‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 3)Chapitre 127 sur 302 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Cancer vient d'un mot grec qui veut dire crabe, et d'un mot latin qui a la même signification. On dit que cette dénomination a été puisée dans la ressemblance du cancer avec cet animal. Les anciens appelaient surtout cancer la dégénérescence la plus fréquente de la mamelle, et l'on sait que la tumeur est alors entourée par des veines qui partent de la tumeur et (jui rayonnent comme le l'ont les pattes d'un crabe. On attribue aussi celte dénomination à l'idée (ju'on se faisait d'une bête qui dévorait la partie affectée. A une époque où le doute scientifique n'était pas très répandu, chaque doctrine définissait le cancer à son point de vue, et ([uel([uefois sans trop se préoccuper de la rigueur de la délinilion. Le |)rogrès de la science a montré les vices

de toutes les définitions; mais il n'a pu en trouver une complètement salislaisante; de là vient qu'aujourd'hui on décrit le cancer, mais on ne le définit pas.

Bien que le cancer ait une symptomatologie particulière, bien qu'il imprime à l'organisme un cachet particulier, évident, surtout à une époque avancée de la maladie, c'est néanmoins par ses produits locaux qu'on le caractérise, car ils forment le caractère le plus positif de la maladie. Ces produits sont constitués par deux tissus anormaux, le squirrhe et l'encéphaloïde ; je lui en joindrai un troisième , le tissu colloïde (1). Voici d'abord la description de chacun de ces tissus; je chercherai ensuite à indiquer les liens qui les unissent et les diflférences qui les séparent.

Sqiiirrlie. — Ce tissu est le seul que la plupart des auteurs anglais, et Scarpa avec eux, regardent comme constituant le véritable cancer. Il est composé, à son état le plus parfait, par une trame cellulo-fibreuse, dans laquelle est comme déposée une substance solide, demi-transparente, blanchâtre, ou d'un blanc à reflet très légèrement bleuâtre (2) : « Cette substance pénètre et remplit exactement tous les intervalles fibreux, comme le mortier complète les intervalles qui séparent les pierres d'une muraille (3). » Cette disposition donne au tissu squiri"heux un aspect qui se rapproche assez de celle du lard. La plupart des auteurs, frappés de cette analogie, ont appelé souvent le squirrhe tissu lardacé. La quantité et la disposition relative de la trame et de la matière interposée imprime au squirrhe des modifications dont quelques unes ont reçu des noms spéciaux : tantôt les aréoles sont très nettement formées et assez régulières, c'est \q cancer aréolaire

(1) Bayle dit avoir observé les neuf espèces suivantes, qu'il appelle et classe ainsi :

1° Tissu chondroïde ou cartilagineux (squirrhe moderne).

2° Tissu hyaloïde ou vitriforme (colloïde moderne).

3" Tissu larinoide ou lardiforme (squirrhe).

4° Tissu bunoïde ou napiforme (squirrhe', .

5" Tissu encéphaloïde ou cérébriforme.

6° Tissu colloïde ou gélaliniforme.

7" Tissu cancéreux compose {cancer compositus).

8° Tissu cnlrcmèlé {cancer interpositus).

9° Tissu cancéreux superficiel.

Je noie ces espèces de Bayle non pour en faire des descriptions parliculièrcs, mais pour que relève retienne les types des différences qu'on pourra trouver dans les trois espèces principales de cancer que je vais décrire.

(2) CeUe teinte bleuâtre est beaucoup moins fréquente et moins prononcée qu'on ne pourrait le croire en lisant les descriptions des auteurs, qui pour la plupart y insistcnH beaucoup.

(3) Encyclopédie anatomique, t. IX, p. 240.

(dénomination qui s'applique plus spécialement au tissu colloïde); tantôt la trame cellulo-libreuse est disposée sous forme de fibres qui rayonnent du centre à la circonférence , c'est alors le squirrhe napiforme (Bayle), ressemblant au parenchyme du navet. Mais la forme la plus commune est celle qui se compose des nuances précédentes sans exagération de l'une d'elles. On voit donc alors, ici l'aspect lardacé plus prononcé, là l'aspect finement rayonné ou fascicule parallèlement, plus loin des portions où l'élément fibreux semble seul exister et former des masses ou des filons de forme et de volume divers. Du reste, ces fibres se prolongent presque toujours dans les tissus normaux environnants, bien en dehors de la portion lardacée : cette circonstance a été fortement mise en relief par Ch. Bell, qui pense que toutes les fois que dans une opération on laisse dans les tissus une petite quantité de ces fibres, la récidive est fort à redouter. Je dirai plus tard ce qu'il faut penser de cette opinion. Dans les cas plus rares, les tumeurs squirrheuses sont assez bien isolées au sein des tissus, sans être cependant dépourvues d'adhérences même assez fortes , et forment les squin-hes enkystés.

Lorsqu'on presse entre les doigts une tranche de tissu squirrheux , on fait assez souvent suinter de la surface des coupes un liquide lactescent auquel M. Cruveilhier a donné le nom de suc cancéreux. Cependant la présence de ce liquide n'est pas constante, et de plus on trouve dans les tumeurs non squirrheuses un liquide fort analogue; en sorte qu'il ne faudrait pas le considérer comme le caractère pathognomonique du cancer. La structure extrêmement serrée du tissu squirrheux lui donne une pesanteur spécifique supérieure à la plupart des autres produits morbides; cette circonstance peut être mise à profit pour le diagnostic, surtout quand il s'agit de tumeurs de la mamelle, du testicule.

Scarpan'a jamais pu, dit-il, injecter les tumeurs squirrheuses; il pense qu'elles ne contiennent pas de vaisseaux; cependant mal^^rc lîT^^^t ^^^JT'^'' Lobstein, qui partagent l'opinion de Scarpa, MM. Muller,Lebert et Cruveilhier disent avoir constaté dans le squirrhe des vaisseaux extrêmement lins; j'ai pu en voir à l'œil nu dans une dégénérescence squirrheuse de l'estomac. L'état des lymphatiques dans les tumeurs squirrheuses est complètement inconnu. On n'y a point constaté de nerfs.

Les masses squirrheuses sont ordinairement de formes très irré^ulières, bosselées, très dures, mais d'une dureté qui varie le plus souvent dans les différents points de la tumeur, et qui est plus considérable dans les portions purement fibreuses que dans les portions lardflcées. Ces masses sont le plus souvent d'un volume médiocre; il est assez rare d'en rencontrer qui dépassent ou môme qui atteignent la

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grosseur du poing. Tantôt, en se développant, elles semblent dilater, augmenter le volume de l'organe qu'elles envahissent en se mêlant intimement à son tissu; tantôt, au contraire, elles l'amoindrissent, le racornissent, l'atrophieut : dans le premier cas, on a iiommé le cancer hijljerlrophique , et dans le second cas, atrop/ugue.

