CHAPITRE II
C'est surtout le système nerveux qui offre à l'observation les lésions vitales par excellence, les névroses. Il n'entre pas dans mon cadre de traiter de toutes les névroses ; mais il en est une que je dois surtout faire connaître ici : c'est le tétanos, un des plus teiT.bles accidents qui surviennent à la suite d'une lésion nerveuse. Je sais qu'il peut aussi se déclarer après une plaie qui u'mteresse pas spécialement un nerf, et qu'il y a un tétanos qu'on appelle sjwntam ; mais, comme accident des plaies, il doit figurer dans le chapitre des maladies des nerfs , au même titre que l'hémorrhagie artérielle figure au chapitre des maladies des vaisseaux à sang rouge , et la phlébite à celui des affections des vaisseaux à sang noir. Je parlerai donc plus particulièrement du tétanos traumatique. Apres le tetano.. je présenterai quelques courtes considérations sur les "evra gies i géi^l3ral, pour arriver à donner une idée des névralgies qui a ^nent des nerfs sur lesquels on a pratiqué des opérations dans le but d operer une guérison radicale.
Tétanos.
*^,.f ^....t,^.ipvic;p nar une contraction involontaire, I ,p tétanos est surtout caracteiise pai uuo
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des plaies qui n'intéressent pas spécialement ces cordons peuvent aussi le déterminer : ce sont surtout les piqûres, les déchirures, les écrasements, les plaies d'armes à feu qui portent sur les articulations ou qui attaquent des tissus fortement bridés par des plans fibreux et qui donnent lieu à des phénomènes d'étranglement.
La circonstance d'une piqûre et de la présence dans la plaie du corps ([ui l'a produite est considérée comme ayant une telle influence sur le tétanos, qu'à Cayenne, dit-on, on punit d'une forte amende le propriétaire devant l'habitation duquel on trouve des fragments de verre, des épines ou tout autre corps capable de déchirer les pieds des passants, car les esclaves et d'autres n'ont pas de chaussures. Tous les corps étrangers peuvent produire cet accident. Dans son traité des Blessures par armes de guerre, Dupuytren parle d'un tétanos qui fut déterminé par le nœud du bout d'un fouet qui , après avoir divisé la peau, alla se ficher dans le nerf cubital.
Les opérations chirurgicales sont quelquefois suivies de tétanos. Samuel Cooper dit que l'amputation et la castration sont les seules grandes opérations à la suite desquelles il a observé ce terrible accident. Bajon prétend qu'à Cayenne plus des deux tiers des enfants succombent à la suite de la ligature du cordon ombilical, qui produirait le tétanos (1). Pour mon compte, je l'ai vu se déclarer deux fois après des opérations faites sur la main pour détruire des brides provenant de brûlures profondes. On sait d'ailleurs que ce sont les plaies des extrémités qui sont le plus souvent compliquées de cet accident. Le travail de la dentition, celui de l'enfantement, l'ont quelquefois déterminé. On a pu confondre avec l'éclampsie le tétanos survenu dans cette dernière circonstance. Cependant Fournier paraît avoir bien observé un cas de cette espèce de tétanos qui céda après l'accouchement (2).
La nature de la plaie, son siège et sa gravité ne constituent pas toute l'étiologie du tétanos; il faut la coïncidence d'un autre élément souvent très peu connu, qui se trouve dans l'ordre des causes dites prédisposantes. De ce nombre, sont les émotions vives et profondes , de mauvaises digestions, des vers intestinaux , le sexe masculin, un tempérament éminemment nerveux ou athlétique, etc. Une cause dont tous les obs(!rvateurs ont reconnu la puissance , c'est le changement brusque et très prononcé de température ; les nuits fraîches précédées par (k's jours très chauds, voilà ce qui explique la fréquence de cet accident aux Antilles. Là, la moindre piqûre, la moindre excoriation, peuvent être suivies de ce terrible accident. Que les mêmes circonstances se produisent dans nos climats, on poiu'ra être témoin des
(i) Mém. sur Cayenne, 1777.
