LIVRE PREMIER
MALADIES DONT TOUS LES TISSUS, TOUS LES OllGANES PEUVENT ÊTRE AFFECTÉS.
Je vais traiter des lésions qui peuvent être observées sur tous les points de l'organisme. Je suivrai l'ordre pathologique. Je commencerai par les anomalies et difformités, puis viendront les lésions physiques, les lésions vitales, et je fermerai ce premier livre par les lésioiis organiques. Le point de vue sera général, de sorte que cette partie [)0urra être considérée comme une chirui^gie générale. Je ne saurais trop recommander aux élèves ce commencement de mon ouvrage; ceux qui l 'étudieront, avec soin, qui en saisiront la méthode et en retiendront les principes auront déjà fait un grand pas dans la connaissance des maladies des tissus, des organes, des régions, car ils n'auront qu'à apprendre comment l'anatomie modifie les lésions qu'ils connaissent déjà.
SECTION PREMIÈRE
L'existence et la forme des parties qui composent le corps humain sont soumises à certaines conditions d'organogénésie que je n'ai pas à apprécier ici. Quand il a été satisfait à ces conditions, l'être apparaît avec la forme la plus convenable à sa viabilité et à l'exercice complet de ses fonctions. C'est ce qui arrive le plus souvent. Aussi considère-
(1) On pourrait m'objecter que la première partie de ce titre était suirisante, car le mot anomalie indique tous les états qui s'écartent de la règle, et par conséquent les difiormités. Maison ne s'en sert généralement que pour désigner es déviations organiques produites pendant la vie intra-utérine. J'ai donc ajouté le mot difformité pour indiquer, tout d'abord, que je m'occuperai aussi des ac- ' idcnts des vices de configuration permanents survenus après la naissance. D'ailleurs il est des anomalies qui ne sont nullement exprimées au dcliors et qui n'altèrent en rien les formes cviérieures : ce sont quelcpicfois de simples varielcs. C'est ainsi qu'une arlère carotide, au lieu de longer le larynx, passera 'Icrncre lui; eh bien, il n'y aura aucune difformilé pour cela. Après ccUe cx-
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t-on cet état comme la règle : c'est alors l'homme de l'anatomie normale. Si ces mêmes conditions n'ont pas été remplies ou si elles l'ont été d'une manièrè'insuffisante, l'être n'est plus selon la règle; il esta l'état exceptionnel , anormal ; il offre donc des anomalies , quelquefois des difformités , lesquelles sont incompatibles avec la vie ou ne la permettent qu'avec certaines dit'tîcultés , certàihes restrictions. Pour prévenir un reproche d'exagération , je dirai dès à présent et je prouverai, plus tard, qu'il est des difformités compatibles avec l'exercice libre de toutes les fonctions , et des anomalies qui n'allèrent en rien l'harmonie des formes extérieures.
Comme on le pense bien , je n'entreprends pas ici un traité de téraloïogie (1). D'abord je n'ai guère à m'occuper des anomalies les plus oraves, de celles qui, connues sous le nom de monstruosités , sont audessiis des ressources chirurgicales ; je me propose seulement de résumer quelques notions générales sur certains accidents dans la configuration humaine , accidents éprouvés pendant la vie intra-utérine et aussi après la naissance , lesquels donnent lieu à des anomalies , à des difformités que la chirurgie a la prétention d'effacer ou de redresser, et qui peuvent jeter de l'obscurité dans le diagnostic.
Causes. — Je suis loin de vouloir rechercher le comment et encore moins le pourquoi des anomalies; on sait, par expérience, les nombreuses déceptions d'une pareille entreprise. Il est bon cependant de rappeler ici que le principe étiologique des difformités congéniales se rapporte surtout fv deiix systèiiiès physibiogiqués qiife je dois faire connaître en peu de lignes, et avec des applications à ces difformités.
