LUXATIONS DE LA COLONNE VERTÉBRALE
des luxations toujours incomplètes, bornées à l'une des articulations qui unissent de chaque côté les apophyses articulaires des vertèbres. Un avocat tourna vivement la tête pour apercevoir un client qui était derrière lui , et se fit une de ces luxations. En effet , c'est très souvent à la suite d'une contraction musculaire qu'on observe cette espèce de déplacement. Les enfants se livrent à des exercices qui les exposent à cette luxation : ainsi, quand il font la culbute ou qu'ils tournent sur . la tête, les pieds en l'air , si le cou est trop faible pour supporter le poids du corps , il y a en même temps flexion et inclinaison de la tête, deux mouvements très favorables à cette luxation. Palletta, que j'ai déjà cité , fait mention d'une luxation du corps de la troisième vertèbre qui fut constatée par l'autopsie, et je rapporterai bientôt un fait instructif d'un matelot qui en plongeant se luxa la sixième.
Il se manifeste d'abord une vive douleur et quelquefois un bruit ou un sentiment de déchirure que le malade rapporte à la partie postérieure et un peu latérale du cou et à une hauteur variable La face est tournée et la tête inclinée vers le côté opposé à la luxation ; il est impossible au malade de la redresser. Il y a derrière le cou une espèce de gibbosité produite par l'apophyse épineuse de la vertèbre luxée ; les apophyses des vertèbres sont déviées plus ou moins du côté de la tête.
On a décrit je ne sais combien de procédés de réduction, tous dangereux; car, avant de réduire, il faut allonger le col : or les efforts porteront alors sur la moelle épinière; de là des accidents graves. L'enfant dont parle Petit-Radel n'est pas le seul qui ait succombé sous ces ma «œuvres : aussi-Desault , ayant à réduire une luxation de la région cervicale, avertit la mère du grand danger que courait son fils. Voici I observation ; je la transcris ici telle qu'elle a été imprimée par Léveillé On remarquera avec étonnement qu'elle est précédée de ce titre • a Observations et anatomie pathologique des luxations de la seconde vertèbre cervicale avec la première et avec V occipital. Une mère amène chez Dosan t un enfant qui avait le cou courbé et le menton tourné vers 1 épaule droite , effet de la position de la tête sur le sol tandis que les pieds étaient en l'air. Un chirurgien qui se trouvait chez notre maître examina ce malade; tous deux furent d'avis de tenter si la réduction était possible, tout en avertissant la mère que l'enfant pouvait guérir ou périr entre leurs mains. Libres de leur volonté , ils fixèrent les épaules, la tète fut élevée doucement et tournée insensiblement jusqu'à ce qu'elle eût pris sa position naturelle. La mère eut la récompense de sa courageuse résignation ; les mouvements furent libres, les douleurs cessèrent, et il ne resta dans la partie luxée qu'un gonflement considérable, dont les cataplasmes émollieiits facilitèrent la résolution. Léveillé ajoute : « Le professeur Richcrand rapporte autrement
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ce Fait, qùe j'cxlrais littéralement de mes notes sur les maladies des os, dans la leçon du 22 février 1793 (1). »
Rien ne prouve dans cette observation qu'il y ait eu luxation de la première avec la seconde vertèbre cervicale. On peut tout au plus .soupçonner une luxation très incomplète de l'une des cinq dernières vertèbres du cou. Malgré le succès, on ne devra pas imiter Desault; il vaut mieux se borner aux émollients, aux applications de sangsues : on en est quitte pour une dilîormité qui ne persiste pas toujours.