''^) D ciionnairc des sciences médicales, art. Ticta>os.
mêmes effets Un des cas de tétanos que j'ai observés à la suite d'une mêmes enet.. un u ^^^^^ ^^^^^^ p^^^^ p^.^^
à une teneiie a i lendemain le trismus se déclara. Four-
STa^d u^e^ *;Ù™:Ù chez une femme qui, fatiguée par la râleur avdeute déterminée par une gastrite, s'exposa maigre la *t P esque nue sur un baleon , où soufflait le vent du nord (i). Ce ùtColdats blessés, exposés à la pluie, eeux qu'on abandonn surTà lem humide, qui con.raelent le plus tôt le tétanos Sanso (2) , Judant deux ans passés à Barcelone, le tétanos sev.r constammenl srS weïïfe d'une petite salle d'un hôpital, laquelle éla.t ex- . réel ?té de la mer; à peine cet accident se montraU-d dans les »u reVs"lle beaucoup plus vastes. S. Cooper reconnaît auss. Im- :C"e d! "oist ge de'la mer ; il note encore celle des pajs mareca-
-Î^tZJ:^^^!^-^'^^ coiltre l'usage de
Sy. .Irtoines. „ i ^^.^^ digesUves, de la
seurs du f f J , ^^Ji^u pouls , de la sécheresse de la peau, couleur des »"-^' ^^"^f >;Ser une fouie d'autres maladies, sont très lousces s,gn<«, 7; »; P^^^^^^^^^ devient plus douloureuse,
peut probants. La " ' „„i s'empare du malade;
l'agitation, «ne espe de ^^^^^^ ^ „„\ de valeur ces phénomènes , q 0 que « ^^s fréquents ,
que les premiers , sui tout s d apP >> •> partieulièquelques mouvements convuls ts » ' """^„,.,„„ eonstanle des
rement aux bras (4). R'cherand parle ^ «^^^^ „,,„t membres pendant le somme, ; elle se """''^^'^ " ,. .„^^i„„ ■ rement des mâchoires , appelé '"«" O'' , ™„nires,e„t
cou, à la gorge, aux tempes et ""'"'^^./Xlo les mouvements des espèces de crampes rmeroideuv H" .«^^ ' „.^i„„.
de la langue, de a ^; ^ ^,„,emeut que 1.
c'est alors que se déclare le ' ; ;,^,,„„, existe, plupart des praticiens sont avertis que
(•2) Nouveaux éléments aejmii'ui j
^' Çi)'viclwnnairc de chirurgie, arl. Téxanos. (4; Fournicr, loc. cit.
Le tétanos ne passe pas toujours par ces nuances ; quelquefois il (■'date et tue avec la rapidité de la foudre. Un nègre s'écorcha le pouce avec un morceau de porcelaine , un quart d'heure après il n'existait plus ; le tétanos l'avait comme foudroyé (1). En général , c'est quelques jours après la blessure que ce terrible accident se manifeste. M. Larrey dit que c'est du cinquième au quinzième jour, jamais plus tard; cependant on l*a observé après la cicatrisation complète : la pratique de Dupuytren en a fourni plusieurs exemples.
Variétés. — Selon les muscles qui sont principalement affectés, il y a des états, des attitudes qui ont été désignés par les patliologistes sous les noms de trisinus , emprost/iotonos , opisthotonos , pieurosthotonos.
1» Trismus, ou mal des mâchoires. C'est ordinairement le premier état du tétanos, et non une espèce particulière, comme on l'a dit à tort. Quelquefois l'action des élévateurs de la mâchoire est telle, que les dents des deux arcades sont inséparables. 11 peut rester un espace de quelques lignes qui laisse tomber une salive abondante. Selon certains pathologistes , ce serait toujours par le trismus que commencerait le tétanos; d'autres pensent qu'il existe un tétanos qui part de la partie blessée pour s'étendre ailleurs, car il est malheureusement trop rare que cet état douloureux , convulsif , se borne à une seule région ; il attaque bientôt les autres et produit des inflexions, des attitudes du corps qui ont motivé l'établissement des autres variétés.
2^ Emprosthotonos. — Espèce de tétanos antérieur. Il a lieu quand les muscles de la région antérieure du cou et du tronc se contractent plus fortement. On voit alors le corps former un arc à concavité antérieure. La tête est quelquefois tellement fléchie sur la poitrine qu'il serait impossible d'éloigner le menton de la région slernale. Selon M. Larrey, Vewprosthoioms a lieu quand lés nerfs delà région antérieure du tronc ont été blessés.
3° 0/.^VMo/o«o5.- Tétanos postérieur; prédominance d'action de la part des muscles de la région postérieure du cou et du tronc • l'arc est a concavité postérieure. Ici ce seraient, selon le chirurgien cité , les nerfs de la région postérieure du corps qui auraient été lésés
4" Plcnrosthotonos.-mmos latéral ; muscles de la région latérale du corps affectés; inclinaison droite ou gauche.