1° Système de révolution. — Ce système admet que le germe renferme, comme le disait Th. Bonet, dans un raccourci inexprimable, toutes ies parties d'un être, lesquelles reçoivent de l'acte delà fécondation le signal et la faculté de s'étendre, de se développer. Ainsi, dans ie germe, les parties ont leur dessin arrêté, mais en très petite miniature : si ce dessin est correct, l'être aura la forme régulière, normale ; si , dans le dessin , des détails , des parties ont été omis ou mal arrêtés, si les lignes sont brisées où il ne faut pas, si enfm elles s'écarteht du type, l'être se développera avec ces imperfections déjà existantes eri germe; il naîtra donc utèc dés anomalies (pii aurorit précédé lù tëcoilHàtidin Wiiislôw écrivit cinq mémoires, ct^eut le courage de passét ônze années de sa vie à défendre avec passion ce sys-
(1) Voyc/, nixtoirn générale et parllculibrc des anomalies de rorqanhafio^ chez fkomme et les animaux o» Tératologie, pnr Isid. Gcon-roy-Sa.nt-lI.ln.rc Paris. l8:V2-1s:Vi, 3 vol. in-8, Hr. V.c livre sera lonjom s plus ostinU- clos ch.nir- Pirns h mesure c.'ils co..M.ronaro..l miciix les ava.ilaRCs des haulcs éludes aiia-
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dème contre Lemery , lequel produisit neuf Mémoires, et se dévoua ^pendant seize années h la défense du système suivant :
2° Systhne de l'épigénèse. — Ce système admet la formation et le Idéveloppement des parties de l'être après la fécondation ; elles poussent, apparaissent successivement, et, selon la philosophie anatoîmique surtout enseignée par MM. Serres et Geoffroy-Saint-Hilaire, ces lïilêmes parties , en se développant , passent par une série de changeitrients ou d'états transitoires qui correspondent à des états fixes de ■•certains animaux. On comprend que l'être le plus parfait, le plus Compliqué, au point de vue anatomique, sera celui qui subira le plus ide changements ; si en s'élevant au sommet de l'échelle zoologique il 'èst arrêté, son organisme conservera des formes de l'animal qui ap-
• partient normalement à ce degré : c'est ainsi qu'un animal d'un échelon très supérieur peut être arrêté à l'échelon qui correspond au serpent , et venir au jour sans membre , quand il devrait en avoir quatre. Ce système attribue , par conséquent , les anomalies à des accidents survenus après la fécondation.
Winslow, qui avait l'appui de Haller, fut proclamé vainqueur par ' ises contemporains, lesquels lui attribuèrent tous les succès dans cette : grande lutte : succès de forme, succès de fond. Mairan, alors l'ami ■ de Winslow et secrétaire de l'Académie des sciences, ne manqua pas de mettre en relief le talent littéraire et les autres talents de Winslow , même sa mansuétude. Et cependant Winslow fut plus acerbe, plus personnel que Lemery , qui était en réalité plus fort ! Ce qui le prouve, ce sont les concessions que Winslow fut obligé de faire à son adver-
• saire dans ses derniers écrits ; en effet , il finit par déclarer que ce qu'il voulait réfuter , c'était surtout le système exclusif des accidents ; \^ms il dit dans un autre travail qu'il s'oppose seulement au système exclu-
I-siwment universel des monstres par accident. Quoi qu'il en soit, ' Winslow eut raison auprès de ses contemporains (l), et Lemery, fatigué de combattre, en appela a la postérité, qui a fini par adopter son système : ainsi aujourd'hui l'idée des germes originairement anormaux est généralement rejetée. Je dis généralement et non unanimement, car Meckel constitue ici une brillante exception avec laquelle on devra nécessairement compter. J'avoue que, pour ma part, l'héré- I dite de certaines difformités me rendrait moins sévère à l'égard do I Meckel que ne l'ont été certains modernes : ainsi le fait d'une mère ■qui a des doigts surnuméraires, mettant au monde un être avec lu môme diHormité, me paraît singulièrement favorable au système (pii admet dos germes originairement anormaux. Les mêmes poinis de ressemblance de l'être créé avec le père prouvent, nu moins, ([ue le
dessin de certaines parties est arrêté au moment indivisible de la fécondation, et que ce n'est pas par un accident dans le développement ultérieur que les anomalies se sont produites. En effet, le père qui a un doigt surnuméraire, qui même a un doigt difforme par accident, n'est absolument pour rien dans les accidents de la grossesse auxquels on pourrait attribuer la formation d'un doigt de plus, d'un doigt difforme, à la main de son enfant. Mais ce qu'on appelle l'état delà science n'est pas favorable à l'hypothèse de Winslow , et ici je n'ai qu'à exposer l'état de la science.
