‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 3)Chapitre 80 sur 302 · ORGANES · texte numérisé non relu

ORGANES

Causes. — C'est surtout cet ordre d'anomalies qu'on peut rapporter il une exagération de la nutrition. Dans les exagérations de volume, sans augmentation dans le nombre, sans prolongements, on peut (lire qu'il n'y a qu'excès de nutrition ; mais , quand il y a augmentation du nombre, il y a nécessairement, avec l'exagération, une déviation nutritive. C'est surtout ici qu'on peut supposer avec M. Serres l'existence préalable de plusieurs artères , là où il n'en faudrait qu'une. On comprend que la pluralité doit être nécessairement une anomalie ' ongéniale. Jamais , pendant la vie extra-utérine, on n'a vu naître un organe, une partie quelconque. Quand on a cru constater ce fait, il y avait, en réalité, un organe d'abord si petit, qu'il a pu passer inaperçu pendant quelque temps; puis à une certaine période de la vie, cet organe a pris un développement qui a éveillé l'attention, et on a cru à la naissance de cette partie, quand elle n'était qu'à une période de son développement. lî est, en effet, des époques pour le développement de certains organes surnuméraires, et c'est surtout l'âge de puberté : ainsi les individus qu'on appelle multimames , et qui prél utent, par conséquent, un des caractères les plus généraux de la grande classe des mammifères , chez ces multimames l'on n'aperçoit l>as d'abord leur anomalie; on ne constate, en général, les mamelles .lU-numéraires qu'à l'âge de puberté, quand tout l'appareil sexuel prend un grand développement. En général même, l'hypertrophie (les mamelles, sans augmentation de leur nombre, n'apparaît qu'à cette époque. Il ne faudrait pas, pour cela, admettre que tout ce qui constitue l'hypertrophie est né alors seulement; car il est de très jeunes filles chez lesquelles on peut déjà constater une pousse trop forte des mamelles. Si l'on explorait la gorge de beaucoup d'enfants, on s assurerait qu'une foule d'entre eux portent un commencement d hypertrophie tonsillaire, laquelle n'est constatée, le plus souvent qu a un âge déjà un peu avancé, c'est-à-direquandl'excèsde nutrition est porte au pomt de gêner la respiration, la déglutition, et défaire naître de Irequentcs angines. L'âge de puberté est l'époque des déveoppements anormaux des mamelles, des amygdales. Quand la vieillesse arrive, quand le mouvement nutritif semble épuisé , il sciait malheureusement encore, dos hypertrophies : ainsi , après cinquante

Avec l'excès, il y a toujours plus ou moins de déviation de l'acte nutritif, aussi les organes liypertrophiés sont-ils généralement déformés. On voit, en effet, la prostate proéminant dans l'urètre et dans la vessie par le développement anormal de son lobe moyen ; ou bien c'est un lobe latéral qui est plus prononcé , ce qui fait- que l'urètre est repoussé du côté opposé , et par conséquent dévié. Je pai'lerai plus tard des conséquences de ces déformations de la prostate. Le sein se pédicule ordinairement : ainsi, à mesure qu'il se développe anormalement, il revêt la forme d'une poire. La déviation nutritive est complète quand il y a augmentation du nombre des organes. Cette déviation est telle, quelquefois, qu'une mamelle surnuméraire peut être derrière au lieu d'être devant la poitrine (1) ; on l'a même trouvée à la région inguinale (2).

On commettrait une erreur si l'on considérait tous les. prolongements anormaux comme des anomalies dépendantes d'un excès de nutrition , d'une activité trop grande dans l'organe qui oflfre cette difformité; c'est quelquefois un état tout différent qui les produit : ainsi, s'il est vrai que certains prolongements de la langue peuvent être attribués à une hypertrophie de cet organe, il est tout aussi certain (|ue cet état de la langue qui fait qu'elle sort plus ou moins de la bouche est dû parfois à une faiblesse des muscles rétracteiirs de cet organe ou à une trop grande énergie des muscles qui la portent en avant. Souvent ce n'est qu'un prolapsus qui peut être comparé à celui cle la paupière supérieure, lequel, moins souvent encore, peut être considéré comme un prolongement hypertrophique. Le prolongement du clitoris est réellement dû à une hypertrophie , et il en est de même des petites lèvres. Mais le prolongement du prépuce qui produit certains phymosis , ne peut pas être toujours considéré comme le n'sultat d'un excès de nutrition. En effet , il est facile de constater que presque tous les enfants offrent un prolongement du prépuce et un phymosis naturel plus ou moins prononcé. Ce prolongement commence à disparaître, dans la majorité des cas, quand vient l'âge viril; les corps caverneux , le gland , sont assez développés pour que le prépuce se trouve à peine suffisant pour recouvrir ce dernier organe ; quelquefois même il èst k demi ou entièrement découvert. On voit donc qu'avec l'âge l'excédant du prépuce est, pour ainsi dire, renvoyé vers le pubis pour entrer dans la composition du fourreau de la verge; plus celle-ci se développe, moins if y a d'excédant nu prépuce. Ce qui prouve ce que j'avance ici , c'est le peu de développement de la vcrgiî des hommes (jui ont un prolongement du prépuce : chez eux , en el-

