CANCERS DU CRANE
disparaîtra pour faire place à des noms qui désignent des espèces. D'ailleurs, il est déjà établi que les cancers du crâne varient. La plus fréquente espèce est constituée par ce tissu anormal appelé encéphaloïde (voyez t. 1", p. /i39, sect. 5, Lésions organiques), celui qui se distingue par l'abondance, le développement des vaisseaux , et par cette matière qui a de l'analogie avec la pulpe cérébrale. On a trouvé des tumeurs fibreuses, d'autres appelées hématiques , parce qu'elles étaient formées par du sang ayant subi certaines transformations ; des tubercules sont aussi entrés dans la composition de ces tumeurs. M. Lenoir a trouvé entre les deux tables des os une substance verdâtre, indéterminée. M. Guéneau de Mussy a constaté une multitude de foyers sanguins avec décomposition. On a aussi découvert des tumeurs fibreuses dans le diploé.
Les fongosités nées sur les membranes du cerveau et des os , après les plaies de tête , ont dégénéré et donné lieu à des tumeurs qu'on a prises pour des cancers. Ce sont, ])Our le dire en passant, ces fongosités , dont la dégénérescence n'était pas encore avancée ni même commencée peut-être, qui ont été détruites avec succès par des topiques plus ou moins actifs, ou par l'opération. Les résultats heureux proclamés dans le mémoire de Louis et ailleurs se rapportent, selon moi, à des tumeurs de cette nature ou à des tumeurs hématiques.
Les dégénérescences de la dure-mère étant les plus fréquentes , et les travaux des chirurgiens ayant surtout été dirigés vers ces espèces de tumeurs, je les décrirai à part et avec leur nom accoutumé, en faisant les réserves imposées par ce qui précède.
§ 1. — Tumeurs fongueuses de la dure-mère.
Le tissu céphaloïde forme presque toutes les tumeurs auxquelles on adonné ce nom. Voilà ce qu'il y a de plus constant, de mieux établi dans leur histoire. Or , comme c'est là une forme de cancer fatalement mortelle, je me dispenserai de parler du pronostic; j'omettrais même le traitement curatif si, avant tout , je ne devais exposer l'état de la science. D'ailleurs , on a quelquefois remarqué que ces tumeurs n'étaient que squirrheuses ; d'autres maladies plus bénignes de la dure-mère , par exemple, des tumeurs fibreuses , peuvent les simuler; alors nos moyens chirurgicaux trouvent leur application : il faut donc les faire connaître.
Voici un relevé que j'emprunte à M. Velpcau : Sur cinquante et un exemples où le siège de ces tumeurs a été indiqué par les auteurs, M. Velpeau en a trouvé treize pour les régions pariétales, huit pour les tempes, sept au front, sept dans la région orbito-nasale, sept à l'occiput, cinq au vcrtex, trois sur le rocher, ou dans l'épaisseur do la faux du cerveau.
Casifsi-fs. — Boyer dil que les tumeurs fongueuses de Ja duremère se forment à tous les âges, depuis la première enfance jusqu'à la vieillesse; mais on les a observées plus fréquemment chez les personnes de trente à cinquante ans. Ceci est très exact, et s'accorde avec nos recherches et le relevé de quarante observations. Voici les proportions : de la naissance à dix ans, six fois ; de vingt à trente, sept fois ; de trente à quarante, dix fois; de quarante à cinquante,' neuf fois ; de cinquante à soixante, cinq fois ; de soixante à quatre-vingts, trois fois. M. Velpeau a remarqué que, quant au sexe, il n'y a presque pas de différence, puisqu'il a trouvé vingt-trois hommes et vingt et une femmes affectés de fongus (1). Ordinairement, les tumeurs foni^iieuses de la dure-mère sont seules : rarement on en trouve plusieurs ; c'est alors une circonstance aggravante. '
Vouloir rechercher la cause génératrice des fongus de la duremère, ce serait vouloir reproduire ce que j'ai dit du cancer en général, tome I", page hTS et suiv. Je me bornerai donc à indiquer quelques circonstances qui, la plupart, n'ont pas été sans influence sur le dé- .veloppement de cette terrible maladie. Dans le mémoire de Louis, sept fois on a noté une violence sur le crâne : Abercrombie et beaucoup d'autres auteurs parlent de coups, de chutes sur la tête. Les percussions violentes de cette région produisant souvent un épancheinent sanguin, celui-ci peut subir une transformation qui le rendra propre à développer le germe de ce cancer. Mais ce germe, d'où vient-il ? Ce n'est certainement pas la percussion qui l'a produit. Ce quia donné une grande importance au coup porté sur la tête, c'est que souvent les premières douleurs, les premiers symptômes extérieurs se sont! manifestés après un accident dans lequel le crâne a été directement] frappé ou ébranlé par une chute sur une autre région. Ainsi, on verra,] dans le mémoire de Louis, que dans la première observation on a noté une chute sur le siège ; on suppose que, dans ces cas, il y a une com-i motion cérébrale avec déchirure de quelques vaisseaux des méninges ; de là les mêmes effets que produit l'action directe sur le crâne.
La coïncidence des vices vénériens, scrofuleux, scorbutiques et dej l'affection rhumatismale, les ont fait accuser de produire ces tumeurs;] Mais quelle est la maladie qu'on ne leur impute pas ?
<!ïyiM|itoiiieH et aiiafclie. — Le fongus présente dans son dévé-' loppement deux périodes bien marquées. Il est : r intra-crânien ; 2" extra-crânien.
Premier état. — Les os du crâne sont intacts, ou du moins rien à l'extérieur ne manifeste leur altération ; il n'y a point de relief. Le fongus peut être toutà faitlàtent, c'est-à-dire qu'il n'esl accus('' par aucun ; ; >..■
(1) Dictionnaire en 30 volume?, iiouv. édil., l. X.