‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 3)Chapitre 182 sur 302 · HYPERTROPHIE ET ATUOPUIE DES VEINES · texte numérisé non relu

HYPERTROPHIE ET ATUOPUIE DES VEINES

veines OÙ elle est ordinairement si rudimentaire, qu'il est quelquelbis Ibrt difficile de l'apercevoir. Lorsqu'au contraire elle est réellement visible, ses libres sont plus prononcées et plus distinctes ; elles prennent un aspect d'un blanc jaunâtre et une certaine élasticité : aussi les veines restent-elles alors béantes quand on en fait la section. Quel que soit l'état ou le degré de l'hypertrophie, jamais on ne constate des fibres circulah*es. M. Andral croit avoir observé chez l'homme la disposition musculaire qu'on trouve à certaines veines du cheval : c'était sur une veine cave inférieure fortement hypertrophiée. Il faut distinguer la vraie liypcrtrophie de cette espèce d'épaississement des parois veineuses qui semble être produit par du sang qui les engorge et qui a perdu sa matière colorante ; on observe cet épaississement après la phlébite.

L'hypertrophie produit quelquefois un rétrécissement du calibre de la veine , c'est-à-dire qu'elle est concentrique : c'est le cas le plus rare , car les rétrécissements sont ordinairement dus à la coagulation du sang. Le plus souvent, l'hypertrophie est excentrique , c'est-à-dire que le développement des parois coïncide avec l'agrandissement du vaisseau. Mais cette augmentation d'épaisseur dés tuniques ne se rencontre pas sur tous les points de la veine dilatée; car, comme je l'ai déjà fait remarquer, il arrive qu'avec l'hypertrophie marche l'atrophie. . Comme pour les artères, une veine qui n'est qu'hypertrophiée ou . atrophiée peut devenir réellement malade, c'est-à-dire que des lé- ■ sions de sécrétion , d'innervation ou de circulation , peuvent être la conséquence de simples lésions de nutrition. Tariétés. — Les états divers de dilatation des veines , appelés par ! M. Briquet phlébectasie , sont : 1° avec état normal des parois, 2'- avec épaississement, 3° avec amincissement. On peut établir les 'variétés suivantes de phlébectasie qui ont été adoptées par M. Andral. 1" variété. - Simple dilatation des veines sans autre altération ^ Utte dilatation existe selon toute la longueur du vaisseau ou par i intervalles seulement ; la veine présente, dans ce second cas une série de renflements plus ou moins éloignés les uns des autres Cette premiere espèce coïncide parfois avec l'hypérémie chronique d'un organe • d autres fois la dilatation veineuse persiste après que toute hypérémie

• adisparu dans les capillaires; d'autres fois enfin elle est complètement ^ indépendante de toute affection des capillaires.

2« variété. — Dilatation des veines, soit uniforme, soit par renOeimenls, avec amincissement des parois dans les points dilatés.

3' y«?7e7e. — Dilatation uniforme des veines avec épaississement de leurs parois.

U" variété. — Dilatation des veines par intervalles, avec épaississe-

• ment des parois dans les points où existent les renllcmenls Dans ces deux dernières variétés, en môme temps que le vaisseau

augmente de largeur, il aiigmenle aussi rie longueur, et, comme il ne peut occuper dans ce dernier sens un plus grand espace, il se replie sur lui-même et devient plus ou moins flexueux. Cet état se rapporte à la dilatation circoïde des artères dont j'ai figuré un si bel exemple dans le premier volume.

