‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 3)Chapitre 275 sur 302 · INFLAMMATIONS · texte numérisé non relu

INFLAMMATIONS

prti' conséquent, revenir à sa longueur normale spontanément ou par une tliérapoutique directe ou même indirecte ; la fibre musculaire ne fait alors que se déplisser. Mais, dans la vraie rétraction, le muscle a été modifié dans sa constitution même, ou bien un de ses éléments a absorbé plus ou moins l'autre. L'élément fibreux domine alors, et le raccourcissement est définitif; la nature ne peut plus rien pour rétablir l'organe à son état primitif ; il faut le soumettre à une élongation plus ou moins forte, ou le couper, si l'on veut redresser la difformité à laquelle ce raccourcissement permanent du muscle a donné lieu.

La névrose peut abolir les mouvements d'un muscle ou d'un groupe de muscles, et livrer la partie du muscle qu'elle mobilise aux muscles antagonistes, qui alors exagèrent leurs tractions ; de là une nouvelle cause de déviation , de difformité. J'ai déjà touché aux doctrines relatives à l'étiologie des difformités qui se rapportent à celles auxquelles je vais faire allusion. J'y reviendrai encore. (Voyez, en attendant, 1. 1, liv. I, sect. I.)

Les névroses du mouvement et du sentiment , que je viens d'indiquer, ont nécessité des opérations ténotomiques telles que je les décrirai à la fin de cette section. C'est ainsi qu'on a fait la section des muscles de l'œil qui, par une action trop énergique sur le globe, augmentaient le diamètre antéro postérieur du globe et produisaient ainsi la myopie. Comme on avait coupé le muscle orbiculaire de l'anus avec succès pour des cas de spasmes, on a attaqué de même le muscle orbiculaire des paupières, le muscle orbiculaire de la bouche. Bien plus, comme le bégaiement, suivant M. Dieffenbach, serait « un dérangement dans le mécanisme du langage qui provient d'un état qu'il appelle dynamique, état spasmodique des voies aériennes résidant surtout dans la glotte, se communiquant à la langue, aux muscles du visage et du cou, le chirurgien de Berlin pensa qu'en interrompant l'innervation dans les organes musculaires qui prédisposaient à cet état, il parviendrait à le modifier ou à le faire cesser complètement. (Voyez t. III, quand il sera question du bégaiement, comment je jugelai cette opération.)

Les sections des orbiculaires des lèvres et des paupières ont eu des résultats peu probants encore; quant à la section des muscles de l'œil pour la guérison de la myopie, je crois devoir ne pas troubler le silence qui couvre les erreurs commises à cet endroit.

Indanimatioiis .

L'inflammation des muscles, qu'on a|)pelle nn/ofiifis ou mi/usiw, est extrêmement rare, et cependant l'activité vitale de ces organes est

<ï72 MALADIES DES MUSCLES.

grande, les vaisseaux et nerfs qui les parcourent sont nombreux. Pour expliquer ce peu de fréquence de l'inflammation avec les conditions organiques en apparence si favorables au développement de cet acte morbide, on a dit que les muscles souffraient moins des excitants extérieurs et ne recevaient que des nerfs du mouvement : ceci prouve qu'on admet le fait de la rareté de l'inflammation sans en trouver une bonne interprétation. Quant à l'inflammation des tendons et des aponévroses, elle est si rare ou si obscure, que de bons esprits ont pu la nier (1). Cependant, en parlant des plaies, on verra que, quand elles sont contuses, quand elles sont exposées à l'air, il y a sur les bouts divisés une surface qui bourgeonne et suppure, il y a enfin l'organisation qui opère les réparations des autres solutions de continuité. Dira-t-on que c'est le tissu cellulaire inter-fîbreux qui conçoit l'inflammation et non le tissu fibreux lui-même? Quoi qu'il en soit, il y a non seulement une inflammation qui gît dans le cordon même du tendon , mais une inflammation qui peut avoir plusieurs formes : ainsi les tendons flottants dans des foyers inflammatoires s'exfolient quelquefois en partie, et sous la portion mortifiée naît une inflammation éliminatrice et toute favorable à la réparation, ou bien le tendon trop enflammé, ou privé complètement de ses rapports avec les vaisseaux environnants, subit une mortification complète. On voit aussi ces deux états des tendons dans une vaste plaie.

Si l'inflammation du tendon est niée, celle de ses gaines principales n'est que trop réelle, et ces inflammations, ces ténosites ne sont pas seulement dues à des causes directes, elles succèdent encore à d'autres phlegmasies quand elles sont répercutées. Ainsi Sidren a constaté la phlegmasie des gaines synoviales appartenant aux tendons du couturier du droit interne du demi-membraneux, et cela après la disparition brusque d'un érysipèle qui avait été causé par l'application intempestive de moyens fortement répercussifs. On a parlé du scorbut (2), de l'abus du mercure comme pouvant produire cette inflammation. Mais les faits k l'appui ne méritent pas un examen sérieux. L'inflammation des gaines tendineuses la plus fréquente est l'inflammation traumatique ou celle qui est née par extension d'une inflammation voisine. Ainsi les plaies delà main, du poignet acquièrent un haut degré de gravité par l'inflammation de ces gaînes, qui ont la funeste propriété d'étendre au loin le foyer inflammatoire , lequel produit si promptement l'inflammation suppurative : or, comme ces gaines sont plus ou moins bridées par des plans aponévrotiques , on comprend tous les dégâts que peut causer une pareille inflammation dans de telles con-

(1) Richet, Annales de chirurgie, t. Xf.

(2) Roch, De hursis tendinum mucosis, 247. Leipsig, 1789,

TENOSYNITE CREPITANTE. (^73

(lilioi)s anatomiqiies. C'est ici surtout que les saignées locales, abondantes, les débridements multiples et la compression bien faite, sont salutaires.

§ 1. — Ténosynite crépitante.

