‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 3)Chapitre 138 sur 302 · SECTION DEUXIÈME · texte numérisé non relu

SECTION DEUXIÈME

Anatomic.

Le tissu cellulaire est considéré comme l'élément organique général cl générateur ; il est partout ou presque partout, et c'est lui qui l'ournil les matériaux des productions normales ou anormales. Il n'a pas toujours la disposition que son principal nom indique , car il ne re|)résente pas toujours des ce/to/e.?; il est quelquefois .sous forme de fibrilles, de lamelles, de réseau; quelquefois même c'est un corps muqueux, glulineux, plutôt qu'un tissu. Ces étaus varient selon l'âge de l'individu, de l'organe, les rapports du tissu , ses fonctions, ses altérations. Kn général, le tissu cellulaire abonde autour des organes importants et là où s'opèrent de grands ou de fréquents mouvements. 11 est à profusion dans la région inguinale, dans l'aisselle, au jarret, à la main, dans l'orhite. D;ms les endroits où les mouvements sont très marqués, le tissu cellulaire est lâche : ainsi au.x paupières, au .scrotum. Ayant aussi pourdestinaiion d'envelopper les organes, de former des cloisons qui les séparent, le lissu cellulaire doit être très abondant, toutes choses égales d'ailleurs, dans les région

OÙ les organes sont nombreux : ainsi h la région cervicale. Les organes d'une région ne se louchent pas tous et sur tous les points ; ils sont séparés par des espaces qui, en général, affectent la forme triangulaire; les régions, les cavités communiquent entre elles par des ouvertures qui affectent souvent la forme circulaire ; ces espaces, ces ouvertures sont comblés par du tissu cellulaire. Ce tissu est donc continu d'un organe à l'autre, d'une région à l'autre. On peut observer ces diverses dispositions du tissu cellulaire au cou, car presque tous les muscles de cette région bornent des espaces triangulaires depuis le plus grand espace qui a pour principales cordes le sterno-mastoïdien, le trapèze, jusqu'à celui qui est formé en avant et en arrière par les deux scalènes. On voit aussi, au cou, les ouvertures qui font communiquer cette région avec la tête et avec la poitrine.

Ce que l'opérateur n'oubliera pas, c'est que dans ces espaces, dans ces ouvertures avec le tissu cellulaire se trouvent toujours des vaisseaux ou nerfs importants. On dit partout que le tissu cellulaire qui va d'un organe à un autre, d'une région ou d'une cavité à une autre, est conducteur des produits morbides, qu'il facilite le passage du pus, par exemple du bassin à la cuisse. D'abord étant partout sur le trajet que parcourt le pus, il doit jouer un rôle dans la migration de cette humeur : ainsi on le trouve sous l'arcade crurale, dans le canal inguinal, dans l'échancrure sciatique que traversent les abcès par congestion. Mais si dans ces espaces, dans ces trajets, il n'y avait pas de tissu cellulaire, le pus passerait encore plus facilement d'une région à l'autre. C'est surtout quand le tissu cellulaire n'est pas assez abondant, ou quand ces mailles sont larges, que le pus fuse facilement. Au contraire, quand le tissu cellulaire se condense au lieu de faciliter la marche des humeurs, il leur oppose unebarrière. Voyez ce tissu sur la ligne médiane du tronc, par exemple, en face des épines vertébrales; voyez-le sur certaines articulations; là il est adhérent au derme, adhérent eux deux plans fibreux : aussi si vous avez observé les ecchymoses du tronc, vous aurez constaté que le sang, arivé à la ligne médiane, au lieu de la franchir, de passer de l'autre côté, s'étale, s'étend en dehors sur une large surface; si vous avez suivi la marche du sang dans les ecchymoses voisines d'une grande arliculalion, vous aurez pu vous convaincre que le sang infiltré dans la section supérieure du membre, au lieu de franchir l'articulation pour aller se répandre dans la section inférieure, remonte au contraire du côté du tronc. Ceci, comme on le pense bien, n'est pas complètement absolu.

