‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 3)Chapitre 273 sur 302 · PLAIES CONFUSES · texte numérisé non relu

PLAIES CONFUSES

Examinons maintenant les plaies contuses, c'est-à-dire celles qu sont avec solution de continuité de la peau. Quelle différence ici, et pour le pronostic, et pour le traitement! Ainsi, quelle comparaison pourrait-on établir, à ces deux points de vue, entre mie rupture tendineuse par contraction musculaire , et la rupture par \m corpî étranger, par un projectile, par une balle? Heureusement ces phiie-" sont rares, ce qui est expliqué par l'anatomie des tendons. Ils » soustraient à l'action des balles par leur ténacité, leur nexibihte eM

(i) Gasette médicale, année 1842, p. 696.

leur élasticité, leur forme arrondie, leur mobilité, le poli de leur surlace, l'enduit onctueux qui les recouvre, la laxité des tissus cellulaire, synovial et cellulo-séreux qui les entourent; enfin la forme ronde de la balle et son mouvement de rotation sont pour quelque chose dans ce phénomène. Pour qu'un tendon soit coupé, il faut qu'il soit pris entre la balle et un os très résistant; sinon la balle le fléchit, l'entraîne avec elle, jusqu'à ce que les axes cessent de se correspondre , puis elle l'abandonne sans l'avoir divisé.

La balle ne traverse un tendon que s'il est très large, que s'il est frappé perpendiculairement et au milieu de sa largeur ; c'est ce qu'on peut observer sur le tendon commun du triceps crural et du droit antérieur de la cuisse, immédiatement au-dessusde la rotule.

Si un coup est tiré de très près et dont la balle pousse au-devant d'elle des fragments osseux qui viennent heurter avec violence" contre les tendons, on voit que ceux-ci sont arrachés à leur union avec les fibres charnues, mais non divisés : c'est ce qui a été observé sur l'articulation radio-carpienne, sur la main et au bas de la jambe.

Quant aux muscles , ce sont , après le tissu adipeux et les parenchymes, les parties qui se laissent le plus facilement traverser et détruire dans une assez grande étendue autour du trajet de la balle ; non seulement toutes les fibres atteintes sont divisées , mais encore celles qui les entourent. Ces sections ne se faisant pas toutes au même point, comme ces fibres ne résistent pas toutes au même degré et delà même manière que le tissu aponévrotique auquel elles aboutissent, tissu qui remonte plus ou moins haut le long de chaque fibre charnu, la plaie est très anfractueuse et n'a nullement la forme d'un canal.

Xiuxatious des muscles.

Je me crois obligé de dire quelques mots ici sur ce qu'on a appelé luxations des muscles, lésions de contiguïté sur lesquelles les auteurs classiques se taisent généralement, et dont il est question de temps en temps dans l'histoire de notre art. Il est bien entendu que je ne parlerai que des dépl.tcements tendineux et musculaires qui ne coïncideront pas avec des déplacements osseux, car ici ce sont ces dernières lésions qui ont surtout de rimportaiice.

Hippocrate, en traitant des luxations de la mâchoire, dit : U mâchoire se luxe rarement ; toulelbis elle éprouvedans les bâillements de fré{juontes déviations , telles que celles que produisent beaucoup daui.resd<iplacnmentsde muscks et détendons. Celte mention do pareils d. placetncnls a paru obscure à M. Littré, ce qui l'a conduit à des

iMALAUlliS UliS .MUSCLES.

reclierclies sur ce point (1). 11 a trouvé qu'en 169/i, W. Cooper a rapporté un cas de déplacement du tendon du biceps brachial, dont l'observation est reproduite par Manget et citée par Petit-Radel (2). Portai, Pouteau en parlent. Portai cite une autopsie d'un homme qui était tombé du haut d'un édifice. On constata un épanchement sanguin sous l'aponévrose fascia lata. Le muscle droit était sorti de sa gaîne, qui était rompue en plusieurs endroits. Le livre de Pouteau ne contient aucune observation particulière qui puisse être citée. Une observation importante a été insérée dans un journal de Londres (3) par M. Soden. Il s'agit d'une chute dans laquelle le poids du corps porta sur le coude droit. Il n'y eut rien à cette jointure. La violence porta sur l'articulation scapulo-humérale. Il survint du gonflement à l'épaule ; il se dissipa, et l'on fit l'examen de cette épaule comparée à l'épaùle saine. L'épaule lésée offrait réellement des différences, a II y avait un léger aplatissement aux parties extérieures et postérieures de l'articulation, et la tête de l'humérus avait l'air d'être plus remontée dans la cavité glénoïde qu'elle n'aurait dû l'être. » Voici comment on crut constater qu'il en était ainsi : « 1° En remuant le membre pendant qu'une main était placée sur l'épaule, on percevait une crépitation qui simulait une fracture, mais qui, en réalité, était causée par le frottement de la tête de l'humérus contre la surfaceinlérieure de l'acromion ; 2" en essayant démettre le membre dans l'abduction, on sentait qu'il ne pouvait être élevé au delà d'un angle très aigu avec le corps, attendu que le bord supérieur de la grande tubérosité arrivait au contact de l'acromion et formait ainsi obstacle à une abduction ultérieure. La tête de l'os faisait aussi en avant une saillie vicieuse qui équivalait presque à une luxation incomplète. Le bras était impuissant pour tout usage utile : il ne pouvait lever de terre le plus léger poids à cause de la violente douleur produite par l'emploi du biceps; autrement les mouvements de la partie inférieure du membre n'étaient pas limités : le bras pouvait être porté en avant, en arrière, et le patient saisissait un objet fortement et sans douleur, aussi longtemps qu'il n'essayait de le lever. Le patient représentait la douleur causée par l'action du biceps comme très aiguë et s'étendant tout le long du muscle, et il la ressentait précisément aux extrémités de ce muscle. Quand cette douleur n'était pas excitée par l'action musculaire, il la rapportait à la portion antérieure de l'articulation, à l'espace compris entre l'apophyse coracoïde et la tête de l'humérus; là était une extrême sensibilité et un pende gonflement. »