Il y a un premier degré d'inflammation des synoviales qui a été appelé ténosynite crépitante, unguinocèle tendineuse, degré d'inflammation sur lequel Boyer (1) a dit quelques mots, que MM. Velpeau (2), Rognetta (3), Marchai (^i), Poulain (5), ont surtout étudié d'une manière particulière. Cette espèce d'inflammation, à laquelle les paysans de la Gascogne donnent le nom de M , se manifeste dans toutes les parties du corps où les muscles glissent dans une gaîne assez serrée par l'aponévrose d'enveloppe. On la remarque principalement sur les points d'union des fibres musculaires et des fibres tendineuses ; elle est beaucoup plus fréquente à l'avant-bras, où elle a simulé des lésions physiques, et c'est même en parlant des fractures de cette partie du membre supérieur que Boyer dit : « Il est bon d'observer, » relativement à ce dernier signe (la crépitation), que les personnes » qui exercent leurs mains à des travaux pénibles et fatigants sont » sujettes à une affection singulière du tissu cellulaire qui environne )) les muscles long abducteur et court extenseur du pouce, dans la- » quelle ces muscles, devenus un peu plus saillants, font entendre, » lorsqu'on les comprime, un bruit particulier que l'on pourrait con- » fondre avec la crépitation, et que l'on ne peut mieux comparer qu'à » celui que produit l'amidon quand on le presse entre les doigts. » M. Velpeau {loc. cit.) a observé le même phénomène sur le cou-depied. Ce professeur fait remarquer qu'ici les parties étant plus profondes qu'à la main , les phénomènes sont plus difficiles à constater On a observé cette maladie à la jambe. Il est même question d'un cas ou la coulisse bicipitale de l'humérus ayant été ainsi aff"ectéede ténosynite crépitante, on crut à une fracture du col de cet os (Lisfranc) Ce sont toujours des mouvements réitérés et forcés et des travaux fatigants qui produisent ce degré d'inflammation des gaines musculaires aponevrotiques et tendineuses. La fraction inférieure du membre inieneur est moins souvent aff^ectée que la fraction correspondante du membre supérieur, parce qu'à la jambe, les muscles, les tendons sont

(1) Maladies chirurgicales, t. III, p. 0.22.

(2) Traité complet d'anatomie chirurgicale. Paris, 1837, l. II, p. 621. C'est là que M. Velpeau a consigne ses premières idées; il les a ensuite développées dans ses Leçons cliniques chirurgicales, t. III, p. 94 etsuiv.

(3) Gazette médicale, 1834, p. 598,

(4) Tl.èses de Paris, 1839, p. 04.

(3) Thèses de Paris, 183(5.

ir. , .,

07/l MALADIES DES MUSCLES.

moins serrés dans leurs gaines, eL la jambe n'agil pas si souvent que l'avant-bras. Quant à l'influence des mouvements forcés, si la pathologie humaine était insuffisante pour l'établir, on en trouverait une preuve dans cette maladie des chevaux, connue sous le nom de nc^fférure , qui succède aux mouvements violents et répétés que l'on exige de ces animaux dans les courses.

Il suffit d'avoir palpé une fois un avant-bras ainsi affecté pour connaître le principal caractère de cette affection. On perçoit plulôtqu'oii n'entend un bruit semblable à celui d'une masse d'amidon ou une boule de neige qu'on presse. La douleur correspond principalement à l'endroit où se trouve la fin du muscle et sur le muscle, car la partie musculaire qui participe un peu à la phlegmasie est plus seiisible que la partie tendineuse. Il y a une élevure, une espèce de tuméfaction sans changement de couleur à la peau. Les mouvements spontanés, les mouvements communiqués sont douloureux ainsi que la pression. Il faut savoir d'ailleurs qu'au passage de certains forts tendons sur des éminences osseuses il s'opère normalement un bruit qu'il ne faudrait pas confondre avec l'affection que j'étudie ici. Ainsi M. Marchai a très bien fait observer qu'au passage du tendon du grand fessier sur le grand trochanter, il y a un craquement sourd naturel qu'on sent bien avec la main dans la marche [Thèse cit.). Le diagnostic de cette affection, je le répète, est facile : il suffit de l'avoir constatée une fois. D'ailleurs elle est si commune chez les ouvriers, que presque tous les jours on peut en constater des exemples dans les ateliers.

Le repos est le premier et le meilleur traitement; quelquefois des cataplasmes émollients sur la partie enlèvent plutôt la douleur, et tous les symptômes disparaissent dans un espace de dix, quinze ou vingt jours. Cependant, dit Boyer, j'ai vu un malade chez lequel ni les émollients, ni les bains et les douches d'eau sulfureuse, ni les vésicatoires volants, ni les frictions irritantes, n'ont pu dissiper une extension convulsive du tendon du muscle extenseur de la main droite, de sorte qu'il fut obligé d'écrire de la main gauche pour ne pas perdre une place d'employé dans une administration (i).

Hydropisie des cavités closes péri-tendineuses. — Ganglions.

Dans le tome I", j'ai décrit les bourses séreuses sous-cutanées, que j'ai proposé d'appeler cavités closes sous-cutanées. Dans le tableau que j'ai tracé de ces organes particuliers , une colonne est consacrée à celles qui sont normales, une colonne à celles qui sont anormales accidentelles. Il va être question des maladies d'organes qu'on peut aussi

(1) Boyer, Traité des maladies chirurgicales, 5« édit., t. lî, p. fi05.

OANOLIONS. (i75

appeler cavités closes; ce sont des espèces de tumeurs formées par un épancliement dans des bourses ou des games synoviales en rapport avec des tendons. Ici ce sont presque toujours des cavités normales qui se sont développées par l'accumulation de l'humeur qui les lubrifie naturellement avec plus ou moins d'altération, ou bien par l'épanchement ou l'exhalation d'une autre humeur. Ces divers états ont été appelés ganglions, terme qui peut jeter de la confusion dans l'osprit de celui qui n'est pas encore prévenu de cet abus de mots. Je préfère appeler ces tumeurs hydrnpisie des cavités closes péri-tendineuses , parce que j'indique ainsi leur analogie avec les autres sacs de nature séreuse, les cavités closes sous-cutanées, et je fais connaître leur connexion la plus immédiate, la plus importante.

§9 iH|tt»ines et caractères analoniiques. — Le siège de prédilection de ces tumeurs est au poignet, surtout à la face palmaire ; on en trouve beaucoup aussi à la face dorsale. J'en ai vu bon nombre sur le dos du pied, près de son bord interne, et l'on en observe autour de l'articulation tibio-tarsienne, mais bien moins qu'autour de l'articulation radio-carpienne.

Ces corps se manifestent sous la forme de tumeurs indolentes ordinairement petites, sans changement de couleur à la peau et ayant le siège que je viens d'indiquer. Elles diminuent quelquefois de volume; beaucoup plus rarement elles disparaissent si l'on relâche le tendon avec lequel elles sont en rapport ou l'articulation qu'elles avoisinent.

