‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 3)Chapitre 249 sur 302 · LUXATIONS DES OS DU BASSIN · texte numérisé non relu

LUXATIONS DES OS DU BASSIN

sur son dos un sac de blé de 350 livres à une charreLle, sur le derrière de laquelle il appuie d'abord les mains , ensuite la tète sur ses mains pour mettre le tronc dans une position horizontale. Un lionnne monté sur la voiture était chargé de relever le sac et de l'enlever en le redressant ; à peine l'eut-il soulevé, qu'il lui échappa et tomba droit sur le dos de Binai , qui n'eut pas le temps de se retirer. » Ce malade mourut , et l'on trouva cà l'autopsie une disjonction d'une des symphyses sacro-iliaques. Ce fait justifie ma critique de Delpech, et me l'ait attribuer à un défaut de mémoire l'admission de la luxation du sacrum par le chirurgien de Montpellier, qui avait probablement dans la pensée l'observation de Binai quand il a décrit ces luxations du bassin. On voit, en effet, qu'il est question dans Delpech d'un sac de farine qui tombe sur un malade incliné en avant comme Binai, seulement le résultat est différent: Binai a une luxation d'un côté du bassin , et le malade de Delpech , qu'il ne cite pas , a une luxation du sacrum. Il est probable que c'est le môme malade. Quoiqu'il en soit , tous les auteurs parlent du déplacement en ^vant du sacrum. Son déplacement de haut en bas n'est autre chose que le déplacement des deux os iliaques de bas en haut , ce qui peut arriver par une chute sur les membres inférieurs ou sur les ischions.

Le déplacement d'un des os innominés nécessite la rupture des ligaments des symphyses pubienne et sacro- iliaque du même côté, ce qui suppose d'autres désordres graves. Cependant il existe un fait dans la science , qui prouverait qu'une pareille luxation peut avoir heu sans de très graves accidents. L'observation est consignée dans le recueil des Mémoires de l'Académie des sciences de Dijon : Énaux , Hoin et Chaussier ont vu le malade. C'était un couvreur qui fit une chute d'un lieu très élevé ; on constata que l'os du pubis gauche déplacé était comme transporté vers l'hypogastre et dépassait le niveau de l'autre pubis; la crête iliaque gauche était aussi plus élevée que la droite; le membre inférieur gauche , plus court, n'était pas déformé; les distances entre la crête iliaque, le Irochanter, le genou , les malléoles, étaient les mêmes des deux côtés. En fléchissant et en étendant la cuisse, on donnaitlieu à de vives douleurs qui portaient sur la région pubienne et vers la région sacro- iliaque gauche. 11 y avait des mouvements rares, mais étendus, de la totalité de l'os déplacé. Après avoir combattu la contusion et l'inflammation, on fit deux tentatives de réduction fjui renouvelèrent les douleurs et les symptômes itdlammatoires. On se borna au repos , ([ue le malade ne garda pas autant que l'ordonnance le portait. L'usage des béquilles Ht que le poids du membre opéra une traction qui réduisit peu à peu le déplacement. Enfin le malade guérit parfaitement et reprit sa profession de couvreur.

Les détails de celle observalion donnenl une idée de l'espèce de luxiitiondoiil il s'agit. L'heureux vcsullat obtenu par l'usage des béquilles , la reproduction des accidents par les tentatives de réduction , semblent indiquer qu'on doit s'abstenir de ces dernières , et se borner h combattre avec énergie les accidents intlanmiatoires dès qu'ils apparaissent. Pour ce qui est de l'emploi énergique desantiphlogistiques, il ne peut pas y avoir contestation ; dans tous les cas de luxation du bassin , on doit user largement des saignées locales et générales. Sur l'autre point les avis sont partagés. Boyer et d'autres chirurgiens, s'appuyant sur l'observation que je viens de citer, disent que les tentatives de réduction ne feraient qu'augmenter la douleur, l'irritation et ses suites, et qu'on est heureux, après un pareil accident, de vivre avec une difformité. Les partisans de l'opinion contraire prétendent que les rapports anormaux des os iliaques sont une cause de douleur et d'inflammation violentes : pour ce qui est du fait cité, ils ne le contestent pas, mais ils doutent que le même succès puisse souvent être obtenu. Sanson après avoir examiné cette question , dit : «lime semble donc qu'il faut toujours tenter la réduction et la faire si elle est facile. Il faut , au contraire, y renoncer toutes les fois qu'elle est très difficile et que les efforts que l'on fait développent des douleurs capables d'ajouter à l'irritation existante plus que ne semble devoir le faire la persistance du déplacement (1). »

On pourrait répondre à Sanson : 1" Oi:i commencent les difficultés de la réduction? 2° Il y a toujours des douleurs pendant les manœuvres : comment reconnaître celles qui sont capables d'ajouter à l'irritation plus que le déplacement? En présence de ces difficultés pratiques, on sera toujours fort embarrassé.

