CHAPITRE PREMIER
11 est une foule d'anomalies des téguments qui ne peuvent nous intéresser ici. J'ai déjà traité quelques unes des difformités de la peau, en pariant du tissu cicatriciel ou fibreux anormal. Je ne dois preseiiicr dans ce chapitre qu'un simple aperçu de quelques tumeurs de la peau qui sont rapportées à un excès de nutrition.
Les divers éléments qui entrent dans la composition de la peau peuvent se développer anormalement. Cette membrane présente alors une épaisseur et une anq.leur extraordinaires. M. Andral parle souvent, dans SCS écrits et dans ses leçons, d'une dissection qu .l a latte d une partie de la peau d'un membre inférieur qui lui a pt;esente une hypertrophie de tous les éléments cutanés. M. Rayer mentionne aussi un a.t analogue. Il est des points où la peau présente plus souvent cette exubérance imtritive, au nez , à la vulve, au scrotum. Les k.lhcules, les vaisseaux, le iUmnv., réi)iderme, s'I.yperlrophienl «pielquelois isole-
ment, et forment les tumeurs ou élevures que je vais examiner. A la rigueur, j'aurais pu traiter de la plupart de ces tumeurs dans un av- Wc\c Hypertrophie, et d'autres auraient trouvé leur place dans les lésions organiques. Mais connue elfes semblent atteindre séparément un élément delà peau, j'ai préféré les rapprocher de l'anatomie.
Tannes , élevures , kystes foUicuIeux.
Les tumeurs formées par les follicules sébacés de la peau ne sont pas considérées par tous les auteurs comme une hypertrophie de cet élément anatomique. On suppose quelquefois une sécrétion plus considérable de la matière sébacée ou une oblitération de l'ouverture extérieure; de là l'accumulation de cette espèce de corps graisseux, de là des tannes, des élevures et des timeui's.
Les tanjies el élevures sont de petits corps filiformes, d'une demiligne à deux lignes de diamètre, formés par une matière grasse facile i.à écraser entre les doigts, et contenus dans les follicules de la peau. ' L'extrémité de ces corps, que le vulgaire prend pour des vers, est noire ou brune. On les observe principalement sur le nez, sur les traits zygomatiques, sur le sternum, autour des mamelons, et sur les autres points où les follicules sont très apparents. Il n'est pas difficile de vider • ces élevures en les piquant avec la pointe d'une aiguille à cataracte et : en les comprimant ensuite. Les kystes foUiculeux étant plus impor- ^.tants, je vais en faire un paragraphe à part.
§ 1 . — Kystes foUiculeux.
Je désigne ainsi les kystes tégumentaires , parce qu'ils ont leur point de départ dans un follicule cutané ou muqueux, dont ils conisei-vent la structure. Ils sont dus à la dilatation morbide d'un follicule irauqueux ou sébacé, par l'accumulation dans sa cavité de son produit .de sécrétion. Les premiers ont été vus aux lèvres , à la vulve sur le •prépuce; les seconds, beaucoup plus fréquents , se développent dans 'les parties abondamment fournies de follicules sébacés, à la face au tcuir chevelu, sur le dos, les membres, et môme sur les doigts (Volpeàu) .
Anatoniie imthologriciue. — La membrane du kyste, assez ^épaisse et résistante, esf formée d'un tissu cellulo-fibreux feutré, analogue au derme; elle est peu susceptible des transformations que l'on •observe souvent dans les autres kystes; elle est lisse, unie, douce au toucher, et couverte de prolongements villeux à sa face interne : la •lace externe de cette membrane adhère d'une manière très lâche aux tissus profonds, et môme à la peau, si ce n'est dans un point plus ou ■►laoïns rétréci, où l'adhérence est assez intime. La matière contenue
dans les kystes sébacés se présente sous des aspects tvès variés : oixiinairemeut demi-fluide, onctueuse et filante ou granuleuse, blanchâtre, et semblable à de la bouillie, d'où le nom cVat/iéroine ; elle a quelquefois l'apparence du miel, et c'est aloi's que la tumeur prend le nom de mélicêris. Dans quelques kystes anciens, on l'a trouvée concrétée et disposée eii couches concentriques. La plupart de ces kystes renferment des produits épidermiques, et de véritables poils plus ou moins longs et nombreux ; les uns libres, les autres adhérents aux parois de la tumeur, se trouvent souvent mêlés aux matières variées que j'ai indiquées. Ces kystes pileux , qu'il ne faut pas confondre avec les kystes embryonnaires, lesquels renferment aussi des poils, des dents, des os, etc. , et dont l'origine est bien différente, s'expliquent tout naturellement par le développement exagéré des bulbes pileux rudimentaires à l'état normal dans les parois du follicule.
