LÉSIONS ORGANIQUES DU TISSU CELLULAU<E
Le tissu cellulaire joue un rôle dans la production de toutes les lésions organiques , parce qu'il est généralement répandu,; mais sou- . vent il n'est que secondairement alfeclé. On trouve là, où il est aussi complètement isolé que possible, une dégénérescence qui semble lui appartenir primitivement et qu'il convient de décrire ici ; elle se manifeste sous forme de petites tumeurs dures et enkystées.
Tumeurs squirrheuses enkystées.
C'est Dupuytreu qui a le mieux décrit ces espèces de tumeurs. Ses idées et plusieurs de ses observations se trouvent dans une thèse soutenue à Paris par le docteur Jaunies, le 30 décembre 1828. Avant le chirurgien de l'Hôtel-Dieu , on rapportait assez généralement cette tumeur à une affection des cordons nerveux; elle avait même reçu le nom de névrome; cependant plusieurs auteurs en avaient ébauclié riiistoire : ainsi, Marc-Antoine Petit dans son Biscours sur la douleur ; (^heselden (1), Camper (2), Chaussier dans sa Table synoptique de la névralgie, et surtout M. Descot(3).
Anatoiiiie iiatliologiqiie. — Les tumeurs squirrheuses se présentent sous la forme de grains de blé, de café, de pois; quelquefois obrondes, elles sont aussi lenticulaires, aplaties; elles n'acquièrent jamais un plus grand volume que celui d'une petite fève de marais; leur extérieur est lisse et opaque ; elles sont dures. Si on les laisse tom- 1 if-r d'une certaine hauteur sur une surface unie et résistante , elles bondissent à la manière des corps élastiques. Leur lissu est homogène, «l'un blanc terne, sans vestige de cavités ni de cloisons, sans disposition linéaire, d'une consistance fibreuse, fibro-cartilagineuse ou cartilagineuse. L'ongle enfoncé dans son épaisseur fait entendre un léger ' raquement; ce tissu est recouvert d'une enveloppe opaque, dense, libro-celluleuse, véritable kyste qui s'oppose à son développement.
Ces tumeurs occupent presque exclusivement le tissu cellulaire rUs-cutané, celui surtout des membres, et de prédilection les mem- !)res inférieurs. Les parties des membres où on les rencontre le plus tLivent aussi sont celles où les os sont presque sous-cutanés : ainsi à la face interne du tibia, autour des genoux, sur le grand trochanter, autour du poignet. On en a rencontré cependant dans le tissu cellulaire adipeux de la mamelle. J'en ai observé un dans la plante du pied coïncidant avec un autre à l'avant-bras ; c'est celui-ci qui me mit iir la voie pour établir le diagnostic d'une affection douteuse de la plante du pied qui empêchait le malade de se servir de cette partie. IMusieurs médecins qui avaient été consultés n'avaient pu reconnaître I l cause du mal : ce ne fut qu'après huit jours d'observations que j'y !>:irvins. Marjolin en» a observé au scrotum, Chaussier au dos. Le t issu cellulaire qui environne ces tumeurs est sain. La peau qui les ref ouvre est saine aussi dans le plus grand nombre des cas, sans adhé-
(1; Anatom. th., édil., p. 13G.
(2) Dcmonslr. analom. palhol., lib, !, p. H.
(3) Dissertation sur les affecliuns locales des nerfs. Paris, 1823.
MALADIIÎS DU ÏISSU CELLULAIRE.
renco, conservant sa clialeui- ; quolquetbis elle est altérée, elle est violette, adhère Ibrtement à leur surface, et les rend immobiles. On ne trouve dans leur épaisseur, non plus qu'à leur surface, aucun fdet de nerfs; elles sont indépendantes de ces organes. En effet, M. Velpeau a rencontré quelquefois de ces tumeurs sur des cadavres; il s'est assuré, par une dissection minutieuse, qu'elles ne tenaient pas aux nerfs.
Causes. — Les femmes y sont beaucoup plus sujettes que les hommes, l'âge de trente-cinq à soixante ans plus que la jeunesse et la vieillesse.
La plupart des malades attribuent l'apparition de ces tumeurs à des coups, des chutes faites sur la partie qui en est le siège. Dans quelques cas, elles semblent avoir été produites par des piqûres. L'individu dont il est question dans Edinburgh médical and surgical Journal, vol. XI, en est un exemple. D'après une observation que M. Descot a consignée dans son ouvrage, et que lui a communiquée Béclard, une tumeur pareille se serait développée sous l'influence d'une affection rhumatismale, et, ce qui est encore plus remarquable, elle aurait disparu dès que l'individu fut soustrait aux causes qui avaient produit le rhumatisme. Les causes occasionnelles de ces tumeurs sont bien obscures; dans le plus grand nombre des cas, on ne sait à quoi attribuer leur développement.