Aujourd'hui on est convenu de considérer les anomalies comme des perturbations survenues après la conception , lesquelles ont altéré d'une manière quelconque le développement de l'embryon. On cite comme favorables à cette doctrine les effets des coups, des chutes qui ont entravé une grossesse jusque-là régulière, laquelle s'est terminée à sept ou huit mois par la naissance d'un être difforme. M. Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, partisan de ce système, croit avoir prouvé qu'il naît plus d'enfants difformes dans les classes indigentes , où les femmes, quoique grosses, sont obligées à des travaux rudes et exposées à de mauvais traitements. Mais je ferai remarquer que ces mêmes femmes qui n'ont pas été riches pendant leur enfance ont dû puiser dans la misère, dans les privations qu'elle impose, une constitution peu favorable à des germes absolument complets et vigoureux.
L'expérimentation est venue aider les théories des partisans de l'épigénésie. Geoffioy-Saint-Hilaire a fait en 1820, 1822, 1826, des expériences par lesquelles il a , pour ainsi-dire, produit des anomalies à volonté. Cet illustre physiologiste avait à sa disposition un établissement d'incubation artificielle : là des œufs, d'abord placés dans toutes les conditions favorables à une incubation heureuse, étaient tout à coup troublés, après un certain temps , par exemple, après trois jours. Alors on secouait plus ou moins violemment ces œufs, on les perforait sur plusieurs points , ou bien on revêtait la moitié de la coquille d'un enduit de cire ou de vernis , afin de la rendre imperméable à l'air ; surtout on maintenait l'œuf dans la position verticale , on le faisait tenir sur le gros ou le petit bout. De ces œufs sortirent des êtres beaucoup plus souvent difformes que ceux qu'on voyait éclored'œufs qui n'avaient pas été ainsi tourmentés. Geoffroy-Saint-Hilaire, après ces expériences , a observé une foule d'anomalies simples ou complexes, parmi lesquelles il note la triocéplialie , l'atrophie et môme l'avortèment des yeux, l'éventration, la fissure spinale (1).
3' hllHoncc de nmnrjimlirm de la. wèrc—U n'y a pas une croyance plus ancienne (pie celle (p.i attribue Cin'laines monstruosités a une
i;., 1 VIII .> 9K<1
ET UIFKUUMITÉS. 201
urifluence de l'imagination de la mère modifiée de diverses manières. La Eenèse nous montre Jacob entourant ses brebis de branches d'arbres ià demi-écorchées pour varier la couleur de la peau des agneaux. De tlà, arrivez jusqu'à nous, et, soit que vous interrogiez les croyances, lia tradition , et même la science , toujours vous verrez la même idée «e reproduire. Encore un coup , je ne me propose pas de traiter ici de ipareilles questions ; mais je dois les présenter de manière à permettre aux élèves de classer convenablement les faits qu'ils liront ou qui parviendront autrement à leur connaissance. Je pense que ces faits doi- (vent être divisés en deux principales catégories :
1° Ceux qui, selon moi, ne peuvent être contestés , et qui se rapiportent à des anomalies indéterminées offertes par des entants dont «les mères ont éprouvé pendant la grossesse une forte commotion moiirale. Personne, en effet, ne nie l'harmonie qui existe entre l'activité ivitale de la mère et celle de l'embryon. Eh bien, ne conçoit-on pas iqu'un trouble opéré dans le premier organisme rompe cette harmonie aux dépens du second? Est-il difficile de comprendre qu'une grande perturbation dans la circulation maternelle amène un dérangement tel dans la circulation du fœtus, que le sang n'arrivant plus à celui-ci delà même manière, il s'ensuive des arrêts ou des déviations dans l'acte qui préside à son organisation, lequel acte est si étroitement lié à l'état du sang? Le même trouble de la circulation , auquel partiiCipe toujours le système nerveux, ne peut-il pas produire des malaidles de l'embryon capables non seulement d'arrêter ou de pervertir le (développement de certaines parties, mais de les détruire dans une tplus ou moins grande étendue? Si l'on admet ces faits , irrécusables •selon moi, pourra-t-on nier qu'une femme qui apprend la nouvelle ilde son mari étouffé dans un incendie, qui tombe évanouie, qui reste isouffranle jusqu'à la fin de la grossesse, pourra-t-on nier que cette ifemme puisse donner naissance à un entant porteur d'une difformité .Les faits de cet ordre doivent donc être admis. La raison ne doit pas i es repousser , et la science pourra peut-être un jour les classer plus llogiquement.
