‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 3)Chapitre 237 sur 302 · CANCER DES OS · texte numérisé non relu

CANCER DES OS

La matière eiicéphaloïde peut aussi être déposée dans l'os par masses plus ou moins bien limitées ; ou bien elle est ^''^* comme infiltrée dans les lamelles qui entrent dans la composition normale de l'os ; ou bien encore elle est disséminée entre des productions osseuses plus ou moins semblables à celles de la figure lU : ce sont d'innombrables aiguilles osseuses très fines implantées sur le périoste de la partie inférieure du fémur , et entre elles la matière encéphaloïde avait été répandue avec profusion. La figure 75 représente une coupe du même os , qui le montre parfaitement sain : a indique l'implantation des aiguilles sur le périoste de ce fémur (pièces de M. Nélaton).

Le cancer colloïde est surtout disséminé : cependant j'ai vu un cas appartenant à cette variété, et qui formait une tumeur bien limitée du maxillaire inférieur.

C'est à l'e^ncéphaloïde qu'il faut rapporter une dégénérescence appelée par Abernethy sarcome : il s'agit d'un produit rouge, fongueux qui peu se développer sur la surface, ou près de la surface des os, celui qui quelquefois soulève, détruit les cartilages articulaires, pénètre dans les articulations et est une cause de luxation spontanée! Quelquefois ce produit fongueux se développe dans le centre même de l'os ; H s enkyste, demeure longtemps innocent, et peut même être extrait avec avantage , le kyste revient sur lui-môme, et la cure est radicale : cest le sarcome simple d'Aberncthy. Comme on le voit, cette lésion se rapproche singulièrement des tumeurs enkystées des os; c'est encore une lésion qui a été comprise sous la vague dénomination de spina mosa. Ce dernier sarcome est moins grave que le premier et que les très cancers, si toutefois on peut l'appeler ainsi à son origine; c'est tprKhi^ 1 ^"^"^ caractères et toute la gravité de cette "île degfînerescence. Le produit fongueux et l'encéphaloidc don-

lient lieu à lu fausse iluctuation. Souvent il est impossible au chirurgien de déterminer si la tumeur contient ou non un liquide. Il faut que l'acupuncture le décide.

Dans toutes les affections cancéreuses, excepté dans le sarcome d'Abernetliy, il s'opère un nouveau travail d'ossification, c'est-à-dire que des masses irrégulières de phosphate de chaux ayant un aspect amianlacé ou jaune, comme certaines fausses membranes, traversent la tumeur dans plusieurs sens. Dans Vexostose périostale fongueuse, A. Cooper a vu des fibres osseuses se détacher à angle droit de la couche la plus superficielle de l'os, et traverser la tumeur formée aux dépens du périoste et du tissu cellulaire qui l'unit à l'os. C'est im cas analogue qui est représenté fig. lU et 75.

i§yinii(«>mes vt niarcGie. — La position profonde de l'os malade peut faire que les douleurs et l'altération de la constitution précèdent l'apparition de la tumeur. Ces douleurs, peu prononcées d'abord, ou, comme on le dit, sourdes, deviennent ensuite aiguës et finissent par prendre le caractère de celles qui caractérisent le cancer : ce sont des coups d'aiguille qui traversent la tumeur avec la rapidité de l'étincelle électrique, ce qui se renouvelle par intervalles irréguliers.

La tumeur est profonde, immobile, elle fait corps avec l'os; peu après son apparition, elle devient prescpie toujours inégale, bosselée ; la compression ne la modifie en rien et la douleur n'en est pas augmentée. En se développant, elle dilate, comprime et écarte les tissus qui entourent l'os. Ces tissus ne subissent pas seulement cette action physique, ils finissent par dégénérer eux-mêmes, et bientôt, dans la| masse cancéreuse, il n'est plus possible de faire la différence des tissus primitifs, tout est converti en un tissu nouveau; la peau ellemême, après avoir été fortement distendue, subit la dégénérescence; il s'opère une solution de continuité: c'est alors l'ulcère cancéreux a fond inégal, fongueux, à bords renversés, etc. A mesure que la tumeur se développe, elle devient toujours plus inégale, quant à sa forme^ quant à sa consistance. Auprès des points durs, on en trouve de tresp mous et offrant une fausse Iluctuation qu'il est extrêmement difficile de distinguer de la vraie.