Syniptôiiies. — Les malades éprouvent le plus souvent de la douleur dans la partie affectée, longtemps avant de s'apercevoir d'aucune grosseur. Dans le principe, elles ont le volume d'un grain de millet ; elles s'accroissent peu à peu, et avec elles les douleurs deviennent plus fortes ; bientôt le moindre frottement des habits, ou la moindre pression sur l'endroit de la peau qui les recouvre , procure des élancements. Au bout d'un temps ordinairement fort long, elles se font sentir au-dessous des téguments, qu'elles soulèvent quelquefois : alors on les constate facilement; elles sont le plus souvent mobiles, dures, et la moindre pression qu'on exerce sur elles est insupportable ; la peau conserve sa couleur naturelle dans le plus grand nombre des cas. Le plus souvent les douleurs reviennent par accès; elles sont vives, lancinantes comme dans le cancer ; celles qui résultent de leur pression ressemblent quelquefois à un choc électrique; elles s'étendent, en rayonnant, loin de la tumeur, qui est le centre d'où elles parlent; mais alors elles ont leur siège dans le voisinage d'un tronc nerveux assez considérable, et agissent mécaniquement sur lui. Chez le malade dont parle Béclard, la tumeur se développa sous la peau qui recouvre la veine et le nerfsaphènes internes; la douleur qui résultait de sa compression ressemblait à un choc électrique. D'autres fois les douleurs .sont continues, ou ne laissent que peu de relâche aux ma-
lades, qui ne dorment pas, et leur santé s'altère rapidement; si les tumeurs se trouvent aux membres inférieurs, elles gênent, empêchent même la progression : j'ai fait déjà mention de cet inconvénient. Il y a des sujets irritables qui, pendant les paroxysmes, éprouvent de véiritables spasmes convulsifs. Dans beaucoup de cas, ces tumeurs resitent indolores, même à la pression , pendant un grand nombre d'aninées. La femme qui fait le sujet d'une observation rapportée par Will ' Wood était dans ce cas : elle en porta une plus de dix-sept ans sans ■. en être incommodée. Dans un autre cas, la tumeur n'était douloureuse 'jqu'à la pression.
Jflarclie. — La marche lente et chronique de ces tumeurs s'exiplique parleur dureté et la nature de leur kyste. Enfin la tendance de
IL ces petites tumeurs au ramollissement, après un temps plus ou moins Hong, est une nouvelle preuve de leur nature cancéreuse. Dupuytren ûdit que, lorsqu'elles ont dégénéré , la maladie se reproduit dans les gganglions lymphatiques voisins , si on les extirpe : il en a enlevé une »à la partie supérieure du bras, elle était déjà ramollie; au bout de ^quelque temps, les glandes lymphatiques de l'aisselle s'engorgèrent, jet le mal se reproduisit.
Diagnostic. — On a bien souvent confondu les douleurs produites par les tumeurs squirrheuses enkystées , invisibles encore à cause de deur petitesse, avec celles que produisent les affections rhumatismales «ou les névralgies : à cet effet, on a tourmenté en vain les malades par Wes applications de sangsues, des vésicatoires volants, et autres rmoyens plus énergiques encore.
Dans les névralgies , les douleurs sont vives , s'étendent tout le Dlgng du nerf que l'on présume affecté; elles reviennent le plus souvent par accès et régulièrement, toutes les heures, toutes les semaines, tous les jours ; la pression ne les exaspère pas , etc. Les douleurs qui tsont dues à une tumeur squirrheuse enkystée ne reviennent pas tou- Bjours par accès; elles sont quelquefois continues ; elles ne s'étendent «pas toujours dans toutes les directions ; la pression les rend atroces; telle est souvent nécessaire pour que le malade s'aperçoive de leur existence : ces douleurs, quand elles existent, ne laissent jamais un mtervalle de plusieurs heures sans tourmenter les malades.
Le nom de ganglion , qu'on leur a donné , pourrait les faire confondre avec ces tumeurs qui se développent dans la gaîiie des tendons, e plus sou vent aux poignets, et qu'on a appelées du même nom ; mais 'indolence de celles-ci, leur siège, leur mobilité pendant la contracion des muscles, leur immobilité sous la peau, l'existence d'une savité tapissée par une membrane synoviale et remplie par un liquide lemblable à celui qui lubrifie les articulations, .sont des caractères "lus que suffisants pour faire éviter l'erreur.