‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 3)Chapitre 133 sur 302 · MALADIES DES DIVERS TISSUS ORGANIQUES · texte numérisé non relu

MALADIES DES DIVERS TISSUS ORGANIQUES

Dans cette partie de l'ouvrage, les rapports de l'anatomic et de la chirurgie' vont devenir plus directs. C'est l'anatomiequi précédera et qui connnandera les principales divisions. En tête de chaque section sera un exposé succinct d'un tissu organique, puis viendront ses lésions chirurgicales. C'est donc la chirurgie des tissus que je vais exposer dans ce livre deuxième.

SECTION PREMIÈRE

Anatomie.

La disposition de la peau, sa structure, ses fonctions, ont toujours vivement f préoccupé les physiologistes et les médecins. Les chirurgiens ont fini par recont naître le parti qu'ils pourraient tirer de l'étude de cette membrane. Enveloppe » de tout le corps et accusant ses formes, placée entre lui et le monde extérieur, la peau joue un grand rôle en chirurgie et en médecine opératoire. J'ai déjà,

I plusieurs fois, établi les différences qui existent entre les lésions qui sont avec ■ division de la peau et celles qui sont sous-cuianées. En parlant des brûlures,

on a déjà pu constater les avantages de l'étude des diverses couches du tégument, et ce que je vais dire démontrera ce que le diagnostic peut en attendre.

Les éléments qui composent la peau, son mode d'adiiércnce, l'âge, certains mouvements organiques , la nécessité dans laquelle elle se trouve de se prêter aux

II développements physiologiques ou pathologiques des organes qu'elle recouvre , 1 des tumeurs qui naissent sous elle, et d'autres circonstances encore, ijiiprimen't

à sa surface des particularités qu'il faut connaître. Ce sont des inégalités , des plis, dos rides.

Les inégalUés sont surtout produites par la terreur, par le froid. La peau > prend alors un aspect granulé {chair de poule) , qu'on attribue aux follicules, (lesquels sont plus prononcés chez l'homme que chez la femme.

Les sillons et rides ont plusieurs variétés : il en est de superficiels et qui «semblent ne pas aller au delà des deux couches les plus externes de la peau ; on les attribue au jeu des organes .sou.s-jacents, comme les nuiscles, au développement à la turgescence, ù l'alTai.sscment allcrnalifs des autres tissus sous-cutanés. Ces rides peuvent être remarquées sur tout le corps; elles n'existent pas chez les cnfanis, les jeunes filles; elles ne ,sonl d'aucune importance eu médecine opératoire.

Il est des rides plus profondes, plus réelles, qu'on observe surtout chez le»

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vieillards, sm-loul chez les vieilles femmes, et à tous les ftges, à l'âge adulte surloul, quand la peau a dil se prêter à une dislensioii qui s'est prolongée et qui est allée au delà des limites nauirellcs parle développement d'une tumeur volumineuse, d'une hydropisie ou de plusieurs grossesses. Comme avec ces l ides il y a une grande flaccidité de la peau, les ecchymoses, les autres inliltralions seront ici plus laciles. La gangrène pourra plus facilement frapper les téguments quand ils s'enflammeront. La suture , les serres-fines seront ici préférables aux autres moyens de réunion des plaies, car la peau aura une tendance à se rouler sur elle-même, surtout si elle est en excès, si pendant une opération on n'a pas su en sacrifier la portion voulue.

il est d'autres rides profondes, de vrais sillons qu'on peut constater là où s'opèrent de grands ou de fréquents mouvements, ainsi à la face, à la paume des mains, sur les articulations diarthrodiales; on les observe aussi au cou, au ventre des sujets à fort embonpoint. Ces sillons peuvent conduire le couteau du chirurgien, car ils ont des rapports assez constants avec les interlignes articulaires: au poignet, sur les faces dorsales et palmaires des doigts sont des lignes déprimées qui conduisent directement dans l'articulation ou à une distance qui permet de la trouver sans peine. Mais ici cncçre, il faut que la région qui porte ces indications soit saine, et, pour les doigts, il est certains cas de rétractions fibreuses qui changent singulièrement les rapports des plis cutanés avec la cavité articulaire.