Ces tumeurs se développent avec une grande lenteur : cependant j'en ai observé une, chez une dame, qui parvint rapidement au volume d'une noix. Elle apparut, après une marche forcée ; elle était sur le dos du pied, vers le bord interne. C'est surtout ici que les tumeurs peuvent être douloureuses et gêner une fonction importante; caria marche la compression des chaussures les irritent , et elles sont quelquefois le siège d'une douleur assez vive, que le repos d'ailleurs dissipe promptement. Dans les autres régions, à la main surtout, dans le plus grand nombre des cas, les elièts se bornent à une difformité plus ou moins apparente. Quand du poignet la tumeur s'étend à la paume de la main, selon M. J. Cloquet, la flexion des doigts est impossible, tandis que,' selon S. Cooper, les tendons du fléchisseur étant soulevés par cette tumeur, les doigts sont maintenus fléchis (1).

Le nom de /ajstes hydatiformes que Dupuytren donnait à ces tumeurs indique l'opinion du chirurgien de l'Hôtel-Dieu sur la nature des corps qu'ils renferment quelquefois; il les croyait vivants, malgré ropinion de i\lM. JBosc et Duméril, qui cependant avaient examiné à ime forte loupe les mêmes corps extraits par Dupuytren. M. Rose

1) S. Cooper, Dict. de chirurgie, art. (Ianclfon.

f>'7G MALADIES DES MUSCLES.

pensait que c'étaient probablement des débris de tissu cellulaire graisseux nageant dans de la sérosité. M. Duméril adopta la même opinion ; mais Dupuytren crut les avoir vus se mouvoir , et persista dans cette croyance. Ces corps étant analogues à ceux que l'on rencontre dans les bourses séreuses sous-cutanées, lesquels sont attribués, avec raison, à des débris de fibrine provenant du sang extra vasé par le fait d'une contusion, il est naturel de leur accorder la même origine, ou bien c'est de l'albumine, de la lymphe plastique, et même du pus. En effet, si l'on interroge les malades d'une manière complète , on constatera presque toujours que , sur le point où existe le kyste, une violence a été exercée, à la suite de laquelle est survenue quelquefois une inflammation plus ou moins obscure.

Voici, d'après Dupuytren , les caractères des corps que ces poches contiennent : blanchâtres, opalins, transparents, plissés dans le sens de leur diamètre longitudinal, formant des espèces de poches dont une des extrémités est terminé par un cul-de-sac arrondi, l'autre par une espèce de col de bouteille rétréci en forme de suçoir ; ils sont évidemment composés de lames superposées, et imitent assez exactement des pépins de poire, les uns plus petits, les autres plus gros; tantôt ils sont cylindroïdes, tantôt conoïdes, quelquefois lenticulaires; leur consistance est comme cartilagineuse. Ils passent par plusieurs phases avant de parvenir à leur entier développement. On croit avoir trouvé une cavité dans leur intérieur. Ces corps sont entourés par un kyste mince, lisse, jaunâtre et séreux, contenant de la sérosité transparente. (Dupuytrc-n.)

La présence de ces espèces de corps étrangers dans la cavité close péri-tendineuse donne lieu à un bruissement qui est perçu par la main portée ooiiquement sur elle ou par le stéthoscope. Ce bruissement, entendu un jour, peut disparaître par l'exhalation d'une nouvelle quantité de sérosité au milieu de laquelle les corps étrangers se dérobent. Mais que cette sérosité soit résorbée, alors le bruit de frottejnent revient, et l'on a un véritable rhunclius crepitansredux (1).

J'ai déjà indiqué le siège des kystes. Quand ils passent sous un ligament annulaire, leur forme les a fait comparer à un bissac, car ils présenteni un rétrécissement qui les divise en deux parties plus ou moins éga.es. Quand on presse alternativement sur les deux moitiés (le la poche, le déplacement du liquide et des corps contenus dans le kyste fait entendre cette crépitation, ce bruissement dont j'ai parlé, cette sensation particulière que Dupuytren compare à celle que produiraient des grains de riz demi-cuits qu'on ferait passer alternativement d'une orhe à l'autre, ou bien au bruit d'une chaîne à petits

(1) M iirclial, T/ièse c/<ée, page 80, ^

GANliLlUiV'S. (577

anneaux enveloppée dans une bourse de peau dont on piesserait les chaînons les uns contre les autres à travers les parois de la bourse (1) : c'est là, seloii Dupuytren, le signe patliognoraoniquc. Les tumeurs formées par les amas de ces corps sont ordinairement indolores ; elles prennent fréquemment un volume assez considérable pour gêner, arrêter même les mouvements de l'articulation voisine, ce qui fait qu'U est des ouvriers qui demandent une opération pour en être débarrassés. Mais beaucoup de ganglions, au lieu de contenir ces corps, contiennent de la sérosité seule ou mêlée à du sang, ou bien de la sérosité trouble; ils peuvent enfin renfermer tout ce qui a été trouvé dans les cavités closes sous-cutanées décrites dans le premier volume.

Traitement. — L'expérience a prouvé h Dupuytren que les douches, les bains, les frictions, enfin tous les topiques étaient inutiles quand ces tumeurs étaient réellement enkystées, tandis qu'on pouvait les employer utilement quand le kyste n'existait pas. C'est là une preuve que Dupuytren confondait ces tumeurs avec les cavités closes accidentelles dont j'ai parlé dans le premier volume. Dans les premiers temps, en effet, le kyste n'étant pas formé, et le sang extravasé n'étant pas encore très dénaturé, il est possible d'obtenir la résorption. Donc, quand il y a kyste, il faut, si l'on veut obtenir la guérison, l'ouvrir, le vider, et faire suppm-er les parois. Cette opération, de laveu de Dupuytren, est dangereuse; car plusieurs malades opérés par lui ont éprouvé de graves accidents, quelques-uns ont succombé à une inflammation qui s'est propagée à la main et à l'avant-bras (2j.

On a vainement tenté tous les topiques possibles, astringents, fondants, et sous toutes les formes ; quelquefois on a vu diminuer ces tumeurs pendant l'emploi de ces moyens, on a constaté qu elles devenaient plus molles ; mais est-ce bien sous l'influence de ces modificateurs, ou bien n'était-ce qu'une coïncidence? Quoi qu" lien soit, on n'a jamais pu faire disparaître complètement une de ces tumeurs'par des topiques.

La compressio7i a été employée de diverses manières, d'abord lente, graduée, par des machines plus ou moins simples, par des lames de l)lomb, par des pièces de jnonnaie. Ce mode de compression a rarement réussi ; il présente donc peu de chances pour la guérison radicale. On a aussi comprimé assez brusquement et assez fortement pour écrastu- la tumeur : c'est le procédé de Vécrasement. Pour l'exécuter, il faut que la partie malade soit sur un plan solide, comme une table,' une commode; alors avec les deux pouces, ou un cachet de bureau garni de linge, ou avec la pelote des compresseurs des artères, on comprime assez énergiquement la tumeur pour forcer le liquide à

(1) Loc. cit.