Avec les progrès de la tumeur marchent les progrès des douleurs; elles deviennent tellement vives et se répètent si souvent, que If*" sommeil devient impossible, quelles que soient la dose, la fornv des narcotiques administrés. C'est à ce degré que la constitutioi se détériore profondément, et que le malade présente cet aspect can céreux, caractérisé par la maigreur, une teinte jauni\tre, plombée, d )ft poftii ; 16 pouls est ému, petit, et comme on le dit, nerveux ; enin ],i jlcvro lente 80 déclare ; il y a ^los cxacevbationfi h certames heure

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de la journée. Le dégoût, une chaleur continuelle de la peau, un dé- Yoiement colliquatif, annoncent une mort que le marasme préparait depuis longtemps.

On a noté que la marche de l'ostéosarcome était plus rapide que celle du cancer des autres parties. Dans cette appréciation du temps a-t-on bien pris l'ostéosarcome à son origine? Il est plus que probable qu'on aura commencé à l'observer quand déjà les progrès sont avancés, c'est-à-dire quand les caractères physiques sont évidents. Une fois la tumeur développée, il est clair qu'elle marche avec une grande rapidité; mais, je le répète, peut-être le cancer existait-il depuis un long temps dans l'os qu'il n'avait pas assez déformé pour constituer une tumeur, et ce temps n'a pas été compté.

Quelquefois', au contraire, la marche est évidemment lente, et même après l'apparition de la tumeur tout se ralentit, la douleur même n'apparaît qu'assez tard. Alors on peut supposer qu'il s'agissait d'abord de toute autre maladie de l'os; ce n'est que plus tard qu'elle sera devenue cancéreuse. C'est ici encore, je crois, le cas de ces tumeurs enkystées des os dont il a été question dans le commencement de ce chapitre.

niasnoistic. — L'ostéosarcome peut être confondu dans le commencement avec une affection rhumatismale, avec une affection vénérienne, avec les diverses exostoses, avec un anévrisme. Mais les douleurs rhumatismales viennent par accès, lesquels ont une certaine durée et des intermittences marquées, de quinze jours, d'un mois, de deux mois, ce qui n'existe pas pour les douleurs cancéreuses; les douleurs vénériennes sont nocturnes, et il y a eu des antécédents d'inoculation et des accidents du côté de la peau, de la gorge. Quant â l'anévrisme, c'est au début que ses pulsations se font remarquer; tandis que, pour l'ostéosarcome, c'est dans les derniers temps qu'il présente des pulsations, ce qui est rare. Pour les exostoses, celles-ci sont très lentes dans leur développement, indolores en général ; au contraire, l'ostéosarcome marche vite.

Traiiement. - Ici toutes les difficultés du traitement du cancer renaissent, car presque toujours ce serait l'organisme entier qu'il faudrait modifier; et comment y parvenir? Voici ce que conseille .\. Cooper : « Au début d'une maladie profondément située dans les os, l;i medieure indication, autant du moins que j'ai pu l'qbserver, consiste dans l'emploi de l'oxymuriate de mercure à petites doses, administré soit dans une décoction de salsepareille composée , soit concurremment avec l'emploi de cette décoction. Cette préparation mercurielle, fn rétablissant les sécrétions normales de l'économie, et la salsepal roillfi. en diminuant l'état d'irritabilité, peuvent rétablir la santé gé- IKTtde, conjurer dnnn son déb"( uno maladie f|Hi , sans ces mtiyoïi,^;

deviendrait formidable, et prévenir le développement des tumeurs semblables dans d'autres parties du corps (1). » Ce qu'il y a de remarquable dans ce passage, c'est la confiance avec laquelle A. Cooper conseille et explique l'efficacité de ces moyens , confiance qu'on partagera difficilement. Selon le même auteur, si la maladie ne cède pas à ces moyens , ils ont au moins l'avantage de placer le malade dans des conditions plus favorables pour une amputation ou une excision. Or rien n'est plus antipathique au mercure que le cancer.

Le traitement local consisterait dans des applications de sangsues, s'il y a douleur , dans l'usage des vésicatoires , dont on a soin d'entretenir la suppuration au moyen de parties égales d'onguent mercuriel et d'onguent de sabine. L'impuissance de tous ces moyens nous force souvent à en venir à des mutilations qui d'ailleurs sont presque toujours suivies de récidives.

A. Cooper et son collègue, M. Lucas, ont pratiqué sans succès la ligature des artères qui se rendaient à la partie malade. A. Cooper dit très sagement qu'il mentionne ces faits dans son mémoire pour détourner les chirurgiens de l'idée d'avoir recours à de pareilles opérations. C'est donc aux seuls moyens palliatifs qu'il faut avoir recours : heureux si, par un emploi ménagé et varié des anodins et des narcotiques, ou peut calmer quelques instants les douleurs quelquefois déchirantes auxquelles le malade est en proie ! heureux si l'on peut faire revenir de temps en temps un sommeil bienfaisant, en attendant celui de la mort !

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