A l'âge tendre, les humeurs morbides ou normales sont arrêtées par le tissu cellulaire qui est alors condensé dans une foule de. régions. Si l'infiltration urinaire est si rare pendant les premiers temps de la vie ; si les succès, après la taille chez l'enfant, sont si fréquents, c'est parce que, à cet âge, le tissu cellulaire est protecteur, il oppose une barrière à l'urine. Mais après avoir exagéré lea mauvais offices du tissu cellulaire, il faudrait se garder d'une exagération contraire et le considérer à la manière de Bordeu et de Bichat, comme une sorte d'atmosphère des organes une enveloppe protectrice qui an-ôte l'action morbide et l'empêche de s'étendre de l'un à l'autre. Si un organe reste sain malgré le voisinage d'un organe malade, cela lient pUilôt à son organisation qui, lui donnant une action physiologique propre, indépendante, lui permet aussi cette indépendance, cet isolement relativement à la maladie. Ce qui est plus vrai, ce que l'observation apprend, c'est que le tissu cellulaire se laisse envahir avec facilité par toutes les maladies, et surtout par les phlegmasies ; aussi a-t-il toujours été présent à mon esprit quand j'ai traité des maladies qui font le sujet des autres

fcecUous : à la rigueur même, on pourrait, dans un livre de chirurgie, se dis^ «enser de lui consacrer une section à part. Mais j'ai dû y rallacher quelques iésions, qui ailleurs auraient clé moins bien placées pour les étudier: ainsi l'emphysème, l'œdème, le phlegmon.

Il y a eu beaucoup de discussions sur la structure du tissu cellulaire. Je ne les reproduirai pas ici. Je me bornerai à signaler les fails les plus incontestables qui 166 rapportent à cette partie de l'histologie. ^ Le tissu cellulaire, à l'état de lames minces, est incolore; il a un aspect blan- ». châtre quand ces lames sont moins minces et après leur distension ; il est demimansplrent. On s'est demandé si les cellules étaient entièrement closes ou si Ides ouvertures les faisaient communiquer ensemble. Pour nous chirurgiens nous a-énondrons que l'air, AmsV emphysème, passe de cellule en cellule, que la serroslté dans l'œdème en fait aulant et que les ecchymoses nous offrent le même «phénomène. On s'est même demandé si c'était là un véritable tissu, si ce n e- Itait pas plutôt une matière amorphe, muqueuse; les cellules seraienl détermimées alors par les liquides injectés dans celte masse qui se laisse facilement pénétrer, les iibriUes seraient le fait des tractions de l'anatomiste. Ce qu'il y a de .plus probable, et ce qui pour moi est certain, c'est que ce qu'on appelle ttssu (cellulaire, comme je l'ai déj;\ dit, varie selon les organes, les régions : ainsi au scrotum on le voit, à l'état de tissu incontestable, former des cellules qu'on peut vidpr quand elles sont remplies de sérosité, mais qu'on peut encore retrouver , quand celte sérosité n'existe plus. Chez l'embryon, au contraire, et autour des I flbres musculaires profondes, le tissu semble absent, c'est une masse muqueuse, n devient ensuite séreux, puis libreux; il peut aussi, dans un degré avancé d'organisation, être adipeux.

Je dois dire ici quelques mots de cet état adipeux, puisqu'il n'y aura dans cet ouvrage aucune section destinée à ce dernier tissu considéré comme type à part. Ce tissu cellulaire adipeux est composé de cellules contenant de la graisse. Ces cellules sont closes de toutes parts, puisque si on les soumet à un degré de chaleur modérée on voit la graisse se liquéfier, dans ces espèces de vésicules, sans s'écouler au dehors. Le type du tissu cellulaire à l'état graisseux est sous la peau. Il est destiné à remplir les vides sous-culanés. Quoique j'aie considéré cette forme du tissu cellulaire comme un état avancé d'organisation, cependant on observe que là oi:i la graisse abonde, la suppuration est ordinairement sanieuse et la mortification fréquente, les réparations plus lentes, soit par adhésion immédiate, soit après production de bourgeons. Certaines opérations sont beaucoup plus compromellantes sur les sujets à embonpoint marqué, la taille par exemple. L'amaigrissement, la fonte ou Tabsorplion de la graisse dans certaines régions peuvent singulièrement relarder la guérison de certaines solutions de continuité , de certaines perles de substance. Ainsi à l'aisselle, à la marge de l'anus, quand un abcès est vide, le rapprochement, le recollement de ses parois est quelquefois difliciic, impossiljle même. La cavité doit être comblée par le tissu cellulaire graisseux ; il faut donc, pour cela, que le malade reprenne l'embonpoint que la maladie lui a fait perdre. Il y a une forme de lissii cellulaire qui peut êlre considérée comme accidentelle, c'est l'agrandissement considérable d'une ou de plusieurs cellules, lesquelles alors constituent ce qu'on a appelé bourses séreuses, bourses muqueuses. Ce sont des espèces d'organes assez importants pour être étudiés à part dans leur analomie cllcur pathologie. Je m'en occuperai dans la section qui va suivre.

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