Indépendamment des plis et sillons que je viens de faire connaître, la surface extérieure de la peau offre des lignes saillantes plus ou moins ondulées, séparées par d'autres lignes ayant la même direction , remarquables sin-tout à l;i paume de la main, à la plante des pieds; elles sont formées par des séries de i)apilles. ■ Puis sont des pointillés qui sont dus à des ouvertures très petites pour les follicules sébacés, pour les poils, pour les canaux sudorifères.

11 a été entrepris de nombreuses et savantes recherches pour démêler les éléments qui composent la peau , connaître sa structure. On est loin de s'entendre cependant sur ce point d'histologie assez peu clair dans les auteurs. Si l'on veut que la mémoire retienne quelques détails sur la stracture de la peau , voici comment elle doit être présentée. Les anciens n'admettaient que deux couches à la peau : le derme, qui est blanc, et l'épiderme, qui est cendrt. Je vais donner une idée du derme ; je parlerai ensuite de l'épiderme, et je montrerai qu'entre ces deux éléments il y a autre chose.

Le derme ou chorion, c (1), forme presque toute l'épaisseur de la peau et sa partie solide; il est composé de fibres feutrées, entrecroisées, laissant entre elles des vacuoles et disposées en réseau à la couche la plus profonde de la peau. Si, comme M. Flourens , on laisse macérer longtemps le derme, on peut^ le diviser arlificicllcment en plusieurs lames; la lame la plus exiériehre est d'un tissu très dense et a des trous très petits pour le passage des poils. Il s'élève sur sa face épidermicpie de petits cônes, qui sont les papilles de la peau, d ; les lames qui viennent après ont une texture moins dense et ont des ouvortiucs (rnulanl plus grandes qu'on se ra|)proche plus de la face adhérente de la peau. Ces ouvertures des diverses lames réunies forment les loges, les vacuoles qui renferment du tissu graisseux, et constituent les cavités lymphifèrcs d'Kicliorn. Le derme est très extensible , rétraclile , et a une force Ionique très prononcée.

L'épiderme est une excrétion desséchée, grisâtre, un vernis sec, défensif.

(1) La ligure 121 représente une coupe pcrpendiculahc de la peau, d'après Mandl. (Grossissement, 30 fois.) Analomie microscopique, t. 1, in-fol. fig.

ANAÏOMIE.

Si, avec M. Flourens , on examine une lame d'épiderme d'adulte et détachée du derme par la macération, on voit la face qui était en rapport avec le derme hérissée de petits prolongements, qui ne sont autres que les gaînes fouinies aux poils par Tépiderme. La même lame d'épiderme, prise sur un fœtus très jeune, n'a ni trous ni prolongements. Le même feuillet épidermique appartenant à un fœtus moins jeune ollVe du côté du derme de petits prolongements, et du côté de l'atmosphère de petites éminences dont aucune n'est percée. Ce sont là des gaînes destinées aux poils.

Voilà donc les deux couches de la peau qui ont toujours été admises : le derme et Vépiderme. Mais entre elles existe réellement une autre couche , sur la composition de laquelle il y a eu divergence parmi les anatomistes : c'est pour les uns le corps muqueuœ, e, c'est le corps réticulaire ; pour d'autres , c'est la couche granulée , le feuillet albide , etc. En réalité, il y a là un second épidémie, mais non desséché; il est étendu sur le derme comme une couche sale ou d'un jaune gris ; il est plus mince que l'épiderme extérieur, et a les mêmes prolongements à sa face interne pour se fixer au derme et former des étuis aux poils.