Dans ces derniers temps la science a encore acquis des faits authentiques de luxation des cinq dernières vertèbres cervicales que pour ma part j'ai toujours admises : ma première édition le prouve. Je citerai le plus important de tous avec quelques détails. j
En 1833, M. Jules Roux, aujourd'hui professeur d'anatomie au port de Toulon, fit part à Dupuytren de l'observation suivante : « Courtois, capitaine d'armes à bord d'un brick, voulant se baigner en rade, s'élança cà la mer de la hauteur du bastingage (3 ou k mètres environ). La tête, qui porta la première, fut arrêtée presque à la surface de l'eau par une voile immense qui surnageait encore et dans la concavité de laquelle les matelots se, baignent dans les parages fréquentés par les requins. Cette toile, d'un tissu très fort, ne put ni se déchirer ni céder assez promptement; elle opposa donc une forte résistance. Aussitôt après Courtois, le corps et les membres immobiles, la tête liors de l'eau, appela du secours ; mais les matelots qui le regardaient ne s'empressèrent pas de céder à ses cris : le sachant excellent nageur, ils croyaient à une plaisanterie. Courtois avait le corps et les membres paralysés ; soutenu par la toile qui s'enfonçait toujours plus dans l'eau, il agitait la téte en appelant sans cesse du secours. Enfin l'officier de service ordonna son transport à bord du brick ; de là il fut immédiatement transféré à l'hôpital de la station française à Santo-Domingo, dont je dirigeais alors le service. Voici ce que je constatai : immobilité et insensibilité complète de tout le corps, la tête et le cou exceptés. Cependant les téguments de la partie supérieure et antérieure de la poitrine et ceux qui recouvrent le moignon des deux épaules, animes par les rameaux inférieurs du plexus cervical , sont restés sensibles. Douleur vive à la partie postérieure et inférieure du cou, augmentant par la pression, par la flexion ou la rotation la plus légère imprimée à la tête. En plaçaiit le malade dans son lit, les mouvements sont plus prononcés et arrachent des cris au patient. Quand il est couché, que la tète est laissée immobile sur le cou, le malade n'accuse aucune douleur ; il est gai, il chante même sans se douter de la gravité de son état. . ^ La peau est froide, le pouls un peu lent, la respiration facile, quoique If
(1) Nouvelle doctrine chirui-jicale. l'aris, 1812, t. II, p. 62.
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seulement diaphragmatiquc ; l'intelligence entière. La région cervicale postérieure ne paraît le siège d'ancune déformation. Cependant le décnbitus forcé sur le dos , la douleur que cause la pression, les mouvements qu'on imprime au cou et l'embonpoint du malade nuisent aux recherches faites pour s'assurer du véritable état des parties. Érection du pénis Le commémoralif de l'accident et ce que je voyais me firent soupçonner la luxation d'une vertèbre cervicale, et par suite la déchirure ou la compression de la moelle épinière à la partie inférieure du cou. Embarrassé d'un état que j'observais pour la première fois, je me bornai à faire réchauffer le malade, à lui prescrire l'immobilité de la tète, une infusion de tilleul, et je réclamai les lumières de M. Bonneau, chirurgieu-major de la frégate l'Herminie.
» Les trois jours suivants, les choses se passèrent assez bien ; la chaleur était revenue à la peau ; le malade était toujours d'une grande gaieté, eii rapport avec son caractère habituel ; il chantait et fumait souvent. Il avait un peu dormi et pris de légers potages. Le cou était moins douloureux à la pression, le pouls normal, la respiration libre. L'immobilité du tronc et des membres, l'insensibilité de la peau qui les recouvre, la rétention des urines qu'il fallait évacuer plusieurs fois par jour avec la sonde, l'excrétion involontaire des matières fécales, étaient les seuls phénomènes morbides observés.
» Au quatrième jour de l'accident, la scène changea. La peau devint chaude, la face rouge, vultueuse, le pouls fréquent; la respiration, toute diaphragmatiquc depuis le principe du mal, s'embarrassa, et le huitième jour ces phénomènes d'une vive réaction se calmèrent un peu; le malade perdit sa gaieté, son intelligence se troubla, et il succomba après une agonie de six heures.
