I. — Hydatides. — Vers vésiculaires
La première expression devrait être rayée de la nomenclature médicale comme représentant et tendant à perpétuer une confusion fâcheuse que les anciens auteurs avaient faite entre les kystes ou tumeurs liydatiques renfermant simplement un liquide, et les véritables hydatides qui renferment des êtres organisés. Ces êtres, qui reçurent le nom de vers vésiculaires, dénomination sous laquelle d'abord on les confondit tous, furent bientôt l'objet de nouvelles recherches dont le résultat fut l'établissement de plusieurs espèces distinctes. Aujourd'hui on en admet quatre, qui sont : 1» Vacéphalocyste, 2° le cysticerque, 3° ïepolycéphale, U° le ditrachycéros.
Ces parasites, sur lesquels Laënnec a surtout appelé l'attention, consistent dans une vésicule remplie de liquide, n'offrant aucune apparence d'extrémité céphalique ou caudale, renfermée dans un kyste et libre de toute adhérence. Jusqu'à ces derniers temps, ces vers ont été considérés comme les plus fréquents dans le corps de l'homme ; ils ont été rencontrés dans tous les organes ; mais on les observe surtout dans les organes parenchymateux, comme le foie, les reins, les poumons, le cerveau. La vésicule qui les constitue est lisse, arrondie ou ovoïde , à parois minces , fragiles , homogènes , transparentes ou légèrement opalines , légèrement extensibles et élastiques ; quelques unes offrent à leur surface interne ou au milieu du liquide des concrétions blanchâtres, du volume d'un grain de sable ou de semoule, que l'on a considérées comme des espèces de bourgeons ou d'œufs, qui devenaient après leur chute l'origine de nouveaux animaux. Le liquide renfermé dans la vésicule est limpide, incolore ou très légèrement jaunâtre, et ressemble beaucoup, quant aux propriétés physiques, à une faible dissolution de gomme. Ces vésicules hydatiques sont renfermées, soit uniques, soit en nojnbre plus ou moins considérable, dans un kyste à parois fibreuses plus ou moins résistantes, quelquefois cartilagineuses ou même osseuses, et qui sont elles-mêmes tapissées à 1 intérieur par une membrane très mince, facile à détacher des parois qu'elle revêt, renfermant un liquide semblable à celui qui remplit les vésicules et dans lequel nagent ces vésicules clles-mônies. Lekvste extérieur adhère ordinairement d'une manière assez intime avec le tissu de l'organe dans l("(incl il est contenu, et qui est déprimé ou atro|)hié, mais non altéré. Dans ([uclques Ciis, cependant, la pré-
ACÉPHALOCYSTES. ÉcHINOCOQUES.
ANIMAUX PAKASITES. 503
scnce des acéphalocystes détermine dans les tissus des pliénomènes de réaction inflammatoire pinson moins prononcés, et alors on peut trouver les liquides que nous avons décrits plus ou moins troubles, purulents même, et les vésicules plus ou moins altérées dans leur forme ou dans leurs autres propriétés.
