‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 3)Chapitre 285 sur 302 · CHAPITRE lïl · texte numérisé non relu

CHAPITRE lïl

Les anciens avaient confondu cette classe de maladies sous le nom loupes ; je les diviserai en trois catégories : les kystes, les anévrisimes, les cancers.

. ARTICLE l«^

Kystes du crâne.

Ces tumeurs, trouvant une résistance de la part du cuir chevelu et (du plan osseux, acquièrent difficilement un grand volume, et revêlent lUne forme plus ou moins aplatie ; d'où les noms de lovine^ testudo, ou taupe, talpa; noms consacrés par les anciens et peu usités de nos jours. Selon quelques chirurgiens, la première forme appartiendrait à un mélange de l'athérome et du mélicéris ; elle adhérerait quelquefois au péricrâne, elle dégénérerait plus facilement, et coraphquerait la carie. Ceci prouve qu'on a souvent confondu avec ces tumeurs des maladies primitives de l'os ou de son périoste. La taupe est plus particulièrement attribuée à une maladie des cryptes du cuir chevelu (voyez Maladies de la peau, et les généralités sur les kystes, t. I"); elle est plus ferme que la première; la matière qu'elle contient est épaisse, pultacée, jaunâtre. Elle dégénère rarement ; elle s'enflamme, suppure longuement ; mais il est très rare que le périoste et l'os s'altèrent par son voisinage.

On a trouvé dans les enveloppes extérieures du crâne la plupart des kystes, depuis le stéatome le plus épais, \e mélicéris le moins liquide, jusqu'au kyste tout à fait séreux. Je viens d'enlever un de ces kystes a la mère d'une garde-malade : la tumeur était comme une noix ; elle n'était pas aplatie, elle était transparente, non réductible. Je fis une simple incision ; après avoir vidé le kyste d'une sérosité limpide, je le remplis de charpie; il a suppuré et s'est efiacé. Cette tumeur était au sommet de la tète, un peu ii gauche, et sur ce point il n'y avait pas eu (le pressions continues et point de coups portés. J'ai opéré d'un kyste gros comme la tête d'un enfant de six mois, la femme d'un chaudronnier, rue Saint-Jacques, près de mon hôpital : eetle poche renfermait une grande quantité d'un liquide couleur café au lait un peu foncé, avec des grumeaux de même coulein". Après l'évacuation do celte

MALADIES ni; f.RANE.

humeur j'ai réuni immédiatement, et la guérison a eu lieu sans suppuration.

Les tumeurs enkystées du crâne sont, en général, multiples; elles se développent lentement, ne causent aucune douleur ; elles sont de la consistance d'une pâte ferme, douces au toucher, et non réductibles; la peau ne paraît pas altérée ; mais elle est dégarnie de cheveux. Ce phénomène est-il dû à l'écartement ou à la destruction des bulbes ? Je n'en sais rien.

Les kystes du crâne n'exposent à aucun danger réel : cependant ils s'enflamment facilement par les froissements de la coiffure, les égratignures des peignes; ils gênent beaucoup quand ils deviennent volumineux. Or donc, quand le malade demandera à en être débarrassé/ c'est l'extirpation qu'il faut préférer.

Quand la tumeur est au front, on fera l'incision selon la direction des plis du cuir chevelu. Dupuytren ouvrait le kyste, le vidait et en faisait ensuite l'extraction. Je crois qu'il est plus facile de disséquer la tumeur quand le kyste n'est pas encore ouvert , car alors il est plus facile détendre les liens qui la font adhérer aux tissus environnants; mais il n'est pas toujours possible d'exécuter ce procédé. Ainsi chez la dernière femme que je viens de citer, je voulus disséquer tout le kyste et l'enlever entier ; mais je l'ouvris sans le vouloir, et le liquide jaillit sur le visage de mes aides.

Anévrismes du crâne.

Les dégénérescences des vaisseaux du crâne peuvent donner lieu a des anévrismes qui ne sont pas toujours d'un diagnostic facile, surtout quand ils correspondent sur un point du crâne garni d'une certaine quantité de parties molles ; ainsi à la région temporale. Krimer parle dans le Journal de Grœfe d'un anévrisme de l'artère méningée moyenne qui fut pris pour une loupe. La tumeur existait à la tempe gauche et avait la grosseur d'une noix ; elle était fixée à l'os même, par un pédicule de la grosseur d'une plume à écrire, que l'opérateur coupa d'un seul coup de bistouri. A l'instant un jet de sang vint l'effrayer : il cnit avoir ouvert la temporale profonde; mais l'ouverture qui foin'uissait le sang avait son siège dans l'os môme. Quoique la malade n'eût perdu qu'une livre et demie de sang, elle tomba en syncope et mourut quelques heures après. Il paraît qu'après l'ablation de la tumeur, l'artère se retira de l'ouverture faite à l'os, et que le sang, dont l'écoulement au dehors était empêché par le tamponnement, continua à s'épancher dans l'intérieur du crâne,

Une méprise en sens presque complètement inverse peut être commise. Ainsi, quand j'étais chirurgien du Bureau central, je fus consulté

CANCKKS 1)1 : CUAiNli. 819

par un malade qui avait au milieu de la région temporale et dans l'épaisseur du muscle de cette région une tumeur comme une noisette qui m'offrit ou qui parut avoir tous les caractères d'une tumeur anévrisraale. Je dirigeai le malade dans le service d'un professeur habile qui commit l'erreur que j'avais déjà commise, et lia l'artère carotide correspondante. Le malade mourut, et l'on trouva à l'autopsie une tumeur dure, squirrheuse, qui pendant la vie était mue par les artères temporales profondes. '

