‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 3)Chapitre 189 sur 302 · TUMEURS ÉRECTILES · texte numérisé non relu

TUMEURS ÉRECTILES

meiils ; mais la compression du côté du cœur, une ligature, enfin un moyen qui arrête la circulation veineuse , augmente le volume de la tumeur qui prend alors une couleur noirâtre plus prononcée. Une gêne un peu forte de la respiration produit les mêmes phénomènes : on voit chez les entants ces tumeurs de la peau noircir, devenir plus volumineuses quand on les empêche de respirer, quand ils crient, s'agitent et pleurent.

H en est qui offrent un mélange des caractères propres à la dilatation de deux ordres de vaisseaux ; alors on voit les phénomènes décrits se mêler. On pourra constater quelquefois si, dans la composition de la tumeur, il y a prédominance de tel ou tel ordre de capillaires, selon que leurs phénomènes respectifs seront plus ou moins prononcés.

Au lieu de commencer comme je l'ai indiqué, c'est-à-dire par la couche la plus superficielle de la peau, et se manifester par un changement de coloration de cette membrane, la tumeur érectile peut avoir un point de départ plus profond, et n'arriver à altérer la peau dans sa texture,dans sa couleur, qu'à la dernière période. Ainsi, tantôt la tumeur cutanée est devenue, avec le temps, sous-cutanée, et, à son tour, celle qui est souscutanée d'abord peut être aussi cutanée consécutivement. J'ai observé une petite fille qui me fut encore adressée par mon collègue le docteur Blache : cette enfant avait une de ces tumeurs dans le fond de la région parotidienne : quoique soumise à l'observation de quelques confrères éclairés, cette tumeur avait été prise pour un amas de ganglions lymphatiques engorgés; en effet, elle était d'une consistance modérée etmegale, la peau de la région parotidienne n'avait nullement été modifiée dans sa couleur. Plus tard la peau devint bleuâtre, car la tu^ meur devenait cutanée.

Il y a beaucoup d'irrégularité dans la marche des tumeurs érectiles • elle peut être d'une lenteur remarquable, puisque pendant quinze ans ses progrès sont quelquefois imperceptibles, tandis que, par contre au l)out d un mois elles peuvent envahir toute une région

»las«««tie. - A la rigueur on pourrait confondre cette maladie avec un anevnsme avec des varices, un abcès, ou une tumeur encéphaloide. 10 Mais 1 anevnsme est sans changement de couleur à la peau ; la tumeur est rénitente, sur le trajet d'une artère avec pulsations, dilatations, en général très marquées ; on ne l'observe guère que • liez l'adulte. 2° Les varices ne s'offrent guère qu'à l'âge adulte ordi "airement sur le trajet des veines des membres, autour sont d'autres "odosites ; la tumeur est sans aucune espèce d'élasticité, elle est nlns l'^iteuse que la tumeur érectile. 3" Pour l'abcès, ce que j'ai dit de ces

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0 su go de douleurs lancinantes; elles surviennent, en général à

1 âge adulte ; on les voit aussi chez les enfants, mais jamais à 1 "u '

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sance ; pendant la vieillesse, il y a des signes de diathèsc, puis al)S(-nce des phénomènes décrits comme caractéristiques des tumeurs érectiles. Bérard a prétendu, dans une séance de la Société de chirurgie, que l'encéphaloïde pouvait éprouver une espèce de réduction, qu'il pouvait offrir des battements, une dilatation, enfin tous les phénomènes de la tumeur érectile. Aujourd'hui, 28 mai 18/i5, M. Guersant fils a présenté à la Société de chirurgie les pièces qui constataient une erreur de diagnostic très grave. Un enfant portait à la racine du nez deux petites tumeurs qui avaient tous les caractères des tumeurs érectiles sous-cutanées, caractères constatés par plusieurs membres de la Compagnie : on conseilla à M. Guersant de traverser ces tumeurs avec des sétons ; après cette opération l'enfant l'ut pris d'accidents cérébraux auxquels il succomba promptement. L'autopsie a montré qu'il y avait encéphalocèle ! Ce fait prouve toutes les difficultés du diagnostic à l'endroit des tumeurs érectiles, car ici ce n'est pas une erreur ijidividuelle, mais une erreur collective et tout à fait académique, qui a été commise. J'ai déjà fait mention de cette tumeur érectile de la région parotidienne qui avait été prise pour un amas de ganglions, et cela par un praticien qui a écrit avec distinction sur la maladie dont il s'agit !

Pronostic. — Le pronostic de ces tumeurs variera selon qu'elles appartiendront au système artériel et veineux, qu'elles seront cutanées ou sous-cutanées. J'ai déjà dit que les premières étaient bien moins graves que les secondes. Il y a encore des différences , selon la région qu'elles occuperont : ainsi celles de l'orbite sont nécessairement plus graves que celles du menton ou de l'oreille. Celles qui se développent dans le tissu osseux sont autrement graves que celles qui surviennent dans le tissu cellulaire sous-cutané. Quoi qu'il en soit , tous les auteurs s'accordent à dire que c'est là une aftéclion des plus graves. Ils mvoqucnt toujours les moyens chirurgicaux pour sa guérison : selon eux, la nature est impuissante à opérer la cure radicale. Je crois que, sous ce rapport, on est allé trop loin (je disais déjà cela dans ma première édition). Ce qui me le prouve, ce sont quelques guérisons facdes obtenues par la compression ou par d'autres moyens , et surtout les faits suivants que j.; dois à l'obligeance de M. Moreau. Je les transcris ici tels qu'ils ont été dictés par ce professeur.