On dit que le tétanos est complet quand tous les muscles de la vie animale sont également en contraction. Selon Larrey, la cause vulnéranto a alors traversé un membre de manière à attaquer les deux plans fie nerfs (2). '
Recs, Cijclopœdia, art. Tktano.s.
'\'oycl\vl^ '^'';/''" '-'"cy «ni besoi,. de preuves.
. oyez d ailleurs Ct,n-q„t vhirunjkule des camps cl des hôpitaux t I )
lOfi MALADIES DliS NEltl'S.
Quand le tétanos est complet , le corps est comme un tronc d'arbre; on peut le faire porter sur la tête ou sur les pieds sans la moindre iiillexion; 11 semble fait d'une seule pièce; les parties résistent tellement, qu'elles se rompraient plutôt que de fléchir; les doigts seuls font souvent exception. La face est d'une immobilité remarquable ; l'ouverture des paupières, la fixité des yeux conservant leur brillant, puis la sueur qui ruisselle, donnent au faciès une expression qui n'est pas celle de la mort , mais d'une angoisse inexprimable. Les traits sont loin d'avoir la douceur de ceux de l'hystérique; cependant ils n'ont pas l'aspect repoussant de ceux de l'épileptique. Enfin , c'est un faciès particulier qui ne peut guère être peint , mais qui reste gravé dans l'esprit de celui qui l'a vu.
Un médecin qui a été atteint du tétanos compare les douleurs qu'il il éprouvées à celles d'une forte crampe (1). Les facultés intellectuelles sont en général très libres ; elles ne se troublent qu'aux approches de la mort. Rien de précis sur l'état du pouls ; il est des observateurs qui disent qu'il n'est pas fébrile dans le tétanos traumatique, ce qui est démenti par d'autres, qui ont constaté sa fréquence et sa dureté. L'état normal de la peau s'observe quand le pouls n'est pas ému ; mais le plus souvent elle est chaude et couverte d'une sueur visqueuse et abondante. Respiration laborieuse, parole nulle, ou entrecoupée et très difficile. Il est rare que les urines se suppriment. L'appétit est bon, mais l'impossibilité de le satisfaire fait souffrir les malades; M. Larrey va jusqu'à dire que c'est la faim qui tue les tétaniques. L'usage abusif de l'opium et des sudoritiques fait que la constipation et les espèces de sudamina qui apparaissent ne peuvent ,ôtre attril)uées entièrement au tétanos.
Cette maladie se termine ordinairement par la mort vers le quatrième jour. Selon Hippocrate, ceux qui franchissent ce terme sont sauvés, ce qui a été démenti par l'observation; en effet, il n'est pas très rare de voir la mort arriver le huitième jour, quelquefois même le ([uinzième. Les auteurs font même mention d'un tétanos clu-onique ; ils entendent, sans doute, parler d'un tétanos affectant quelques muscles dont les contractions permanentes ne peuvent nuire d'une manière directe aux principales fonctions de l'organisme. On a admis aussi un tétanos intermittent. Il est probable que cette forme a été confondue avec une des nombreuses variétés de la fièvre d'accès. Dans tous les cas , ces tétanos devaiejit être bornés à une seule région. Je connais une dame qui , à l'âge de retour, eut un fort resserrement des mâchoires, un vrai trismm. Effrayé de ce symptôme, je portai un pronostic très grave et entrepris un traitement des plus énergiques.
(t) Liébaut , Considérations générales sur le tétanos, 1826, n" m. Thèses de la Faciillé de Paris,
TÉTA^OS. 107 Le lendemain tout disparut. Un mois après , le trismus se représenta, •le fus moins eflrayé et plus modéré dans le traitement, car je me contentai d'une application de sangsues à l'anus ; le lendemain plus de serrement de niiàchoire. Deux mois s'écoulèrent sans accès; après ce temps, il en revint un pour lequel je n'ordonnai qu'un bain de pied ; il passa comme les autres. Il y a quatre mois que je n'ai pas été appelé pour cette dame. Si ce trismus s'était plus souvent répété, il eût pu fournir un exemple d'un tétanos périodique.
Froiiostic. — Le tétanos est une maladie très grave , presque toujours mortelle, surtout le tétanos traumatique qui envahit tout le système musculaire de la vie animale.
