‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 3)Chapitre 229 sur 302 · EXOSTOSES · texte numérisé non relu

EXOSTOSES

produit pas, il y a une espèce de marasme du squelette qui est une des principales causes de la friabilité. Comme je l'ai déjà dit, ce marasme est surtout remarquable aux extrémités des os longs. On peut le constater au col du fémur, qui se laisse affaisser et se fracture si souvent chez les vieillards. Dans le sein de la mère, le fœtus rachitique doit ne pas arriver à la période de réparation ; l'ossification, une fois entravée, ne peut reprendre son cours : de là ces solutions de continuité qu'on constate sur les fœtus qui ressemblent à celui que j'ai fait représenter, solutions de continuité appartenant à des noyaux osseux qui n'ont pu se souder pour former entre eux un os complet, puis solu^ tions de continuité qui auraient été produites comme les fractures. Quand on aura lu l'observation du fœtus que j'ai fait représenter, et qu'on aura pesé les précédentes considérations, on commencera à se rendre compte de ces faits de fractures multiples chez les fœtus extraordinaires dont on a parlé dans le xvii" et le xvni" siècle, fœtus dont le squelette aurait été brisé dans le sein delà mère, parce que celle-ci avait vu rompre des criminels ! On a même ajouté que les solutions de continuité du fœtus avaient précisément porté sur les points où le criminel avait eu les fractures. On trouve de pareils exemples dans Malebranche, et cela dans un livre intitulé : De la recherche de la vérité ! Il est question de ce jeune homme qu'on voyait à l'hospice des Incurables et que la reine mère alla voir : elle voulut le toucher aux endroits fracturés, qui étaient précisément ceux où l'on avait rompu le criminel au supplice duquel la mère de ce jeune homme avait assisté, A de pareilles histoires sont mêlés quelquefois des noms célèbres en anatomie. Ainsi Muys, dans la préface de son traité De musculorurn artificiosa fabrica, 1751, rapporte un cas semblable qui lui fut raconté par Bidloo et confirmé par le témoignage d'autres personnes (1).

Je n'irai pas plus loin dans l'histoire delà friabilité des os, la scieuce éfant extrêmement pauvre sous ce rapport.

Sxostoses.

La plupart des auteurs ont appelé exostoses presque toutes les tu, meurs osseuses chroniques avec ou sans dégénérescence ; on peut surtout remarquer cette confusion dans les écrits du xvin" siècle, confusion qm d'ailleurs n'a pas complètement cessé aujourd'hui, du moins en Angleterre , car A. Cooper a décrit sous le nom d'exostoses la plupart

(1) Le lecteur devra lire ce que j'ai dit sur le rôle de rimaginalion de la lemme dans la production des anomalies et difformités. (T, I, p. 300 cl^uiy,)

iiy2 MALADIES DES OS.

des lésions organiques 'qui feront le sujet du prochain chapitre. L'exostose, pour moi, sera une tumeur formée parle développement plus ou moins exagéré et irrégulier d'un ou plusieurs os, ainsi que par le dépôt dans ces os ou sur leurs annexes (périoste, membrane médullaire) d'une matière osseuse.

Variétés. — L'énoncé de ces deux modes d'ossification anormale indique une première division de l'exostose, division qui, d'ailleurs , avait été parfaitement entrevue par Boerhaave (1) , suffisamment indiquée par Delpech (2), et que les travaux d'Howship (3), d'Albers de Bonn {h), de Lobstein (5) et de M. Rognetta (6), ont fini par rendre presque classique. Cette division compi'end deux catégories : l" exos- (oses parenchymateuses , celles qui naissent dans le parenchyme même de l'os; 2° exostoses épiphysaires , celles qui se développent sur une annexe de l'os, et sont d'abord indépendante^ de l'os lui-même. Ces exostoses ont aussi été appelées par Albers et Lobstein, ostéophytes.