Telle était la description que l'on donnait naguère des acéphalocystes, et telle est celle que l'on trouve dans les livres classiques. Mais l'animalité des vésicules hydatiques, déjà mise en doute par beaucoup de naturalistes, a été surtout combattue par M. Livois, qui, dans son intéressant travail sur les échinocoques (1), a changé l'histoire des acéphalocystes, ou plutôt a montré qu'on s'était entièrement mépris sur les divers caractères des tumeurs hydatiques . vésiculaires. Selon cet observateur, les vésicules que nous avons décrites dans l'intérieur d'un kyste, et que Laënnec a appelées acéphalocystes, doivent conserver le nom d'hydatides, et ne sont nullement organisées : ce sont les corpuscules que nous avons constatés dans leur intérieur qui constituent de véritables animaux, et ces animanx sont des échinocoques, échinocoques toujours multiples dans les hydatides de l'homme, toujours uniques dans les hydatides des animaux. Ainsi, par les recherches de M. Livois, l'échinocoque, dont l'existence chez l'homme avait été considérée comme très rare, et même niée, se trouve être extrêmement fréquente, en même temps que l'acéphalocyste disparaît de la liste des êtres vivants. Les corpuscules granuleux soumis au foyer du microscope ont paru à M. Livois être des agglomérations de petits vers, au nombre de quinze ou vingt, quelquefois cinq ou six, qui offrent les caractères suivants : petits vers ayant un corps lisse, oblong ou ovale, une tête armée d'une couronne de crochets disposée en deux rangées et munie de quatre suçoirs. Lorsque l'animal offre son complet développement, il a un diamètre de O™", 25 à 0""", 30 de long, etprésente la forme d'une gourde. La grosse extrémité de cette gourde contient les organes importants de l'animal, c'est-à-dire les crochets et les suçoirs, et a été considérée comme la tête ; la petite extrémité, qui est séparée de la première par une espèce d'étranglement souvent peu prononcé, a été appelée extrémité ou vessie caudale. L'animal ne se présente riue rarement sous la forme que nous venons d'indiquer ; le plus souvent sa tête (!st rentrée dans sa partie postérieure, et alors la forme générale de l'échinocoque se rapproche beaucoup plus de la forme ovoïflc et même arrondie. Dans cette disposition, la grosse cxtréniité de l'ovoïde correspond à la partie postérieure de l'animal, et offre à son milieu une dépression qui n'est jamais bien profonde; à la petite extrémité ou extrémité antérieure se trouve également une dé-
(1) Thèse de Paris, 1843, in-i.
^"'^ ANIMAUX l'ARASITES.
pression limitée par deux mamelons, desquels partent deux lignes noires qui, d'abord écartées, se rapprochent en descendant et s'écartent de nouveau à la manière des deux branches d'un X, pour aller se terminer à une bande transversale noirâtre formée par les crochets. Toutes ces particularités peuvent être constatées à la faveur de la transparence de la vessie caudale. On aperçoit encore dans son intérieur un nombre variable de globules oblongs , disposés en cercle complet ou hicomplet vers sa périphérie. Ces globules sont considérés par M. Livois comme des rudiments de nouveaux animaux, bien qu'ils n'aient aucune adhérence avec la vésicule-mère , pas plus que l'échinocoque lui-même n'en a avec la vésicule générale, caractère important qui distingue entièrement l'échinocoque des cénures.
Ainsi que nous l'avons dit , les acéphalocystes , qui sont maintenant des hydatiques renfermant des échinocoques , se développent presque toujours dans la profondeur des organes et à l'abri de l'action chirurgicale. Les acéphalocystes de l'utérus seraient, parmi ceux qu'on a observés, ceux qui intéresseraient le plus le chirurgien ; mais M. Livois a démontré que ces prétendus acéphalocystes étaient des productions très différentes des vers vésiculaires , et qui par conséquent ne doivent pas trouver leur histoire ici. Cependant dans quelques cas ces hydatides peuvent être superficielles : on pourra les reconnaître alors à une élasticité très marquée , et surtout au frémissement ou frôlement dit frôlement hydatique, que font entendre les vésicules qui se heurtent. Lorsque le diagnostic sera assuré, il conviendra d'ouvrir le kyste, d'en extraire tout le contenu , et de le panser ensuite comme une plaie ordinaire.
Les moyens internes que l'on a proposés pour prévenir le retour des hydatides; ou pour les détruire quand elles sont formées, ne jouissent d'aucune efficacité.
Gysticerques.