2° La seconde catégorie n'est pas dans le même cas. Ici se trouiveiit des faits , le plus souvent des assertions qui tendraient à donner à limagmation un bien autre pouvoir. Elle n'aurait pas, comme itantôt, une influence sur la production d'une anomalie indélernmmécmais elle ferait que l'anomalie serait l'image de l'objet qui aurait frappé l'esprit de la mère. Par exemple, la vue de la femme « arrête sur un objet ; s'il lui inspire de l'horreur , ou de la crainte , ou du degoùt , bien plus, si elle le désire, l'enfant vient au monde avec
(lu ses parties. Les observations qui appartiennent à cette catégorie sont très nombreuses; il en est même qui ont trouvé place dans les livres scientifiques. Il ne faudrait pas que leur nombre nous en imposât sur leur valeur individuelle : mais s'il ne convient pas de les rejeter toutes , il est prudent de les examiner avec la plus grande méllance, car l'amour du merveilleux peut avoir entouré ces faits de plus d'un nuage. Pour éri citér quelque.-^ exemples , je me garderai d'ftvoir recours \ des sources suspectes : je ferai, au contraire , parler l'<1utorité physiologique aujourd'hui la plus grave. Burdacli rapporte (lue Klein a connu une femme qui, au huitième mois de la grossesse, .éprouva une vive frayeur à la vue de soii mari brisé de coups , ayant le côté gauche de la figure bleu et enflé , le nez gros, et la lèvre supérieure pendante ; elle mit au monde une fille chez laquelle le côté gauche du front et la partie supérieure de la joue étaient couverts d'une excroissance fongueuse d'un bleu rougeâtre; le nez était tuméfié, la lèvre inférieure bleue et pendante. Carus cite aussi un faitqui s'est plusieurs fois reproduit : une femme avait souvent vu un enfant portant un bec-de-lièvre; elle avait été fortement troublée par l'idée que son enfant aurait la môme difformité ; l'enfant naquit effectivement, avec un bec-de-lièvre. Burdach citeeiicoi'e plusieurs faits de ce genre. Le plus remarquable, celui que je dois surtout rappeler ici, est relatif à la sœur du professeur Baer , un des auteurs de la physiologie citée. Voici la note telle qu'elle a été insérée par Baer : et Une femme enceinte fut très effrayée à la vue d'une flamme éloignée qu'elle apercevait dans la direction de sùh endroit natal. L'événement apprit qu'elle avait raison. Comme la distance était de quelques lieues, il se passa quelque temps avant qu'on sût rien de positif, et cette longue incertitude agit probablement avec force sur l'imagination de cette femme, qui assura ensuite avoh* toujours la flamme devant lesyeiix. Deux ou trois mois après l'incendie, elle accoucha d'une fille qui avait sur le .front une (ache rouge terminée en pointe , comme une pomme ondoyante; cette tache ne s'effaça qu'.à l'âge de sept arts. Je rapporte (ajoute Baer) ce fait parce que j'en cormais très bien les détails, attendu qu'il concerne ma propre sœur, que j'ai entendue se plaindre avant l'accouchement de la flamme qu'elle avait sans cesse devant les yeux , de sorte (|u'ici on ne fut pas obligé, comme à l'ordinaire, de remontor" vers le passé pour y trouver la cause de l'anomalie
Comme on le pen.se bien , les Allemands n'ont pas laissé passel' cotte occasion d'établir des théories sur ces singulières coïncidences; mais ce n'est pas le lieu de les discutef ni même de les rapporter. Pour on terminer avec ce (ju^on pourrait appeler une digression dans
[\) IJindaoli, Phiisiohuiic. Paris. 18:?8, t. II. p. 49i. Ailtlilioii de l?acr.