Le tissu que je viens de décrire est le tissu squirrheux à l'état de crudité . c'est-à7dire à sa première période de développement, laquelle peut durer un temps considérable et en quelque sorte indéfini; néanmoins, dans le plus grand nombre des cas, au bout d'un an, quelquefois de deux ou trois ans, le tissu devient moins transparent et commence à se ramollir; la surface tégumentaire la plus rapprochée de la tumeur devient adhérente à la tumeur, rougit, et finit par s'ulcérer. Une fois l'ulcération établie, elle détruit peu à peu la masse dégénérée, tandis que cette masse elle-même continue à s'étendre en profondeur et à gagner d'un côté ce qu'elle perd de l'autre. Il faut remarquer toutefois que ce ramollissement du tissu squirrheux n'est pas aussi complet qu'on le croit généralement, et ne ressemble point à celui du tissu encéphaloïde : en effet, quand ce dernier perd sa consistance, quelle que soit son étendue, le ramollissement est partout à peu près au môme degré, tandis que dans les masses squirrheuses il n'y a guère que la face superficielle qui diminue de consistance, et qui se détruit comme par exfoliation ; quelques lignes au-dessous, le tissu a conservé ordinairement une densité considérable. Ceux qui ont décrit un ramollissement du squirrhe en une (jelée demi-transparente ont décrit, pour le moins, une rare exception. L'ulcère qui succède au ramollissement du squirrhe offre une surface irrégulière, grisâtre, brunâtre, rarement rougeàtre, ayant des bords irréguliers, nettement découpés, souvent renversés; le fond quelquefois est sec et assez dur, plus ordinairement formé par un liquide séro-purulent , roussàtre , nommé ichor. Cette surface devient rarement le siège d'une hémorrhagie, surtout d'une liémorrhagie grave.

La détermination du siège primitif du squirrhe a été l'objet d'un travail spécial de Scarpa (1). L'illustre chirurgien de Pavic pense que ce tissu ne se développe primitivement que dans les glandes conglomérées extérieures [mammaires, parotides, testicules, sous-maxiilaires, lacrymales), dans le tégument externe, et dans quelques organes revêtus par le tégument interne, tels que l'œsophage, l'estomac , etc. Cette opinion se rapproche assez de la vérité pour conserver une certaine importance; mais elle n'est pas rigoureusement exacte. Le pancréas peut devenir squirrheux, il m'a été donné d'en observer un exemple; M. Velpeau a vu des squirriies des plèvres et

(i) Memoria sulla sciro esul cancro. Pavie,1825.

CANCER. /,7y (lu poumon ; ejiiin des exemples de squirrlies des membranes cérébrales et du cervelet ont été signalés par dillérents observateurs. M. Cruveilliier a généralisé son opinion sur le siège primitif du cancer, en disant qu'il se développait de prétérence dans les organes où dominait le tissu cellulo-fîbreux. Enfin, quelques pathologistes ont avancé qu'il envahissait de préférence les organes glandulaires; mais cette opinion ne saurait être admise sans restriction , car il est douteux que le squirrhe ait jamais été observé dans les reins, il ne l'a été que fort rarement dans le foie , et l'encéphaloïde est plus fréquent que lui dans les testicules. Il resterait donc le sein et les glandes'salivaires (encore le fait nous paraît-il douteux pour ces dernières) où le squirrhe se développerait plus souvent que l'encéphaloïde. . Encéplialoïde. — Ce cancer a été ainsi nommé par Laënnec à cause de la ressemblance d'aspect qu'il a avec le cerveau. Il a reçu une foule de noms différents, qu'il n'est pas inutile de connaître pour corn prendre les travaux dont il a été l'objet, et dans la plupart desquels on le considère comme un produit non cancéreux. Ces noms sont les suivants : Sarcome pulpeux ou médullaire, — fongus médullaire, — inflammation spongieuse ou fongueuse, — fongus hématode, — carcinome mou ou spongieux.

La description de l'encéphaloïde n'est pas h beaucoup près aussi simple que celle du squirrhe. Non seulement dans l'encéphaloïde les deux périodes de crudité et de ramollissement sont beaucoup plus distinctes que dans le squirrhe ; mais encore il renferme souvent d'autres éléments sur lesquels les auteurs n'ont pas toujours suffisamment insisté, et qu'il me semble important de connaître. Et d'abord les descriptions que l'on en donne généralement se rapportent à cette période où l'encéphaloïde passe de l'état de crudité à celui de ramollissement, seul état en effet où la dénomination à'encépJmloïde lui convienne réellement; car dans l'état qui précède, comme dans celui qui suit, sa ressemblance avec le cerveau est fort éloignée. Je suivrai l'exemple de mes devanciers quant à la description générale et j'ajouterai ensuite ce que cette description laisse chez eux d'incomplet

Le tissu encéphaloïde, h l'état de développement où je le suppose se présente sous la forme de masses d'un blanc jaunâtre, opaques on a peine opalines, veinées, striées ou plaquées de rose plus ou moins t foncé, d'un aspect et d'une consistance qui rappellent la substance cérébrale. Si l'on ne s'en tient pas à ce premier aperçu et que l'on cherche à voir plus exactement, on trouve que ces nmsses sontfori.raées d'une matière homogène, d'apparence inorganique, à laquelle appartiennent la plupart des caractères physiques que je viens d'énui.mérer, et d'une trame celluleuse ordinairement peu dense, peu abondante, quelquefois cependant assez prononcée pour former des cellules

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bien distinctes qui ont fait donner alors au tissu encéphaloïde comme au squirriie le nom de tissu aréolaire. Au milieu de ces deux substances se trouvent des vaisseaux sanguins plus ou moins nombreux suivant les cas, mais, en général, d'autant plus abondants que le tissu encéphaloïde est plus avancé dans son évolution. Ces vaisseaux étaient considérés autrefois comme formant un système circulatoire complet, c'est-à-dire composés d'artères et de veines; une injection faite sur des tumeurs encéphaloides du cou , par M. P. Bérard , vint ébranler l'opinion qu'on avait à ce sujet : ce professeur ne put, en effet, faire pénétrer la matière à injection dans la tumeur que par le système artériel; rien ne pénétra par le système veineux, bien que, dans les veines des parties environnantes, l'injection eût parfaitement réussi. On en était à l'étonnement que devait produire un résultat aussi surprenant, lorsque M. Lenoir répéta cette expérience demeurée isolée jusqu'à lui; le résultat qu'il obtint ne fut pas confirmatif de celui de M. Bérard, car l'injection veineuse et l'injection artérielle pénétrèrent également dans la tumeur. Depuis M. Lenoir, deux nouA^elles injections de tumeur encéphaloïde ont été faites par deux anciens internes des hôpitaux, MM. Thibault et Bernutz, et dans les deux cas, qui ont été vus à la Société anatomique, les résultats ont été semblables à celui de M. Lenoir. Je crois qu'on pourrait admettre que le sang artériel seul doit pénétrer quand le tissu est serré, car le sang artériel est mû par une vis à tergo : c'est alors qu'on ne trouve que des artères ; dans les autres cas on doit trouver les deux ordres de vaisseaux. On n'a constaté dans les tumeurs encéphaloides ni nerfs ni vaisseaux lymphatiques. Lorsqu'on presse, entre les doigts, un fragment de tissu cérébriforme , il laisse suinter, plus facilement encore que le squirrhe , un liquide qu'on a qualifié , comme celui du squirrhe , de suc cancéreux.

Tel est le tissu encéphaloïde qu'on pourrait appeler type. Mais je dois dire qu'il se présente rarement à cet état de simplicité, et qu'il offre souvent non seulement d'autres éléments sur lesquels je vais m'arrêter quelques instants , et surtout d'autres périodes qu'il me semble intéressant de décrire avec soin , car les auteurs les ont en général un peu négligées.

