‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 3)Chapitre 246 sur 302 · LUXATIONS DE LA COLONNE VERTÉBIIALE. /(SI · texte numérisé non relu

LUXATIONS DE LA COLONNE VERTÉBIIALE. /(SI

ramenée sur les côtés de la lête ; un aide tirait avec force sur chaque clief et de bas en haut ; avec les coins, le chirurgien pressait sur l'arcade dentaire inférieure : on voit que l'action sur le menton, avant le dégagement des condyles, était en pure perle. L'empirique dont parle Ravaton tombait dans la même erreur : il plaçait aussi une fronde sous le menton, elle était en cuir, et les chefs garnis de ficelles étaient tordus avec un garrot sur le sommet de la tête, laquelle était couverte d'une calotte ou d'une plaque de bois ; pendant qu'on tournait le garrot, l'empirique agissait sur les condyles pour les replacer.

11 est certain que dans les cas ordinaires ces procédés doivent être complètement rejetés ; mais, pour les luxations anciennes, on pourrait peut-être en tirer parti. Il faudrait alors combiner ces deux derniers procédés, se servir du garrot, dont l'action pourrait devenir continue, et des coins de bois, par l'intermédiaire desquels on pourrait presser plus longtemps qu'avec les pouces.

Lecat, dans un cas de résistance énergique des muscles, fit asseoir le malade à terre ; il resta debout, et en faisant porter tout le poids de son corps sur ses pouces, il put abaisser les condyles et réduire la luxation. Ici la section sous-cutanée des muscles qui s'opposent à la réduction pourrait très bien être faite. En parlant du mécanisme de la luxation, j'ai indiqué l'accrochement de l'apophyse coronoïde avec la sailUe dumaxillaii-e supérieur comme constituant surtout les luxations. Si les procédés indiqués échouaient, il faudrait alors agir directement sur l'apophyse coronoïde avec le pouce introduit dans la bouche, et la porter en arrière pendant que le malade fait un effort pour exagérer l'abaissement du menton. C'est ainsi que M. Nélaton dit avoir réduit une luxation de la mâchoire après des essais infructueux tentés par des confrères qui l'avaient précédé.

J'ai dit que la luxation de la mâchoire se reproduisait très souvent • il faut donc prévenir ces récidives en faisant porter une fronde pendant un mois, afin de maintenir les arcades dentaires rapprochées. Rarement l'engorgement des parties et d'autres accidents viennent compliquer cette luxation ; rarement aussi est-on obligé d'obéir à des indications particulières.

D. Luxations de la colonne vertébrale. — Les diverses pièces qui composent le racliis sont unies par des surfaces tellement étendues, et dans des directions telles , que leur déplacement est généralement impossible sans fracture; d'un autre côté, les ligaments et les muscles sont forts et nombreux ; les mouvements, quoique assez étendus, si on les considère dans l'ensemble de la tige, sont, au contraire, très bor- Mes dans chaque pièce qui la compose. Cependant on a admis, penflanl longtemps, des luxations de toutes les vertèbres, et cela malgré II- ' 31

l'autorité et les solides raisons d'IIippocrate. Mais une révision des cas de ces prétendues luxations et l'examen cadavérique ont prouvé qu'il s'agissait alors de l'raclures des lames postéiieures des vertèbres. Ce qui devait l'aire soupçonner l'erreur, c'est que plusieurs fois on a pu facilement faire disparaître la difformité, ou bien on a donné aux extrémités osseuses une direction propre à faire cesser la compression de la moelle épinière. Pense-t-on que s'il avait existé une vraie luxation, on eût pu obtenir un aussi beau et aussi facile résultat ? j Cependant les diverses pièces du rachis n'étant pas articulées de la ' même manière, il en est qui peuvent subir certains déplacements, mais des déplacements incomplets, car la violence nécessaire à la luxation complète briserait l'os plutôt que de lui faire quitter tout à fait j i sa place. Ainsi aux régions dorsale ,et lombaire il est impossible de ' concevoir un déplacement qui puisse être rapporté aux luxations proprement dites, c'est-à-dire sans fracture ; il n'en est pas de même au cou, surtout au haut de cette région. Là il n'y a pas, comme aux lombes et au dos, des apophyses articulaires à direction verticale, qui excluent la possibilité de toute luxation ; les articulations sont planes ou obliques; il en est une surtout qui fixera notre attention, car elle permet des mouvements et est soumise à des déplacements particuliers.

C. Luxations de la première vertèeive ceuvicale (atlas sur l'occipital). — On doit considérer l'atlas comme faisant corps avec l'occipital ; car l'union de ces os est tellement intime, que les mouvements qui ont lieu entre eux sont on ne peut plus bornés, et les déplacements ne s'effectuent que quand une lésion profonde a changé la direction, la forme des surfaces et détruit les liens articulaires. Ces lésions, que l'on | rapporte aux tumeurs blanches, seront étudiées à l'article des dégénérescences des articulations. Néanmoins je ne puis passer sous silence le fait cité par Léveillé (1) : « Lassus écrit qu'une botte de foin tomba de 15 à 16 pieds de haut sur le derrière du cou d'un homme qui avait la tète penchée en devant. Il y eut perte de connaissance et de la parole, inclinaison delà tète en devant et un peu à gauche; bouche entr'ouverle, mâchoire immobile, convulsion des membres thoraciques : mort cinq à six heures après. On trouva rompue l'artère vertébrale droite, les condylesde l'occipital désunis, écartés de trois à qua- i tre lignes des surfaces correspondantes de l'atlas. » Il y a dans Pallella le fait d'un villageois qui tomba d'un noyer et mourut cinq jours après. On trouva à l'autopsie l'atlas déplacé et son articulation avec l'os occipital était luxée, mais on trouva aussi la quatrième vertèbre du cou fracturée transversalement etd'autres lésions graves quidimi-

(1) Nouvelle doctrine chirurgicale. Paris, 1812, l. II.

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