I. — Procédé opératoire
Le malade est assis sur un lit ou sur une chaise ; il a les pieds dans un seau d'eau bien chaude. Dès que les veines sont gonflées, le chirurgien , assis en face du malade, lui prend un pied, qu'il place sur son genou couvert d'un drap , applique une ligature à deux travers de doigt aù-dessus des malléoles ; il la serre graduellement et la fixe par une rosette sur le côté opposé au lieu où la saignée doit être pratiquée. Le pied est replongé dans l'eau, il est remis ensuite sur le genou de l'opérateur , qui ouvre la veine comme je l'ai indiqué pour la saignée du bras. Il ne doit pas piquer trop profondément , car il pourrait briser la lancette contre la malléole. Il faut cependant agir avec une certaine force, parce que là la peau est plus dure et plus épaisse qu'au pli du bras chez bon nombre de personnes , et en outre , dans la saignée de la saphène interne , on a à traverser une aponévrose mince , il est vrai , mais très apparente , qui recouvre la veine de l'un et de l'autre côté. Les veines sont côtoyées par les nerfs du même nom; leur lésion est assez fréquente : aussi la saignée du pied offre-t-elle souvent pour accident la douleur.
La disposition aponévrotique des tissus de ces régions explique l'étranglement qui complique parfois les infîanmiations phlegmoneuses" qui peuvent suivre la saignée du pied. .
Le sang coule quelquefois par jet; on le reçoit dans un vase, où l'on peut apprécier sa quantité; s'il coule en bavant, on remet le pied dans l'eau: alors on ne peut guère apprécier la quantité de sang qu'on
(1) De sorte que celle saignée, dilc du pied, ne se pratique pas au pied , mais à la jambe ! comme la saignée du bras se pratique loujours à l'avanl bras.
'petite chirurgie. 179 \trait. Le plus souvent , il y a d'abord un jet de sang , puis il s'écoule 11 nappe.
En général , cette saignée ne donne pas beaucoup : aussi quand on lolt remplir une grande indication , il vaut mieux attaquer une veine lu bras. C'est avec le bandage appelé étrier qu'on fixait la compresse i Impliquée sur la saignée. Il vaut mieux employer le bandage suivant, ILii est le 8 de chiffre appliqué à l'articulation du pied avec la jambe.
ne bande longue de 2 ou 3 mètres environ , une petite compresse ou m morceau d'emplâtre suffiront. La petite compresse est appliquée .m- la plaie; le talon du malade placé sur le genou du chirurgien , on iorte le chef initial qu'on laisse pendre sur le côté externe, et qu'on iixe par deux circulaires à la partie inférieure de la jambe, puis on H )rte le globe du dehors en dedans sur le dos du pied ou de dedans en iehors ; arrivé à la plante du pied , on peut faire quelques circulaires le la plante sur le dos du pied. On croise l'oblique qui avait déjà passé ^in- l'articulation tibio -tarsienne., et le globe retourne à la partie inférieure de la jambe, où on l'épuisé en circulaire; on continue jusqu'à [ entier épuisement de la bande, et l'on termine le bandage soit en nouant le chef terminal avec le chef initial , ou , ce qui vaut mieux , <n les joint avec une épingle. La figure 89 représente le bandage au luoment où l'on exécute les circulaires allant de la plante au dos du pied.
Fig. 89.
§ 3. — Saignée du cou.