AMatomie patliologique. — Le tétanos vient encore accuser l'impuissance de l'anatomie pathologique. Les désordres fonctionnels devaient conduire à l'admission d'une lésion plus ou moins profonde de la partie des centres nerveux d'où partent les mouvements volontaires ou d'un point quelconque du système nerveux. On s'est cru très éclairé quand on a découvert des modifications dans la couleur, la consistance, etc., de la moelle épinière et de ses enveloppes; ce sont même ces lésions qu'on a le plus souvent constatées. Il y a plusieurs raisons pour cela : la meilleure, c'est que c'était le point que les symptômes désignaient comme étant le siège du tétanos ; les recherches ont donc été dirigées vers lui , et c'est cette partie du système nerveux qui a naturellement offert le plus de faits d'anatomie pathologique. Mais alors s'est élevée une autre difficulté. On a dit, avec raison, que les mêmes lésions , savoir la myélite avec plus ou moins d'inflammation des membranes, non seulement ne s'est pas montrée constante , mais qu'elle a été observée aussi sans le moindre symptôme tétanique. D'ailleurs, le pohit précis de l'altération anatomique, son étendue, sa f gravité, ne sont nullement en rapport avec les phénomènes observés i pendant la vie. Ainsi, on sait que ces phénomènes se rapportent aux I mouvements volontaires ; eh bien , a-t-on beaucoup d'exemples comiplets de lésions spéciales des cordons antérieurs de la moelle'^ 1 MM. Combette , Bouillaud, Bégin, Andral, ont bien parlé de quelques faits de ce genre; mais aucun de ces médecins n'oserait assurer que < c'est bien là le siège du tétanos. Pour ce qui est de l'étendue de la gvànié de la l.'îsion anatomique, jamais on n'a trouvé aucun rapport entre elles et les troubles fonctionnels. Mais, il faut le dire, on n'a pas encore apporté dans les recherches de ce genre la sévérité dont on se pique de nos jours dans les investigations anatomiques ; car qu'estce qu'une constriction extrême du cerveau? ([u'est-ce que ce sang : épanché entre la. dure-mère et la pie-mère? C'est cependant ce langage peu précis qu'on trouvera dans la plupart des travaux des honmies «qui , pendant les guerres de l'empire , ont le plus observé le tétanos
Des muscles ont été trouvés déchirés , au dos , derrière le cou et ailleurs ; des vaisseaux plus ou moins engorgés ont été vus et ont coloré la muqueuse des voies digestives, aériennes; on a constaté que des parenchymes étaient engoués , imbibés de sang. Mais qui ne voit que ce sont là des effets facilement expliqués par les interruptions , les troubles que l'appareil circulatoire doit éprouver pendant d'aussi violentes secousses que celles imprimées à tout l'organisme par le tétanos ?
En résumé , on peut dire, en parlant de la nature de cette maladie, qu'elle se rapporte à une lésion nerveuse dont l'essence ne nous est pas plus connue que celle des autres affections appelées névroses. Dans toutes les maladies de cet ordre, l'induction la plus logique autorise à admettre que le système nerveux est affecté, mais c'est par la physiologie qu'on y arrive. Pour le tétanos, on a de plus que l'observation, les expériences de M. Magendic, qui a appris à produire, pour ainsi dire , des tétanos par un modificateur spécial de la moelle , la strychnine ; mais, même ici , c'est la physiologie qui parle et l'anatomie se tait.
Traitement. — La thérapeutique du tétanos n'est pas moins impuissante que l'anatomie pathologique , et certes les praticiens se consoleraient facilement du silence de celle-ci si l'on pouvait leur indiquer un bon moyen curatif. Ce ne sont pas les tentatives qui ont manqué. Je répéterai ici ce que j'ai déjà dit en parlant du traitement de la rage, maladie encore plus terrible que le tétanos. La classe nombreuse et variée des antispasmodiques, des narcotiques, des toniques, des excitants, des antiphlogisliques , des diaphorétiques; enfin, tous les moyens que la science avoue et ceux qu'elle n'avoue pas, tous ont été mis à contribution. Le rationalisme a échoué comme l'empirisme. Et cependant beaucoup de moyens empruntés à ces diverses classes de modificateurs ont eu une certaine vogue; il en est même qui ont été considérés comme des antidotes.