Avant d'arriver au point où je viens de l'étudier, le tissu encéphaloïde offre une période de crudité que les auteurs ont plut'^t signalée que décrite. A cette période, ce tissu a une consistance infiniment supérieure à celle du cerveau; il est demi-transparent, renferme très peu de vaisseaux , et ressemble beaucoup au tubercule cru de la pomme de terrre ; d'autres fois il se rapproche encore davantage de l'aspect squirrheux , dont il est vraiment impossible de le distinguer d'une manière certaine. Cette circonstance a fait admettre à quelques autours, à M. Uécamier en particulier, ([ucle squirrhe était le premier

degré de l'encéplialoïde et cette opinion est assez embarrassante à discuter, si l'on veut éviter la confusion ; elle est presque impossible h résoudre. Voici, selon moi, ce que l'on peut dire de plus raisonnable à ce sujet : il est incontestable que le tissu encéplialoïde offre per)dant une certaine période des caractères qui se rapprochent beaucoup de ceux du squirrhe et qui quelquefois leur sont presque identiques ; mais on comprend que, pour constater de semblables faits, il faut observer des tumeurs à l'état de crudité : or, comment s'assurer que la portion de ces tumeurs qui se rapproche tant du tissu squirrheux aurait réellement suivi l'évolution encéphaloïde si on les avait laissées marcher? c'est une chose qui paraît impossible jusqu'à ce qu'on ait trouvé les moyens de diagnostiquer ces tissas pendant la vie. Il y a cependant une remarque qui peut donner de fortes présomptions contre l'opinion qui considère les deux espèces de tissus cancéreux comme deux d'egrés d'un même tissu : c'est qu'on rencontre assez souvent au milieu d'une masse encéphaloïde ramollie les tissus squirrheux (au moins sqidrrhokles) , tandis qu'on rencontre très rarement dans ces mêmes masses le vrai encéphaloïde à l'état de crudité. Ce fait semble indiquer que le tissu squirrheux ne suit pas la même marche que l'encéphaloïde, et qu'il n'en est pas en conséquence le premier degré.

Quelques chirurgiens ont douté que la période de crudité fût constante dans l'encéphaloïde, ou même ont positivement pensé le contraire. Cette opinion ne me paraît pas à priori très conforme aux lois de la physiologie ; il ne me semble pas très rationnel , en effet , de croire qu'un produit morbide vivant , qui a une évolution, c'est-àdire commencement , milieu et fin , puisse d'emblée commencer par le milieu, devenir chrysalide ou papillon avant d'avoir été chenille. Quant aux faits qui paraissent favorables à l'opinion que je combats il faudrait, pour qu'ils fussent concluants , que les tumeurs encéphaloïdes eussent été disséquées à mesure qu'elles commençaient à se former ; car, d'une part, la période de crudité peut être très courte sans manquer pour cela , et d'autre part , l'espèce de fluctuation que l'on sent dans quelques tumeurs n'est point une preuve qu'elles sont ramollies ,^ car il y a une certaine mollesse qui n'est point le ramollissement, c'est-à-dire qui s'allie à une grande cohésion, et cette sorte de mollesse s'observe quelquefois dans l'encéphaloïde cru.

La période de ramollissement, si imparfaite dans le squirrhe, est très remarquable dans l'encéphaloïde : commençant à l'état où nous avons décrit ce tissu , elle arrive à un degré tel , que la matière encéphaloïde n'a plus que la consistance d'une bouillie claire : à cette époque , on ne distingue le j)lus souvent aucune tracée des cloisons celluleuses, on ne voit qu'une substance blanchâtre, homogène, par-

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courue par des stries nu dos bandes sanguines plus ou moins abondantes. Ce qu'il y a surtout de remarquable dans ce ramollissement , c'est que, quel que soit le volume du produit morbide, il se fait à peu près partout à la fois, et même , s'il existe plusieurs tumeurs distantes les unes des autres, dans toutes les tumeurs à la fois. Cette circonstance a contribué sans doute à faire croire que la période de crudité pouvait manquer dans l'encéphaloïde.

Si la tumeur est rapprochée de quelque surface tégumentaire , elle ne tarde pas , en même temps qu'elle se ramollit , à s'assimiler peu à peu les parties qui l'en séparent , et à les détruire pour donner lieu à un ulcère dont l'aspect diffère considérablement de celui qui succède au ramollissement du squin-he ; loin d'être , en effet , blanchâtre et sec , il est très humide , rougeâtre , fongueux , et est le siège de fréquentes et quelquefois de très abondantes pertes de sang; ses bords se renversent comme ceux des squirrhes , et se couvrent souvent , ainsi que le reste de sa surface , de végétations qui peuvent acquérir un volume considérable. Pour arriver de la période de crudité à celle de ramollissement extrême , l'encéphaloïde met un temps très variable , mais qui , d'une manière générale , est moindre que celui qu'emploie le squirrhe ; dans quelques circonstances , il ne paraît pas dépasser six semaines à deux mois.

Rarement le tissu encéplialoïde est à l'état de simplicité où nous venons de le voir ; pour peu qu'il soit avancé dans son développement, on y rencontre presque toujours quelques épanchements sanguins , et une substance jaunâtre ou même d'un jaune prononcé, d'une consistance et d'un aspect analogues à du caséum qui serait coloré en jaune , et dont l'origine semble être due à d'anciens épanchements; ce sont sans doute ces amas de matière que Laënnec a voulu décrire en disant « qu'elle (la matière cérébrifoime) n'a plus aucune ressemblance avec la substance cérébrale ; elle présente une couleur rougeâtre ou noirâtre , et une consistance analogue à celle d'une pâte sèche et friable. » Je ferai remarquer que l'on rencontre, en effet, des épanchements sanguins qui ont une couleur rougeâtre ou noirâtre , mais ce n'est pas lorsqu'ils ont la consistance d'une pâte sèche; dans ce dernier cas, ils sont plus anciens et ont presque constaniment une couleur jaune ou grisâtre. Laënnec a dit également que la partie séreuse du sang était absorbée à la suite des épanchements; cependant je connais" une observation de M. deCasteInau où il paraissait ne pas en avoir été ainsi. Au milieu de masses jaunâtres dont il vient d'être question, et ayant leur siège dans le foie, il a trouvé des anfracfuosités assez considérables pour loger le poing d'un adulte , remplies d'un liquide séreux , transparent et If'gèrcinent citrin , très send)lable au sérum du sang. Ce sont là évidenimeJit \es cnvitést closes dont parle M. Veliieau

et qu'on observe clans les masses cncéphaloïdes. On rencontre encore dans l'encéplialoïde , mais moins fréquemment que la substance précédente, des masses squirrheuses ou squirrhoïdes, des masses d'apparence fibreuse ou fibro-cartilagineuse , et même des concrétions calcaires : le tout forme alors les tumeurs composées ( cancer compositiis , Bayle), dont il sera surtout question en parlant des maladies du sein.