Ce qui soulageait le plus le malade, c'était le coude soutenu et

(1) OEuvres d'Hippocralc. Paris, 1844 , l. IV, p. 22.

(2) Encyclopédie méthodique. — Chirurgie, t. Il, 212.

(3) Medico- chirurgical Transactions of London, 184J. f. XXIV, p. 212.

appliqué contre le tliorax. Ce malade, d'ailleurs, dit l'observateur, d'une disposition rhumatismale, eut une inflammation de cette nature dans l'articulation, ce qui masqua le diagnostic. Enfin, il mourut, et l'autopsie cadavérique est ainsi notée : « En examinant l'articulation, on trouve que la lésion était un déplacement de la longue tête du biceps hors de sa gouttière sans autre complication. Le tendon était entier et renfermé dans la gaîne, il reposait sur la petite tubérosité de l'humérus. La capsule n'était que déchirée. L'articulation offrait des traces d'une inflammation étendue. La membrane synoviale était vasculaire et tapissée d'une couche de lymphe ; des adhérences récentes étaient étendues entre les différentes parties des surfaces articulaires, et une ulcération avait commencé à se former sur le cartilage de la tête de l'humérus, là où elle était en contact avec la face inférieure de l'acromion. La capsule était épaisse et adhérente, et avec le temps il se serait opéré probablement une ankylose de l'articulation. »

On voit que j'ai presque tout cité textuellement; je ne puis m'empêcherde faire remarquer qu'il s'agissait ici d'un sujet rhumatisé, que des lésions graves existaient dans cette articulation , quoique l'auteur dise que c'était là un déplacement du tendon du biceps sans complication. Qui sait si, au lieu d'avoir eu le point de départ de ces lésions articulaires que je viens de décrire, le déplacement du tendon n'a pas été la suite d'ulcérations, de désordres arrivés aux liens qui le retiennent dans la gouttière osseuse, désordres auxquels le rhumatisme n'aurait pas été étranger? Quoi qu'il en soit , c'est là une observation importante, surtout si l'on ne perd pas de vue les caractères qui, pendant le vivant, l'ont fait ressembler un peu à une variété de luiation de l'humérus. Ce fait et celui de Portai m'ont paru les plus dignes d être cités, parce qu'il n'y avait pas de lésion des os à la suite des accidents aiTivés à leurs malades, et parce qu'on a pu constater les déplacements par l'autopsie. Les luxations de la longue portion du tendon du biceps qu'on a trouvées en même temps que les luxations de la tête de l'humérus se rattachent surtout à l'histoire de ce dernier déplacement. Quant aux opinions sans preuves anatomiques, je crois pouvoir les négliger. Je terminerai cependant par cette courte citation de Petit-Radel; qui, reproduisant l'observation de W. Cooper, laquelle, par parenthèse, n'est pas suivie d'autopsie, ajoute : Les tendons qui parcourent les sinuosités qui leur sont assignées pour faciliter leur glissement s'échappent également quelquefois ; d'où il s'ensuit une douleur et un engourdissementqui, à l'épaule, en a souvent imposé pour une luxation. Les tendons extérieurs des doigts de la main sont maintenus par un ligament en forme d'anneau pour diriger les effets de la force jusqu'au bout des doigts. On a vu ce fort ligament manquer pour porter un poids ou faire résistance et

S^O MALADIlîS DES MUSCLES.

alors les tendons s'éparpillent et rendent nul tout mouvement, jusqu'à ce qu'on eût remédié au mal par un bracelet de cuir qui serrait fortement (1).

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