» Le lendemain, par une température de 29 degrés centigrades, l'autopsie révéla les désordres suivants : Flaccidité des membres , légères traces d'inflammation à la région sacrée, sans escarre. Le cou paraît tuméfié. La dissection attentive de la peau et des divers plans des muscles découvre des épanchemenls de sang entre cliacune de ces parties. Audessous des téguments, le sang forme une sorte de membrane noirâtre peu épaisse ; entre les muscles, le sang est amassé et forme comme des faisceaux isolés qui remontent assez haut vers l'atlas. Les muscles, détachés et enlevés avec soin , laissent apercevoir la face polie et luisante des deux apophyses articulaires supérieures de la septième vertèbre cervicale ; les deux apophyses articulaires inférieures de la sixième vertèbre de la même l'égion sont en avant de celles-ci et reposent à peu près sur les échancrures supérieures de la septième vertèbre cervicale. Le ligament jaune et les deux muscles inter-épineux qui unissent la septième et la sixième vertèbre cervicale sont brisés et laissent un espace (pii permet d'apercevoir la dure-mère rachidiennc. Le corps de
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la sixième vertèbre est détaclié du corps de la septième et fuit une saillie d'un demi-centimètre environ sur le niveau du corps de celle-ci. Le ligament inter-articulaire qui sépare la septième vertèbre de la sixième est rompu. Il n'y a de fracture ni aux apophyses articulaires épineuses, ni aux lames ni aux corps des vertèbres. Il y a seulement luxation de la septième vertèbre cervicale sur la sixième. La moelle est comprimée entre les corps des septième et sixième vertèbres cervicales; elle est injectée au-dessous de ce point, mais au-cfessus et jusque vers l'occipital elle est évidemment ramollie. Le cerveau, ses veines, les sinus sont remplis de sang, ainsi que le système veineux de la tête et du cou. Les poumons, imparfaitement crépitants , sont gorgés d'une grande quantité de sang ; les viscères abdominaux n'offrent rien de particulier à noter. »
On sait que Dupuytren professait alors que les luxations des vertèbres cervicales ne pouvaient avoir lieu sans fracture préalable. En présence de ce fait qui contrariait sa doctrine, le grand maître, qui ne connaissait pas assez l'observateur, accusa l'observation, et fit entendre qu'il pouvait y avoir erreur, que l'autopsie n'avait peut-être pas été faite avec assez de soin, etc. En vain M. Roux protesta-t-il de l'exactitude de son observation et du soin qui avait été mis à faire l'autopsie, laquelle, comme on l'a vu, est très complète; en vain invoquait-il à l'appui de ses assertions le témoignage de M. Bonneau, cliirurgien consciencieux de la marine. Dupuytren persista dans son système. Cependant, six jours après, M. Jules Roux écrivait dans la première proposition de sa thèse (1) : Les luxations des vertèbres cervicales peuvent avoir lieu avec et sans fracture.
Depuis cette époque, les faits confirmatifs de cette proposition se sont multipliés. M. Vanheddeghem a fait connaître un cas de luxation de la sixième vertèbre cervicale (2). MM. Slephens, S. Stanley un autre cas de luxation de la cinquième (3). Enfin MM. les docteurs Ferreté, Scherh de Vienne et Willfeld ont publié des faits semblables de luxations sans fracture des deuxième, cinquième et quatrième vertèbres cervicales.
Tous ces faits, et d'autres que je pourrais citer encore, ont porté les chirurgiens h proposer et à tenter quelques moyens pour remédier à une lésion jusqu'ici toujours mortelle, plutôt que de rester simples spectateurs de la mort des malades. Dans ce but, M. Jules Roux , redoutant sans doute les tentatives directes de réduction, est allé jusqu'à proposer de pratiquer une incision longitudinale sur une des deux gouttières vertébrales, dans le point correspondant à la vertèbre
(1) Pari.s, juillet 1833.
(2) Gazelle médicale, 183'», p. 89.
(8) The medico chirurgical Revicw.
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luxée, pour découvrir et réséquer une apophyse articulaire de la vertèbre placée au-dessous , afin de pratiquer ensuite la réduction en imprimant à la tète et au cou un mouvement de rotation de manière à les ramener dans la position où ils sont dans les cas oii il n'y a luxation que d'une seule apophyse articulaire d'un seul côté, circonstance où , comme on le sait, la moelle n'est pas assez comprimée pour que son action soit empêchée. M. Willfeld en est revenu à la réduction directe, et il a fait connaître des cas de succès.