Les masses cncéphaloïdes acquièrent un volume bien supérieur à celles qui sont formées par le squirrhe : il n'est pas très rare d'en voir qui dépassent le volume d'une tête d'adulte, et quelquefois le même individu peut en porter plusieurs de ce volume. Elles sont aussi plus souvent multiples que celles du squirrhe ; et si l'organe dans lequel elles se développent est d'un volume un peu considérable, comme le foie ou le poumon , on en rencontre presque toujours plusieurs dans son épaisseur. Enfin elles sont aussi beaucoup plus souvent isolées, et quelquefois presque complètement enkystées au sein des tissus , où elles se développent dans une sorte de membrane. Laëiinec a vu cette enveloppe revêtir les caractères du tissu cartilagineux imparfait. D'autres fois ces masses sont confondues et comme infiltrées au milieu des organes. L'une et l'autre de ces dispositions se rencontrent souvent dans le foie.

Comme pour le squirrhe , on a établi pour l'encéplialoïde des sièges de prédilection ; mais il est difficile de rien dire de général à ce sujet, s'il affecte plutôt certains organes que certains systèmes ; cependant le système osseux et le système vasculaire à sang noir sont spécialement affectés par le tissu encéphaloïde ; le système nerveux paraît être presque dans le même cas. Les tumeurs cncéphaloïdes, de même que les tumeurs squirrheuses, produisent dans les ganglions lymphatiques avec lesquels elles sont en rapport, des engorgements qui ne tardent pas eux-mêmes à revêtir les caractères cancéreux; cependant le temps qu'ils mettent à accomplir leur dégénérescence ne saurait être rigoureusement déterminé, et on l'apprécie, dans les ganglions superficiels, plutôt par leur consistance et leur irrégularité que par l'ancienneté de rcï)gorgeraent.

Tissu valloVtle. — Je dois ici décrire ce tissu , bien que sa nature ne soit pas encore hors de toute contestation ; mais s'il ne représente pas une variété du cancer, il se rapproche davantage de celte lésion organique que de toute autre. Il constitue le tissu aréolaire par excellence, et est formé par des cloisons celluleuses , blanches, fines, denii-transpai-entes , formant des aréoles parfaitement évi dentés, lesquelles contiennent dans leur intérieur un fluide albumineux, incolore et transparent, ce qui lui donne l'aspect d'une gelée transparente, d'où lui est venu un autre nom, celui de cancer gélatiniforme. Cependant l'imparfaite transparence de ses cloisons lui donne

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encore plus de resseiiiblaiicc avec certains fruits pulpeux, avec certaines prunes de grosso espèce qu'à une gelée. Sa consistance est assez variable, mais ne paraît pas changer selon qu'il est plus ou moins ancien ; il paraît conserver pendant toute sa durée les caractères qu'il affecte au début ; cette consistance est loin d'atteindre jamais celle du squirrhe ni celle de l'encéphaloïde cru. Il ne contient ni vaisseaux ni nerfs; M. Velpeau dit cependant en avoir observé dans une tumeur colloïde de l'épaule. Sa destruction s'opère couche par couche, d'une manière en quelque sorte mécanique, exagérant ainsi beaucoup le mode de destruction du squirrhe. Il se présente rarement sous la forme de tumeurs isolées, mais le plus souvent sous forme d'infiliration. Il ne se répète guère dans plusieurs points à la fois, mais jouit à un degré prononcé de la propriété de s'assimiler les parties qui l'environnent. On ignore s'il y a de la tendance à récidiver. Il a été observé dans l'estomac, les intestins, l'utérus, l'ovaire et les membres. Dans les Prolégomènes, en parlant du diagnostic, j'ai cité im beau cas de cancer colloïde développé dans la mâchoire supérieure ; la tumeur était très transparente.

Cancer aiiélaiié. — On faisait autrefois une variété particulière du cancer avec coloration noire, et on lui donnait le nom de cancer méluné. On sait aujourd'hui que cette coloration n'est qu'un accident sans conséquence, qui peut se rencontrer dans une foule de productions cancéreuses et non cancéreuses. J'ajourne donc à l'article Mélamse tout ce que j'ai à dire sur cette singulière altération.

Patliogénie et niicrogfaiiliie dit caiscer. — Pour pénétrer dans la pathogénie du cancer telle qu'on la conçoit aujourd'hui, il faut avoir une idée de ce qu'on a appelé la théorie cellulaire. On sait que Schawn a appliqué à la formation des animaux la théorie cellulaire de Schleidein. D'après cette théorie, tout tissu qui doit se former a pour éléments : 1° une matière organique amorphe cystoblastème ; T naissent dans elle des corpuscules des cellules; ce sont de petites vésicules closes de toutes parts et renfermant des noyaux ou cystoblastes ; h" le noyau renferme la nucléole. On a discuté,- sans profit pour la science, sur la priorité de formation de ces diverses parties de la première formation organiquS.

Les cellules sont douées dans le règne végétal d'une puissance de reproduction extraordinaire ; elles n'ont point une forme permanente de la matière. A mesure que ces corps se multiplient, se développent, ils se pressent, se compriment mutuellement. De rondes, d'ovales, les cellules deviennent des polygones plus ou moins irréguliers. Les noyaux, les nucléoles sont résorbés, la cellule estaplalie, ses parois se collent, de là des lames, des fibres, etc. Pour l'animal, l'état cellulaire est un état cmbryonairo, et chez l'adulte, raccroissement, la luilrilinii

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s'accomplissent sans que le fluide passe par cet état intermédiaire. On ne rencontre guère la cellule que là où l'élément organique se renouvelle incessamment, ainsi dans l'cpiderme, l'épitliélium, le réseau pigmentaire, ainsi dans les productions accidentelles, comme, par exemple, la matière du cal. On a examiné si le cancer contenait des cellules, et on en a trouvé; on a donc soumis sa naissance, son évolution aux lois d'organogénésie dont j'ai posé les bases principales. Ainsi, 1° fait primordial , matière amorphe, cystoblastème cancéi'euse déposée sur un , point de l'économie ; 2" cellule formée dans ce dépôt. On a su, de- ; puis, que cette cellule contient des noyaux, des granules. Je dirai leurs caractères en parlant des recherches microscopiques , de celles de . M. Lebert en particulier.

Ce qu'il y a d'important à savoir, c'est que quel que soit l'âge, la période du cancer, les cellules élémentaires existent, cellules à reproi ductton si facile. Donc, le cancer ne s'arrête pas comme lesprocluc- ; tions normales ; il ne ralentit pas son mouvement de croissance, son

■ repos, son état fixe n'arrivent point. Il semble renfermer en lui un principe fécondant gui maintient la cellule avec son caractère progressif

■ et reproductif. Le cancer s'accroît donc, se répand, se propage par une génération incessante. Ainsi donc, si l'on voulait arrêter le cancer , il

! faudrait tuer la cellule ou détruire son principe fécondant 1

Comme on le pense bien, j'ai beaucoup abrégé cette théorie qui I nous fera attendre longtemps ses applications pratiques. Mais j'ai dû (. en donner un aperçu parce qu'elle a été considérée par quelques es- I prits comme un progrès.

