SECTION NEUVIEME
Je vais me soumettre à l'usage qui fait décrire, sous ce titre, non seulement les maladies du tissu osseux , mais encore celles des autres éléments qui entrent dans la composition du squelette naturel des anatomistes : ainsi cartilages, ligaments, etc. Je diviserai aussi cette section comme les auteurs classiques, en deux grands chapitres : le premier traitera des maladies de la substance ou de la continuité des os (Boyer) ; le second contiendra les maladies de la contiguïté des os , c'est-à-dire des articulations.
Anatomic.
Je jetterai d'abord un coup d'œil sur ce qu'on a appelé la conformation extérieure et la conformation intérieure des os.
1° Conformation extérieure. — Les différences qu'offrent les os, au point de vue de la conformation extérieure , onl fait diviser en os longs, en os larqes ou plats, en os courts. . , ,
Les os longs sont au centre des membres et forment une smle de colonnes on de leviers superposés. Ceux des membres tlioraciques sont généralement moms lonKS et moins volumineux que ceux des membres abdominaux. Plus 1 os est voisin du tronc, plus l'os est long. La partie moyenne des os longs offre le diamètre le moins considérable ; de là l'os va en augmentant graduellement de volume à mesure qu'on gagne les extrémités, lesquelles se renflent beaucoup, offrent un diamètre double ou triple de celui du corps de l'os. 'J ous les os.longs présenlenldonc la forme d'un double cône dont les sommets sont adosses.
Les os larqes, destinés à former des cavités, sont plus ou moms courbes sur eux-mêmes, et ont deux surfaces, l'une profonde, concave, l'autre convexe, sunernciclle, et une circonférence. 11 faut toujours un certain nombre d os larges Dour former une cavité. Certains os larges sont alternativement concaves et convexes sur la même face : les os des hanches sont dans ce cas. Les inegal.lts les saillies et même les grandes concavités de l'une des faces des os larges, ne sont noinl en rapport rigoureux avec des dispositions correspondantes de la ace olZ. on voit, effet, la portion iliaque de los des hanches repr ontor r^^^^^^^^ - lieu d'une convcxi.é correspondante .Ma fosse .haq« I' e une aulre excavation ou fosse iliaque interne : a,ns. au crAne d s m preJntes et des éminences existent à la surface mlcrne, tand.s que la su. face p\i(''iipurc est uniformément convexe. , .
US r/ot/. composent surtout la colonne vertébrale, le carpe el le .a.sc
(i) Ch. Bell, Surgical ohs., Londres, 1810, in 8, p. m. - Kibos, obs. cil.
ANATOMIE. 129 on les 1-cnconlre enliii pui tout où une grande solidité se trouve jointe ù des mouvements partiels trC-s bornés; ils se trouvent toujours groupés en assez giand nombre, et, en général, de la forme d'un cul)e irrégulier, lis sont d'ailleurs taillés à facéties pour leurs nombreuses arlicuialions. La surface qui n'est pas articulaire est rugueuse, pour servir à des insertions ligamenteuses et tendineuses.
2" Conformaiion intérieure. - Pour l'étudier, il faut pratiquer une coupe sur la continuité d'un os; on remarque alors qu'il est composé, eu allant de dehors en dedans, d'un tissu serré, ressemblant à l'ivoire, et de lamelles de filaments qui, en s-enlre-croisanl, forment des cellules. Une de ces substances est compacle] Tautre est celluleuse oti spongieuse. Au fond , c'est la même substance ; seulement elle revêt des formes dilTércntcs : dans ce qu'on appelle substance compacte, le tissu osseux forme une couche épaisse et unique; dans ce qu'on apl)elle substance spongieuse , le même tissu forme des couches minces, multiples et entre-croisées, qui dillcrent par leurs dimensions et non parleurs propriétés. Ainsi, quand on dit substance compacte, tissu spongieux, on veut exprimer les deux aspects principaux de la conformaiion intérieure des os. Vous trouverez la substance compacte et la substance spongieuse avec la même couleur sur un os sec et privé, par une longue macération, de toutes les parties molles qu'il renferme. La ditférence de coloralion se manifeste, au contraire, sur la coupe dun os frais. Le tissu compacte est d'un blanc mat dans tous les os et ù tous les âges de la vie ; la substance spongieuse emprunte sa couleur moins à ses lamelles qu'aux parties molles qui remplissent ses cellules. Or ces parties varient : ainsi, chez l'enfunt, ce sont des vaisseaux et du tissu cellulaire ; chez l'adulte et le vieillard , à ce tissu cellulo-vasculairc s'ajoute du tissu adipeux. La prédominance des vaisseaux, à l'âge tendre, rend la subslance spongieuse d'un brun rougeâtre ; le tissu adipeux, aux autres âges , produit une coloration d'autant plus jaune que la vieillesse est plus avancée. Ce changement de couleur ne s'opère pas dans toutes les parties du squelette : M. Nélalon a constaté que la coloration jaune a pour siège exclusif les extrémités des os longs et les os courts des membres; les os du tronc conservent, toute la vie, la nuance rougeâtre de l'enfance.