Une macération habilement conduite a donné à M. Flourens des idées très justes sur les éléments de la peau; elles sont exposées dans un beau travail (1). Pour ce savant, dans la race blanche, il y a trois couches : 1" le derme, 2° l'épiderme interne, 3" l'épiderme externe. Mais chez Vlndien Charmas , le nègre et le mulâtre , il faut ajouter deux autres éléments qui constituent Vappareil pigmentai. Selon M. l'iourens, cet appareil serait conslilué par une modification = de la couche la plus'superticielle du derme ; là, le chorion se transformerait en une mcml)ranc analogue à l'épiderme ^''^^ interne dont je viens de parler, laquelle membrane, blanche comme l'autre, sécréterait la matière qui teint en brun ou en noir la peau des races colorées. Ainsi, chez le nègre, par exemple , voici les couches de la peau, en procédant de la plus profonde à la plus superficielle : 1° le derme, 2» la membrane du pigmentum (transformation de la couche la plus superficielle du derme) , 3" le pigmentum , à" l'épiderme interne, 5° enfin l'épiderme externe.

On conçoit alors qu'un vésicatoire appliqué sur un individu d'une race colorée, et n'enlevant que les deux épidermes, on conçoit que la couleur persiste ; on s'explique aussi sa reproduction, même quand le pigment est enlevé par une brillurc; mais il faut, pour cela, que la membrane qui prodidt ce pigment reste intacte. La connaissance de la texture de la peau du nègre explique encore comment une brillure qui atteint cette membrane pigmentale et une couche du derme laisse une cicatrice blanche, ce qui fait nécessairement tache.

La race blanche porte des vestiges de cet appareil piguiental , soit accidentellement, soit naturellement. Ainsi certaines taches de la peau, appelées ie/Uî7^es et qui sont très brunes, sont formées par un point des téguments, qui ailleurs n'a que trois couches et (jui ici a cinq couche.^, c'est-à-dire, en plus, l'appareil pigmentai. Cette disposition est surtout remarquable sur le mamelon de la femme, même de la femme blanche.

(1) Voyez Ànatomie générale de la peau et des membranes muqueuses in-4 Paris, 1843. '

52^1. MALAUIES Uli LA i'EAU.

D'aulres éléincnls analoniiqucs entrent encore dans la composition de la peau , ce qui est facile à prévoir quand on a une idée de ses fonctions. Ainsi des nerfs et des vaisseaux sanguins, surtout les capillaires artériels y sont très abondants ; il y a des veines, des lymphatiques qui la traversent, s'y répandent après des divisions extrêmes et très nombreuses, ce qui donne à la peau une sensibilité , une vitalité très grandes. Les follicules sébacés sont partout dans la peau , excepté à la paume de la main et à la plante des pieds. Ces organes sont comme de petits grains de millet sous forme d'ampoules , le plus souvent disséminés, quelquefois très serrés les uns contre les autres. La couche de la peau qui leur correspond est amincie , réfléchie sur elle-même et pourvue d'un grand nombre de très petits vaisseaux sanguins. La cavité de ces petites ampoules est remplie d'une humeur grasse qui peut se concréter et acquérir ainsi une certaine consislance.

il y a longtemps qu'on parle de l'appareil sudorifère contenu dans l'épaisseur de la peau. Selon G. Breschet et iM. Roussel de Vauzènc, cet appareil serait composé : 1° de petites glandes dans la profondeur du derme, 2» de canaux flcxueux et spiroïdes qui en partiraient, 3° qui s'ouvriraient précisément cnire deux papilles. L'existence de cet appareil a été contestée, et par Ollivier (d'Angers), et par M. Giraldès ; ce dernier, par des dissections, aidées du microscope , croit avoir prouvé que les prétendus canaux spii oïdes ne sont que des filets nerveux; les granulations graisseuses enveloppant ces nerfs auraient été prises pour de petits corps glanduleux.

D'un autre côté , on voit dans i"atias de M. IMandl une gravure représentant l'appareil sudoripare parfaitement représenté et d'après nature. Je le reproduis: l-'ig. 121. a, glande sudoripare; b, extrémité du conduit de cette glande, lequel parcourt toute l'épaisseur de la peau : on le voit ici à travers les vacuoles du derme, puis en rapport avec l'épiderme et prenant une forme spiroïde.

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