Il est très vrai que la lésion de rapport entraîne nécessairement d'autres lésions qu'on prévient en réduisant; mais ici s'agit-il d'une luxation comme une autre? peut-on soumettre sa réduction aux principes ordinaires? cette réduction pourra- t-elle même être complète, pourra-t-elle être maintenue? Pour Sanson, cette dernière difliculté n'existerait pas , car la « réduction opérée, un bandage de corps et le maintien du membre dans l'extension doivent suffire pour s'opposera la reproduction du déplacement. « Pour Sanson encore la réduction n'ofi"re plus de difficulté. « Il n'est pas fort difficile, dit ce chirurgien , de replacer les os des iles en tirant sur les deux cuisses ou sur une seule, suivant les cas (c'est-à-dire, suivant qu'il y a lux^ation d'un seul ou des deux os des iles), pendant que le tronc est facilement fixé (2). )'

(1) BlctlonnaWe de médecine et de clvrurgie pratiques, l. XI, p. 224.

(2) Loc. cit.

LUXATIONS DE l'EXTRÉMITÉ INTERNE OU STERNALE. U91

Si réellement le sacrum est enfoncé en avant, rien ne pourra le ramener en ariùère.

Les articulations du coccyx subissent des tiraillements qui constituent plutôt des espèces d'entorses que de vraies luxations. Je n'ai rien à en dire ici.

/. Luxations DE l'extrémité interne ou sternale de la clavicule (1). — Variétés. — Libre dans le reste de son pourtour, la fossette sternale est avoisinée et en quelque sorte terminée en bas par le cartilage de la première côte. Toute luxation est donc impossible dans ce sens, sans la fracture préalable de ce cartilage. Restent trois points par où l'extrémité de l'os peut s'échapper directement : en avant, en haut, en arrière. En effet, ces trois luxations existent ; chacune d'elles, si elle est complète, doit être avec déplacement secondaire en dedans, lequel s'explique de lui-même, car à part la violence extérieure, qui souvent n'y sera pas étrangère, les muscles thoraciques qui convergent vers la racine du membre attireront l'épaule en dedans dès que l'arc-boutant aura perdu son point d'appui au sternum. Ainsi, quand on dira luxation de l'extrémité interne de la clavicule en haut , en avant ou en arrière, il sera sous-entendu que l'extrémité sternale est en même temps portée en dedans. Deux autres déplacements s'ajoutent encore, primitivement ou consécutivement, l'un ou l'autre, à ceux en avant ou en arrière, et constituent deux sous-genres : tantôt l'extrémité claviculaire s'élève, tantôt elle s'abaisse. Je montrerai toutefois que l'espèce en avarit eteri haut est loin d'être prouvée. On notera surtout que l'abaissement de la clavicule implique un déplacement préalable en avant ou en arrière; comme, dans la luxation en haut, l'élévation de l'extrémité osseuse serait le prélude obligé de son chevauchement sur la fourchette sternale.

1° Lîtxafion en avant. — La luxation en avant est contestée par Portai et niée par Duverney, tandis que d'après S. Cooper, c'est la plus commune de toutes celles de la clavicule. Il y a de part et d'autre exagération : cette luxation vient, pour la fréquence, après la susacromiale des auteurs.

La situation de l'extrémité interne de la clavicule la protège en arrière contre l'action d'une cause directe tendant à la porter en avant. Elle ne saurait être chassée dans ce sens que par une impulsion excessive de l'épaule en arrière. Suivant Boyer, qui représente ici l'opinion générale, si ce déplacement peut s'opérer sans que la clavicule vienne toucher la première côte, cette rencontre des deux os favorise singu-

(1) Esmi sur les luxations de la cla'bicule, publié dans les Annales do la clilrurgie. Paris, 18'»3, l. IX, p. 145, 2."}S cl suivanles. Dans ce travail, que je vais niellre larf;pmcnl à profit , M. MorcI a rcuipli une lacune (pii élail très apparente dans les traités de chirurgie.

Page 1