La science est loin d'être fixée encore sur ce point important et déhcat de thérapeutique chirurgicale ; je ne fais que citer sans blâmer les tentatives faites dans celte direction en présence de la gravité du mal et de son issue toujours funeste. C'est après avoir été témoin de ces accidents si fréquents dans les arsenaux maritimes que M. J. Roux émet le vœu de voir appliquer aux fractures des vertèbres de toutes les régions avec ou sans luxation, mais avec compression delà moelle, les moyens et les opérations qu'on met en œuvre dans les fractures du crâne pour conjurer les effets funestes de la compression du cerveau.
F. Luxations du sternum. — Cette luxation d'un os si superficiel, luxation qui n'est pas extrêmement rare, avait pour ainsi dire passé inaperçue: seulement le yowrrîfl/ de médecine {illZ) contient quelques lignes sur ce déplacement : c'est une observation écourtée d'un chirurgien gagnant maîtrise de l'Hôtel-Dieu de Rouen. Il existait donc là une lacune dans la science. M. Maisonneuve s'est efforcé de la combler (1). Ce chirurgien a publié des Observations qu'il a recueillies lui-même; il a joint à son travail un fait de MM. Manoury et Thore. Il y a encore dans son mémoire la description d'une pièce pathologique appartenant au musée Dupuytren, et la courte observation d'Aurran gagnant maîtrise de Rouen , dont il a été déjà parlé. Avec ces documents, M. Maisonneuve a fait une description dont voici le résumé :
La luxation des deux premières pièces du sternum ne présente jusqu'à ce jour qu'une variété, c'est le chevauchement de la pièce inférieure sur la supérieure, ce qui, selon M. Maisonneuve, doit s'appeler luxation du corps du sternum en avant. On n'a pas observé celte luxation en arrière. Ce qu'en dit l'auteur du mémoire est tiré de l'analogie.
Causes et méeanisaie. — La luxation én avant peut avoir lieu à tout âge, selon ftl. Maisonneuve : cependant, dans les cinq observations qu'il rapporte, on trouve vingt-sept, quarante -deux, quarantehuit ans , puis il est dit un adulte , un homme. Les causes directes sont toutes les violences qui, portant leur action sur la première pièce (la
(1) Voyez Annales de l'anatomie et de la phi/sioloyie pathoîoglquis. Paris,
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poignée du sternum), tendront à la déprimer vers la colonne vertébrale. Ainsi , dans le cas cité par Aurran de Rouen , il s'agit d'un barreau d'échelle qui a pressé sur la première pièce du sternum et l'a enfoncée vers la colonne vertébrale.
Les causes indirectes agissent en portant les deux extrémités du sternum vers la colonne vertébrale ; cependant le sternum offre trop peu de prise aux agents extérieurs pour recevoir immédiatement leur influence; mais il est fixé en haut, à la partie supérieure, par la clavicule, arc boulant solide; puis il est uni aux côtes, qui, quoique fournissant en particulier un faible point d'appui, peuvent par leur réunion lui transmettre une grande partie de l'ébranlement qu'une chute d'un lieu élevé fait éprouver à la colonne vertébrale. Ce sont ordinairement les lourdes chutes sur la nuque ou les épaules, celles faites directement sur le rachis, qui produisent cet effet. Ainsi, selon M. Maisonneuve, le malade de la première observation qu'il rapporte est tombé sur la nuque; le choc s'est transmis d'une part en suivant la clavicule gauche, qui même s'est cassée; d'autre part en suivant le rachis , qui s'est rompu au niveau de la cinquième vertèbre dorsale, s'est infléchi en avant et a favorisé ainsi le déplacement des pièces du sternum sur lequel toute la violence se trouvait transmise par les côtes inférieures. Dans la chute sur l'extrémité inféi'ieure du rachis, la pression en sens inverse s'exerce moins facilement, car le sternum n'a pas dépeint d'appui solide contre le sol. Ce sont les côtes inférieures seules qui s'étayent contre la colonne vertébrale; d'autre part, le poids des parties supérieures du corps ne lui est transmis que fort imparfaitement parla clavicule, articulée elle-même avec un os mobile.