Causes. — Les influences qui donnent lieu à la production de ces kystes sont fort obscures. On les a observés dans tous les âges; certaines familles: y sont plus disposées. L'irritation du follicule et l'activité exagérée de sa sécrétion sont les causes immédiates du développement de la tumeur, soit que l'orifice du follicule soit oblitéré, soit que la matière qu'il sécrète, trop consistante pour traverser son orifice rétréci, se durcisse et forme bouchon. Peu à peu la matière sébacée s'accumule, distend le follicule et le transforme en kyste.
Symptômes. — La tumeur débute ordinairement par quelques saillies ou rugosités rougeâtres dont on fait sortir, quand on les comprime , de petits cylindres de matière suifeuse, analogue à de petits vers. Au bout d'un temps plus ou moins long, lorsqu'elle est constituée, la tumeur se présente sous deux formes comiues sous les noms de tanrie et de loupe. J'ai déjà parlé de la première forme.
Sa seconde variété, fréquente au cuir chevelu , difl'ère de la précédente par l'absence de l'ouverture du follicule, qui s'est oblitérée, par son plus grand volume qui peut égaler celui d'un œuf ou d'une orange. Elle est arrondie, quelquefois ovoïde ou aplatie, mais bien circonscrite, quelquefois pédiculée, mobile, non douloureuse à la pression , sans changement de couleur à la peau, et de consistance molle.
»in^-»4»stie. — Le diagnostic des kystes sébacés est des plus simples quand il est possible de désobstruer l'orilice du follicule et d'en exprimer une partie du contenu. Mais quand l'orilice est oblitère, il est i)arfois dilTicile de les distinguer des kystes séreux des abcès froids et même de certains lipomes. La ponction exploratrice serait le seul moven d'éviter l'erreur, d^ailleurs sans gravite.
]fl»r('lie |iroiu»stic, lerminaiwons. — Les kystes deimoules ont mi développement lent, et lorsqu'ils ont atteint un certain volume, ils restent le plus souvent stalioimaires. Ils ne sont pas
susceptibles de résolulion. S'ils s'eniUiramcnt, ils, peuvent s'ouvrir à l'extérieur, rejeter au dehors le kyste frappé de mort, et se guérir radicalement. Mais si la membrane du kyste persiste, la plaie reste fistuleuse, et des végétations fongueuses nais.sent de son fond. Ces kystes ont en général fort peu de gravité par eux-mêmes. Ils peuvent persister toute la vie sans dégénérer, à moins qu'ils ne soient soumis à des excitations répétées; ils ne gênent pas, à moins qu'ils n'occupent certains points du crâne, le front, les paupières, etc.
Traiteiiient. — Le traitement est soumis aux règles déjà posées quand il a été question des kystes en général. Ceux-ci sont ouverts et vides, quelquefois on cautérise la poche, ou bien on en excise une portion, et, ce qui vaut mieux, on emporte le tout. Toute la poche est enlevée après son ouverture, ou bien l'ablation en est faite avant l'ouverture , ce qui n'est pas toujours possible. Quelquefois , an lieu de faire l'ablation de la poche par une dissection minutieuse , on saisit avec des pinces à disséquer cette même poche déjà ouverte, et on la soumet à une espèce d'arrachement. Comme on le pense bien, ce dernier procédé n'est applicable qu'aux petites tumeurs. Il est bien entendu que rien du contenu ne devra rester sur la plaie, laquelle sera lavée avec le plus grand soin avant sa réunion.
Autres tumeurs de la peau. —Verrues. — Poireaux. — Productions cornées.
Je rappellerai ici ce qu'on (ippeïle nœoi vasculawes , taches de vin anfjieclasie capillaire. Ces difformités seront décrites à l'article des maladies (Jes vaisseaux, quand il sera question des tumeurs érectiles.