1° Exostoses parenchymateuses. — Ce sont celles qui naissent dans le parenchyme même de l'os. L'ossification anormale peut revêtir le caractère du tissu aréolaire ou celui du tissu compacte. Dans le premier cas , ce sont des lames , des lamelles qui laissent entre elles des aréoles, et constituent ce que quelques auteurs ont appelé exostoses ceUuleiises, laminées ; dans le second cas , c'est le tissu compacte, et, comme le dit Albers de Bonn , la substance corticale qui constitue l'exostose. Si les lamelles osseuses ont subi une divarication , entre elles a été déposée une matière osseuse sans organisation distincte, et l'os a non seulement augmenté de volume, mais son poids, sa densité, ont aussi subi un accroissement marqué. Ce sont là les exostoses éburnées, celles qui ont pu servir à faire des manches de scalpel.

2° Exostoses épiphysaires. — C'est dans cette catégorie qu' Albers de Bonn range ce qu'il appelle des ostéophytes , c'est-à-dire des organes nouveaux indépendants de l'os avec lequel ils sont en rapport (au moins pendant un certain temps) , puisqu'on peut les eidever, l'os restant tout à fait intact. Albers cite un ostéophyte (déposé au musée de Bonn) qui est sur la partie moyenne du fémur d'un adulte; il est ovale selon le grand diamètre de l'os , il a une écorce compacte et l'intérieur est celluleux. Albers d'ailleurs ne veut pas qu'on considère ces corps comme des exostoses. M. Rognetta les considère absolument

(1) Prœlect. ad instilutiones medicina , 711.

(2) Maladies réputées chirurgicales. Paris, 1816, 1. 111, p. 57-2.

(3) lUed. chirurg. Transacl., vol. VIH, P- 80.

(4) Expérience, traducliou de M. Pignc. Paris, 1839, t. ^ , p. 267.

(5) A7iatomie pathologique. Paris, 1833, t. TI, chap. u et lu.

(6) Gazette médicale^ 1835v

KXOSTOSES. 393

comme des epiphyses : ce sont des os surajoutés qui, comme toutes les épiphyses, liniront par faire corps avec l'os. Elles en sont d'abord séparées par une lame du périoste, par une lame cartilagineuse ou osseuse, lesquelles lames disparaissent pour que cette épiphyse anormale lasse coi'ps avec l'os (1). Elles peuvent d'ailleurs se greffer sur des exostoses de la première catégorie : on voit alors une exostose épipliysaire sur une exostose parenchymateuse. Selon M. Rognetla, les exostoses épiphysaires auraient une structure analogue à celle du velours, c'est-à-dire qu'elles seraient composées défibres perpendiculaires à la surface d'implantation.

Après avoir lait connaître ces deux catégories d'exostoses , je vais examiner quels sont les os qu'elles affectent plus souvent, leur volume, leur forme, l'élément de l'os qu'elles préfèrent et d'autres circonstances qui ont fait admettre d'autres variétés.

3° Os plus souvent afftctés. — Tous les os peuvent porter des exostoses, et quelquefois tous ou à peu près tous les os en même temps (2). Cependant les exostoses semblent préférer les os ou les parties d'un os qui sont superficiellement placés : ainsi la clavicule , le tibia , la mâchoire inférieure, le sternum et les côtes ; les extrémités plutôt que la partie moyenne des os longs, tels que l'humérus, le radius et le cubitus, et surtout la partie inférieure du fémur. On observe rarement l'exostose sur les os courts , les vertèbres ; les os du carpe et du tarse en ont été affectés, mais rarement. Les dents aussi peuvent donner naissance à des exostoses même volumineuses. Ces exostoses dentaires affectent, non seulement la partie osseuse , mais encore l'émail des dents; elles se maui restent alors par des gibbosités à la surface de la couronne. M. Oudet (3) dit que les dents affectées paraissent composées de deux couronnes. Quand les exostoses sont à la racine des dents, on admet l'ossification de la membrane dentaire. J'ai déjà dit que l'exostose épiphysaire préférait les os larges. Il y a une espèce de ces ostéophytes qui ne naît que sur la dure-mère, et seulement la dure-mère des femmes en couches. J'ai déjà cité, dans le tome I-, la thèse de M. Ducrest qui a signalé le premier ce phénomène. M. Alexis Moreau vient d'en fan-e le sujet d'un travail qu'il a lu à la Société anatomique. Sur 320 crânes de femmes mortes en couches , ces deux jeunes médecins ont rencontré 132 fois des ostéophytes.