; Ces entozoaires sont, après les échinocoques, ceux que l'on rencontre le plus souvent chez l'homme ; néanmoins ils sont encore beaucoup plus rares chez l'homme que chez certains animaux, cl en particulier que chez le cochon, où ils constituent la maladie connue sous le nom de ladrerie. Le cysticerque a un corps cylindroïde ou légèrement aplati , ridé transversalement, terminé antérieurement par une tète obronde ou ovoïde , munie à son sommet d'une couronne de crochets , et à ses parties lat(!rales de quatre suçoirs courts , et post('ricurement par une vésicule remplie de liquide transparent , et que l'on a api)elc(i vésicule caudale. On connaît un grand nombre d'o.spèces du
ANIMAUX l'AUASlTES. 505
. yeiirc cysticerque, qu'il serait inutile de décrire ici. Le cysticerqvie est reiilermé dans une vésicule transparente ou opaline, remplie d'un i liquide au milieu duquel nage l'animal; il est presque toujours, sinon t toujours, unique dans la vésicule, et celle-ci est déposée dans les i tissus sans être environnée d'un kyste. Le cysticerque affecte à peu iprès les mêmes organes que l'échinocoque ; comme lui , il est souvent I multiple dans le corps humain. M. Demarquay a présenté, cette aninée (18Zi5) , à la Société anatomique , un exemple dans lequel on a pu . compter des centaines de cysticerques dans le système musculaire d'un ? seul membre inférieur. La présence de ces animaux ne réclame guère plus souvent que celle des échinocoques l'intervention de la chirurgie : cependant M. Siebel a rassemblé, dans un mémoire sur les cysti- 1 cerques de l'œil , des faits qui intéressent le chirurgien , et dont nous allons rapporter le résumé. Il résulte de l'analyse de ces faits , que les . cysticerques , quand ils se rencontrent dans la cornée , ou sous la conjonctive , s'annoncent par une tumeur, dont le volume a varié depuis i celui d'un très petit pois jusqu'à celui d'un haricot , et dont la forme ; a été ordinairement sphérique , quelquefois transversalement allongée. ! La situation de cette tumeur a eu lieu cinq fois à l'angle interne ou ' vers l'angle interne de l'œil , une fois vers l'angle externe, et une fois 1 entre cet angle et le bord externe de la cornée. Dans un cas où la tu- I meur occupait la cornée , ses caractères ont été modifiés , et la modi- ! fication dépendait surtout des troubles plus grands de la vision. Quant Là la marche, dans un cas , la tumeur était restée stationnaire depuis le moment où la malade s'en était aperçue jusqu'à l'opération. Dans un autre, la tumeur n'a été aperçue que quelques jours , et dans un troisième, quelques semaines avant l'opération ; enfin, dans un quatrième cas , la tumeur n'a été découverte que quinze jours avant l'opération ; mais elle était , en très grande partie , cachée sous la conjonc- ; tive, et il est impossible de savoir depuis quand elle datait. Dans I quatre autres cas (le mémoire étant basé sur huit observations), la i marche de la maladie est demeurée indéterminée. Les causes de ces I tumeurs n'ont pas été plus faciles à déterminer que celles des cysti- ~ cerques en général ; on a seulement remarqué que les malades étaient i jeunes. L'extirpation de la tumeur a été, dans tous les cas, couronnée lidc succès , et il ne paraît pas qu'il y ait eu de récidive.
POLYCÉPUALES.
Ce n'est qu'une espèce de cysticerque dans laquelle il existe , avec " une seule vésicule , plusieurs extrémités céplialiqucs ; cette espèce est i extrêmement rare chez l'homme, et même il n'est pas bien certain I qu'on l'y ait jamais observée.
ANIMAUX l'AKASlTES.
DlTUACIlYCÉROS.
Cetentozoïlire, sur lequel une observation de M. Lesauvage, de Caeii, et une autre de Sultzer n'ont pas levé tous les doutes , constituerait un genre qui aurait pour caractères un corps ovale , enveloppé dans une tunique lâche , à tête surmontée de deux prolongements en forme de cornes, recouvertes de filaments. Dans les deux observations citées, l'animal a été rendu avec les selles.
§2. — Entozoaires non vésiculaires qui se développent dam V intérieur
des tissus.
Ces vers sont le strongle géant , la douve du foie , le dimgonneau ou ver de Médine. Je ne parlerai que de ce dernier, qui présente un intérêt chirurgical.
Dragonneâu.
Rien n'est plus obscur que l'histoire de cet entozoaire , qui a encore reçu les noms de filaire , ver de Médine , de Guinée , ver cutané , etc. Très rare en France , et même dans la plupart des contrées d'Europe, au point que beaucoup d'auteurs en ont nié l'existence , il serait , au dire de quelques uns , assez commun dans quelques parties de l'Afrique. Une observation publiée par M. Maisonneuve (1) tend à dissiper un peu l'obscurité qui règne à ce sujet, et c'est d'après cette observation que je vais tracer quelques traits de l'histoire de cet entozoaire.