5' tw<>7e. —Dilatation des veines avec développement dans leur intérieur de cloisons qui séparent la cavité veineuse en petits locules où le sang s'amasse et se coagule. Lorsque cela n'a lieu que par intervalles, on dirait de petites tumeurs constituées par un tissu spongieux, comme caverneux, auxquelles aboutit une veine; mais, en examinant un grand nombre de ces tumeurs, on se convaincra bientôt qu'elles ne sont formées que par la veine elle-même , dont l'intérieur s'est cloisonné. Cesontces dilatations partielles qui forment quelquefois des tumeurs dont le diagnostic est extrêmement difficile, surtout quand on ne peut constater ailleurs aucune veine variqueuse. M. Bérard, à la séance de la Société de chirurgie (septembre 18^3), a parlé de plusieurs tumeurs du pli du bras ainei formées, et offrant cette particularité : c'est bien plus embarrassant quand ces tumeurs sont chez des enfants, et non sur le trajet d'un tronc veineux : ainsi, dans la même séance, M. Guersant a parlé d'un enfant présentant une de ces tumeurs, qu'il n'a reconnue qu'après l'extirpation, laquelle n'a été suivie d'aucun accident. Cet état a quelque analogie avec une des Ibrmes de Vanévrisme spontané : c'est la dilatation sacciforme des artères selon G. Breschet (1). Mais ic'i les sacs sont plus multipliés et moins grands; ce qui les agrandit considérablement sur les artères, c'est le choc du liquide.

6' variété.— Même disposition que dans la cinquième espèce ; mais, de plus, criblures des parois mêmes de la veine qui communique par une foule de petites ouvertures avec le tissu cellulaire ambiant plus ou moins altéré. Toute veine peut alors acquérir accidentellement la disposition criblée que présente normalement la veine splénique a l'intérieur de la rate: ainsi pourraient se produire, en divers pomts du système veineux, de vraies rates accidentelles. Il ne faudrait, pour cela, autre chose que l'espèce de moditication des parois veineuses dont nous venons de parler, portée à un certain degré. Supposez d ailleurs plusieurs petites veines voisines ayant subi simultanément cette, modification, venant à communiquer les unes avec les autres par les ouvertures qui criblent leurs parois, et l'on verra paraître un certain nombre de ces tumeurs qui ont été désignées sous le nom de tumcrn-s érectiles. Le tissu cellulaire qui existe entre ces veines peut devenir le siège d'altérations diverses de nutrition et de sécrétion soit pendant

(1) l\lém. de l'Académie royale de médecine, t. III, p- il2.

que les veines deviennent malades, soit longtemps ajDrès. De là l'aspect varié que peuvent présenter ces tumeurs, les nombreux produits morbides qu'on y rencontre, les diverses dégénérescences que l'on dit y survenir, leur transformation en cancer, etc.

« En disséquant un grand nombre de tumeurs liémorrboïdales vraies, dit M. Andral, on n'y trouvera jamais autre chose que l'une ou l'autre des six phlébectasies que nous venons de passer en revue ; mais cela n'existe pas seulement pour les veines du pourtour de l'anus. J'ai trouvé une fois dans la jugulaire externe la disposition qui constitue notre sixième espèce de phlébectasie. Les tumeurs formées par les veines dilatées disparaissent quelquefois spontanément , comme on voit quelquefois disparaître un anévrisme. En pareil cas, on a trouvé complètement oblitérées les veines qui, plus ou moins longtemps avant la mort, avaient donné naissance par leur dilatation à des tumeurs de grandeurs diverses. Parmi ces différentes espèces de phlébectasies, il en est qui sont liées d'une manière évidente à un accroissement d'activité du travail nutritif; il en est d'autres qui dépendent au contraire d'une diminution dans l'activité de ce travail ; il en est enfin qui sont le résultat tout mécanique d'une pression exercée d'une manière quelconque sur un tronc veineux : dans ce cas, les petites veines qui se rendent h ce tronc prennent souvent un accroissement considérable; elles se dilatent et s'allongent. Là, où n'avait d'abord agi qu'une cause mécanique dont la puissance semblait devoir se borner à distendre passivement la cavité veineuse par le sang qu'elle forçait à s'y accumuler, on voit ensuite se modifier l'acte nutritif lui-même; et c'est ainsi que, par suite d'un obstacle mécanique apporté à la circulation veineuse, les parois des veines situées sur le trajet de cet obstacle viennent souvent à s'hypertrophier d'une manière notable. (Voyez Andral, Précis d'anatoniie pathologique. )

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