On ouvre la veine jugulaire externe. Le malade est assis, et sa poitrine couverte d'un drap. Pour gonfler la veine , on place au-dessus 'le la clavicule une compresse bien épaisse sur laquelle on fait passer If! plein d'une bande, d'un ruban ou d'une cravate roulée dont les •xtrémités sont conduites sous l'aisselle du côté opposé, et confiées à un aide, qui tire sur elles pour comprimer sur le point où se trouve la compresse. Une fois la veine apparente, l'opérateur applique le
pouce de la main gauche sur la compresse, et avec l'index de la môme main il fixe la veine , qu'il ouvre comme je l'ai dit en parlant do la saignée du bras : seulement, ici on enfoncera davantage la lancoUe et l'on pratiquera une plus large ouverture. Quand la veine est Irès profonde, ou quand on craint de la percer de part en part, M. Magistel (1) propose de se servir du bistouri , avec lequel on fait une incision de 1 centimètre et demi environ Si du premier coup la veine n'a pas été ouverte, on la saisira avec des pinces à disséquer, et on lui fera une petite incision longitudinale. Souvent le sang ne sort qu'en nappe; on le reçoit alors avec une gouttière de métal ou faite avec une carte. On ordonne au malade de mouvoir la mâchoire, on lui introduit des linges dans la bouche , il les mâche pour favoriser l'écoulement du sang. Une mouche de taffetas d'Angleterre suffit pour fermer la plaie. La compression supprimée , le sang ne coule plus ; mais quelquefois, et même assez souvent, on éprouve des difficultés à arrêter la saignée. On doit alors faire largement respirer le malade , enlever tout ce qui peut comprimer la poitrine. M. Magistel conseille un point de suture à la peau ; ce qui lui aurait toujours réussi. Il vaudrait beaucoup mieux ici pincer les petites lèvres de la plaie avec une serre- fine.
La saignée de la jugulaire externe peut, comme celle du bras, être suivie d'accidents, tels que le thrombus, lorsque le tissu cellulaire dans lequel rampe la veine est lâche, et que celle-ci a été mal fixée, la lésion d'un des filets du plexus cervical superficiel, la phlébite et l'érysipèle phlegmoneux. On considère ces accidents comme plus graves encore qu'au bras , à cause du voisinage de la poitrine et du cœur.
On a aussi parlé de l'inlroduction de l'air dans les veines. Quand j'étais interne à l'Hôtel-Dieu de Marseille , j'ai vu bien souvent pratiquer la saignée de cette veine ; je n'ai jamais observé le moindre accident.
%U. — A) 'tériotom ic .
C'est ordinairement une branche de la temporale que l'on saigne* Pendant l'épidémie du choléra de Paris , on a quelquefois ouvert la radiale.
On peut ouvrir l'artère temporale elle-même à 3 centimètres et demi environ du trou auriculaire, et à 18 millimèlres de l'arcade zygomatique, ou bien une de ses liranches. C'est la branche antérieure qu'on saigne le plus souvent : on voit et l'on sent ses battemenlsà la partie antérieure des tempes.
l'ETlTE CHIRURGIE. ' 181
On fait coucher le malade ; il appuie sa tête sur le côté opposé à la saignée. Le point que l'on veut inciser est indiqué par une marque avec l'ongle ou avec de l'encre. On tend la peau avec le pouce et l'index de la main gauche, et, entre ces deux doigts, on pratique une petite incision , plutôt en pressant qu'en sciant , pour diviser complètement l'artère en travers. Il est des chirurgiens qui conseillent de jie pas couper l'artère complètement, pour que ses bouts ne se rétractent pas, et qu'elle fournisse une plus grande quantité de sang. Le malade appuie la tête sur l'occiput; le sang coule par jet ou bien en nappe : on le reçoit alors avec une gouttière. Quand la saignée est suflisante, on comprime momentanément la plaie avec le pouce, que l'on remplace par plusieurs compresses doubles, lesquelles sont fixées par quelques tours de bande. On néglige avec raison de faire le nœud d'emballeur, dont la compression est très pénible pour le malade. D'ailleurs, comme dans la plupart des cas cette saignée est pratiquée pour des affections cérébrales, on comprend qu'une compression trop forte ou irrégulière de la tête pourrait avoir de fâcheux résultats.
Il ne serait pas difficile d'ouvrir l'artère radiale; on n'aurait qu'à la découvrir par le même procédé que j'indiquerai pour la her.
§ 5. — Saignée caioillaire.