Les mécomptes n'ont pas découragé tous les praticiens; d en est qui espèrent encore en des émissions sanguines portées très lom : amsi, larges saignées souventrépétées, sangsues très nombreuses sur la région rachidienne. D'autres essaient encore le mercure jusqu'à la salivation, les préparations arsenicales, .la teinture de cantharides, 1 emphysème artificiellement produit. On voit là l'application de cet axiome vulgaire • Aux grands maux les grands remèdes. L'opium, dont on a tant abusé, a paru à quelques praticiens sages plus nuisible qu'utile
Les bains ont réuni quelques suffrages, surtout les bains sulfureux. Ceux de fumier, dont parle Paré, sont encore conseillés par quelques chirurgiens. Les faits observés par Paré, par Fourmer et par d autres praticiens, tendraient à donner une valeur réelle aux sudorifique.
SOUS forme de bain. Selon M. Saulnier, M. Lambert aurait obtenu deuK guérisons avec l'acétate de raorpiiine administré par la méthode enderniique ; c'est à la nuque que l'application avait été faite (1).
Même avec les faits publiés par Larrey, on ne serait pas suffisamment autorisé à pratiquer une amputation, par cela seul que la blessure a été compliquée de tétanos.
Selon M. Cruveilhier, la mort ayant lieu par asphyxie lorsque le spasme s'empare des muscles qui président à la respiration, à la déglutition, à la phonation, il s'est demandé si l'on ne pourrait pas substituer à la contraction convulsive une contraction volontaire, permanente et pour ainsi dire acharnée. M. Cruveilhier appuie sa théorie sur le fait que voici : le pouce d'un paysan fut violemment séparé de la main. Cinq jours après je fus appelé auprès de ce blessé, dit M. Cruveilhier, et je constatai un tétanos bien caractérisé. Des saignées et des purgatifs drastiques furent alternativement prescrits pendant deux jours sans aucun succès. Sueurs continuelles; pouls très petit, extrêmement fréquent; secousses convulsives des muscles de la respiration et de la déglutition répétées toutes les dix et quelquefois toutes les cinq minutes; la durée de ces secousses se prolonge de plus en plus. Le malade a la conscience d'une fin prochaine et me dit qu'il est perdu si je ne me rends pas maître de ces convulsions , qu'il appelle son sanglot. Le patient était plein de vie et de courage. J'ose lui promettre la guérison , à la condition qu'il se soumettra à tout ce que j'ordonnerai. Je me plaçai au-devant de lui et je l'engageai à respirer en mesure en faisant des inspirations forcées aussi profondes que possible. Pour le diriger dans ce fatigant exercice, je me mis à battre devant lui la mesure à deux temps. Pendant une heure que je restai là, aucune crise de suffoca- ! non, de strangulation n'eut lieu. Je me fis remplacer par des aides qui ^se relevèrent successivement. Au bout de quatre heures, le malade t tomba dans un profond sommeil. A son réveil, on recommença le imême moyen, qui fut suivi du même repos. Cet exercice ayant été N suspendu, d y eut quelques exacerbations qui cédèrent bientôt Ce I malade a parfaitement guéri (2). Je n'ai qu'une réflexion à faire sur • cette mteressante observation : c'est que si le paysan avait eu un té- I tanos bien complet, il n'eût pu se livrer à l'exercice de M. Cruveilhier ssurtout en mesure, fût-ce celle à deux temps. '
M. Busse, chirurgien sous-aide major, a vanté la teinture alcoolique de belladone. On ferait des frictions sur tout le corps, et surtout sur 'les pomtsoù la rigidité convulsive est le plus marquée. Un fait de guérison est publié dans la Gazette médicale du 17 novembre 18^19
(1) Tl.èse de la Faculté de Paris, n" .30i, 1S32.
(2) Amtom:epalholoçiique générale, |. |, p. m ol suiv.
Il s'agissait surtout d'un tvismus et d'un opistliotonos. On fut obligé de revenir plusieurs fois à la teinture. Elle fut appliquée par la méthode endermique , mais elle ne réussit pas. Il vaut donc mieux frictionner.
Malgré ces faits, l'insuffisance trop fréquente du traitement curatif doit être une raison de plus pour observer les règles du traitement prophylactique. Ici l'hygiène doit être placée en première ligne ; aussi depuis que ces règles sont comprises et que les peuples, en se civdisant, les observent mieux, les tétanos deviennent plus rares, surtout ceux qui se montraient sous une forme endémique. Ainsi, aux Antilles, il y a un demi-siècle que cette maladie est bien moins fréquente.