(2) Leçons orales de clinique chirurgicale, l. Jll.

678 MALADIES DKS MUSCLES.

rompre la poche qui l'emprisonne. Ce liquide, qui esl de la synovie plus ou moins épaisse, se répand dans le tissu cellulaire des environs, où il est facilement résorbé.

Mais quelquefois la poche est assez forte et résiste à tous les efforts; pour l'écraser, il faudrait compromettre la région : alors on se décide quelquefois à l'ouvrir ; mais on devra le faire de manière qu'il n'existe pas de parallélisme entre la plaie de la peau et l'ouverture de la ])oche. Pour cela, on tirera fortement la peau de côté, et l'on fera avec le bistouri une ponction sur la tumeur ; à peine est-elle achevée qu'on laisse la peau revenir sur elle-même. Il en résulte que d'abord il sort un peu de synovie, et que le reste se répand dans le tissu cellulaire environnant. La petite plaie est recouverte d'un emplâtre de diachylon ; la compression est ensuite exercée à la manière ordinaire. M. Bégin, qui a décrit et suivi ce procédé, ajoute : Aucun accident ne se développe, parce que l'air n'a pas plus pénétré dans la cavité morbide que si l'écrasement avait eu lieu sous les téguments laissés intacts (1).

D'ailleurs ce sont ici les mêmes opérations que pour les cavités closes sous-cutanées. Je dirai de la simple incision, qu'on a soumise ensuite aux irrigations froides , que cette opération a souvent réussi à A. Bérard.

Les procédés sérieux sont : l'écrasement et l'incision sous-cutanée. De ces deux procédés , le premier est avec division du kyste, sans division de la peau; l'autre est avec division du kyste et avec division de la peau ; mais les deux ouvertures n'étant pas parallèles , quand on vide la tumeur le contenu va dans le tissu cellulaire sous-cutané comme après l'écrasement. Ces deux procédés sont sujets à récidive. La ponction , même sous-cutanée , peut vider la tumeur quand on la presse au moment oi^i la pi(iûre de la peau est vis-à-vis celle du kyste, c'est-à-dire au moment où l'on a rapproché la peau d'un des côtés de la tumeur. Ce procédé n'assure pas davantage la cure radicale. Quant à l'injection iodée, dans le plus grand nombre des cas, même selon M. Velpeau, elle ne peut convenir, car la poche peut être plus ou moins complètement cloisonnée ; elle peut contenir une matière plus ou moins épaisse, et les corps que j'ai décrits; de plus, la poche peut être petite, aplatie, ne passe prêter à l'action du trois-quarts. L'excision partielle peut convenir dans des cas très exceptionnels ; le séton, jamais. C'est par l'écrasement et la ponction sous-cutanée qu'il faut conmiencer , et en venir à l'incision avec pansement à plat en cas de récidive.

(1) Nouveaux élémenls de chlruryig el de médecjic opçraloirc. Taris , 1838 , t. H, 2° partie,

RÉTRACTIONS MUSCULAIRES.

Rétractions musculaires ('I).

Causes. — En parlant des déviations en général, tome I", pages 206 et suivantes, j'ai indiqué la part du système nerveux central et périphérique dans les rétractions musculaires. J'ai prouvé que Béclard, Delpech, Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire , etc., avaient parfaitement compris le rôle que jouaient ici les foyers et les conducteurs de la vie. Je n'ai pas à revenir sur cette partie de l'étiologie.

Les causes qui agissent directement sur les muscles peuvent, en général, se rapporter à l'irritation et à la position, deux conditions qui coexistent le plus souvent. L'irritation qui produit la rétraction naît elle-même sous des influences diverses : ainsi la flexion permanente des doigts après un bandage très serré, comme l'a vu M. Doubovitski à la suite d'une fracture du coude dont il était atteint (2). Chez ce chirurgien russe, le raccourcissement s'est établi de la manière suivante : à la levée de l'appareil, les doigts avaient encore leur attitude naturelle , et ils ne l'ont perdue qu'après que l'engorgement du membre s'est dissipé , comme si , mécaniquement retenus dans leur gaîne par le gonflement du tissu cellulaire induré , les muscles n'eussent attendu que leur liberté pour se rétracter.

Sur quelques points du système fibreux , l'effet de la compression répétée est plus manifeste, plus fréquent; je dirai, plus tard, que c'est la cause ordinaire de la rétraction de l'aponévrose palmaire. Il est vrai qu'alors elle se combine avec la position ; mais, en faisant la part de ces deux influences, on trouve des cas où, si la première n'agit pas seule, elle est plus puissante que l'autre. Ainsi ce sont des ouvriers qui appuient fortement la main sur l'instrument de leur rude métier, comme les mariniers sur la rame, les laboureurs sur la charrue, les serruriers sur la lime. On a dit qu'une pression violente et instantanée peut quelquefois être suivie des mêmes effets qu'une pression moins énergique , mais habituelle.

L'inflammation qui vient du voisinage aux tissus musculaire et fibreux, ou celle qui s'en empare primitivement, cette inflammation peut produire la rétraction. M. Gerdy a signalé celle qui succède au phlegmon diflus : ce professeur a publié le premier fait important de rétraction phlegmasique d'une aponévrose. Le rhumatisme iigure souvent ici, et fait généralement sentir son action à la fois sur les tissus musculaire et fibreux. Dans les arthrites et les tumeurs blan-

(1) A rarliclc Névrose de ce chapitre, j'ai dit ce que j'entendais par rélrac» lion , et la différence que je taisais cnlre celle lésion et la contracture. '2i Annales de cliirurgie. Paris, 18ÎI , t. I, p. 129.

MALADIES DES MUSCLKS.

ches, la flexion involontaire des memljres est très subordonnée à cette rétraction des tissus fibreux.