Premier fait. — Henri Fcraudi est né avec une marque rouge a la ioue sur la pommette même. Cette marque ressemblait d'abord a la .iqûre d'une puce ; pendant les premiers mois de l'existence, poml do progrès sensil)les ; mais à la lin de la première année, on s aperçut que le point où était la tache dépassait le niveau de la peau. Utle tumeur se gonllait quand l'enfant poussait des cris, et se colorait davantage ; du rose vif, elle passait alors au rouge cerise ; de la premieie

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à la quati'ièmo année, elle s'agrandit et prit la forme , le volume d'une belle eerise. Les parents inquiets consultèrent M. Moreau, qui l'ut d'avis lie ne pas toucher à la tumeur, plusieurs laits lui ayant déjà appris que ces tumeurs pouvaient disparaître spontanément. Cependant les i»arenls ne partagèrent pas d'abord l'opinion de M. Moreau, et Dupuytren fut consulté; il jugea la tumeur fort grave et conseilla une prompte extirpation. Boyer fut aussi consulté, il signala les dangers de l'extirpation et conseilla de comprimer la tumeur. Les parents revirent alors M. Moreau, et lui demandèrent quel était l'avis qu'il fallait prendre sur les trois qui avaient été offerts. M. Moreau choisit naturellement le sien ; cependant il conseilla de consulter Antoine Dubois , qui partagea l'opinion de M. Moreau : la temporisation fut adoptée. L'enfant se développa, la tumeur resta d'abord sfationnaire, IHiis commença à pâlir, à se flétrir vers l'âge de sept à huit ans. Peu a peu la rougeur et la consistance de la tumeur disparurent : il resta une poche qui ressemblait au péricarpe d'un fruit très- flétri ; cà douze ans, il ne restait aucune trace de cette tumeur.

Deuxième fait. — La fdle du comte de T. . portait, au moment de la naissance, sur le milieu et le haut du front, à l'origine des cheveux, me tumeur ayant l'apparence de celle dont il vient d'être question! A l'âge de huit mois, cette demoiselle fut présentée à M. le professeur Moreau ; la tumeur avait alors le volume , la forme de la première [ihalangedu ûo\%i médius d'un adulte. Gall , qui avait été consulté, idressa la malade à Dupuytren , qui proposa l'extirpation. M. Moreau' raignant les dangers d'une opération pratiquée sur la tête d'une s! '-une enfant et dans le voisinage d'une fontanelle, émit l'opinion l'ajourner l'opération : 1" parce que plus tard elle serait moins dan-

•reuse; 2° parce que, en temporisant, on pourrait bien voir la tunour disparaître d'elle-même. L'enfant suivit en voyage ses parents |ui allèrent en Suède, où elle resta jusqu'à l'âge de dix-sspt ans On idopta l'opinion de M. Moreau qui voulait qu'on ne fit rien du tout ti. Moreau a revu cette den)oiselle à son retour à Paris, et il n'a l ouvé aucune trace de la tumeur du front.

Troisième fait. - La fdic d'un agent de change naquit avec une nmeur ereclde de môme espèce dans l'épaisseur de la grande lèvre

luche; elle s'étendait dans le vagin. M. le professeur Moreau . coniite, lut encore pour la temporisation. Dubois approuva de nouveau l. Moreau. Malgré la proposilion faite pai- Dupuytren d'exciser, on '"Vit le premier conseil , et la nature lit une cure que le chirurgien

■ût pu enti-eprendre sans difflculté et sans compromettre les jours de ' Jtîuue fille.

D autres faits sont encore à la connaissance de M. Monum • on v l'^^'K'i-^ le cas de Wardrop, .(ui vit guérir spontanément une'dece;

tumeurs à la suite d'une escarre qui suivit une vive inflammation. C'est même ce fait qui a conduit Wardrop à proposer l'emploi de la potasse caustique. J'ai déjà tait nnention de la guérison par des inflammations et des ulcérations répétées : ainsi la petite fille de l'artiste dont il a été question a déjà subi deux de ces inflammations spontanées qui ont affaissé les tumeurs sur plusieurs points où elles se trouvent moins colorées qu'ailleurs.

J'ai dit qu'on avait jugé la nature impuissante dans les cas de tumeur érectile , et que toujours on avait invoqué les moyens chirurgicaux; la thèse de M. Defrance, qui résume le mieux l'état actuel de la science, est, en effet, terminée par un appel à une chirurgie active à cause de la marche et des tprminaisons fatales de ces tumeurs. Une foule de moyens ont été proposés pour les faire disparaître, et tous les jours on en voit naître de nouveaux.

Opérations nécessitées par les tumeurs éreotiles.

On peut ranger sous trois chefs les indications à remplir pour obtenir la disparition de ces tumeurs : 1° empêcher le sang d'arriver à la tumeur, ou l'en chasser ; 2° enlever ou détruire la tumeur ; S" modifier la vitalité , la structure de la tumeur, en excitant un travail capable d'oblitérer les vaisseaux, les cellules qui la composent. Ces trois indications ont fait naître trois séries de moyens que je vais faire connaître.

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