En revoyant les causes du tétanos, on saura ce qu'il faut éviter ; je fixerai de nouveau l'attention sur les changements brusques de température. Préserver les blessés du froid, de l'humidité; éviter autant que possible leur transport; faire des pansements doux, prompts et peu fréquents; extraire les esquilles, les corps étrangers; réséquer les fragments osseux qui piquent les chairs ; compléter la section des nerfs piqués ou déchirés ; débrider multiplement les plans fibreux qui empêchent le développement inflammatoire ; pratiquer promptemenl une amputation qui fera succéder à une plaie inégale et contuse une surface traumatique simple : voilà des préceptes que le chirurgien observera et qui pourront prévenir le tétanos. Il n'oubliera pas les viscères, carie mauvais état des voies digestives, la présence des vers intestinaux, trop de sang vers la tête, peuvent favoriser le développement de cette maladie. On devra aussi surveiller l'enfant dont la dentition est douloureuse et difficile.
Névralgies en général.
Ce nom a été donné par Chaussier aux névroses du sentiment caractérisées par une douleur très vive avec élancements et toujoui-s fixées sur un nerf. Les névralgies peuvent affecter les cordons nerveux, les plexus et les ganglions, ainsi que les nerfs à leur terminaison dans les organes. Je ne m'occuperai ici que des névralgies dos cordons nerveux, et môme je ne décrirai à part que les plus communes, celles surtout contre lesquelles des procèdes opevatou;es ont 7ié employés : telles sont les névralgies de la face et celle appelée .sca-
'tl!l«.-Les névralgies tiennent à un ordre ^'««^^lioi^ '^Ij;;; rétiologie est très obscure. Voici les circonstances qui sont les pluS (1) Voyez l'arlicle Nkvbalgtf. de M. JoUy, dans le Dicllonnaire 6c médecine^ et ae c3,ie pratiques. Cel auteur en «dmel .u.gt el une espèces. - N oye« le Traité des névralgies, par M. Valleix, Pans 1841, 1 vol. in-S.
NÉVRALGIES KN GÉNÉRAL. j/JI
tavorablns à leur dévoloppement : nno constilulioii sèche, et , comme on le (Ut , nerveuse , le sexe féminin , mi âge un peu avancé ; l'enfance en est très rarement atteinte (t). Une circonstance qui paraît avoir beaucoup d'influence sur le développement d'une névralgie, c'est le Iroid humide : ainsi un courant d'air vif sur une partie circonscrite du corps , surtout si elle est baignée de sueur, des vêtements mouilles , l'mimersion dans l'eau , le contact du sol humide sur lequel oh est couché; joignez à cela que ce sont les nerfs les plus superficiels qui sont le plus souvent affectés, et vous verrez quelle efficacité à cet ordre de causes. J'ai déjà dit qu'une blessure d'un nerf pouvait avoir pour effet consécutif une névralgie. En parlant des causes, on doit taire mention des préparations saturnines : n'est-ce pas une névral-ie que cette colique de plomb qui cause de si atroces douleurs ?
Symptômes. — Voici les manifestations symptomatiques des névralgies en général : Douleur vive qui apparaît presque toujours instantanément sur un nerf, et le parcourt comme un trait de feu de sa racine vers les ramifications; c'est ordinairement le contraire quand cest un ganglion lymphatique, ou une autre tumeur qui, en comprimant un nerf, détermine la douleur. La douleur est parfois lancinante, quelquefois lancinante et brûlante en même temps ; elle n'est pas augmentée par la pression. Il survient consécutivement une sensatL, de torpeur ou de fourmillement. Les pulsations, les pincements les picotements sont des sensations plus rarement observées. Ce nui est caractéristique, c'est que. la douleur s'imprime seulement sur le ïierf et ses ramifications; elle épargne les autres parties. L'agitation h spasme et les contractions convulsives des muscles auxquels le ner'fsf distribue, constituent encore un caractère delà névralgie- mais^il n est pas aussi constant que celui qui vient d'être indiqué' Si par exception, la région affectée est plus rouge, plus goLée I chaude, ce n'est qu'à un faible degré. Presque toujours des uH claires et limpides sont rendues après l'accès
(1) Dans sa thèse inaugurale. M. Chaponniére prouve que pour le lie cloulc, . reux, le sexe ne donne pas une grande différence : sur -253 mLde aVé, ien
^ en^Jlntlff"'"" ''"'""'^"'^'^ ^" '«s névralgies
rnt soui. ^ de"- op,n,ons contradictoires ont régné : Forthergill et Chaus 'le
vril./.P ! ' '^'^ el mieux distinguée de la „é.
