‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 3)Chapitre 247 sur 302 · LUXATIONS DE LA COLONNE VERTÉBRALE · texte numérisé non relu

LUXATIONS DE LA COLONNE VERTÉBRALE

iluent la valeur de ce fait, comme établissant la luxation dont il s'agit (1). Je ne sache pas qu'il existe d'autres laits de cette espèce de luxation par cause physique ; car, après un accident, il y a plutôt la luxation atloïdo-axoïdienne que je vais décrire.

D. Luxation de la seconde vertèbre (axis sur l'atlas). — Ces deux vertèbres se correspondent par une double facette presque plane qui permet des mouvements de rotation : l'axis est surmontée par l'apophyse odontoïde entourée par un anneau moitié osseux (c'est le segment antérieur de l'atlas), moitié fibreux (c'est le ligament transversal qui va d'une masse latérale de l'atlas à l'autre) ; deux autres ligaments partent du sommet de cette apophyse, et s'attachent au côté" interne des condyles de l'occipital. Voilà les principaux moyens d'union; il en est d'autres accessoires qu'il n'est pas nécessaire de décrire ici. Cet appareil permet et borne tout à la fois des mouvements de rotation sur la tète et le tronc; on remarquera qu'il est unique dans l'organisme. Malgré son admirable disposition et son extrême solidité, il arrive cependant que ses rapports sont quelquefois rompus au point de produire de vraies luxations. Le déplacement de l'apophyse odontoïde doit être plus facile chez les enfants, car elle est plus courte, et les ligaments latéraux étant moins solides, elle vient plus facilement passer sous le ligament transverse. Elle peut aussi se décoller comme les epqjhyses. C'est un pareil accident qui a dû donner la mort à l'enfant de six à sept ans dont parle J.-L. Petit : il fut saisi par la partie antérieure et postérieure de la tête; soulevé, il perd terre, il se mutine s agite et meurt. '

Pour comprendre le mécanisme de ces luxations, il faut considérer l allas comme formant un tout continu avec la tête et suivre les déplacements de l'apophyse odontoïde : 1" Elle peut se porter directement en arrière ; il faut donc une rupture du ligament transversal, des lioaments latéraux et accessoires, et cela simultanément, par une traction directe, ce qui suppose une violence extrême : aussi est-ce la luxation la plus rare , après la précédente, et elle a lieu à la suite d'une chute d un heu très élevé, le coup po. tantsur le derrière de la tête fortement nech.e devant le tronc. 2" Dans le second mécanisme il n'y a pas rupture du ligament transverse ; mais supposez la tête violemment portée (I un cote, elle a exécuté une rotation qui a dépassé toutes les limites • alors les ligaments latéraux et les accessoires se tendent et contournent I apophyse odontoïde; l'etfort ne portant que sur eux, il n'est pas nécessaire qu'il soit extrêmement énergi(iuo pour produire leur "Jpture; ajoutez à la rotation de la tête une inclinaison latérale 'effort ne porte que sur un des ligaments latéraux; la rupture est

(1) Exercllationes palliologicœ. Mcdiolaiii, 1820, p. 234.

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donc plus facile, et après que l'un a cédé, l'autre cède à son tour. Alors, i si l'inclinaison latérale continue, le ligament transverse se relève d'un côté, l'apophyse odontoïde passe sous lui, va comprimer la moelle, et détermine des accidents mortels. '

Selon Boyer, c'est par ce dernier mécanisme que périssaient les ! malheureux qui étaient pendus par le bourreau de Lyon, lequel suivait le procédé que voici : Il plaçait un pied sur les mains du supplicié qui étaient liées devant le tronc, et, avec le genou opposé, il imprimait à la tête le mouvement de rotation et d'inclinaison. Un autre exécuteur montait seulement sur la tête du supplicié et la fléchissait fortement en avant. Ici on suppose que la luxation avait lieu d'après ' le premier mécanisme, c'est-à-dire directement en arrière; ou bien il y avait fracture de l'apophyse odontoïde à sa naissance. Je suis porté à penser que souvent des luxations n'ont lieu qu'après cette fracture. | Realdus Columbus avait constaté par l'autopsie des suppliciés de Pise, ' de Rome et de Padoue, que l'atlas et l'axis se fracturaient plutôt qu'ils ne se luxaient. Je soupçonne Bichat d'avoir plutôt imaginé qu'observé les deux mécanismes de la luxation que je viens de décrire, surtout le second. Cependant Boyer y croit et les décrit très sérieusement l'un et l'autre.

Je devais exposer cette luxation d'après ces auteurs, tout en faisant un appel à une plus sévère observation. Les ligaments latéraux qui se tordent sur l'apophyse odontoïde, cette rupture successive de chacun d'eux, tout cela, l'a-t-on seulement vu sur le cadavre? Il est certain que les suppliciés de Lyon dont parle Louis avaient des luxations des vertèbres. Boyer ajoute : « Elles avaient lieu sans doute par le second procédé. » Mais qui le prouve?

Les symptômes attribués à la luxation de l'axis sur l'atlas sont : Une mobilité insolite de la tète , qui est inclinée en avant; face vultueuse, saillie des globes oculaires, ouverture de la bouche, pouls rare et petit, ni sensibilité ni mouvement. La mort d'ailleurs est le plus souvent subite , par la compression, la rupture de la moelle.

Cette circonstance de la mort instantanée ou très prompte supprime ici le traitement. Je dirai cependant que si le blessé survivait et qu'on pût penser que sa vie ne fût pas prochainement compromise, il faudrait se garder de toute manœuvre tendant à la réduction. Si au con- , traire une mort imminente était annoncée par la paralysie des sphincters, par une grande gène de la respiration, par la perte de connaissance, alors on devra immédiatement tenter de réduire.

E. Luxations des cinq veutèbues cervicales inférieures. — Tous ' les mouvements du cou ne se passent pas entre les deux premières vertèbres ; il est des inclinaisons latérales de la tête qui font glisser les unes sur les autres les masses latérales des vertèbres cervicales; de là

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