La syphilis se porte sur les muscles , et s'y manifeste à la manière du rhumatisme dans ses formes tardives. On lit dans Petit-Radel : « Les douleurs que cause le rhumatisme syphilitique sont assez violentes, quand elles sévissent longtemps sur les muscles, pour produire dans les muscles une rétraction rebelle à la guérison (1). » M. Chomel a écrit que « la contraction succède souvent au rhumatisme, aux névralgies, aux convulsions , à la syphilis, etc. (2). » « Le mal vénérien, dit M. Lagneau , donne lieu , en se portant sur les muscles des membres, à des phlegmasies chroniques de ces organes, qui déterminent des flexions permanentes désignées sous le nom de contracture syphilitique, accident rare de nos jours.» J'ai observé une rétraction du biceps par cette cause. Il y avait plusieurs nodus dans le corps du muscle; l'avant-bras était fortement fléchi sur le bras-, et le tendon du biceps extrêmement saillant. M. Ricord a observé un sujet qui, dix ans après l'apparition d'un chancre induré , fut pris de douleurs ostéocopes nocturnes et de rétraction musculaire des fléchisseurs de l'avantbras gauche. Depuis six mois l'avant-bras demeurait fléchi à angle droit sur le bras, et l'extension était complètement impossible, lorsque cet homme se présenta chez M. Ricord. Ce chirurgien conseilla l'usage de l'iodure de potassium , et après cinq semaines de ce traitement la guérison était complète (3).

La position, comme cause, agit par l'habitude de fermer étroitement la main sur l'instrument même léger de son travail , comme les cochers qui tiennent continuellement le fouet et les rênes , etc. Mais quant à la rétraction de l'aponévrose palmaire , la position vient bien après la compression. Aux orteils, la compression d'une chaussure trop étroite se lie à la position d'une manière particulière pour produire la rétraction. On dit que les Chinois fixent dans une flexion forcée les orteils de leurs petites filles, parce que, cette difformité devenue permanente par une longue compression , la marche est presque impossible ; elles ne peuvent alors se livrer à des excursions illicites (U). Une maladie , un traitement peuvent obliger une partie à garder pendant longtemps la même position ; de là des rétractions. Que le jnembre soit longtemps dans la flexion ou dans l'extension , sa roideur n'a pas une autre origine que la rétraction des tissus musculaire et fibreux.

(1) Petit-Radel , Cours des maladies syphilitiques , 1812, p. 12.

(2) Dictionnaire des termes de médecine. Paris, 1828, t. II.

(3) Gazette des hôpitaux, 2' série, t. IV, 18'42.

(4) Voyez M orel-La vallée. Des rétractions accidentelles des membres {Annales de la chirurgie, t. XIH , p. 257 et suiv.). Cet arlicle Rétractions doit beaucoup au travail de ce chirurgien.

RÉTKACTIONS MUSCULAIllES. 681

Ainsi la jambe , à la levée d'un appareil qui l'a tenue très longtemps dans la rectitude , ne peut pas toujours être pliée , et quelquefois on ne peut l'allonger quand elle est restée fléchie pendant le traitement.

Toutes les lésions des membres qui persistent longtemps peuvent amener des rétractions ; mais les luxations accidentelles non réduites et les luxations symptomatiques ont une action toute spéciale : l'extrémité osseuse déplace certains muscles qu'elle raccourcit en les infléchissant en même temps que les antagonistes peuvent être relâchés par le rapprochement de leurs deux attaches.

Un coup d'œil sur l'ensemble de l'étiologie fait voir que le raccourcissement des parties molles est tantôt primitif, tantôt consécutif à l'attitude vicieuse du membre : 1° Ainsi, quand la rétraction musculaire a sa source dans un trouble du système nerveux central , que se passe-t-il et comment s'établit- elle ? L'équilibre se rompt entre certains groupes de muscles, et le membre obéit aux plus forts. Cette prédominance d'action se manifeste d'abord par des spasmes, des convulsions, de la contracture, telle que je l'ai définie au commencement. Si, localisés dans certains muscles congénères , ces accidents se répètent et se prolongent, la partie conservera de plus en plus la situation qui lui est imprimée. Telle est l'origine de la plupart des pieds bots et de beaucoup d'autres difformités. Lorsque la rétraction s'opère par la paralysie ou la section des antagonistes, les muscles restés sains entraînent d'abord le membre par leur élasticité physique , leur contraction. De là encore une déviation. L'inflammation, certaines formes d'irritation amènent, par des changements intérieurs encore insaisissables, le raccourcissement du tissu que suivent dans son retrait les parties mobiles auxquelles il se fixe. C'est ainsi que se produit la main-bot par le retrait de l'aponévrose palmaire.

2° Quand le raccourcissement des tissus musculaire et fibreux est consécutif, au lieu de produire l'attitude vicieuse , ce raccourcissement lui succède , mais la rend permanente. Ainsi , dans la demi-flexion du genou longtemps prolongée pour une fracture du fémur, les ligaments, les gahies tendineuses et surtout les muscles relâchés, vont se rétracter et s'opposeront plus tard à l'extension de la jointure; ils fixeront ainsi une position qu'ils ont trouvée toute faite. La même chose a lieu pour un membre courbé par le rachitisme; les muscles qui représentent la corde de l'arc par leur situation dans sa concavité se raccourcissent en proportion du rapprochement de leurs attaches.

Quand la déviation est à peine efiectuée par les muscles ou par une force qui leur est étrangère, leur raccourcissement n'est pas définitif; ils se sont plissés par contracture ou par leur élasticité et leur contraction vitale lente , ils seraient susceptibles d'un relâchement physiologique. Mais tôt ou tard il s'établit au sein des muscles un travail

intérieur, un mouvement dénutrition qui renouvelle, surplace, toutes leui's molécules , et relïiit des muscles ap^oropriés à la distance accidentellement diminuée de leurs insertions. C'estune véritable atrophie en longueur, un raccourcissement organique, lequel continue un raccourcissement d'abord purement dynamique.

Sàége. — Les rétractions se manifestent de préférence à l'extrémité des membres, et deviennent d'autant plus rares qu'on remonte vers le tronc. C'est donc au pied et h la main qu'on les rencontre le plus souvent : au pied, ce sont les rétractions congéniales ; aux mains, les rétractions accidentelles qu'on rencontre le plus souvent. Dans ces deux organes qui se correspondent, rétraction des doigts et des orteils, du poignet et du cou-de-pied, par tes muscles, par les aponévroses normales, par des brides sous-cutanées et par des cicatrices vicieuses, tout s'y rencontre presque à un égal degré de fréquence.