On notera qu'avant de porter leur action sur le sternum, les causes indirectes auront causé des dégâts extrêmes aux parties intermédiaires au sternum et aux organes qui ont d'abord été frappés, ce qui n'arrive pas, ou ce qui n'arrive jamais à ce point quand la luxation est de cause directe.
Les lésions anatomiques spéciales à la luxation du sternum ont toujours eu les mômes caractères. On peut donc établir que dans la luxation du corps du sternum en avant : 1 ' les cartilages des deux premières côtes restent articulés avec la poignée, qu'ils suivent dans son déplacement ; 2" le surtout ligamenteux antérieur est déchiré au niveau de l'articulation forcée, tandis que le même ligament, qui est en arrière, se décolle seulement de quelques lignes en bas, c'est-à-dire du côté de la seconde pièce du sterimm. (Voyez fig. 85.)
!<jiii|i«oine8. — L'œil est d'abord frappé du raccourcissement éprouvé par la partie antérieure de la poitrine. Le chevauchonient du corps du sternum est(iuel(iuefois appréciable à la vue seule, caries parti(!s molles qui recouvrent l'os sont peu épaisses. Mais le toucher
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L'st ici bien plus précieux ; le doigt, promené sur la face antérieure du sternum de bas en haut, rencontre une dépression brusque dans les trois quarts de son trîijet, et il s'enfonce dans une espèce de cavité qui est bornée en arrière par la pièce supérieure. Ce même doigt, en remontant vers le cou, trouve que la poignée devient graduellement plus superficielle, tandis qu'en descendant vers le ventre il est arrêté par une saillie abrupte qui est le bord supérieur de la deuxième pièce de l'os. Cette saillie, ditM. Maisonneuve, « est d'une grande importance pour le diagnostic : d'abord c'est elle qui donne le plus positivement la certitude d'une solution de continuité (il faudrait dire de contiguïté) de la tige sternale ; c'est elle aussi qui, par la distance où elle se trouve des cartilages des troisièmes côtes, établit l'existence de la luxation et distingue cette lésion de la fracture. Dans la luxation, elle est toujours située à 2 centimètres au-dessus de la troisième articulation cliondro-sternale.
^) Quand les téguments sont minces, qu'il n'y a pas de gonflement, on peut, ainsique nousl'avons observé chez le maladesujet de l'observation II, reconnaître sur cette saillie les trois facettes articulaires, ou au moif)s leur disposition lisse et l'absence de toute esquille, de toute iiiégalité rugueuse. » Les figures Sh et 85 montrent les rapports anormaux des deux pièces sternales qui se sont déplacées. La figure 85, qui représente le sternum vu de profil, montre très bien l'élévation et la saillie de la pièce inférieure ; elle fait bien voir aussi que le cartilage de la deuxième côte est entraîné par la pièce supérieure et non par l'inférieure.
On aperçoit aussi le ligament postérieur qui n'a été que décollé. La figure 8/i, qui est le même sternum vu de face, montre bien le raccourcissement de cet os.
E>is«^iioHiic. — Ce que je viens de dire commence à établir le diagnostic différentiel de la luxation qui m'occupe, laquelle ne peut elro réellement confondue qu'avec la fracturedu sternum. A l'absence 0 aspcrites do la saillie osseuse dont il a été question, il faut ajouter que celte même saillie s'élève au-dessus des troisièmes cartilages coslinix d'une longueur d'environ 2 centimètres et demi dans la luxat'on, tandis ([ue, pour la fracture, cette longueur est nécessairement
Fig. 84.
Fig. 85.
^l92 MALADIES DES OS.
moindre. Scion l'auteur cité, ceci est d'une grande importance, et serait le seul caractère qui pourrait faire distinguer avec certitude les deux lésions dont il s'agit.
Pronostic. — Le pronostic est essentiellement grave pour les luxations de cause indirecte. Comme je l'ai dit, la violence, avant d'agir sur le sternum, quand elle a d'abord porté sur les épaules, sur la nuque ou sur une partie plus inférieure du racliis, doit avoir nécessairement causé d'énormes dégâts aux parties intermédiaires ; mais , quand la cause a été directe, le pronostic est moins grave : on peut espérer la guérison, qu'on réduise ou non.