Voici pour la micrographie une note qu'a bien voulu me fournir IM. Lebert (1), doiit l'habileté est suffisamment connue. Ce micro- - graphe, bien qu'il n'ait pas encore fait le dépouillement de ses obser- V vations, qui sont fort nombreuses, croit pouvoir garantir les détails suivants :

Les éléments principaux qui composent le cancer sont . 1° Les [.'globules cancéreux, qui tiennent le premier rang, peuvent être rap- 1 portés à deux types principaux , bien qu'ils puissent offrir toutes les ■'formes intermédiaires. — a. — Les globules du squirrhe, ronds, !■ ovales, ou à contours irréguliers, d'un diamètre variant entre 0™'",0155 et 0-''-,0259, renfermant dans leur intérieur beaucoup de petits granules et un noyau de 0""",0075 à 0">»',0100 de diamètre. ~b. — Les globules de l'encéphaloïdc, que quelques auteurs ont décrits sous le nom de globules médullaires, et qui ont de 0""",010 à 0""",015 de diamètre ; ils sont très pâles et olfrent cependant une li'gère ombre à leur circonférence ; ils cojiticnnont dans leur intérieur

(I) Voyez son ouvra(;c, l'hysiologie patholojiquo. Taris, 1840, 2 vol. in-8,

une foule de granules très ténus, et un, deux ou trois granules plus gros, transparents à leur centre. Quand le globule encéplmloïde est complet, il a une circonférence irrégulière, ou ronde, ou ovale, un aspect finement ponctué ; il peut atteindre alors un diamètre de 0"'",020 à 0™'",025.

2° L'élément fibreux constitue souvent la base des tumeure cancéreuses, offrant la forme de réseaux irréguliers, ou de faisceaux à peu près réguliers ; dans le squirrhe, les fibres forment le réseau lîlanchâtre , bien visible à l'œil nu , et qui renferme dans ses mailles l'élément globuleux, sous forme d'une substance d'un jaune gi-isâtre, quelquefois demi-transparente . L'encéphaloïde contient quelquefois beaucoup de fibres, ce qui explique ses variétés de consistance.

3° Un des éléments constants du cancer, mais qui est commun à presque toutes les productions accidentelles, est l'élément graisseux sous différentes formes, et quelquefois en quantité telle que la structure globulaire devient difficile à reconnaître. Au milieu du tissu cancéreux, on trouve des masses réticulaires d'un blanc jaunâtre, composées de granules graisseux et de quelques globules cancéreux ; la matière grasse peut aussi se rencontrer sous forme de vésicules, de gouttelettes huileuses et de feuillets rhomboïdaux decholestérine.

4° On rencoiftre d'autres masses , résultant d'anciens épancbements sanguins, et qui sont composées de fibrine en décomposition granuleuse, et de globules sanguins déformés.

5" Des vaisseaux en nombre variable , depuis l'absence presque totale jusqu'à un degré où ils semblent seuls composer toute la dégénérescence.

6° La matière pigmentaire noire peut se rencontrer dans toute espèce de cancer en proportions très variables.

M. Lebert considère le tissu colloïde comme une matière colloïde ou fibro-colloïde , non cancéreuse en elle-même, se trouvant accidentellement et quelquefois intimement mêlée à la substance cancéreuse, mais se rencontrant tout aussi bien dans quelques tumeurs de nature non maligne. On sent trop ce qu'une semblable description a d'imparfait pour qu'il soit permis d'y attacher, quant à présent, une grande importance. Muller a été plus précis, sinon plus exact; il admet dans son c^ncev alvéolaire de petites cellules renfermant des globules creux contenant un noyau libre dans leur intérieur; c'est ce noyau qui, en se développant, produit de nouvelles cellules.

Il est facile, d'après ce qui précède, d'établir la distinction entre le pus et la matiôi-e cancéreuse; cette dernière , outre les éléments étrangers, présente des globules qui n'ont ni la forme, ni la régularité, ni le diamètre des globules purulents, étant quelquefois plus petits, et presque toujours beaucoup plus gros. L'action de l'acide acétique

CANCEU. Zl87

est presque nulle sur les globules cancéreux, tandis qu'elle dissout proniptement ceux du pus.

^iyiitjiioaiies, iiiarcli<'. — Les détails précédents sur la composition des produits morbides que l'on a considérés comme cancéreux, abrègent ce que j'ai à dire sur leur symptomatologie. Il est évident que la forme, le volume, la consistance, etc., des tumeurs cancéreuses, sont autant de symptômes qui se trouvent déjà décrits dans l'anatomie pathologique. 11 ne me reste donc à mentionner que les symptômes généraux et les symptômes fonctionnels locaux. Parmi ces derniers, la douleur seule nous occupera, parce que les autres sont très variables, suivant l'organe affecté. La douleur, qui a été donnée comme constante, dans le cancer, manque très souvent, et quand elle existe, elle n'a pas toujours le caractère lancinant ; c'est une observation que le cliinu'gien peut faire journellement.

Pendant que la dégénérescence accomplit l'évolution déjà décrite, la constitution, qui d'abord' ne paraissait pas altérée, s'affaiblit insensiblement ; l'appétit diminue , les chairs pâlissent et prennent une teinte jaunâtre, terreuse, dite jaune-paiUe, qui se rencontre plus souvent dans le cancer que dans la plupart des autres affections, mais qui ne lui est nullement particulière, quoiqu'on ne cesse de répéter le contraire depuis des siècles. C'est alors que le malade tombe dans la cachexie cancéreuse, qui fait des progrès jusqu'à ce qu'enfin la mort arrive. Tantôt l'altération générale augmente graduellement d'une manière continue, tantôt elle éprouve des interruptions, pendant lesquelles elle peut même diminuer, et ces interruptions sont quelquefois assez longues pour faire croire pendant longtemps à une guérison définitive. L'altération générale marche surtout rapidement après que le cancer est parvenu à l'ulcération ; mais lorsque les organes dégénérés sont profondément situés, elle arrive souvent à sa période extrême avant que l'ulcératiôn soit effectuée. C'est ordinairement dans les cas de cancers chirurgicaux que les malades succombent aux progrès de l'altération générale ; dans des cas moins fréquents, les symptômes locaux hâtent le terme fatal, soit en déterminant dans les parties qui les environnent des inflammations graves, soit en épuisant l'organisme par la violence des douleurs, l'abondance des hémorrliagies ou de la suppuration. Enfin, dans quelques circonstances, c'est en empêchant mécaniquement les fonctions d'organes hnportanfs (compression du larynx, des nerfs pneujno-gastriques, etc.), que la vie est suspendue.

MM. Aiidral et Gavarret ont cherché à déterminer quelle niodilication in)primait au sang la cachexie cancéreuse, et ils sont arrivés à des résultats remarquables, surtout s'ils vcJiaicnt à être conllruK'S par de nouvelles recherches. Ces observateurs ont d'abord constaté l'ultc-

ration du sang qui survient dans tous les cas où la nutrition est gravement altérée, c'est-à-dire la diminution des globules ; elle est surtout considérable lorsque le cancer cause d'abondantes hémorrhagies. La fibrine augmente légèrement à l'époque où le squirrhe se ramollit ou se trouve sur le point de se ramollir. Mais ce qu'il y a surtout de remarquable, c'est la présence dans le sang de globules purulents et de lamelles elliptiques granulées à leur surface, d'un volume bien supérieur aux globules du pus, et d'un volume plus régulier que celui des plaques d'albumine. Ces mêmes plaques ont été retrouvées dans le liquide ichoreux recueilli au sein des masses cancéreuses.