Le sujet sur lequel on l'a observé était un homme âgé de vingt-huit ans , qui avait séjourné pendant deux ans et demi dans le Sénégal. Cet homme entra à l'hôpital pour une petite tumeur furonculeuse , située sur le dos du pied gauche, et qui existait depuis un mois. Le malade était revenu en France depuis quatre mois et demi , et jamais auparavant , soit dans le Sénégal , soit depuis son retour, il n'avait éprouvé aucune incommodité. La petite tumeur s'était abcédée avant l'entrée à l'hôpital , et par l'orifice de la plaie sortit bientôt une sorte de filament dont on put extraire 20 centimètres de long, après quoi il se rompit; ce filament fut reconnu pour être une portion de ver. Le malade fut alors examiné soigneusement, et l'on ne trouva d'autre lésion qu'une autre petite tumeur furonculeuse qui existait à la partie supérieure externe de la jambe gauche, et qui ne causait qu'une légère démangeaison; de cette tumeur partait un cordon dur qui descendait audevant de la jambe en aireclaut un li-ajot tortueux analogue aux varices, et se portait ensuite vers la partie interne, où il disparaissait au
(1) Archives de médecine, IV- .série, 1844, t. VI, p. 472. — Encyclopédie analomiijue, l. IX, Ànntomie pathologique ijénérale, p. 405.
ANIMAUX PARASITES. 507
ùveau du mollet. Quelques jours plus tard, la tumeur inférieure de- ,.int plus douloureuse; il se forma de nouveaux abcès qui nécessitèrent de nouvelles incisions. En même temps, la tumeur supérieure Honna issue par la pression à quelques gouttelettes d'un liquideblanc , .semblable à du petit-lait. L'examen de ce liquide , tait au microp5Cope , fit voir des myriades de petits vers cylindriques , a queue ethlee, à tète mousse et non renflée, d'un millimètre de long; ils s'agitaient avec beaucoup de rapidité. Il fut impossible de constater aucune ou- .verture buccale ou caudale, non plus qu'aucune trace de crochets, de tentacules, ni d'autres prolongements. La queue , qui formait environ le tiers de la longueur de l'individu, se terminait en s'effilant ^graduellement. On acheva d'extraire le ver inférieur par fragments , ipuis on pratiqua une incision le long du cordon noueux , qu'on attriibua dès lors à la présence de l'autre ver ; cette incision fît voir, en effet, plusieurs circonvolutions de ce ver, disposées dans le tissu sous-cutané de la même manière que la partie inférieure du canal déférent. Ce ver fut enlevé en différents fragments , qui étaient tous d'un blanc de lait, cylindriques , du volume d'une plume de corbeau ; sur deux points opposés de leur circonférence régnait, dans toute leur longueur, une ligne demi-transparente , d'un demi-millimètre de largeur ; ces fragments représentaient tous un tube , dont les parois avaient un cinquième de millimètre environ d'épaisseur, et étaient composées de deux membranes : l'une, externe, coriace , ne se laissant couper que difficilement avec la pointe du bistouri; l'autre, interne, facile à séparer en filaments longitudinaux très déliés , mais assez difficile à rompre dans le sens transversal; ces deux membranes étaient réunies par un tissu amorphe. Dans les fn^ments retirés de la plaie supérieure, on trouva deux extrémités céphaliques; dans ceux de la plaie inférieure, on ne trouva ni tête ni queue ; on a pu retrouver dans l'intérieur du tube un liquide en tout semblable à celui qui s'était écoulé par la petite tumeur supérieure. La longueur des deux différents fragments extraits de la partie supérieure et appartenant au môme individu s'élevait à 70 centimètres: encore ne constituaient-ils pas le ver tout entier. Après ces différentes extractions , les plaies se cicatrisèrent facilement.
Cette observation indique à la fois les caractères du dragonneau , son mode de production, et la conduite qu'il faudrait tenir si l'on en rencontrait un situé comme celui dont on vient de lire l'histoire.
L'histoire des vers intestinaux est mieux placée dans un livre de médecine (1).
(1) Voyez «remser, Traité zoologique et jihysiologùiuc des vers inleslinaux. Paris, 1837, in-8, et allas.
Varasites vivant à l'extérieur du corps. — Épizoaires,
Ces animaux appartiennent tous à la division des insectes. Ce sont : Vacarus scabiei; plusieurs espèces de pedicuhis, et les pulex. Le premier de ces animaux donne lieu à une affection qui est du domaine de la pathologie spéciale et de la médecine ; quant aux autres , ils sont trop connus pour que je doive m'en occuper ici.