ET DIFKOUMITÉS. 203
( c livi'o, je dirai qu'il ne me reste aucun doute sur rintluence de riiiiagiuatioii de la mère dalis la production de certaines anomalies ; iiKiis je suis loin de lui attribuer des résultats semblables à delui dont la sœur de Baer aurait offert un exemple. J'ajoute de plus que l'inlluence même indéterminée de l'imagination , je ne l'admets pas toujours. C'est ainsi qu'une fièvre, que l'hydrophobie , peuvent, jusqu'à un certain point, être dues à un trouble de l'esprit, et cëpehdant je suis loin dé faire intervenir l'imagination dans tous les cfis dè fièvre, (l'hydrophobie; c'est ainsi que je ne fais pas toujours intervëiiii' lè chagrin dans l'étiologie du cancer, quoique j'aie la conviction de son influence dans certains cas.
U" Maladies du fœtus.— Le fœtus, datls lé milieu qu'il habite, avant la naissance, contracte des maladies analogues cà celles qui pourront survenir dans le monde qu'il habitera plus tard. Ce qti'il convient de remarquer ici, c'est que les maladies intra-utérines pourront donner lieu à des difformités analogues, quelquefois identiques avec celles que produiront les maladies extra-utérines; de Uà un nouvel argiiraent favorable au principe qui nl'a fait réunir, dans une même section, et les difformités congéniales et les difformités qui survienrient après la naissance. Ces dernières sont appelées accidentelles, pour indiquer • lu'elles sont la suite de maladies, d'accidents; comme si les maladiSs, l<>s accidents, ne pouvaient pas atteindre l'homme, inême dans le sein maternel ! L'observation prouve, en effet, que non seulement l'œuf peut être affecté de maladies médicales, mais qu'il subit des lésions chirurgicales, les mêmes qui font surtout l'objetde cet ouvrage : ainsi des commotions, des contusions, des luxations, des fractures, des plaies de toute espèce, etc. Le fœtus peut être directement ou indirecit.'ment blessé: ainsi une chute de la mère ou une forte secousse im- |)rimée à son corps produira une commotion générale qui se commuuifiuera à l'œuf, dont une ou plusieurs parties peuvent être ainsi désunies. Le même effet sera, à plus forte raison, produit par un coup porte sur l'abdomen de la mère. Ici , il pourra y avoir non seulement commotion, mais encore contusion de l'œuf Des pressions fortement et longtemps exercées sur le ventre de la femme par des corsets peuvent étendre leur action jusque sur l'œuf et occasionner des états pathologiques qui nuisent à la régularité de son développement. Enfin, par lin accident ou par une main coupable et armée dans des vuesd'avortoment, le fœtus peut être directement blessé. Il succombe à cette hlessure, ou il survit au prix d'une difformité plus ou moins marquée, absolument comme cela peut avoir lieu pendant la vie extra-utérine'.
Les états pathologiques du fœtus doivent donc avoir ici uno grande importance. Il est même des auteurs nui fini imis/. fhniQ i.. .^.wi.-i^
des ditt'ormités : ainsi, selon eux, quand un organe manque au fœtus, c'est qu'il a été détruit par une maladie ; quand il est divisé , comme on le voit sur la lèvre affectée de bec-de-lièvre , là il y a eu déchirure; on ajoutait quelquefois l'énoncé de la cause de cette solution de continuité : ainsi cette déchirure de la lèvre aurait été produite par les poings mêmes du fœtus ; l'extroversion de la vessie serait l'effet d'une rupture de cet organe survenue après l'écartement tout à fait mécanique des muscles abdominaux et des os du pubis. Celte doctrine a toujours compté d'illustres et habiles interprètes : ainsi, après Haller et Morgagni, viennent Meckel, Béclard, A. Dugès et Velpeau. C'est surtout l'hydrocéphalie due à l'embarras ou l'interruption du cours du sang de la mère au fœtus , c'est principalement cette hydropisie, produite ainsi ou autrement, qui serait la cause d'une grande partie des anomalies de la partie supérieure de l'être (1). Geoffroy- Saint-Hilaire a cru, de son côté, que certaines anomalies étaient constamment liées à une cause tout à fait extérieure , à une violence exercée sur l'abdomen. Ces anomalies appartiendraient aux genres nosencéphalie et thlipsencéphalie (2). Ici je ferai la remarque que j'ai présentée quand il a été question de l'influence de l'imagination de la femme : je crois , puisque je l'ai déjà admis , que les violences exercées sur la femme, et surtout sur son ventre, peuvent produire des anomalies; j'ajouterai même que, selon l'époque de la grossesse et connaissant l'ordre de développement des parties, on pourrait, à la rigueur, indiquer dans quelle région se produira l'anomalie ; mais aller jusqu'à déterminer l'espèce d'anomalie, c'est, selon moi, une prétention que les faits justifieraient rarement.
