‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 3)Chapitre 271 sur 302 · RUPTURES PROPREMENT DITES · texte numérisé non relu

RUPTURES PROPREMENT DITES

Les ruptures sont aux tissus fibreux et musculaires ce que les fractures sont aux os : seulement ici ce n'est pas toujours en changeant violemment la forme de ces faisceaux que s'opère la solution de continuité , mais, en général, en portant subitement la force de traction au delà de la force de cohésion naturelle des molécules de l'organe. Cependant un changement de direction d'un tendon peut favoriser la rupture : alors la cause agit comme celle qui produit certaines fractures indirectes.

Ces solutions de continuité sont ordinairement dues à une violente contraction musculaire, qui a lieu, pour le membre inférieur, pendant une chute d'un lieu très élevé, à Toccasion d'iui saut à grande distance. Ce sont de pareilles causes qui produisent, le plus souvent, la rupture du tendon d'Achille. Quelquefois la contraction musculaire n'a pas besoin d'une extrême violence pour rompre un tendon même assez fort ; ainsi le tendon d'Achille peut être rompu par un faux pas, la marche d'un escalier manquée, ou bien une mavclio franchie pendant que le sujet croyait être de plain-pied, ou un enfoncement rencontré sur un sol que l'on croyait régulier. Dans tous ces cas, les organes sont pour ainsi dire surpris et coii^me sans défense; une contraction médiocre peut alors produire les effets de celle qui serait violente. Les rupture» des muscles et tendons s'opèrent aussi sous une violence venue

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du dehors ou à la suite d'un accident qui a disjoint ou cassé des os : alors les extrémités de ceux-ci, quand elles échangent violemment et fortement leurs rapports, pressent sur les muscles , les distendent et les déchirent. Que ce soit à la suite de ces déplacements ou par un corps venu de dehors que le muscle se rompe, il y a toujours beaucoup plus de contusion que quand la cause de la rupture est dans le muscle même , dans une violente contraction ou une action irrégulière.

Les tendons se rompent plus facilement que les muscles, parce que ceux-ci ont pour ainsi dire une résistance vitale que les tissus simplement fibreux n'ont pas. Les muscles, en effet, en se contractant, augmentent leur résistance et s'opposent à cette espèce d'allongement forcé qui précède la rupture. J'ai déjà dit que c'est pendant la contraction des muscles que les tendons qui les terminent se rompaient. Au contraire, on a cru observer que la rupture des muscles avait lieu pendant l'action de leurs antagonistes, ou d'une force extérieure qui venait à lutter contre eux. (M. Malgaigne, ignorant sans doute que cette opinion avait été professée par Delpech, l'a exposée et défendue comme lui appartenant.) L'état de contraction, au contraire, semble rendre impossible, du moins extrêmement difficile, la rupture du muscle lui-même : cependant on trouvera, dans Boyer, plusieurs observations qui prouvent que c'est la partie réellement musculaire qui a subi la solution de continuité à la suite d'une violente contraction (1). J. Sédillot, qui a fait sur ce sujet un travail important (2), montre l'exagération de la doctrine de Delpech, qui, d'ailleurs, avait été inspirée par Bichat : sur 28 cas où le siège de la rupture avait été indiqué, on l'a trouvé 13 fois au point d'insertion des fibres charnues au tendon, et 8 fois dans le corps même du muscle. Le muscle cède donc, le plus ordinairement, au moment même de la naissance du tendon , qui se trouve alors nettement et complètement séparé; ceci prouve toute la résistance opposée par les fibres musculaires, qui cependant se rompent aussi sous leur contraction même.

La solution de continuité d'un muscle produite par distension est inégale, irréguhère, parce que les fibres du faisceau musculaire n'ont pas offert la même résistance : c'est ici plutôt une déchirure. Au contraire, les solutions de continuité des tendons produites par une violente distension offrent une division nette, régulière : on dirait une vraie section.

Les aponévroses qui servent de gaîne aux muscles, ou qui les maintiennent dans certains rapports , peuvent éprouver des solutions de

(1) Traité des maladies chirurgicales.

(2) Mémoire sur la rupture musculaire {Mémoires et prix de la Société de médecine de Paris; Paris, 1817, p. J5S et suiv.).

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continuité par le fait du gonflement considérable de ces muscles, pondant une violente contraction, ou parle fait de cette contraction ellemême qui tiraille trop fortement ces membranes fibreuses donnant insertion aux fibres musculaires. C'est à la rupture ou à la déchirure des fibres aponévrotiques ou musculaires qu'on attribue ces douleurs I viveséprouvées pendant certains efforts exécutés par le tronc. C'est après cette rupture que certains muscles s'échappent de la gaîne et forment une espèce de hernie dont je dirai bientôt un mot.

La rupture de certains tendons est quelquefois accompagnée d'un bruit perçu par le sujet, d'une sensation instantanée de pincement et de percussion, qui fait croire au malade qu'il a été frappé par une pierre lancée avec force ou par un fouet; de là le nom de coup de fouet donné à des accidents de ce genre arrivés à la jambe. J'ai donné des soins à un ecclésiastique qui, en jouant aux boules, se rompit un des muscles du mollet, le soléaire. Il est resté longtemps cà croire qu'il avait reçu un coup de boule, quand rien, absolument rien n'avait touché à sa jambe. La douleur éprouvée à la suite ou pendant la rupture d'un tendon s'apaise bientôt; reste seulement un engourdissement sourd et peu pénible. Chez l'ecclésiastique dont je viens de parler la douleur fut vive pendant plusieurs jours. Les mouvements du muscle correspondant au tendon rompu sont impossibles : ce muscle reste comme paralysé jusqu'à la cicatrisation du tendon. En pressant avec le doigt sur le point où existe la rupture, si le muscle est superficiel, on sent un enfoncement dans lequel la peau est refoulée; cet enloncement a une étendue proportionnée à l'épaisseur et à la longueur du muscle. Cet espace que laissent les deux bouts augmente, si le malade peut contracter le muscle, ou si la partie à laquelle il appartient est p acee dans une position inverse de celle que la contraction du muscle lu. donnait quand il fonctionnait : par conséquent, une position contraire doit diminuer l'écartement des lèvres de la solution de conlmu.te musculaire. Quand c'est le muscle qui est rompu, l'espace laisse par les deu.x bouts divisés se remplit plutôt de sang, et celuici es en plus grande abondance que quand c'est le tendon qui a subi la solution de continuité.

La gravité de ces ruptures est en rapport avec la région occupée par les muscles; les ruptures complètes des muscles du tronc sont 1res graves. Boyer cite deux cas de rupture musculaire qui furent sui- >is (ie iamort : une rupture du muscle droit de l'abdomen, une rupture du muscle psoas. Pour ce qui est des muscles et des tendons des membres, la gravité du pronostic est en rapport avec l'importance «e ces organes : la rupture du tendon d'Achille, celle des tendons des

voila I ordre de gravite des principaux tendons dont la rupture a été

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le plus souvent observée. Ceci s'entend des résultats par rapport aux fonctions. Quant aux dangers pour la vie, les ruptures des muscles doivent plutôt y exposer que celle des tendons, car la rupture musculaire est avec plus ou moins d'iiémorrhagie, et l'on a vu que les deux cas de mort que j'ai cités se rapportent à ces dernières solutions de continuité.

Quant à la réparation des ruptures, elle est comme celle des plaies des tendons et muscles qui sont à l'abri de l'air. Il en est de même du traitement. Je n'y reviendrai plus ; j'en ai parlé assez longuement.

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