Cancers du crâne,

Historifine et 0|iinioii!s suv la nature et le ssiége «le ces tumeurs. — Les cancers forment des tumeurs que les anciens considéraient aussi comme des loupes qui, selon leur forme, recevaient les épithètes que j'ai indiquées dans le précédent article ; on ajoutait que ces tumeurs altéraient et détruisaient peu à peu les os. Dans le siècle dernier, on a recherché le siège et la nature de ces tumeurs : des faits ayant établi que la surface externe de la dure-mère en était le point de départ, leur structure, leur forme les faisant ressembler à des champignons, on les appela fongus de la dure-mère. Alors, tous les cancers du crâne ont été considérés comme des tumeurs fongueuses de la dure -mère. C'est Louis qui exposa dans les Mémoires de l'Académie de chirurgie les faits et les arguments favorables à cette opinion , qui est l'opinion française. Viennent plus tard Walther, Siébold et Grœfe, qui, opposés à Louis, soutiennent d'une manière absolue que le point de départ de ces tumeurs est dans l'épaisseur des os : c'est l'école allemande. Faisons la part de chacun.

1" Les anciens , peu avancés en anatoraie pathologique, et n'ayant guère égard qu'à des circonstances de forme, confondaient souvent ces tumeurs avec les hypertrophies du tissu cellulaire, avec le développement anormal des cryptes , avec les hernies du cerveau et toutes les tumeurs de la tête déjà décrites. Cette confusion est désormais impossible ; il n'y a plus à réfuter sur ce point.

2",L'eco/e française a pour elle la majorité des cas : ainsi il est très vrai que la plupart des dégénérescences du crâne ont la dure-mère pour point de départ. Les faits principaux qui établissent cette vérité ont été relatés par Louis (1). Récemment Abercrombie (2), MM. Chelius, A. Bérard, Cruveilhier, Velpeau, etc., ont cité des observations qui ne laissent aucun doute sur la vraie origine et le point de départ de ces tumeurs (3).

(1) Mémoire» de l'Académie de chirurgie, t. V, lh-4, p. 9.

{2) Traité des maladies de l'encéphale, Taris, 1838, ln-8.

(3) Voyez ï'/ièsfl de concours de. l'agrégation de M, C. Dfnonvllllm ; On-

Les observations invoquées par l'école française, et qui militent le plus en sa faveur . sont celles qui montrent la tumeur sans aucune adhérence avec l'os , lequel est aminci et usé comme les vertèbres battues par une tumeur anévrismale. M. Cruveilhier a même fait dessmer des pièces pathologiques qui prouvent que la tumeur peut débuter par la face interne de la dure-mère (1).

3° Outre les faits invoqués par les partisans de l'école allemande on en trouve adlenrs qui ne leur sont pas moins favorables - il y en a même dans le mémoire de Louis, où l'opinion contraire a été d abord soutenue. Voici les deux faits qui militent le plus en faveur des Allemands : 1° Un homme, sujet à de violents maux de tête mourut après avoir été trépané : on trouva sur le point du crâne diamétralement opposé à celui qui avait été le siège de la douleur entre les deux lames du pariétal, une tumeur fongueuse du volume dune noix (2). 2° M. Chelius cite une femme âgée de cinquantequatre ans, dont la tumeur partait du péricrâne et marchait de dehors en dedans, en détruisant les os du crâne de la table externe à la table interne (3).

De ce court exposé et de l'examen de faits nombreux dont la totalité ne peut être détaillée ni môme énumérée ici , il résulte que les dégénérescences du crâne partent tantôt des os, tantôt, et plus souvent, de la dure-mère; bien plus, M. Cruveilhier a prouvé qu'elles viennent aussi de la pie-mère ou du tissu sous-arachnoïdien , et personne ne doute qu'elles ne puissent avoir le cerveau pourpoint de départ; enfin, je viens de citer le fait de Chelius, qui prouve qu'elles peuvent naître du péricrâne. En procédant de dehors en dedans, voici donc les points d'origine de ces tumeurs : 1" le péricrâne; 2° les os; 3° la face externe de la dure-mère ; k" la face interne de la même membrane; 5" la pie-mère; 6° le cerveau.

Ici apparaissent encore les avantages de ma classification : en com-i prenant toutes ces tumeurs sous la dénomination de cancers du ' crâne, on indique qu'elles peuvent avoir pour origine tous les éléments de la région , et l'on fait entendre quelle est leur nature. Le. terme de fongus est trop vague. Quand d'assez nombreuses observations permettront de faire la part de chaque dégénérescence et d'indiquer celles qui appartiennent à chaque élément de la région, on pré-» cisera, on multipliera les termes, et le mot générique de fongm]

veilhier , Analomie pathologique du corps humain, Vîll' Hv., in-fol., fig col et OecaonnaiVe en '21 volumes, 2' édition, art. DuRE-MiîHK. (t) Anatomie pathologique, VIII'- Hv., pl. 1,2. 3.

(2) Communiqué à iVI. Velpoau par Laulli. Dictionnaire de médecine en 21 volumes, nouvelle édilion , arlicle cité.

(31 Archives générales de médecine, I. XXVlIf.

Page 1