Les tissus compactes et ccUuleux sont ditTéremment répartis dans les ditFérentes catégories d'os. Aux os longs la subslance compacte forme les parois du canal médullaire ; la spongieuse abonde dans les extrémités, qui en sont presque exclusivement composées. Sur les limites du canal médullaire les lamelles de ce tissu deviennent plus ténues, s'effîlent, s'étendent sur les parois de la cavité qui loge la moelle, en formant un réseau délicat dans lequel celle-ci "st comme suspendue. C'est cet enire-croisement de (ilels au centre de la dia- Physc des os longs qui a élé considéré par des anatomistes comme une troi- Meme lormc du tissu osseux, le tissu réliculaire. « Cette forme pourrait être i'dmrsc; cependant nous pensons, avec la plupart des auteurs, qu'il est plus -uTiple d'admettre .seulement les deux formes que nous avons précédemment mentionnées; elles représentent, en elfet.le tissu osseux, l'une dans .son état de "•ndensaiiou, l'autre dans .son état de raréfaction : le ti.ssu réticulaire rentre évideninu'iit dans la forme spongieuse ou raréfiante. » (.Sappcy.)
La substance compacte des os larges forme deux i)lans ou tables, et dans nuhcu une troisième couche (|ui est la subslance spongieuse, prenant ici le "'■n de diploé, lequel manque sur quelques points, particulièrement dans la ' 'l<^"x labl.'s se rappro- henl et se confondent. "• i)
Dans les os courts, le tissu compacte n'est représenté que par une lame mince comme enroulée sur le tissu spongieux,
3° Texture des os. — H y a clans la composition de l'os un tissu osseux proprement dit, puis des vaisseaux du tissu cellulaire, enfin les éléments analomiques qu'on trouve presque partout; de plus, deux membranes parliculii'res.
Le tissu osseux a deux éléments, un inorganique et Tanirc organisé. Si vous soumettez un fragment d'os à l'action de l'acide nitrique étendu, les sels seront dissous , l'os deviendra flexible et élastique à la manière d'un cartilage : car il ne reste plus à l'os que l'élément organique, lequel, par l'ébullition , revêt tous les caractères de la gélatine. Si vous calcinez ce même fragment d'os, la partie organisée brûlera , répandra l'odeur de corne qui brûle ; le fragment conservera son volume et sa forme ; mais il sera léger , poreux , et d'une telle fragilité, qu'il se réduira en poudre par la plus faible pression : il sera blanc si la calcination a été complète , noir si elle a été incomplète.
Selon la plupart des analomistes , les deux éléments du lissu osseux ne sont pas dans des proportions identiques à tous les âges. Voici , du reste , les résultats fournis par l'analyse chimique de M. Berzelius :
il" iMalière animale réductible en
gélatine par la décoction. . . 32,17
2° Matière animale insoluble. . . 1,13
f Phosphate de chaux 51 ,OZi
\ Carbonate de chaux 11,30
2° Partie inorganique. | Finale de chaux 2,00
I Phosphate de magnésie 1 ,16
\^ Soude et hydrochlorate de soude. . 1,20
Comme je l'ai dit, on admet que les deux éléments du tissu osseux varient dans les divers âges ; l'élément organique prédominerait dans l'enfance, l'élément inorganique augmenterait par les progrès de l'âge, et relativement la fragilité du squelette. M. Nélaton a établi , au contraire , par des expériences , que les deux éléments du tissu osseux étaient, à tous les âges, dans les mêmes proportions. En accordant cela à M. Nélaton, on est obligé de continuer à crou-eà la plus grande densité et à la fragilité plus prononcée des os chez les vieillards, ce ciui n'est pas contesté par M. Nélalon. Pour lever celle apparente conlradiction, il faut, selon lui, distinguer l'os du lissu osseux. L'os est compose de vaisseaux et de tissu cellulaire, c'est le parenchyme primitif. A l'époque moyenne de là vie, beaucoup de lissu osseux est déposé dans ce parenchyme, lequel lui cède, pour ainsi dire, la place ; aussi voit-on les vaisseaux de Fos être très développes chez les enfants, diminuer en volume, en quantité . chez ladulte, diminuer encore plus chez le vieillard. Or, comme à cet âge avancé le tissu osseux luimême est peu abondant, que sa quantité diminue progressivement , il se trouve nue tandis qu'à l'âge adulte les couches de ce lissu, les lames, les lamelles offrent beaucoup d'épaisseur , chez le vieillard elles deviennent toujours plus minces. Ainsi ily a à cette période de la vie din.inu.ion du tissu osseux, en même temps atrophie du parenchyme de Vos, ce qui consiiluc la raréfaction, la condition
la plus favorable à la Iragilité. . , , . , ,
Le lissu osseux est parcouru par une inimité de pei.ls canaux observables non seulement dans la substance compacte, mais encore dans es lamellesqu. bornent les cellules de la substance spongieuse. La direction, les chmensions de ces canaux varient. Aux os longs , on les voit se diriger un peu obliquement du canal
ANATOMIE. tSl
médullaire à la surface extérieure, et dans la marche s'entre- croiser de manière à former des mailles dont le grand axe est parallèle i\ celui de la diaphyse. Ce parallélisme produit Taspcct sliié de l'os dans le sens de sa longueur , lequel semble composé de fibres longitudinales nombreuses et juxtaposées. Aux os larges, les mailles qui résultent de l'entre-croisement de ces mêmes canauxs'allongent en se dirigeant vers la circonférence , et chaque surface a l'aspect d'un plan fibreux et rayonné. Dans les os courts, l'entrecroisement est si irréguller, que les dilférenles faces qui en limitent le volume perdent tout à fait l'apparence fibreuse. Les mêmes petits canaux qui parcourent les lames , les lamelles , les filaments du tissu spongieux ont une disposition analogue aux précédents, mais, au lieu d'aboutir au canal médullaire , ils s'ouvrent dans une cellule. Ces canalicules correspondent tantôt par une extrémité à une cellule , et par l'autre à une seconde cellule voisine de la première ; tantôt un des orifices communique avec une cellule, tandis que l'autre s'unit, s'anastomose avec un canalicule delà substance compacte. Les petits canaux des cloisons voisines d'une surface articulaire se terminent en cul-de-sac.