Lorsque le cancer ne détermine pas des phénomènes inflammatoires dans les parties qui l'environnent, il parvient à sa dernière période sans provoquer de réaction fébrile, bien différent en cela du tubercule, qui en excite presque constamment ; parce que presque constamment, quand il y a des tubercules quelque part dans l'économie, il y en a dans les poumons : or là les moindres irritations sont avec fièvre.

l^iag^iiostic. — Le diagnostic du cancer rentre en chirurgie dans celui des tumeurs, c'est-à-dire qu'il est extrêmement obscur. Nous avons vu que la douleur lancinante était loin d'être un caractère constant, et qu'on pouvait l'observer dans des tumeurs d'une nature non cancéreuse ; la forme bosselée, la consistance presque pierreuse, sont des signes qui ont plus de valeur, bien qu'ils ne soient pas décisifs, pour faire présumer l'existence d'un squirrlie. Quant à l'encéphaloïde, il offre, même avant son complet ramollissement, une fluctuation plus ou moins obscure qui a causé des erreurs graves au point de faire lier des artères importantes ; c'est surtout lorsque l'encéphaloïde contient des vaisseaux artériels très nombreux qu'il peut être pris pour un anévrismc. La marche de la tumeur, qui augmente ou reste stationnaire, est en général ce qui détermine le diagnostic, et encore ces caractères peuvent-ils se rapporter à d'autres tumeurs. Enfin l'ulcération spéciale qui succède au ramollissement du cancer et la manifestation de la cachexie sont les seuls signes non équivoques qui ne laissent pas de chance à l'erreur.

Les tumeurs qui ont été prises pour des cancers et celles qui l'ont simulé, sont : les kystes séreux ou hydatiques, les tumeurs tuberculeuses, fibriueuses, fibreuses, osseuses et les abcès chroniques. On comprend que c'est surtout au début que la confusion est facile, car au déinit tout(!s peuvent avoir les mémos caractères, ou bien elles ne laisseut voir que les mêmes caractères : ainsi toutes sont des tumeurs résistantes, indolores, sans cliangenient de couleur à la peau. Ce n'est que plus tard que les caractères distinctifs semanifestent par la fluctuation, pour l'abcès et queUpiefois pour le kyste, par des bosselures pour

CANCEll. ;i89

le cancer, par une dureté plus considérable pour les tumeurs fibreuses. Donc, on ne se hâtera pas de se prononcer ; la ponction exploratrice pourra être ici d'un grand secours.

11 est même une forme de cancer qui peut être prise pour un anévrismo, pour une tumeur érectile ; ainsi, de grosses masses encéphaloïdes des os de ceux du bassin et même dans les parties molles ; ces niasses sont quelquefois agitées par des battements et donnent un bmit de souffle plus ou moins prononcé à l'auscultation. M. Laugier a observé dans l'orbite, et A. Bérard, au dos, la réductibilité de la tumeur qui se reproduisait quand on cessait la compression. Ces différentes erreurs ont conduit quelquefois les chirurgiens à pratiquer des ligatures d'artères au moins inutiles.

]Vatiire , teriiiinaisoiis , ciirnliilité. — De tout ce qui précède , le lecteur a pu facilement induire que la terminaison presque constante du cancer était la mort. Il importe de savoir s'il y a des exceptions à cette loi très générale. Le cancer est-il susceptible de guérison? telle est la question qu'il serait important de pouvoir résoudre. Avant de l'aborder, qu'il me soit permis de présenter sur la nature du cancer quelques réflexions qui me paraissent indispensables pour la traiter convenablement. Je n'examinerai pas si l'organe dans lequel le cancer se développe est transformé , dégénéré , ou bien s'il a été détruit et remplacé seulement par un nouveau ; cette question est de sa nature insoluble , puisqu'elle touche à des phénomènes intimes qu'il ne nous sera probablement jamais donné d'observer. Une autre question plus accessible , quoique bien difficile encore, mais qui intéresse infiniment plus le pathologiste , est celle de savoir si ces productions anormales sont ou non le résultat d'une altération généralement préexistante , ou bien si elles se forment sous l'influence d'un travail exclusivement local. D'abord les écrivains qui n'ont pas adopté toutes les eiTeurs de l'école physiologique , ont admis que , dans certains cas au moins , le cancer était produit par une altération générale de l'économie. Il était impossible de ne pas être frappé de cette vérité en présence des faits qui montrent une foule de tumeurs encéphaloïdes se développant simultanément dans l'organisme et cà des distances très grandes les unes des autres. Il est donc des cas où le cancer se développe sous l'influence d'une altération générale, d'une diathke; cette opinion n'est pas , ne peut être contestée aujourd'hui : or cette vérité étant reconnue, en invoquant les lois de la physiologie pathologique, les antagonistes de la localisation du cancer disent (pi'on admettra difficilement qu'un même produit morbide se forme au sein de récononiie, tantôt par un procédé, tantôt par un autre. Tout corps qui a évolution , vi(; , exige pour se développer un certain concours de forces ([ui doivent constamment rester les mêmes, sous peine d'abau-

690 CANCEU.

donner les phénomènes ori^aniques à une sorte de hasard , sous peine défaire un chaos de l'organisation. Les arguments (jue l'on pourrait opposer à cette vérité fondamentale ne sont nullement susceptibles de l'ébranler, et souvent même viennent à son appui. Mais les localisateurs répondent : Les signes d'une diathèse ne sont nullement évidents, alors que certaines tumeurs cancéreuses se développent; ils ne le deviennent que plus tard, c'est-à-dire quand la tumeur a d(''jà réagi sur l'économie tout entière. Ils hivoquent ensuite les hidividus qui ont conservé longtemps les tumeurs sans jamais avoir été affectés de la cachexie , ou en ont été débarrassés sans que celle-ci se soit montrée plus tard. A cela les partisans de la diathèse répondent : l°Dans les cas où la diathèse est incontestable, c'est-à-dire loreque plusieurs tumeurs se développent simultanément , ses caractères extérieurs ne sont pas plus développés que dans les cas cités; 2° certains symptômes incontestablement diatliésiques , tels que les ulcères syphilitiques de la gorge, par exemple, ont pu disparaître spontanément sans qu'aucun symptôme général se soit montré ; ce qui n'empêche pas d'admettre que ces ulcères ne soient bien réellement le résultat d'une affection générale; 3° enfin il est encore antiphysiologique de croire que la diathèse cancéreuse produise tantôt le tissu cancéreux , tandis que d'autres fois elle est produite par. lui. Il faut savoir ensuite qu'une fois un produit morbide formé ou en voie de formation , il s'établit entre ce produit et les parties qui le contieinient , qui le forment même , un tel rapport que ce produit n'a aucune influence délétère ; s'il en était autrement , si l'absorption pouvait s'exercer sur les produits pathologiques par les parties mêmes au milieu desquelles ils se forment , elle s'exercerait dès le principe d'une manière constante , et la mort arriverait nécessairement avant qu'aucun de ces produits fût au centième élaboré. Jamais la cachexie cancéreuse n'est le résultat du produit local ; elle n'est que l'exagération delà diathèse qui préexiste toujours à ce produit. Si certaines tumeure d'apparence cancéi'euse se formaient sous l'influence d'un travail exclusivement local , ce serait une déplorable confusion que de leur donner le même nom qu'à celles qui se développent sous l'influence d'une diathèse.

Voilà les raisonnements qui sont faits par chaque opinion. Tout en avouant l'obscurité (jui règne encore sur ces deux points , je suis . oliligé de convenir que les localisateurs mepai-aissent moins logiques.