La plupart des anatomistes et des médecins modernes , tout en reconnaissant l'influence des maladies du fœtus dans la production de certaines anomalies (et je crois que cette influence est énorme) , préfèrent cependant soumettre leurs théories aux lois de M. Serres : ainsi, comme je l'ai dit, on admet aujourd'hui le système de l'épigénèse, c'est-à-dire le système qui veut que les parties se forment , se développent à mesure que l'embryon avance en âge. Eh bien, dans ce système il y a encore les théories que voici :
1° Théorie du développement centrifuge (Haller). Le cœur est le premier formé [primum vivens); puis viennent les troncs artériels, les
(1) Voir Haller, Opéra minora de Monstris, {. Ilf, cli.ip. Partes destnictce. Voyez surloul liéclard, Bulletins de la Facrdtéde médecine, 1817, numéros IX cl .\. — Diigèâ, Éplicm. mcdic. de Moiilpcllicr, l. II. — Velpeau, Traité d accouchement.'Varis, 1833, I. I. -Ovologic ou Embnjoloijie humaine. Paris, 1833. Iii -Col., fii;.
(2) Pour les tlcveloppcinciUs de ccUc idée, consullcz les Mémoires de la So-
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branches, les rameaux , etc. Les centres nerveux précèdent les troncs nerveux; viennent ensuite les branches , les rameaux; enfin le développement des parties marcherait dans le sens du cours du sang artériel. Cette théorie est presque complètement délaissée.
2" Théorie du développement excentrique ou centripète (Serres). Les v aisseaux sont plus tôt formés que le cœur, et les nerfs apparaissent avant l'axe cérébro-spinal. Ici le développement suit le cours du sang veineux ; ainsi l'absence d'une branche artérielle, c'est l'absence d'un tronc artériel, et l'absence de celui-ci conduit à l'absence du cœur.
A la loi de développement centripète, M. Serres a ajouté la loi de <>/métrie, qui veut que tous les organes impairs ou simples soient d'abord composés de deux moitiés analogues, ce qui veut dire qu'ils ont été d'abord pairs. Enfin vient la loi de conjugaison et d'affinité^ par laquelle des parties analogues marchent de dehors en dedans ])our arriver au point de contact, s'engrener, se souder, afin que deux larties n'en forment qu'une.