Dans certaines régions, l'hypertrophie porte sur le derme d'une manière remarquable : ainsi, à la face, on voit cette partie de la peau du nez et le tissu cellulaire sous-jacent prendre un tel développement, que cet organe en devient monstrueux. Ces petits tubercules lenticulaires, qui apparaissent sur diverses parties du corps, et*surtout sur la lèvre supérieure, lesquels sont surmontés de quelques poils ces tubercules sont formés par une hypertrophie partielle du derme et probablement par l'existejice accidentelle de l'appareil piginentaire de la peau, tel que je l'ai décrit on commençant cette section, d'après les travaux de M. Flourens. Ils ont la consistance de la peau environnante et souvent la même couleur; on ne les observe pnjscpK; jamais chez les enfants, excepté ceux "de la face, qui sont quelquefois congénitaux. Ces tubcrcuhis augmentent de volume d'une manière lente et progressive ; ils ne suppurent pas et ne se terminent jamais par résolution. Il est iinjtilede les extirper, et d'ailleurs il est des malades qui les considèrent comme un ornement dont ils ne voudraient nas se déparer.
§ 1. — Verrues. Poireaux.
Ce sont de petites excroissances brunâtres qu'on observe le plus souvent sur la main, surtout à sa face dorsale. On peut cependant > trouver de ces tumeurs sur toutes les parties du corps , même à la plante des pieds. Elles sont rarement solitaires; quand il y en a plusieurs chez le même individu, presque toujours elles occupent la même région. Elles sont quelquefois extrêmement nombreuses. Les verrues s'élèvent au-dessus des téguments à une hauteur qui va de 1 à 8 ou 10 millimètres. Leur forme varie : il en est de plus ou moins arrondies, blanches, molles, souvent pédiculées, chagrinées à leur surface, présentant en général un aspect grenu, comme une mûre : ce sont là les véritables verrues. 11 en est d'aplaties, d'une couleur rouge et brune, dures au toucher, unies à leur surface : ce sont celles qui ont été appelées po/m^î/j;. Ces deux espèces d'excroissances diffèrent aussi parleur structure. Lesi-erraes sont constituées à l'extérieur par une enveloppe épidermique et par un tissu mou et dépressible, dans lequel rampent de petits vaisseaux ; les poireaux sont composés de fdaments d'apparence fibreuse plus ou moins nombreux et disposés en pinceau. On pense que ce sont dans les deux cas des papilles très développées.
On a cru à tort que les verrues étaient contagieuses. Elles ne causent réellement de la douleur que quand une chaussure un peu étroite porte sur elles ; par elles-mêmes on peut dire qu'elles ne causent aucun accident. Souvent elles disparaissent spontanément. Cette terminaison n'appartient qu'aux poireaux : les verrues, une fois développées, demeurent indéfiniment stationnaires.
Les sucs d'un grand nombre de plantes, celui de la grande chélidoine, du tithymale et de quelques autres euphorbiacées, ont été considérés comme très efficaces contre ces excroissances ; mais on remarquera que c'est surtout contre les poireaux, dont la guérison spontanée est fréquente. La coïncidence de l'emploi de ces sucs avec la chute naturelle de ces petites tumeurs a beaucoup contribué à faire la réputation de ces plantes. Les seuls moyens réellement efficaces sont la ligature, la cautérisation et l'excision. Pour praticpier la destruchon des verrues à l'aide des caustiques, on Applique sur la partie des téguments qui les supportent un corps gras, afin de la protéger ; après, on touche l'excroissance avec un pinceau trempé dans un acide , ou l'azotate acide de mercure. La tumeur est convertie en détritus et disparaît ; reste à sa place une petite plaie, dont la cicatrisation est rapide. La ligature n'est applicable qu'aux verrues pédiculées ; elle a l'inconvénient de produire des douleurs souvent très vives. Ce qui vaut beaucoup mieux, et ce qui est plus sim|.le et plus rationnel, c'est
de pratiquer l'excision avec des ciseaux courbes. J'ai opéré ainsi un jeune commis en librairie qui me fut adressé par M. J.-B. Baillière, t'I qui avait les deux mains presque entièrement couvertes de verrues. Je ne les enlevai pas toutes dans la même séance : j'y revins à six reprises différentes. Il y en avait qui étaient sur les doigts et à leurs î iases. Un coup de ciseau d'abord, cautérisation immédiate avec l'azotate d'argent ensuite. Il ne survint aucune inflammation ; le jeune iiomme fut complètement débarrassé de ces aspérités qui rendaient .'Ses mains difformes et qui le gênaient beaucoup.