Ce ([ue je viens de dire s'appliquo-t-il aux trois tissus que j'ai compris sous le nom de cancer? Je ne pense pascpi'il ]Miisse y avoir de doute à ce sujet; car tous les trois (mt une grande tendance à récidiver après qu'on les a enlevés, ce qui indique évidemment l'existence d'une force intérieure générale. Cela ne veut pas dire (]ue cette force.

que la cause inconnue qui détermine la diathèse soit identiquement la ;iiême pour les trois tissus ; je suis disposé à croire que celle qui produit le colloïde diffère de celle du squirrhe et de l'encéphaloïde , laquelle me paraît identique, à cause de la coïncidence fréquente de ces deux ! issus dans l'économie.

Ces considérations étant posées , je vais examiner si la guérison paraît ou est réellement possible. Cette question a été comprise d'une manière complexe, et il convient de la diviser pour l'éclaircir. Si l'on entend par guérison du cancer la résolution des produits que j'ai décrits , je n'hésite pas à dire que la guérison du cancer est impossible, car tout ce qu'on pourrait espérer de plus favorable dans ce sens serait la transforaiation crétacée de ces produits, transformation analogue à celle qu'on a vu s'opérer dans les tubercules, et qui est plutôt un arrêt de développement qu'une véritable guérison. Mais cette face de la question est évidemment la moins importante ; ce qui est important, c'est de savoir si la cause inconnue qui produit le cancer peut cesser d'agir, si la diathèse peut disparaître. A priori^ une semblable opinion n'a rien que de très rationnel , puisque l'expérience nous apprend que plusieurs autres diathèses, comme la syphilitique et la scrofuleuse, peuvent disparaître sans retour ; mais, comme l'analogie peut être une preuve insuffisante , l'expérience seule doit décider si la diathèse cancéreuse se comporte de même que les autres ; or les faits ne permettent guère de douter qu'il n'en soit ainsi. On voit , par exemple , des individus atteints de tumeurs cancéreuses qui depuis fort longtemps ne font plus de progrès, et qui meurent, à un âge avancé, d'une maladie intercurrente. 11 y a également des cas où une tumeur cancéreuse enlevée n'a point été suivie de récidive. Toutefois il ne faudrait pas croire ce dernier fait aussi fréquent que sembleraient l'indiquer les observations fort incomplètes rapportées dans les auteurs , attendu (|ue beaucoup d'entre elles sont fondées sur des erreurs de diagnostic. En résumé , il est hors de doute que le cancer est susceptible de guérison dans des cas extrêmement rares. On verra jusqu'à quel point l'art peut favoriser cette heureuse terminaison. Surtout, qu'il soit bien entendu que ce que je viens de dire sur la diathèse et sur la rareté des guérisons ne peut faire rejeter d'une manière absolue la médecine opél atoire du traitement du cancer. Tout ce qu'on peut en induire logiquement , c'est que la chirurgie doit être ici très réservée dans ses nromesses et dans ses actes.

Quant au pronostic, on peut dire, qu'en général le cancer chirurgical, c'est-à-dire le cancer le plus extérieur , celui enfin qui n'alfecte i)as les viscères , est moins grave , c'est-à dire qu'il est moins directement, moins promplement dangereux. Ainsi un cancer agit comme tumeur, c'est-à-dire mécani(|uenient et physiologiquemcnt ; eh bien ,

/,g2 CANCER.

aux membres, son action mécanique n'a pas d'effets directement dangereux, tandis qu'au cerveau, à l'estomac, il peut produire des rétrécissements , des compressions directement compromettantes ; aux membres, le cancer n'est qu'indirectement dangereux; il ne le devient réellement qu'après avoir fortement compromis la nutrition.

Étioïogie. — Je dirai d'abord , pour ne pas tromper l'attente du lecteur, et à l'exemple de M. Littré, que la cause immédiate du cancer, que la force qui préside à la formation des tissus cancéreux, est ignorée. En revanche , on croit généralement que plusieurs des circonstances qui peuvent favoriser l'action de cette force , que plusieurs causes indirectes par conséquent, sont connues; c'est ce que je vais essayer déjuger.

Vâge est une des circonstances qui ont le plus d'influence sur la production du cancer, nouvelle preuve que cette maladie est sous l'influence d'un état particulier de la constitution. L'âge de maturité est celui qui est le plus propre à sa manifestation ; vient ensuite la vieillesse , puis l'âge adulte, puis l'enfance. Non seulement l'âge influe sur la production du cancer, mais encore sur la variété produite: c'est ainsi que chez l'enfant on n'observe guère que l'encéphaloïde , tandis que chez le vieillard on observe à peu près aussi souvent le squirrhe que l'encéphaloïde. On n'a pas apprécié encore l'influence de l'âge sur le cancer gélatiniforme.

Le sexe avait été considéré comme ayant une assez grande part dans le développement du cancer ; mais il a plutôt de l'influence sur les organes qu'il affecte que sur la masse générale des individus atteints. Ainsi la femme est moins sujette au cancer de l'estomac et du foie ; elle est au contraire plus exposée au cancer du sein , etc. Cependant si l'on mettait d'un côté tous les cancers du sein et de la matrice, ils l'emporteraient en nombre sur tous les autres cancers.

Plusieurs auteurs ont pensé que la constitution , le tempérament , constituaient une prédisposition marquée au cancer, et l'on signalait surtout le tempérament bilieux ; mais rien ne prouve l'exactitude d'une semblable opinion.

U hérédité, au contraire, semblerait avoir des probabilités plus grandes en sa faveur; il faut reconnaître néanmoins qu'il est des observations que l'on a faites sur ce sujet qui pouri aient aussi l)ien être le résultat d'une simple coïncidence que d'un rapport de causalité.

On a pensé également que les climats chauds comptaient plus de cancéreux (jue ceux des contrées froides ; aucune observation rigoureuse n'autorise cette manière de voir.

Les alimentations de haut goût ont une influence aussi douteuse

que celle du climat.

Il en est de même de Ykubitation et dvs professions.

CANCER. - /l93

Les affections morales &istes semblent , au contraire , avoir le tViclieux privilège de favoriser le développement du cancer, et particulièrement celui de l'estomac. Bien que les observations recueillies sur ce point ne soient pas absolument démonstratives, il est cependant fort difficile de ne pas admettre cette influence, tant l'opinion des auteurs est concordante en ce qui la concerne.

Les violences extérieures , de quelque nature qu'elles soient , ontelles une influence sur le développement des tissus cancéreux ? Plusieurs auteurs l'ont pensé. Mais si l'on songe, d'une part, combien sont rares les cas où l'on a vu des cancers se développer sur une partie contuse ou blessée , et , d'une autre part, combien sont fréquentes les blessures et les contusions , on sera peu disposé à accepter cette opinion. Peut-être pourrait-on dire avec plus de vérité que ces violences ont quelquefois activé une cause qui agissait auparavant d'une manière peu énergique, ou qu'elles l'ont comme réveillée alors qu'elle n'agissait presque plus, en produisant un ébranlement dans l'organisme.

La contagion , à laquelle on a pendant longtemps attribué un grand rôle dans la production du cancer, est aujourd'hui repoussée par la presque totalité des observateurs , et sa non-existence est moins prononcée encore par les expériences de Dupuytren sur les chiens , de Biett et d'Alibert sur eux-mêmes, que par cette quantité d'hommes qui cohabitent impunément pendant des années avec des femmes affectées de cancers utérins.