Après le pied et la main , viennent le genou et le coude; le genou d'abord, surtout sous le rapport des rétractions musculaires et fibreuses qui ont leur point de départ dans les maladies de cette articulation.

i^yiiilitoEBtes. — La rétraction ayant son point de départ, pour les muscles, dans une affection du système nerveux, pour les muscles et le tissu fibreux, dans une lésion directe ou indirecte, mais violente, de ces organes eux-mêmes, plaies,, inflammation ou irritation par extension , cette rétraction s'annonce vite. Les symptômes sont alors combinés avec ceux, plus ou moins nombreux, que présente encore la maladie qui cause la rétraction. Ainsi, dans les cas de blessures, de suppurations des membres, il y a en même temps gonflement, empâte- ' ment, etc. , des parties ambiantes. Mais une fois le fort del'inllarama- ^ tion passé, la rétraction se dégage de ces complications pour se montrer avec ses seuls caractères. La rétraction, qui est une conséquence de la position, d'une compression modérée, ou d'autres influences aussi ! peu énergiques, s'établit par degrés ménagés, et se présente avec des symptômes qui n'appartiennent qu'à elle. Quel que soit le début, ces symptômes sont les mêmes ou ne varient guère que par leur intensité. Ils sont locaux et fonctionnels.

La rétraction n'est pas douloureuse , quand elle est ancienne. La rétraction syphilitique fait exception ; elle est quelquefois avec douleurs vives augmentant pendant la nuit, comme les véritables douleurs ostéocopes.

L'organe rétracté a une rigidité , une dureté et forme un relief qui dessine, en général, plus ou moins nettement sa situation et sa forme. A la paume de la main, les tendons fléchisseurs ou les bandelettes aponévrotiques soulèvent la peau comme des cordes tendues. Ce relief est beaucoup moins marqué dans d'autres régions, mémo à

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la plante du pied ; il est moins prononcé surtout quand la rétraction est dans le sens de l'extension, à moins que l'os ne dépasse beaucoup, en ce sens, l'axe de la partie, comme aux orteils. Il y a plus, le relief naturel peut s'etfacer en partie : ainsi le relief naturel du tendon d'Achille s'efface en proportion du raccourcissement, parce que, à mesure qu'il augmente, l'extrémité du calcanéum, en s'élevant, rapproche du tibia l'insertion inférieure de la corde.

L'organe raccourci attire cà lui la partie mobile, à laquelle il s'attache directement ou par l'intermédiaire d'un autre tissu. Il se forme un angle , figure qui répond à la grande majorité des faits , soit que le mal ait son siège du côté de la flexion , ou latéralement. Cet angle tend même à s'établir du côté de l'extension, quand elle dépasse l'axe du membre par un renversement, par une flexion en sens inverse de la flexion ordinaire. Mais, en général , au lieu d'atteindre cette limite, le raccourcissement s'arrête au point de fixer dans la rectitude les deux os d'une articulation.

A mesure que le tissu rétracté ramène la partie dans le sens de l'un de ses mouvements naturels, il borne le mouvement opposé. Cet effet peut aller depuis un degré à peine sensible jusqu'à ce qu'il devienne physiquement impossible par la rencontre d'un obstacle insurmontable; depuis un commencement de flexion des doigts jusqu'à l'enfoncement des ongles dans la peau ulcérée de la main ; depuis le simple abaissement de la pointe des orteils jusqu'à un enroulement tel que le malade marche sur le dos du pied; ou depuis la demi-flexion du genou jusqu'au contact du talon avec la fesse. Entre ces deux extrêmes ce sont les nuances intermédiaires qui font la règle. C'est sur les côtés et dans le sens de l'extension (excepté au cou-de-pied) que la lésion se montre en général dans ses plus petites proportions (1). 11 y a des rétractions composées dont on trouve des types dans le pied bot, qui sera étudié plus tard.

D'après M. Gerdy, en général, les muscles qui ont l'habitude de se contracter ensemble se rétractent primitivement ou consécutivement ensemble. D'après M. Bonnet, ce sont ceux qui reçoivent leurs nerfs du même cordon. Il y a de véritables déviations où le membre est entraîné dans une direction anormale, par exemple, sur le côté, et cela pour des articulations qui sont naturellement dépourvues de mouvements de latéralité. Arrivent enlin la déformation des os, leurs luxations plus ou moins complètes , leurs fausses articulations , et l'émaciation du membre mis presque ou entièrement hors de service.

Comme M. Gerdy, je rapporterai les diverses altérations de mouvements à trois degrés. Au premier degré, la partie est à peine déformée

,1) Morcl-Lavallée, Ànnale$ dv la chirurgie, l. Xlil , p. 257.

etréteuduedesniouvementsseulementunpeudiminuée ; au deuxième, l'articulation est angulairement fléchie et la mobilité réduite de moitié; au troisième enfin, difformité extrême et immobilité. Dans les premiers degrés la maladie se dissipe souvent d'elle-même, par exemple aux doigts quand on cesse les travaux manuels. Sous l'influence d'une inflammation ou d'une irritation locale, comme après l'érysipèle et le phlegmon diff"us, ainsi qu'aux tissus voisins d'une jointure tenue un certain temps dans l'immobilité, soit pour une de ses propres affections, soit pour une fracture, etc., la rétraction disparaît avec la lésion dont elle était la conséquence. Les rétractions qui succèdent à des convulsions purement nerveuses, hystériques par exemple, guérissent aussi en général d'elles-même. Un traitement bien dirigé faciUte considérablement ces terminaisons heureuses.

Aiiatomie palliolo^ique. — A l'atrophie qui est, pour ainsi dire, selon la longueur, s'ajoute bientôt celle en épaisseur : le tissu charnu se réduit de plus en plus, et le renflement du muscle finit par s'effacer : ainsi, dans le pied équin, le mollet disparaît, la fibre est pâle, blanchâtre; elle s'infiltre de graisse, ou, si l'on veut, elle dégénère en tissu graisseux ; mais quant à l'état fibreux, elle n'y passe jamais. Ce qui a pu tromper J.-L. Petit, c'est un examen superficiel autant que l'état encore peu avancé de l'anatomie pathologique. 'La diminution, la pauvreté de la partie charnue du muscle, font ressortir sa partie fibreuse ou font croire à son augmentation ; la fibre blanche tend à faire relief et semble empiéter sur la fibre rouge, qui, ayant perdu de sa rougeur, se rapproche par là même de la première.

Je viens de dire que pour les muscles, il y avait atrophie en tous sens; pour les aponévroses, au contraire, il y a atrophie et hypertrophie : atrophie en longueur et hypertrophie en épaisseur.

On n'a encore bien étudié que les altérations de l'aponévrose palmaire; elles sont d'ailleurs les plus communes. Elles seront décrites quand il sera question des difformités de la main.

1° État des parties le plus en rapport avec la rétraction. — Dans les muscles il semble que la vie se soit retirée du membre avec le mouvement. Les antagonistes des muscles rétractés sont allongés et amincis ; ils deviennent pâles et arrivent aussi jusqu'à la dégénérescence graisseuse.