§ 2. ^ — Productions cornées.
La science est assez riche en faits relatifs aux productions cornées : ■ on en a trouvé un nombre considérable sur presque toute la surface (du corps. D'autres fois on n'observe qu'une ou deux de ces product lions : c'est alors qu'elles peuvent avoir un volume considérable. On a 1 parlé d'une de ces excroissances qui avait 9 pouces de longueur sur 3 de large à sa base. On en a vu une autre qui avait la même grosseur ; imais sa longueur était de 11 pouces. Dans ces derniers temps, Sou- ! berbielle a présenté une énorme corne dont il avait débarrassé le front i d'une femme.
Quand ces productions n'ont qu'un petit volume, elles sont enve- V ioppées par une pellicule ; plus tard, cette membrane mince n'em-
I brasse que la base de la végétation. Elle ne s'enfonce pas au delà du derme. La plupart des mammifères , ceux qui ont ou n'ont pas de cornes naturellement, peuvent en avoir accidentellement. Ainsi le bœuf peut en avoir ailleurs qu'à la tête, et on en a observé sur les chevaux et pas mal dans notre espèce.
Les femmes offrent plus d'exemples de productions cornées que les hommes, la vieillesse plus que la jeunesse : cependant on en a observé chez de très jeunes enfants. Saint-Georges Ast a observé un malade dont presque tout le corps présentait de ces excroissances : il n'avait que treize ans. Les faits rapportés par ïngrassias et Fabrice de Hilden se rapportent à de jeunes filles.
C'est à la tête, sur le crâne, qu'on les observe plus fréquemment ; lon en a encore observé assez souvent sur les cuisses. Le dos, la poitrine, les bras, les mains, les pieds en ont offert quelques exemples. "Suivant G. Brescliel, les points qui leur donneraient le plus souvt'iit naissance seraient ceux oii les membranes muqueuses se confondent > avec le tégument externe. Elles se sont montrées, mais rarement, sur la surface d'une plaie.
Les productions cornées, qui sont d'abord recouvertes en entier par 1 l'épiderme et qui se dégagent bientôt de cette membrane, n'ont pas
encore été étudiées avec assez de soin dans leur structure, dans leurs rapports pour savoir comment elles tiennent à la peau. Cependant nous en savons assez pour assurer que ce sont des excroissances des téguments, et qu'elles présentent dans leur composition la plus grande analogie avec les ongles et les poils. On voit en effet des ongles qui par une aberration ou une exagération de nutrition, revêtent tout h fait la forme, la consistance des cornes. Je viens découper un de ces ongles, et pour cela j'ai dû employer une très bonne scie.
Abandonnées h elles-mêmes, ces productions prennent un accroissement contmuel, mais avec une grande lenteur ; elles ne déterminent d'autres douleurs que celles qui résultent du tiraillement des téguments au niveau de leur point d'implantation, excepté dans certaines régions ; ainsi à la partie supérieure et interne de la cuisse elles causent de vives douleurs, des excoriations pendant la marche et celles des ongles des pieds ne peuvent prendre quelque développement sans empêcher le malade de marcher avec des souliers. Celles qui sont nombreuses doivent nécessairement apporter une gêne considéi-able dépendant de la pression qu'elles exercent sur les parties molles voisines. La jeune fille observée par Fabrice de Hilden ne pouvait se tenir debout, s'asseoir ni se coucher sur le dos.
La chute d'une production cornée est détemiinée par l'ulcération de la peau qui lui sert d'insertion. II est assez ordinaire que la corne se reproduise; ce qui est plus malheureux, c'est de voir l'ulcère qui succède à la chute de la corne prendre les caractères d'un ulcère cancéreux.
Il n'y a qu'un traitement, c'est l'ablation. Pour cela il faut circonscrire la peau d'implantation à l'aide de deux incisions courbes, de manière à enlever la production cornée avec la portion des téguments sur laquelle elle repose. Pour les cornes des ongles, on peut imiter la conduite que j'ai tenue dans le cas que je viens de citer.