, qu'il se confondait avec la face et la poitrine! De grandes phlyctènes s'étaient élevées, au-dessous étaient des taches noires , autour un endurcissement marqué, aux environs une mollesse remar^ quable des tissus (c'était en dehors de la zone d'un rouge vif et luisant); la peau avait une couleur cadavérique qui d'ailleurs était répandue partout. Le hoquet , la suffocation , le coma , l'extrême petitesse du pouls, annonçaient la mort, qui eut lieu à six heures. Ce malheureux avait été admis à l'Hôtel-Dieu à une heure de la même journée !
C'était le premier charbon que j'observais. Je connaissais bien quelques descriptions de cette maladie, mais il me fallut un pareil fait pour me convaincre de sa marche si rapidement funeste. Le peu d'attention que je donnai d'abord à cette tumeur et plus tard les accidents cérébraux ont fait que je n'ai pu apprendre du malade à quelle époque il avait éprouvé la première douleur au cou. C'était d'ailleurs un malheureux qui paraissait singulièrement épuisé par la misère. La cautérisation profonde avec l'acide nitrique et tous les toniques possibles n'ont en rien entravé la marche de cette tumeur.
(1) Diclionnairc en 21 volumes, iiouvc'lc cdiùoii.
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Le cercle enflammé et luisant qui entoure le charbon n'a pas toujours la même couleur ; quelquefois il part du centre des rayons livides, violets, noirâtres, qui se prolongent de plus en plus, et la tumeur s'affaisse: c'est alors un cas des plus funestes.
Comme on doit l'avoir remarqué, c'est surtout le charbon le plus grave que je viens de décrire , c'est celui qui est symptomatique. Il est un charbon qui prend une forme plus érysipélateuse, c'est celui qui a été confondu avec la pustule maligne : c'est le charbon idiopathique. Il est moins grave que le premier, mais il est beaucoup plus à redouter que la pustule maligne. Quand le charbon à forme érysipélateuse ne se complique pas avec une maladie aiguè de la peau , et surtout avec la peste, son pronostic est d'une bien moins grande gravité. C'est sous cette forme qu'il s'est manifesté le plus souvent lors de la peste de Marseille. Mais ici la circonstance malheureuse de la maladie générale le rendait aussi redoutable que celui que je viens de citer.
Samuel Cooper dit : « Si l'on observe avec attention l'état de la peau dans cette affection, on verra souvent une éruption miliaire vers les clavicules, la poitrine ou quelque autre partie; et quelquefois vers la fin de la maladie, il se manifeste de larges pustules semblables à celle de la petite vérole et qui suppurent. Il arrive quelquefois que quelques unes de ces pustules dégénèrent en charbon (1). Je ne sais si de pareilles éruptions ont été observées sur le continent. Peut-être Samuel Cooper parle-t-il ici d'une maladie éruptive compliquée de charborj, ou bien d'un charbon qui aurait été compliqué de phlébite, avec abcès métastatiques dans le tissu de la peau, ce que j'ai observé une fois. Ces abcès étaient petits et si nombreux, qu'avec moins d'attention on aurait pu les confondre avec une éruption aiguë de la peau. L'éruption miliaire dont parle Samuel Cooper n'a pas, que je sache, été notée par les auteurs. Etaient-ce des sudamina?
liésioiis aiiatoiiii<|iies. — Les lésions anatomiques qu'on observe après la mort causée par le charbon sont analogues à celles de la pustule maligne. Il en sera bientôt question. Comme on le pense bien, les dégâts de la région affectée sont beaucoup plus considérables et plus profonds; c'est ici surtout qu'on observe la destruction des principaux troncs veineux et artériels : aussi l'hémorrhagie est-elle plus fréquente pendant le charbon que pendant la pustule maligne. La phlébite doit aussi être plus fréquente. Le tissu cellulaire environnant est gélatineux. C'est surtout après le charbon que le sang est noir, décomposé, et qu'on trouve dans les viscères ces taches livides, noires, qui indiquent que le mal n'était pas seulement borné à la tumeur extérieure.
(1) Dictionnaire de chirurgie, Iraduction française, p. 3(58 cl suiv,