‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 3)Chapitre 158 sur 302 · ARTÈRES CAROTIDES · texte numérisé non relu

ARTÈRES CAROTIDES

§ 1 . — Plaies et anévrismcs.

Les plaies des artères carotides donnent lieu ordinairement à une liémorrhagie foudroyante ; elles exigent un moyen hémostatique prompt et puissant, la ligature. Malheureusement ces blessures ne sont pas rares. Il peut y avoir aussi des ruptures incomplètes de cette artère : ainsi M. Araussat a constaté chez un pendu la rupture des membranes interne et moyenne. Dans les rixes, un couteau porté sur les parties latérales du cou peut facilement ouvrir les carotides, surtout à leur partie supérieure , où elles sont moins profondes. Les tentatives de suicide avec un rasoir ou avec un couteau très tranchant échouent quelquefois parce que les carotides se dérobent à l'action de ces instruments , grâce à la protection de la saillie et à la résistance du larynx, surtout quand le suicidé penche la tête en arrière, ce qui augmente encore le relief de l'organe de la voix.

Si du sang ayant les caractères artériels s'échappe d'une plaie dans la direction d'une ligne qui va de l'articulation sterno-claviculaire jusqu'à la hauteur du bord supérieur du cartilage thyroïde, on peut soupçonner une blessure de l'artère carotide primitive. Si la plaie est entre le larynx et l'oreille, ce sera plutôt une blessure de la carotide externe ou de la carotide interne ; mais ces deux vaisseaux sont si rapprochés, qu'il est presque impossible, à moins d'une plaie extérieure très large, de reconnaître quelle est l'artère ouverte, ou même s'il s'agit d'une blessure d'une branche de la carotide externe. L'hémorrhagie par la carotide primitive peut être appelée, à juste titre, foudroyante, si l'ouverture faite à l'artère est un peu large : en effet, le malade succombe avant l'arrivée des secours. Si la mort n'a pas lieu avec cette promptitude, c'est que, par l'irrégularité, l'anfractuosité de la plaie, le flot de sang a été arrêté, ou bien parce que le malade a pu être entouré, tout d'abord, par des assistants qui ont su exercer une compression salutaire.

Donc, en thèse générale, le pronostic est extrêmement grave pour toute blessure de la carotide primitive. Cependant il est vrai de dire qu'on cite quelques cas de guérison spontanée ou avec le secours d'un moyen compressif ; il peut aussi y avoir alors formation d'un anévrisme faux consécutif. Larrey cite (1) un exemple de guérison parla compression ; il a rapport, sans doute, à une blessure de la carotide externe, car le blessé eut une paralysie de la face par suite de la lésion du nerf facial. Un fait semblable est rapporte par Hodgson (2). On devra noter tout particulièrement que ce sont là des faits très exceptionnels dus à un

(1) iVemo Ves de chinirrjie militaire, 1. 1, ]), 309.

(2) Traité des maladies des artères et des veines, t. Tl, p. 38.

concours de circonstances fortuites difficiles à connaître et à expliquer complètement : ce qui paraît le plus rationnel pour les expliquer, c'est la section complète du vaisseau qui a permis aux deux bouts de se retirer dans les chairs contre lesquelles la colonne sanguine se biise, ce qui favorise la formation des caillots. Larrey cite et met en parallèle, avec l'observation extraordinaire mentionnée plus haut, l'observation d'un jeune soldat anglais qui eut une section incomplète de la carotide externe : chez ce blessé, l'hémorrhagie reparut à la levée de l'appareil compressif placé sur la plaie ; on fit avec succès la ligature de la carotide primitive.

En résumé, la compression ne peut compter ici comme moyen curatif; ce n'est, tout au plus, qu'un moyen hémostatique provisoire moins infidèle encore pour la carotide primitive , laquelle peut être comprimée sur les vertèbres cervicales , que pour la carotide externe ou la carotide interne ; car ici la compression est impossible ou insupportable, à cause de l'absence d'un plan résistant et la proximité du larynx.

. C'est surtout au cou qu'on' devra obéir à la règle qm veut quon jette deux ligatures, une au-dessus, l'autre au-dessous de la blessure: une seule ligature du côté du cœur serait tout à fait insuffisante , car les anastomoses des branclres des carotides externes droite et gauche entre elles, celles des carotides internes entre elles et avec les vertébrales, rapporteraient avec la plus grande promptitude le sang vers le bout non lié. Malheureusement, dans beaucoup de cas, on ne peut obéir à ce précepte, par exemple, quand une des deux divisions de la carotide primitive est blessée : alors les difficultés dans la recherche de la branche lésée, la nécessité d'agir avec la plus grande célérité, pour éviter une perte de sang considérable, font recourir à la ligature du tronc principal d'après la méthode indirecte. Il est très vrai qu on compte aujourd'hui bon nombre d'observations constatant des succès après une pareille conduite; mais on possède aussi des exemples qui prouvent que les anastomoses ont ramené le sang à l'orifice du bout supérieur de l'artère, et les malades sont morts d'hemorrhagie. G Breschet , dans ses notes à Hodgson , en rapporte deux exemples, l'un tiré de la pratique de Marjolin, l'autre de celle de M. Gi-

Tn fai"t qu'on ne saurait nier, c'est que les chirurgiens se dcmlent h licature de l'artère carotide primitive, parce qu'ils ne savent point ; S le vlseau ouvert. Dans ces plaies, M.^ Herbert Mayo conseil e i^^ture de l'artère carotide externe et de l'artere carotide mtern^ M. 1>. IJérard pense qu'il vaudrait mieux, après avoir mis a decomeit

(1) Traité de<^ maladies desarlèresel desvehm. Tari., 1819, t. II. p. et

Page 1