‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 3)Chapitre 159 sur 302 · ARTÈRES CAROTIDES · texte numérisé non relu

ARTÈRES CAROTIDES

la terminaison de la carotide primitive, lier celle-ci à sa terminaison et l'une des branches de sa bifurcation, n'importe laquelle. 11 est bien entendu que dans les cas où l'on saura que la carotide primitive est coupée, il faudra, comme je l'ai déjà dit, placer une ligature au-dessus et une au-dessous de la solution de continuité.

Quant aux anévrismes faux consécutifs qui résultent de la blessure des carotides, anévrismes très rares, et qui ne se produisent guère que dans les cas où la division n'intéresse point tout le vaisseau, il faut les traiter comme les modernes traitent les anévrismes spontanés, lier l'artère au-dessous de l'anévrisme sans toucher à la tumeur, c'est-àdire suivre la méthode indirecte. Il serait très dangereux d'ouvrir le sac anévrismal pour lier les bouts divisés ; le malade serait exposé à tous les dangers d'une liémorrhagie foudroyante qui pourrait le tuer sous la main du chiinirgien. Cependant on cite un fait de guérison d'auévrisme faux consécutif de la carotide externe traité par la méthode directe avec incision du sac ; il est tiré de la pratique du professeur Lisco, qui, après l'incision, porta aussitôt le doigt sur l'artère, et fut assez heureux pour placer sur elle une ligature. Ce n'est certes pas là un exemple à imiter.

On a observé assez souvent, au cou, l'anévrisme artérioso-veineux. Delpech a publié un fait de ce genre extrait de \^ Lancette anglaise (1) ; c'était une lésion simultanée de la carotide et de la veine jugulaire interne. Le malade guérit sans ligature ; mais, plus tard, on constatait aisément, à l'endroit de la blessure, un mouvement d'expansion joint au bruit de susurrus qui résulte du passage du sang d'une artère dans une veine. M. Willaume a publié un fait remarquable pour le bruit de la tumeur, qui était celui d'un soufflet de forrje versant rapidement une colonne d'air sur un foyer embrasé (2). On trouve dans les Archives de méd. (3) un fait remarquable pour la disparition momentanée de la tumeur; il est dit : pendant une profonde inspiration, la tumeur s'effaçait à l'instant même. Lan-ey cite un fait qu'on doit noter à cause du développement des veines sous-cutariées , et même de celles qui rampent dans le derme, mais c'était vers la fin de la maladie, c'est-à-dire à son état qu'on peut considérer comme une guérison (Zi), Le fait de M. Marx est à noter pour le bruit fort de rouet, par des éblouissements , des embarras sensibles, surtout du côté droit, à l'œil correspondant (l'anévrisme était à droite), par le bruit de rouet qu'entendait le malade pendant qu'il était couché; de là un soulèvement involontaire do la tête de dessus

(d) The Lancet, vol. VI, p. 20G.

(2) Journal compL, t. II, p. 7i , Thèse de Kobcri, p. 40.

(3) 18.31, t. IV, 2' série.

(4;; Clin, chirwfi., t. lU, p.

708 MALADIES DES AUTÈRES EN PAUTICULIEU.

l'oreiller (1). Quand je vois la IVéquence relative de ces anévrismes, je ne puis m'cmpêclier de faire jouer un rôle à la veine (jui, volumineuse et si voisine de la poitrine, aspi7'e le sang artériel et favorise l'iiémorrhagie intra- veineuse, laquelle hémorrhagie est alors moins compromettante, car si elle se faisait dans le tissu cellulaire ou extérieurement, le malade serait voué à une mort presque certaine.

Les anévrismes dits spontanés de la carotide viennent en troisième ligne dans l'ordre de fréquence des anévrismes de cette nature qu'on appelle chirurgicaux (2). Tandis que, pour l'anévrisme de l'artère poplitée, le nombre des hommes est énormément supérieur à celui des femmes, ici il y a balancement.

Les anévrismes spontanés de l'artère carotide ont très souvent leur siège sur le point de la bifurcation ou à l'origine du vaisseau, ce qu'il faut bien noter pour savoir si la méthode de Brasdor est ici applicable. Leur développement est ordinairement rapide, ce qui peut s'expliquer par le peu de gêne que la tumeur éprouve dans cette région. On voit quelquefois le diamètre longitudinal de la tumeur occuper presque toute la hauteur du cou, le transversal aller du milieu de cette région au delà des apophyses transverses des vertèbres cervicales. On conçoit qu'ici l'anévrisme doit présenter, outre les caractères qui appartiennent à toutes les tumeurs de ce genre, des symptômes relatifs à la position et aux connexions de l'artère. Les accidents sont : 1° du côté de la poitrine, toux, suffocation; 2° du côté du cou, toiix, suffocation, altération de la voix, difficulté de la déglutition, et cela mécaniquement et vitalement; irritation communiquée vers le larynx, de là engorgement de la glotte, fausses membranes laryngiennes ; 3° du côté de la tête, battements, douleurs, éblouissements, surtout dans la position inclinée. Quelquefois les pulsations de la tumeur retentissent dans la tête à un tel point, que le malade les compare à des coups de marteau ; il craint de voir son crâne éclater, tellement ces pulsations peuvent augmenter.

La ligature de l'artère carotide primitive est indiquée dans quatre circonstances principales : 1° comme moyen hémostatique temporan-e : ainsi quand on doit pratiquer une opération grave, dans une région abondamment baignée par le sang des branches de ce tronc, alors quelquefois on se borne à passer le fd sous le vaisseau sans le nouer ; 2" pour réprimer une hémorrhagie causée par la blessure de ces mêmes branches; 3» pour le traitement de certaines tumeurs de la tête : ainsi les tumeurs érecliles de l'orbite, de la fosse temporale;

enfin on a pratiqué cette ligature pour guérir les anévrismes de l'artère carotide elle-même.

L'anatomie et la physiologie devaient fiiire prévoir les dangers de

(1) Mém. de l'Acad. royale de mcd., I. III, p. 233.

(2) Voyez la Thèse de M. Lisfranc, p. 13.

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