h" Volume. — Il varie depuis le volume d'un pois, d'une noisette,

(1) Ce sont là les exostoses carlilagineuses de ceux qui admettent ces deux principales espèces : 1" exostoses osseuses ; 2" exostoses carlilagineuses. Les liah-e '^"^^^ ^^^'^ P*'''^"^'^i ™"'^"ses ; les deuxièmes sont les cpiphy-

(2) A. Cooper, Lobstein, Ànatomie pathologique, I. II, p. 152.

(3) Dictionnaire en 30 volumes, nouvelle édition , l, X, p. i62.

Fig. 64.

39/i MALADIES DES OS.

jusqu'au volume d'une tête. Voyez , pour le volume, la ligure 63 , qui

représente une exostose du maxil- ■ laire supérieur ayant 11 pouces (3 dé-

cimètres) de circonférence. Celles du crâne sont en général petites; cependant elles peuvent aussi acquérir un volume énorme, comme celles des membres.

5° Forme. — Il y en a d'arrondies; leur surface est lisse ou légèrement mamelpnnée à base large. Il est des exostoses plus ou moins pédiculées , d'autres qui ressemblent à des condyles. Ainsi la figure représente une exostose qui est à la partie inférieure du fémur : on dirait que cet os a trois condyles, deux latéraux comme à l'ordinaire, et un antérieur un peu plus élevé, qui est l'exostose. Ici on a scié l'exostose pour montrer son parenchyme. Il est des exostoses qui s'allongent en apophyses styloïdes ou en rayons osseux. Cette dernière forme est fréquente aux environs des os fracturés dont la consolidation est vicieuse , vers l'extrémité tronquée des os , après les amputations , ou dans le voisinage des articulations malades. Il en est de granuleuses, de verruqueuses en forme de stalactites ou comme des végétations vénériennes , des choux-fleurs : la figure 66 a (page 396), représentera une exostose qui offre les inégalités d'une corne de cerf. Les exostoses dont la forme varie le plus sont celles qu'on appelle épiphysaires, elles peuvent offrir toutes les formes géologiques. La coupe des exostoses parenchymateuses ressemble à celle de l'ivoire. Dans les exostoses épiphysaires, la couleur varie davantage. Lobslein en a vu de

tout à fait noires (1).

6" Différence selon l'élément de l'os quelles occupent, -r- Les unes résultent du dévelop^ pemeut de toute l'épaisseur do l'os plat, comme on le voit figure Ç^. , ou d'une portion du cylindre d'un os,

(1) loc. cit., p. 142.

EXOSTOSES. 395 D'autres fois , comme les expériences d'Howship l'ont démontré , les séries extérieures des canaux sont seules affectées, ou bien c'est la substance intermédiaire, le diploé des os larges, qui est malade ; ou bien ce sont les aréoles elles-mêmes du tissu réticulaire d'un os long qui sont le siège de l'affection, et obstruent, par leur accroissement, une portion plus ou moins considérable du cylindre osseux. Les exostoses dites épiphysaii-es se développent soit à l'extérieur do tous ces os, soit à l'intérieur des cavités formées par la réunion de plusieurs os larges.

