CARIE
rienues. Comme autour d'une nécrose, autour de l'os carié, se forment quelquefois des dépôts calcaires, espèces de jetées qui soutiennent les os en rapport avec celui qui est malade ; ainsi les vertèbres qui sont au-dessus et au-dessous de celle qui est cariée sont quelquefois souteimes par des colonnes formées dans les ligaments vertébraux ossifiés. Ces frais de l'organisme sont quelquefois en pure perte ; car on observe ces productions osseuses à l'autopsie de ceux quisout morts épuisés par la carie. Je dirai plus tard qu'elles peuvent contrarier la cure spontanée.
Uia^uostic. — La carie peut être à une profondeur qui empêche de compléter le diagnostic par les instruments explorateurs. On doit alors avoir le plus grand égard aux circonstances suivantes : 1° douleur fixe dans la région où siège l'os dont la structure est favorable au développement de la carie; 2" formation d'un abcès sans travail inflammatoire préalable (abcès par congestion) ; 3° la nature du pus, son altération; k" l'existence d'une des causes énumérées plus haut; 5" parfois quelques parcelles d'os sortant avec le pus; 6" quelquefois aussi une déformation de l'os affecté.
Aiiatomie patliologique. — Il serait difficile d'établir une différence tranchée entre l'ostéite dont j'ai déjà fait l'anatomie et ce que Jious offrent ici les résultats de l'autopsie. Les lamelles osseuses que j'ai indiquées comme tachées de rouge sont éliminées (voyez le paragraphe Ostéite), détruites par la solution de continuité qui s'opère ainsi, s'épanouit au-dessous un tissu vasculaire, friable, saignant. Des cavités se forment dans le sein de l'os, comme le prouve la figure qui représente l'extrémité supérieure du fémur cariée (1) ; elles creusent quelquefois l'os en entier s'il est court, lequel conserve cependant sa forme et laisse suinter l'ichor. Le plus souvent l'écorce de l'os est percée, et le pus coule dans une articulation (voyez fig, 5U, a) ou à l'extérieur. Les parois de ces foyers sont plus ou moins ramollies; quand elles sont dures et que la cavité et la perforation semblent avoir été produites par un emporte-pièce, il est bien probable qu'au lieu d'une carie, il existait un dépôt de matière tuberculeuse, laquelle
(1) M. IJourgery cile celle figure comme un cas remarquable de Iransilion de lexlurc. La dcslruclion des canaux arcolaires, en agrandissant leurs conflucnls, a converli ces derniers en vasles foyers dont l'abouchemcnl se (ail direclemcnl à l'exlcrieur par les Irous veineux de In substance compacle a.
Fig. 84.
a été éliminée après avoir été fondue. En général, le tissu osseux envahi par la carie est d'une grande fragilité, et présente les phénomènes indiqués quand il a été question de l'exploration par le stylet.
u Ramoliisscment de l'os , destruction et suppuration de son tissu, » sont donc en définitive les caractères anatomiques qui doivent être » réunis pour qu'il y ait carie confirmée. » Telle est la conclusion à laquelle a été conduit Sanson. Ce chirurgien a poursuivi les expériences de M. Pouget, pour constater les caractères chimiques de la carie. Voici l'exposé de ces essais d'après l'auteur : Lorsqu'on soumet à la macération un os peu altéré, l'eau se couvre d'une couche de matière huileuse ; si l'on expose l'os à l'air, il se dessèche difficilement, et prend peu à peu la teinte jaunâtre du lard rance. Si l'on soumet aux mêmes expériences un os plus profondément altéré, l'eau dans laquelle on le fait macérer se charge d'une couche oléagineuse beaucoup plus abondante. L'os exposé ensuite à l'air y conserve sa couleur grise ou noire, et se réduit en poussière spontanément, ou à l'occasion de la plus légère pression. L'ébullilion donne les mêmes résultats. L'analyse chimique entre les mains de M. Bérard, de Montpellier, les a également confirmés. Cet observateur a trouvé que dans un os altéré, mais non encore friable, c'est-à-dire présentant la carie au premier degré, la matière animale était en partie transformée en matière grasse, et que dans l'os devenu très friable, c'est-à-dire affecté de carie au plus haut degré, la matière animale avait disparu, et que la matière oléagineuse prédominait moins sur l'élément terreux que dans le cas précédent. D'où il a conclu : « 1° Que dans la carie il y a transformation de la substance animale du tissu osseux en matière grasse. C'est une partie de celle-ci que l'on trouve surnageant , au bout d'un certain temps, l'eau de macération; c'est encore elle qui, lorsqu'on met l'os à sécher, suinte par une infinité de pores, et qui, oxydée par le contact atmosphérique, donne à la substance osseuse la couleur jaune, et l'odeur de lard rance à la suppuration qui en en traîne une certaine portion, lorsque la lésion organique fait encore partie du corps vivant. 2" Que c'est à la soustraction successive de cette matière grasse, par l'ichor qui découle de l'os malade, que l'on doit attribuer la couleur noire que prend à la fin l'os carié, (!t la friabilité qu'il acquiert. »
« Je n'ai pas pu me procurer de pièces IVaiclies pour répéter les expériences de MM. Pouget et Bérard. Mais une des conséquences naturelles des résultats qu'ils onl obtenus devait être que l'élément organique de l'os carié étant converti en matière grasse, et celle-ci entraînée par l'ichor, l'élément terreux devait rester seul dans un os affeclé de carie avancée, et isolé des parties molles et de la matière oléagineuse qui l'imprègne : c'est ce que l'expérience m'a confirme.