Cependant la question de la contagion devra être revue, car on a mal inoculé le cancer, c'est-à-dire qu'on a pris sur des ulcères cancéreux de l'ichor ou des détritus du cancer. Mais est-ce bien là ce qu'il faudrait transmettre? N'est-ce pas surtout la cellule sans laquelle il n'y a pas de cancer? Le chancre vénérien , on le sait, n'est inoculable qu'à certaines de ses périodes, que dans certaines conditions. Pourquoi n'en serait-il pas de même pour le cancer?

Langenbeck a pris des cellules fraîches provenant d'un cancer encore chaud, enlevé deux heures et demie avant de l'humérus, et les introduisant dans les vaisseaux sanguins d'un chien , il est parvenu à provoquer des tumeurs cancéreuses secondaires dans les poumons de cet animal (1). Ceci donne à réfléchir.

Certaines maladies peuvent-elles dégénérer en cancer? On entend chaque jour dire que telle lésion , telle production morbide doit être activement traitée dans la crainte qu'elle ne dégénère en cancer. Ces appréhensions sont plutôt le résultat de préjugés transmis de siècle en siècle que d'une observation attentive. Sans doute il n'est pas impossible qu'une production nouvelle , qu'un polype , par exemple ,

(1) Schmidt, Jahrbuecher, t. XXV, p. 29. Cité par l'Encyclopédie anatomique t. IX, p. 279.

(légénôro cri cancer; mais cela ne suCfit pas pour constituer une prédisposition : pour qu'il en lut ainsi, il faudrait pouvoir démontrer que la dégénérescence est plus fréquente dans ce tissu nouveau que dans l'organe sur lequel il s'est développé, et je ne sache pas que personne soit en état de faire une semblable démonstration.

Ta-êsiteiBiens. — 1' Prophylaxie. L'âge, l'hérédité et les afifections morales tristes sont les trois seules causes bien connues de cancer. Malheureusement contre ces trois causes on ne voit guère quels moyens préservatifs on pourrait employer : aussi la prophylaxie du cancer est-elle encore tout entière à trouver.

Le traitement du cancer proprement dit se compose de moyens locaux et de moyens généraux. , ,[.

2" Moyens généraux. — On remplirait de longues pages avec la simple énumération des médicaments qu'on a tour à tour préconisés contre le cancer. La ciguë, la belladone, l'aconit, l'arsenic, l'iode, le mercure, le fer, le cuivre, etc , etc., ont plutôt servi à faire la fortune de quelques uns de ceux qui les ont vantés qu'à guérir les malheureux malades; aujourd'hui ces moyens ne sont guère préconisés que par une certaine classe de praticiens.

3° Moyens locaux. — Ces moyens se proposent ou de résoudre la tumeur cancéreuse, ou d'empêcher le développement de la diathèse cancéreuse en enlevant de bonne heure la production morbide. Il suffit de se rappeler ce que j'ai dit de la nature du cancer pour juger de prime abord la puissance de ces moyens. Un agent thérapeutique ne peut amener la résolution d'une dégénérescence cancéreuse s'il ne neutralise d'avance l'altération générale qui la produit, et encore, alors même que cette altération serait détruite, ne le pourrait-il qu'à la condition que cette dégénérescence serait à son début. C'est donc bien en vain que l'on pratiquera des émissions sanguines locales, que I l'on appliquera des compressions lentes ou promptes, fortes ou faibles, ' que l'on apposera des topiques astringents, résolutifs et autres; tous ces moyens ne peuvent agir que sur les engorgements qui entourent | le cancer; mais le cancer, lui, résiste. L'électricité, essayée deux fois sans succès évident, pourrait agir autrement que d'une manière locale, et doit par conséquent être tentée de nouveau. Quant à la ligature des artères qui se rendent à la tumeur, en supposant qu'on puisse les lier toutes, c'est se montrer bien facile à l'illusion que d'es-. pérer que cette opération puisse produire la résolution de la tumeur.

Pour ce qui est d'empêcher par l'ablation de la tumeur la production de la diathèse cancéreuse, inclinant vers roi)inion (pii admet la préexistence de la diathèsCj je ne conçois guère comment on pourrait l'empêcher de naître en enlevant ou en détruisant un de ses produits. Il serait donc irrationnel de tenter dans ce Init l'extirpation des tu-

CANCER. /l95

meurs cancéreuses. Il esl des praticiens qui vont plus loin : coTiime dans toutes les maladies diatliésiques, si l'on vient , dans le cancer, à eidever la partie où la cause générale concentre son action, cette acîtion peut se porter ailleurs, et attaquer alors un organe important, tandis qu'auparavant elle s'épuisait sur un organe d'une importance moindre. Il faudi-ait donc, selon ces praticiens, se garder d'extirper ou de détruire des tumeurs siégeant dans un organe important, et s'abstenir encore, quand ces tumeurs se développent dans des parties opposées. Il y a cependant quelques circonstances dans lesquelles l'ablafion ou la destruction des tumeurs cancéreuses doit être tentée; c'est lorsque ces tumeurs empêchent mécaniquement les fonctions de quelque organe important, comme lorsqu'elles compriment le larynx, la trachée, les nerfs pneumo-gastriques, etc., ou bien encore lorsqu'elles ! marchent avec une rapidité qui menace prochainement la vie; dans ce dernier cas, on peut espérer que l'action morbide perdra de son énergie en changeant de théâtre. Il est des cas encore où la douleur est si atroce, qu'il est permis de penser que, quelle que soit laréciidive, elle ne prendra jamais ce caractère. Ainsi, le chirurgien qui n'a 1 aucune espèce de doute sur les rapports d'une tumeur avec une dia- ;thèse, pourra encore tenter de la détruire ou de l'enlever : 1" parce iqu'il est possible que la diathèse s'épuise après l'opération; 2" parce qu'elle peut mettre dans la reproduction de la tumeur depuis un mois ijustju'à dix ans et plus; 3° parce que la récidive peut être représentée H}ar une tumeur moins douloureuse qui amènera la mort tout aussi mûrement que la première, mais une mort moins cruelle, moins douloureuse. Ainsi, j'ai osé opérer une dame de quatre-vingts ans qui avait un cancer très douloureux à la jambe, suite d'un ancien cautère. Celte dame a vécu encore deux ans sans souffrir, et s'est éteinte tout doucement par une tumeur qui s est reproduite dans la tête.

,Ouand on n'aura pas jugé à propos de pi atiquer la destruction des I tumeurs cancéreuses, restera un traitement palliatif. Ce traitement oonsiste à calmer les douleurs, quand il en existe, par des applica- 1 lions calmantes, même par quelques narcotiques à l'intérieur à em- .pêcher, par les soins de propreté assidus, l'accumulation des matières ■putrides, et à s'opposer aux hémorrhagies, soit par l'abrasion des fon- ?osiiés qui en sont souvent la cause, soit par l'emploi des moyens hémostatiques que l'on met ordinairement en usage. ^ Ici arrivent naturellement quelques considérations sur la thérapeu- :ique (pi'on peut lire dans une de mes thèses (1), où elles se trouvent ivec des d.'veloppements que je iw, puis me permettre ici. J'en tirerai oarti quand il s'agira des tumeurs du sein.

(1) Indications et contre-indications en médecine opératoire, dans Annales 'le lachirurgje française. Paris , 18W, t. I, p. 300 et 448.

MÉLANOSE.

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