Fq aans celte slat.sliquc des névralgies le clulfrc des liommos se soit ^l^v^ . ce sont eux qui offrent le plus d'exemples de névrites. ''''
le
112 MALADIES DRS xNEHFS.
J'ai dit que la névralgie débutait subitement par la douleur : c'est ce qui arrive dans la très grande majorité des cas ; cependant on a observé quelquefois qu'un frisson général , une sensation locale de froid, ont préludé à la névralgie, qui disparait ordinairement tout à coup' pour revenir à des intervalles irréguliers dans le plus grand nombre des cas; la périodicité est rarement bien marquée. Plus rarement encore on observe un type constant; alors les douleurs sont moins fortes : les types rémittents et réellement intermittents ne sont jamais bien réguliers , parce que les influences les plus légères , un simple mouvement de la partie, une légère émotion, renouvellent l'accès ; à plus forte raison des excès de table et de coït.
Pronostic. — La fréquence , l'intensité des accès peuvent non seulement déterminer un atfaiblissement , une atropbie de la région affectée, mais encore contribuer au développement d'une alfectionde cœur, du tube digestif, et produire un vrai marasme. Toujours le moral est singulièrement aigri par le renouvellement de douleurs aussi vives II ne faudrait pas trop s'étonner si d'autres affections nerveuses plus graves venaient remplacer une névralgie. On connaît la fâcheuse tendance qu'ont les maladies à se transformer ainsi ; l'épilepsie se transforme en folie , laquelle se termine par la paralysie, etc.
Cependant les terminaisons funestes des névralgies sont plus rares que les cures tout à fait spontanées ou favorisées par une thérapeutique et une hygiène bien dirigées. Mais une si heureuse termma.son se fait longtemps attendre , et quelquefois on ne fait qu'un échange avec des douleurs articulaires , des hémorrhoïdes incommodes ou une
maladie de la peau.
Les névralgies de la face et des membres sont les mieux connues ; on les a aussi observées au tronc : ainsi on a reconnu une névralgie intercostale (Siebold) (1) , une névralgie spcrmatique [Barvi^s). H y a ici rétraction du testicule correspondant; les douleurs ne sont pas ires vives, mais elles sont accompagnées d'un abattement des torces et d'un découragement profond , comme si le testicule avait ete longtemps comprimé. Je connais un cas remarquable de cette névralgie. U névralgie iléo-scrotale (Chaussier) attaque le rameau de la première paire lombaire, qui, longeant les muscles psoas «^d|aqne, se rend au scrotum. Les nerfs crural , cubital , radial , ont offert des exemples
''l"*ie, pathologique se tait encore quand elle est appelée à nous fournir des lumières sur la nature des névralgies
Traitement. -Il serait fastidieux , et d'adleurs sans profit, de copier ici la longue liste des moyens employés contre les nevralg.es.
(i) Voyez, le livre cité do M. Valieix.
NÉVRALf.IES EN GKNKHAr, j|3
J'ai déjà parlé (lo doux névroses poiu- les(|uel les on a épuisé tous les modifjcaleurs foi>rnis par la thérapeutique. A leur égard, on s'est même permis des exagérations qu'on ne saurait justifier ici; car il y a loin du danger du tétanos, par exemple , à celui d'une névralgie , même la plus cruellement douloureuse. Certains moyens employés contre les névralgies ont obtenu des succès qui leur ont fait accorder une grande confiance; la plupart s'expliquent factlement par la cessation naturelle de l'accès, quel que soit le moyen choisi : on croit alors avoir guéri la maladie quand on a seulement fait taire une de ses manifestations. La méprise sur la valeur du moyen employé est bien plus tacde, SI l'accès suivant s'éloigne beaucoup de celui qui a nécessité la médication vantée.