Les altérations des tissus albuginés sont à peine reconnaissables ; le volume du tendon, resté le même, l'emporte (Quelquefois sur celui des muscles : ainsi le mollet se trouve si grêle par rapport au tendon, qu'on a pu dire, mais avec un peu d'exagération, qu'il était renversé, transporté au bas de la jambe, dans le pied bot.

Les veines n'offrent pas de changements appréciables. Les artères

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diminuent de calibre et conservent leur longueur ; elles ne se raccourcissent point avec les parties au sein desquelles elles sont situées ; elles peuvent subir, en s'infléchissant, divers déplacements.

Les nerfs ne s'atrophient qu'en longueur, pour s'accommoder au raccourcissement de la ligne de leur trajet. Ils gardent leur direction et leur volume.

Quant aux os, ils subissent des modifications très importantes. Ils se déplacent et se déforment, parce que les tractions qu'ils éprouvent les inclinent et les compriment dans des points qui n'étaient pas destinés à l'être à ce degré. Les os courts s'aplatissent du côté de la jointure où porte la compression ; ils s'écartent de l'autre côté, et tendent à s'échappera la manière d'un coin pressé par le sommet. C'est ainsi que s'opèrent dans le pied bot les demi-luxations et les luxations de certains os du tarse. Si une articulation normale est détruite, annulée, il s'en crée accidentellement une autre. Là où, par suite de ces déplacements, les cartilages et les synoviales deviennent libres, ils s'effacent par absorption et il s'en produit d'autres aux nouveaux points de contact des os. La déviation, par son ancienneté, son exagération, peut aller jusqu'à rendre les os méconnaissables : alors, même sans luxation, il peut résulter d'un ensemble de déformations partielles une difformité considérable. Les os longs sont moins altérés, ou simplement entraînés dans le sens de la rétraction.

Les altérations osseuses que je signale ici sont les plus exagérées ; elles s'arrêtent souvent plus ou moins près de leur début, et ne s'en éloignent jamais beaucoup que dans les rétractions musculaires directes, sous la dépendance du système nerveux. Dans les autres cas, ces lésions peuvent être légères et souvent nulles, comme à la main et dans toutes les rétractions qui n'ont pas une notable durée.

Uin^iiostic. — Je commencerai par opposer, comme une seule affection, les difformités articulaires produites par les parties molles à celles qui ont leur cause dans les parties dures. Des deux côtés, plusieurs cas presque sans analogie s'éliminent d'eux-mêmes : ainsi du côté des tissus musculaires et fibreux, toutes les rétractions qui n'ont pas leur point de départ dans une jointure, c'est-à-dire toutes celles qui dépendent de la perturbation de l'influx nerveux, d'une altération directe des muscles, du tissu cellulaire ou aponévrotique, par la compression, par les plaies, etc.; du côté des os, les jetées calcaires qui les réunissent de manière à abolir entièrement les mouvements, ce qui ne permet pas de confondre ces ankyloses avec les rétractions où l'étendue des mouvements est seulement plus ou moins diminuée. Le seul cas qui présente quelque difficulté est celui où, à la suite d'une affection ancienne, une articulation a perdu de sa mobililé. Des végétations osseuses développées autour de la jointure ou la rétraction des

tissus musculaii'O et fibreux peuvent alors dire également soupçonnées, surtout après le rhumatisme, qui détermine, à peu près avec la môme fréquence, ces deux ordres de lésions. « Mais chacun d'eux, dit M. Morel, se révèle à l'extérieur par un caractère en rapport avec la nature : le premier par des saillies osseuses anormales au pourtour de l'article, le second par la tension du tissu rétracté. Ces deux signes différentiels sont aisément appréciables quand leur siège anatomique est superficiel. Au contraire, se dérobent-ils au toucher par la profondeur des tissus qui les fourniraient, des bourrelets osseux ou des mus- • des, des aponévroses, des ligaments, voici une donnée qui nous a été très utile dans un cas douteux, dont nous avons fait l'autopsie et conservé la pièce : quand on essaie de ramener par un effort un peu brusque la partie à son attitude naturelle, on peut être arrêté tout à coup par un choc très sensible au toucher, et trop net, trop sec pour être dû aux parties molles, d'ailleurs alors modérément tendues. Un autre signe de l'ankylose osseuse incomplète, c'est qu'il est rare que le travail morbide qui a déformé les surfaces articulaires ou leur pourtour n'ait borné la mobilité que dans un sens ; elle est presque toujours simultanément diminuée dans celui même où le membre est ramené. Ce double caractère, le choc et la limite du mouvement à la fois dans la flexion et dans l'extension, existait chez notre malade. A la suite d'une arthrite rhumatismale, le coude du côté droit était resté dans une demi- flexion permanente. Soit qu'on voulût le plier ou l'allonger, on était brusquement arrêté par le choc sec dont il a été fluestion. Le sujet succomba au progrès inévitable de la phthisie qui l'avait amené dans le service de M. le professeur Duméril. J'examinai le coude : il présenta aux deux os un bourrelet périphérique empiétant sur les surfaces articulaires qui se trouvaient ainsi rélrécies en avant comme en arrière. Dans la rétraction proprement dite, il y a IVien un arrêt invincible de la partie qu'on essaie de redresser ; mais il est moins brusque, sans choc et avec tension des tissus qui la produisent, tension évidente s'ils sont superficiels. Et dans la rétraction, à moins qu'elle n'ait elle-même entraîné le membre jusqu'aux dernières limites de ses mouvements, comme les doigts contre la paume de la main, le ])ie(l contre la face antérieure de la jambe, etc., on peut physiologiqucment compléter celui qu'elle a commencé, porter jusqu'au contact de la cuisse la jambe rétractée dans la demi-flexion : il n'y a que le mouvement inverse dans l'exemple cité, l'extension, qui soit empêché. A la main et au pied, on peut tirer parti de l'état de la mobilité de l'articulation supérieure dans le sens opposé à celui de la rétraction. Ainsi, la seconde phalange olîre-t-elle une flexion permanente , si la première s'étend facilement sur le métacarpe, l'aponévrose palmaire et les tendons fléchis.seurs sont étrangers à la diffor-

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niit(; ; vous n'avpz plus à choisir qu'entre U'ois choses : les brides de M. Goyrand, éloudues d'une phalange à l'autre, le raccourcissement des ligaments latéraux favorablement situés pour opérer ce résultat, et l'altération des os. Les brides n'existent pas, en général, indépendamment du raccourcissement de l'aponévrose palmaire ; et le choc sec, s'il peut être sensible entre des os si petits, ou la déformation de la jointure, ferait éliminer la lésion des ligaments, qui serait au contraire probable si ces deux signes manquaient.