Ce système de M. Serres a séduit par sa simplicité et par sa haute l)ortée : ainsi , selon qu'une artère manquera ou sera afi'aiblie dans son « alibre, la partie à laquelle elle était destinée sera absente ou insuffisante dans son développement ; si, au contraire, le vaisseau qui régit la formation est double, l'organe sera double , et si le vaisseau a un ample développement , l'organe correspondra par son volume à cette espèce d'hypertrophie vasculaire. L'atrophie et l'absence des parties, 1 hypertrophie et la pluralité des parties étant expliquées par l'atrophie ' t l'hypertrophie des artères, on peut se rendre compte des anomalies 'Inns la direction , dans la position des organes par des dispositions ^inalogues des artères , et il n'est pas nécessaire d'exposer longuement comment les infractions à la loi de symétrie et à la loi de conjugaison peuvent ia.re que des parties normalement sans lissure peuvent être .Imsoes en deux: ainsi, quand la lèvre supérieure restera divisée, est que ces lois n auront pas été observées. D'ailleurs je reviendra ^ouverit sur ces lois pour en montrer de nombreuses applications,
Dans ce système donc, quand il y a anomalie, c'est qu'il y a comme le diraient les Anglais, malformation. Mais, je l'ai déjà Exprimé
ne conv.en pas de rejeter com,,létement les anomalies par accil
I r]^"' ' ''^'"'"••^ P^"'- P^>-1«'- le même
gnge, des ri./on.«/,o»^^^ En effet, il est évident qu'il est des parties
' u , dabord régulièrement formées, ont été déformées dans le sein
' e la mere , comme elles le sont après la naissance. On verra la vérité
"•^ ce que j avance dans mes généralités sur les déviations. D'ailleurs
l'our trouver l'origine des anomalies , il ne faut pas avoir égard seule'
-yent au fœtus , mais encore à la mère : ainsi , dans la mat.L I '
ANOMALIJÎS
ne^t des causes de diHbrnîités pour le fœtus. Otto citie que femme qui avait une exostosedaus le bassin , et qui doniia jiaissanceà quatre enfants ayant tous une petite portion de crâne non ossiliée et déprimée. Ici la force formatrice avait trouvé une résistance qui s'était opposée à la réunion des deux portions de l'os. L'obstacle au développement complet ne venait donc pas de l'œuf, mais du milieu dans lequel il s'étajt développé (1).
D'ailleurs les lois de M. Serres n'expliquerai(3nt, à la rigueur, que les effets d'un arrêt de développement. Elles pourraient donc dire, en partie, le comment; mais \e pourquoi reste toujours voilé: ainsi j'admets qu'une partie ne se développe pas, parce que sou artère manque; mais je me demande: Pourquoi ce vaisseau manque-t-il? Une partie est double p^irce qu'ii s'est développé deux artères là où il i>',en fallait qu'une : mais pourquoi cette duplicité de l'artère? Un organe, la lèvre, par exemple, est restée divisée, parce que les deux moitiés qui la composent ne sont pas arrivées au contact : mais pourquoi ne sont-elles pas arrivées au contact? Voila des questions dil'ficiles à résoudre. Il e§,t des Allemands q|Ui ne seraient pas très embarrassés pour répondre à ces questions : ils commenceraient par placer dans l'œuf une force formatrice [nisus formativus) , et diraient : 1° si cette force est affaiblie sur un point , l'organe correspondant sera plus faible; les parties qui le composent ne pourront assez se développer pour marcher l'une vers l'autre et se réunir; 2" si la force est exagérée, l'organe aura un excès de volume, ou, au lieu d'être unique, sera multiple; 3" si la force est pervertie, il y aura une irrégularité telle dans le développement, que vous pourrez voir à gauche ce qui devrait être à droite, en avant ce qui devrait être en arrière: des extrémités osseuses qui sont ordinairement reçues dans des cavités qui leur sont destinées iront se loger ailleurs; la colonne vertébrale, au lieu d'avoir ses inflexions ordinaires, sera dirigée dans le sens contraire ou dans le même sens avec des exagérations , etc. On le voit , dans les derniers termes des explications, le système des forces apparaît toujours; ou le critique sans cesse, et malgré soi ou l'utilise, du moins dans le langage, et souvent sans s'en douter.
Aujourd'hui , quand on veut généraliser en tératologie , on emploie la formule que voici , laquelle est souvent adoptée même par les au-teurs qui ont rejeté le principe sur lequel elle se fonde :
(i) Voyez Ollo, Lehrb. Despalh., anal., l- I, p. 123. - Isicl. GcolTroyrSninl- Jlil.iir(\ t. I, p. :V<1.- Cnivoilliirr, Traité d'atuU. palliol. l'aris, l. I. ,
Mon projet étant d'étudier et les anomalies dépendantes de la vie iiilra-utérine et )cs dillormités ou anomalies dites accidentelles, il m'est impossible de me soumettre complètement à- cette division. Il est ['lus convenable que je m'en tienne à des dénominations qui indiquent l)lus catégoriquement les états que j'ai à décrire, sans préoccupation trop grande des théories qi^i s'y rattachent : ainsi je traiterai d'abord (les divisions, des réunions, des atrophies, puis des hypertrophies, (les prolongements anormaux de la pluralité des organes ; je terminerai |mr les déviations et les déplacements.