Les os sont en rapport avec des artères qui sont de trois ordres :
a. Les artères du canal médullaire des os longs. Il y a pour chaque canal médullaire au moins une artère principale qui pénètre par le conduit nourricier; elle se divise presque immédiatement en deux rameaux dont un se dirige de bas en haut, l'autre de haut en bas. Ces rameaux se divisent en une infinité de ramuscules pour concourir à la formation de la membrane médullaire. Ces ramuscules s'anastomosent avec les vaisseaux du deuxième ordre qui pénètrent par l'extrémité des os longs ; à la faveur de ces importantes communications, les vaisseaux, malgré l'extrême différence de leur mode de pénétration dans les os, se suppléent réciproquement. Ainsi, un trou nourricier d'un os peut être oblitéré, et l'os être cependant conservé dans toute son intégrité.
L'artère médullaire fournit les ramuscules à celles des couches du tissu compacte qui forment les parois de la cavité médullaire.
b. Les artères du tissu spongieux pénètrent par les trous nourriciers du deuxième ordre. Leur nombre est loin d'être déterminé par celui des trous, lesquels sont, pour la plupart, destinés au passage des veines. Ces artères s'abouchent d'ailleurs avec l'artère médullaire dont il a été question, et avec les artères du périoste.
c. Les artères périostiques sont très nombreuses: ce sont ces petites artères qui, après s'être ramiliées en réseau dans le périoste, se glissent dans les os par les conduits du troisième ordre. Ces petits vaisseaux qui alimentent les couches extérieures du tissu compacte s'anastomosent avec les deux autres catégories d'artères dont j'ai déjà parlé.
Les veines des os suivent les artères; mais dans l'épaisseur des os larges, des os courts et des extrémités des os longs, sont des canaux veiueux particuliers que Dupuylren a étudiés, le premier, au crâne, où ils sont très apparents. Ces canaux sont criblés d'ouvertures qui font arriver le sang des parties voisines ; la membrane interne des veines, une lame extrêmement mince du tissu compacte forment leurs parois.
Les vaisseaux lymphatiques des os n'ont pas encore été analomiqucment établis, mais la physiologie les suppose.
La tissu cellulaire contribue à constituer la charpente fibreuse de l'os. On rencontre des nerfs dans les os. M. Cruveilhier a vu un filet nerveux s'engager dans le trou nourricier du libia.
k" L'os a une membrane exlernc et une membrane inlcrnc.
a. La première est le 'périoste, qui s'enroule autour des différcnlcs pièces du squelette pour leur former une enveloppe spéciale de nature fibreuse. La surface externe du périoste est en rapport, dans la plus grande partie de son étendue, avec les muscles dont la sépare un tissu cellulaire lâche et filamenteux, et avec les tendons qui s'unissent à elle par un enlre-croisement réciproque. La surface interne est on ne peut plus adhérente à l'os, surtout dans les points qui correspondent à l'insertion des tendons. Au niveau des articulations mobiles, le périoste d'un os est lié à celui des os voisins par les ligaments; quand l'arliculalion est immobile, le périoste passe immédiatement d'une surface osseuse à la surface adjacente. La continuité qu'établissent les liens arliculaires entre les différentes parties du périoste, et par le périoste entre tous les tendons ou aponévroses, constitue un ensemble d'organes de même nature, dont l'élément essentiel est une libre blanche, flexible et résistante : c'est là le système fibreux.
b. La membrane interne des os est appelée membrane médullaire. C'est un tissu cellulaire fin et lamelleux d'une grande transparence, tapissant les parois anfractueuses du canal des os longs. Elle s'applique sur les inégalités de ces parois, se replie au dedans sur elle-même, et cloisonne dans ions les sens sa propre cavité, qui se trouve ainsi transformée en loges et en cellules, auxquelles correspondent les lobules d'un tissu adipeux extrêmement délicat, qui est la moelle elle-même.