« Lorsqu'il y a en même temps ankylose incomplète et rétraction, les signes de ces deux espèces de lésions se mêlent en s'obscurcissant pour la plupart. 11 n'y a guère que les végétations osseuses périphériques dont la perception ne soit pas devenue plus difficile. L'obstacle que les os opposent nu mouvement empêche d'apprécier par le redressement des membres le degré et môme l'existence de la rétraction, et la rétraction, en bornant la motilité, tend à rendre le choc osseux moins sensible ou nul. Cependant, en relâchant autant que possible, parla position de la jointure voisine, le tissu raccourci, les muscles du jarret par une forte extension de la cuisse, etc., on obtiendrait peutêtre ce dernier renseignement. Au point de vue du traitement, cequ'il y a de plus essentiel, c'est d'établir si la rétraction bien constatée se complique ou non d'une altération prononcée de l'articulation, etl'on y parviendra d'ordinaire facilement, en appréciant convenablement la valeur des signes plus ou moins nombreux, plus ou moins marqués qui se trouveront réunis (1). »

Le diagnostic différentiel delà rétraction musculaire et de la rétraction fibreuse mérite la plus grande attention, parce qu'il peut servir de base thérapeutique. Je ne me servirai pour termes de comparaison que des cas qui ont quelque durée, quelque gravité.

Il Y a une rétraction musculaire qui devrait ne pouvoir être confondue avec aucune autre : c'est celle qui est symplomatique d'une maladie de l'encéphale. Cependant chez les enfants elle peut échapper au début, surtout s'ils ne marchent pas encore. Ainsi une affection convulsive se déclare et guérit; elle laisse un pied équin, dont la noun-ice ne s'aperçoit que six mois après son apparition, par exemple la prennèrc fois qu'elle essaie de faire appuyer les pieds de l'enfant sur le sol.

La rétraction qui tient à une lésion des nerfs repond si exactement à leur distribution, que cette circonstance, jointe à la lésion primitive du cordon conducteur, fait éviter l'erreur.

La rétraction qui est indirectement déterminée par la paralysie ou par la section des antagonistes est facile à reconnaître.

(1) Mémoire cilé.

La rétraclion des aponévroses se reconnaît à des brides qui se dessinent on se sentent à travers la peau dans une direction et dans une disposition qui ne sont pas celles des muscles de la région. I

Mais quand les aponévroses et les muscles ont des dispositions analogues, l'erreur est facile : c'est ainsi qu'on a confondu les rétractions des muscles de leurs gaines, comme cela arrive à la main et au pied. Dans les deux cas, la tension, la forme de l'organe raccourci, la douleur sous l'effort des tractions, sont les mêmes; la cause, le rhumatisme, je suppose, est également favorable aux deux hypothèses. Comment l'ésoudre la difficulté? D'abord les tissus musculaires et fibreux offrent une différence générale dans la manière de résister aux tentatives de redressement. Au même point de rétraction, le premier se prête à un allongement que le second ne supporterait jamais sans rupture. Ainsi, une demi-flexion permanente de la jambe s'effacerait-elle, en quelques minutes, presque entièrement sans une vive douleur et un grave désordre , si elle était produite par le raccourcissement du moins élastique des tissus? S'il est des cas où ce signe est peu marqué ou à peine sensible, ils en limitent la valeur sans la détruire. Le tissu fiibreux ne cède qu'en se déchirant : témoin les petits craquements multipliés dont il devient alors le siège.

Quand on veut ramener le membre à sa direction naturelle, l'organe qui s'y oppose se tend dans toute sa longueur. Le ventre des muscles dont les tendons sont parallèles aux bandelettes aponévrotiques restet-il mou , ils sont évidemment étrangers à la rétraction. Au contraire, la partie charnue des muscles se durcit-elle, ce caractère n'a plus une signification aussi nette : il n'indique pas d'une manière certaine que c'est sur ces organes que porte le raccourcissement, et voici pourquoi: : la douleur déterminée dans le tissu fibreux par les tractions pourrait provoquer la contraction instinctive des muscles, dont l'état serait d'ailleurs parfaitement normal. Pour éviter cette synergie insidieuse et obtenir d'utiles renseignements de la consistance physiologique des muscles, il faut l'interroger avec réserve, procéder doucement au redressement de la partie. L'état de ceux de l'avant-bras, par exemple, est d'un grand secours dans le diagnostic différentiel de la rétraction des doigts. On a su en tirer parti, même dans le cas qui semble le moins s'y 'prêter, quand l'aponévrose rétractée recouvre le ventre du muscle dont le raccourcissement pourrait être confondu avec le sien. L'aponévrose antibrachiale, par ses connexions avec la palmaire, opérait par cet intermédiaire la flexion du doigt et du poignet (1).

Pronostic. — Il dépend des causes des rétractions, de leurs degrés, de leur ancienneté , de leurs complications et de leur siège.

(1) Morel-Lavallée, Annales de chirurgie, t. XIII. — Gerdy, iîé«rac/«re des tissus albuijinés ( Bulletin de l'Académie de médecine, 1844, t. IX, p. 7(56).

LÉSIONS ORGANIQUES. (Jgg

Les rétractions musculaires et fibreuses causées par une irritation locale ou provenant de la position sont peu graves, surtout si elles sont récentes. Les rétractions qui ont leur source dans une lésion du système nerveux central ou périphérique sont plus graves quand elles sont directes; elles peuvent être même incurables , lorsqu'elles sont la conséquence de la paralysie des antagonistes.

Le degré et l'ancienneté sont deux points qui se lient dans le pro-; nostic, et quand, par le temps, les surfaces articulaires sont déformées , et tous les tissus atrophiés et habitués à leur état de raccourcissement, alors les inconvénients de l'hifirmité sont plus grands, les chances de guérison moindres, et l'on conçoit comment des compila cations diverses peuvent encore les diminuer.

Traitement. — Quand il a été question des rétractions en général, et de leur traitement ( 1. 1 , p. 230), j'ai cité la phrase de Delpech, qui blâme une thérapeutique identique pour toutes les déviations. Ce que j'ai dit alors des considérations étiologiques qui doivent faire la base du traitement s'applique parfaitement aux rétractions ; je n'ai pas à le répéter ici. J'ai encore moins à exposer la thérapeutique médicale et les règles d'hygiène qui conviennent aux rétractions. Je parlerai, à la fin de cette section , de l'orthopédie et de la médecine opératoire applicables aux rétractions dont je viens de traiter : là sera leur véritable traitement.

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