Traitement, — Je crois qu'on ne doit se livrer à aucune manœuvre quand la luxation est de cause indirecte, car ici la luxation sternale est avec des lésions bien autrement graves, lesquelles pourraient être encore aggravées par les moyens de réduction et les moyens contentifs. Pour ce qui est de la manœuvre relative à la réduction de la luxation de cause directe, voici celle qui a réussi d'après l'observation d'Aurran, dont il a déjà été parlé : a Je fis, dit ce gagnant maîtrise, mettre un traversin un peu élevé sous le dos du blessé, et appuyant mes mains tout à la fois sur la symphyse du pubis et sur celle du menton, j'excitai la contraction des muscles droits du bas-ventre et des sterno-mastoïdiens, ce qui dégagea ces os et les mit de front. Pour maintenir cet effet pendant que le menton opérait la réunion, il me suffit de mettre un bandage compressif sur la seconde pièce, qui tendait toujours à s'éloigner de l'autre, et à coucher le malade, les genoux et la tête élevés, pour prévenir la contraction ultérieure des muscles susdits, ce qui aurait détruit l'affrontement . Le malade fut par ce moyen guéri en quarante jours (1). »
G. Luxation des cotes et de leurs cartilages. — Il n'existe aucun fait authentique de luxations des côtes. L'observation présentée par Buttet à l'Académie de chirurgie a été commentée par Boyer, et il reste établi qu'il s'agissait plutôt d'une fracture. On ne pourra conserver le moindre doute à cet égard, ajoute Boyer, si l'on écarte l'ambiguïté de certaines expressions de la narration de ce fait. Qu'est-ce qu'un bruit qui se manifeste par une espèce de soubresaut, et qui n'est point lu crépitation, quoique beaucoup plus distinct qu'elle? C'est pourtant sui cette distinction subtile que reposerait, selon Buttet, toute la différence propre à faire distinguer les luxations des côtes d'avec leurs fracturcs {'!).
La structure, la souplesse des côtes, la flexibilité des cartilages , In solidité des articulations sternale et vertébrale, le nombre et l'épaisscuv des muscles qui enveloppent cette dernière articulation, la facilité avec
(1) Journal do médecine. Paris, 1771, t. XXXVf, p. 521.
(2) lîoycr, Maladies chirurgicales, l. IV, p. 124.
LUXATIONS DES CÔTES ET DE LEURS CARTILAGES. /i93
laquelle ces os se rompent lorsque dans les dissections anatomiques ou s'eflbrce de les désarticuler sans avoir eu soin de couper les ligaments, toutes ces circonstances expliquent à Boyer l'absence des laits de luxation des côtes. Il s'étonne donc que les dogmatiques, tels que Juncker et Heister, aient décrit plusieurs espèces d'une luxation impossible et enseigné plusieurs procédés de réduction. Boyer, en faisant celte critique, ne se doutait pas qu'un jour on pourrait lui adresser le même reproche. En effet, y a-t-il beaucoup de faits qui prouvent l'existence de toutes les luxations du poignet décrites par l'ancien chirurgien delà Charité? La Gazette médicale publia en 1834 un fait dans lequel on a vu une luxation de côte et que l'on peut juger par ces quelques mots du procès-verbal de l'autopsie : « La colonne vertébrale, séparée du tronc, ne montrait à la dixième et onzième vertèbre qu'une faible adhérence, due aux fibres musculaires et aux ligaments latéraux déciiirés. Ces moyens d'union étant divisés, on trouva le cartilage intervertébral presque entièrement détruit. La onzième côte luxée: la côte du côté droit tenait à un fragment de la onzième vertèbre dorsale fracturée; l'apophyse articulaire supérieure de cette vertèbre brisée; la moelle épinière, ainsi que la dure-mère, déchirée... L'extrémité de chacune des deux douzièmes côtes et l'apophyse transverse de la onzième vertèbre également fracturées.. . » Je le demande, un fait si complexe éclaire-t-il beaucoup la question de savoir s'il y a des luxations des côtes?