Quoi qu'il en soit, il est des moyens qui ont joui d'une efficacité réelle : s'ils n'ont pas guéri par eux-mêmes, ils ont du moins aidé la cure naturelle; la plupart ont enlevé ou abrégé les accès. Ainsi à l'mterieur, les infusions de fleurs ou de feuilles d'oranger, la racine de valériane, l'éther, le castoréum, les pilules de Méglin, et, selon M. Martinet, l'essence de térébenthine, voilà une partie des moyens admmistrés à l'intérieur. Puis viennent les saignées générales et locales , qui ont quelquefois réussi chez des sujets jeunes et sanguins • mais il convient de noter que, chez d'autres, elles ont augmenté les douleurs et prolongé l'accès. Les émissions sanguines sont parfaitement secondées par les cataplasmes émollients et narcotiques de farine de grame de lin , de têtes de pavot, de feuilles de belladone, de morelle, de douce-amère, de datura stramonium , les frictions avec le laudanum liquide , l'huile opiacée et camphrée , l'huile de jusquiame Quelquefois la glace remplace avec avantage tous ces moyens qui ne peuvent être supportés si leur température est élevée ; il arrive aussi que ce sont les topiques chauds qui calment le mieux, tandis que les réfrigérants exaspèrent la douleur. Il faut presque toujours aller en tâtonnant quand il s'agit de maladies nerveuses.
C'est Cotugno qui a le plus préconisé les vésicatoires ; ils ont surtout des succès réels quand il s'agit de ces douleurs moitié nerveuses mou.é rhumatismales, de cette affection appelée par certains auteurs rhmnntisme ncrvmx , maladie d'ailleurs très rebelle. Cotugno conseillait l'application du vésicatoire sur les points où le nerf est recouvert par la moindre épaisseur possible de parties molles. Les cautères et les moxas seront surtout employés contre la névralgie sciatique et c est ordinairement entre le grand trochanler et l'ischion qu'on les ap- Pli'l'ie. M. Valleix fait un fréquent usage des raies de feu, surtout quand la névralgie est intercostale. Par l'inhalation du chloroforme '1 épargne au malade la douleur du feu. Cette pratique compte d'assez non.Dm.x succès. L'acupunrinre coniple aussi dos succès ain«;i qM<.
itU MALADIES DES NERFS.
les plaques d'acier aimanlé et rélectvio.ité ; mais on devra se méfier de la plupart des observations plus ou moins tronquées qui ont rapport aux effets merveilleux de ces derniers modificateurs.
Enfin , on en est venu à implorer les secours de la médecine opératoire, et l'on a agi directement sur le nerf malade, c'est-à-dire qu'on l'a divisé, retranché, en partie, avec l'instrument tranchant, ou détruit par les caustiques. Le bistouri est généralement préféré. On ne se contente pas d'inciser, on excise les nerfs. Voici d'ailleurs les règles qui .^'appliquent à ces opérations.
1" On ne se contentera pas d'une simple section , il faudra exciser une partie du cordon , et , en général , le plus possible , au moins 4 à 6 lignes (10 à 15 mUlimètres de sa longueur ; 2" on mettra le membre dans la flexion pour ne pas trop tirailler le nerf en le soulevant ; 3" on découvrira le tronc du nerf malade au-dessus de l'origine de toutes les branches douloureuses; W en irritant le nerf, on s'assurera que c'est bien lui qui est le siège de la névralgie; 5° on opérera la section d'un seul coup du côté de l'origine du nerf et aussi haut que possible ; alors l'excision se fera sans douleur sur le bout inférieur.
Voilà les règles générales à suivre pour l'excision des nerfs qui sont le siège des névralgies ; des modifications seront nécessairement apportées selon les régions. Le chirurgien doit être prévenu que ces opérations sont très douloureuses, qu'elles ne sont pas sans danger, et que très souvent elles sont infructueuses. Avant d'opérer, on devra donc employer les autres moyens ; on insistera surtout sur les purgatifs, qui, selon moi , sont trop négligés par les médecins.
KTévralgies en particulier.
§ 1. — Névralgies faciales.
On les appelle ordinairement tic douloureux (1): ce sont les branches du nerf de la cinquième paire qui sont ici affectées. Quand les branches le sont isolément , la névralgie prend les noms de : 1" frontale, 2" sous-orbitaire, 3" maxillaire, etc., selon la branche malade.
A. Névralgie frontale.— C'est la névralgie d'unedivision de la branche ophthalmique; elle est ainsi caractérisée : La douleur, commençant au trou sourcilier, se propage au front, à la paupière supérieure, au sourcil à l'angle interne de l'œil , quelquefois à tout le côté correspondant de la face , à la fosse nasale correspondante , à l'œil lui-même :
(i) Ce nom a élé créé par André, chirurgien de Versailles, qui peul êlrc considéré comme ayant établi le premier le siège de celle maladie. (> oyez son travail inlilulé : Observations sur les maladies de I vrèlre et sur phweurs fa<ts eonvulsifs. Paris, 1753; in-12.)