Quand l'exostose comprend toute l'épaisseur d'un os plat ou tout le cylindre d'un os long, on dit qu'il y a exostose générale, ou /njperostose. Cette exostose affecte souvent les os du crâne, qui peuvent acquérir *e la sorte jusqu'à 2 pouces d'épaisseur; cette hyperostosc crânienne peut être portée encore plus loin et coïncider avec un accroissement de masse et de densité. Sandifort (1) rapporte des observations qui prouvent que les os du crâne offraient une texture analogue à celle de l'ivoire. Dans l'os long, en même temps que son volume s'accroît à l'extérieur, son canal médullaire diminue de largeur, s'efface peu à peu, et quelquefois disparaît entièrement. Qua-ul la tumeur est formée par le dépôt de matière osseuse, soit dans les lames externes de l'os, soit à leur surface, entre elles et le périoste, on dit que l'exostose est externe. On voit fréquemment toute la table externe d'un des os plats du crâne occupée par une exostose volumineuse, la table interne étant à l'état normal, comme on voit toute la circonférence du fémur exostosée extérieurement, tandis qu'à l'intérieur on n'observe rien d'anormal. Une exostose peut porter sur la table interne des os , se développer en dedans et comprimer les organes renfermés dans- la cavité osseuse, sans paraître à l'extérieur: c'est l'exostose interne. La figure 67 est vme portion de coronal qui est un bel exemple de cette variété. Pour les os longs, l'exostose interne peut occuper toute sa surface .interne ; le canal médullaire diminuera alors de largeur et finira même par s'effacer complètement, sans que l'os augmente sensiblement de volume à l'extérieur. Mais alors il devient trè.s lourd par la ma.ssc plus considérable de sa substance compacte et par sa densité plus grande.

t'aiiMes. — L'exostose, comme je l'ai déjà fait pressentir, est un

1) Mmœum anat. Acad. Lucjd. Batav., t. I,p, 141, lab. xrii.

Fig. 6o.

Fig. 66.

effet d'une sur-nutrition opérée dans l'os lui-même ou autour de l'os. C'est au fond une hypertrophie; celte hypertrophie est précédée par un état inflammatoire , ou bien elle s'opère sans la participation d'aucune ostéite, d'aucune périostite, d'aucune ostéomyélite. Pour établir l'étiologie de l'exostose, il faudrait donc répéter ce que j'ai dit des causes de l'ostéite, ou emprunter à l'imagination ce qu'on voudrait dire des causes de l'hypertrophie si parfaitement ignorées.

Quand j'en ai été à l'ostéite ou la périostite déjà un peu anciennes, j'ai fait mention des dépôts de matière osseuse qui s'opéraient sur l'os et dans l'os. Et, d'ailleurs, si l'on veut constater les traces de l'ostéite et de la périostite dans un cas d'exostose et de périostose, on n'a qu'à jeter un coup d'œil sur la figure 66, d'après une superbe pièce qui m'a été donnée par un de mes bons élèves, M. Dumoulin. b indique des canalicules renfermant des vaisseaux nombreux, développés par le fait de l'inflammation de l'os, vaisseaux parallèles à l'axe. La figure 67 est une tranche grandeur réelle du même os représenté par la figure précédente et prise sur le point a. Cette tranche montre les vaisseaux divisés perpendiculairement et donnant à cette pièce l'aspect de la coupe du jonc, comme l'a très bien indiqué M. le professeur Gerdy. a marque le point de la circonférence qui correspond à la face antérieure de l'os. On peut voir que cette figure est surtout composée de deux zones; la plus concentrique est d'un blanc complétemenl mat, elle représente la coupe du tube osseux qui est éburné ; la zone qui vient après présente le pointillé dont j'ai déjà parlé; il est évident que cette zone est formée par une ossification anormale du périoste, lequel s'est confondu avec l'os.

f^yiuiitoiiies et effetsi «les exos-

toses.— La symptomatologie de l'exostose est on ne peut plus claire dans le plus grand nombre des cas. Rien, en effet, de plus facile à connaître qu'une tumeur osseuse sur le tibia, sur la clavicule, avec douleurs nocturnes

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