La luxation des cartilages a existé réellement, mais elle est très peu fréquente ; elle n'a été observée qu'aux cartilages des sixième, septième, huitième et neuvième côtes. Ces cartilages sont articulés entre eux par leurs bords : ainsi le bord inférieur correspondant, à la sixième côte, avec le bord supérieur du cartilage de la septième, etc.; l'appareil ligamenteux est seulement constitué par de rares trousseaux fibreux allant d'un cartilage à l'autre, et par des membranes synoviales. La luxation de ces cartilages a lieu quand on tombe à la renverse sur un corps plus ou moins anguleux. Alors, un des cartilages indiqués glisse au-dessous et derrière celui qui lui est immédiatement supérieur ; il le pousse en avant : de là une saillie qui fait croire que c'est lui-même qui est déplacé quand le tronc est redressé. Dans ce déplacement, la contraction des muscles abdominaux joue nécessairement un rôle, et il y a rupture des fibres ligamenteuses des deux cartilages correspondants. A la saillie indiquée se joint une douleur vive au moment de l'accident, puis de la difficulté dans la respiration et même parfois un spasme assez marqué des muscles thoraciques.
Pour réduire, on exerce sur le cartilage saillant une compression dirigée de bas en haut et d'avant en arrière; alors le cartilage qui est en arrière se dégage, et par son élasticité reprend son niveau et sa place.
^'^h MALADIES DES OS.
Un bandage de corps, quelques rcsolulifs, le repos complètent la guérison. On. pourrait même ne pas tenter la réduction, qui se ferait probablement d'elle-même pendant une forte inspiration. D'ailleurs la persistance du déplacement n'empêcherait pas la douleur et les spasmes de disparaître peu à peu.
B. Luxations des os du bassin. — Le mode et l'étendue des articulations de ces os, le nombre et la force des ligaments doivent rendre ces déplacements fort rares et jamais complets. Une seule fois on a cru voir un de ces déplacements à cet état de simplicité qui fait considérer la luxation comme la lésion principale.
En effet, pour produire ces changements de rapport, il faut un force prodigieuse : c'est une lourde chute d'un lieu très élevé qui aura porté sur le bassin ou sur les deux pieds, surtout sur un seul; c'est u poids énorme qui sera tombé sur la face postérieure du bassin. Alors, dilacération non seulement d'une articulation, mais de plusieurs arti; culatioi\s; non seulement contusion des parties molles qui séparent I bassin de la peau, mais froissement extrême des organes contenus dans cette enceinte osseuse, comme la vessie, le rectum, lamatrice^ des plexus nerveux et veineux, des artères importantes; puis un tiss cellulaire lâche, qui se déchire, s'enflamme et suppure facilement inflammation et suppuration dont la tendance à se propager est ma iieureusement trop fréquente. ■
On prétend que les deux os des iles peuvent rester unis par la symphyse du pubis, tandis que le sacrum est enfoncé d'arrière en avant Ainsi Delpecli dit : « On a vu un sac de blé, tombant sur la région sa crée tandis que le corps était incliné en devant et appuyé sur 1» quatre membres , détruire les deux articulations de l'os sacrum , I chasser vers la cavité pelvienne, et produire en même temps un gran nombre d'autres désordres qui ont entraîné la perte du malade (I). » Ainsi Delpech fait mention de la paraplégie et des autres accidents qui surviennent du côté de la vessie et du rectum , quand les uerls qui les animent ont été fortement compromis.
Je conçois difficilement l'enfoncement du sacrum par celte cause; car un sac de blé, en tombant sur la partie postérieure du bassin, agit par une large surface; le sacrum, au contraire, oiTrc une surface très bornée, et l'on sait quelles saillies forment les deux épines iliaques postérieures. C'est donc sur elles que portent surtout les corps qui tombent sur cette région , pour peu que leur surface soii étendue : or je ne conçois pas qu'une pareille action enlonce Icsacrum. Depuis ma deuxième édition , en relisant les Mémoires de l Acader.nv de aldruryie , un fait m'a frappé : c'est celui de Binai, «qmporUut
(1) Maladies réputées chirurgicales. Paris, 1816, t. III, p. 52.