(1) Mancel, t. III, p. 160.

ibt, cet organe est demeuré dans un état trop voisin de l'entance. Or, dans le bas âge, le prolongement du prépuce et le pliymosis qui en est la conséquence n'ont aucun inconvénient , car la verge ne sert alors qu'à l'émission des urines. Mais à l'âge viril , quand la verge revêt les l'onctions réellement génitales, alors le pliymosis, le prolongement du prépuce, ont des inconvénients que je signalerai quand j'aurai à légitimer les opérations à pratiquer sur le prépuce. Avec la vieillesse , les corps caverneux se rapetissent, le prépuce reprend sa prédominance, et souvent le pliymosis des vieillards est dû en grande partie au retrait du corps de la verge.

Cette théorie n'exclut pas la possibilité d'un prolongement réellement liypertropliique du prépuce, c'est-à-dire avec un développement normal de la verge. Celle-ci, en elfet, peut être en rapport de volume avec l'âge de l'individu, et le prépuce est exubérant : cette hypertrophie arrive même parfois à un âge très avancé. Il y a eu alors, dans le plus grand nombre des cas , des irritations du prépuce qui , en l'hypertrophiant, ont augmenté de beaucoup sa consistance, ce qui fait que ses mouvements sur le gland sont plus difficiles, et le découi.rement de celui-ci le plus souvent impossible.

Ce que je viens de dire sur les différences étiologiques des prolongements anormaux implique des différences dans le traitement; ainsi, pour les prolongements de la langue, il s'agit, non pas d'exciser l'excédant, mais d'agir sur les moteurs de la langue, sur elle-même, de manière qu'elle ne sorte pas de la cavité qui doit la contenir.

EfTets. — Les anomalies appartenant à cet ordre constituent en général de véritables difformités, des infirmités; elles deviennent même quelquefois assez compromettantes pour nécessiter une opération gtave: ainsi une hypertrophie de la glande thyroïde, des mamelles éléphantiasiques, altèrent assez les formes pour devenir très lâcheuses ; mais elles peuvent avoir des effets plus graves encore : par • 'xemple, chez une femme qui porte une mamelle de 6/i livres (1) il doit se faire vers le sein une dépense de force nutritive fort ruineuse pour le reste de l'organisme. Les développements anormaux excessifs sont surtout nuisibles quand ils portent sur des organes qui entourent des conduits, des isthmes, car ils lés dévient, les rétrécissent : l'hypertroplncdes amygdales peut, en diminuant de beaucoup la colonne d air, altérer la forme de la poitrine; en exposant le sujet à des angines, cette hypertrophie peut être plus directement, plus promptement nuisible. Le goitre nuit aussi à la respiration, et par conséciuent a la poitrine. Enfin je prouverai, en parlant des hypertrophies de la prostate, qu'elles peuvent dévier l'urètre au point de produire des rétentions d'nriti(> o\ nu^ma rlnc \,^nr^,^^\„^.^^^„

TraiAenieiat. — D'après ce que je viens de dire des effets des anomalies appartenant à l'ordre qui m'occupe maintenant, la médecine opératoire peut être invoquée pour les effacer, les amoindrir, les détruire : tous les jours on excise des portions d'amygdales ; on se résout quelquefois à amputer un sein hypertrophié , et on attaque de différentes manières la prostate pour détruire les effets de son développement anormal.

Quant aux déterminations opératoires qui concernent les organes surnuméraires, par exemple des doigts et des orteils surnunjéraires, elles sont tiès subordonnées à la position sociale de l'individu : ainsi il y a une différence entre l'individu ayant un doigt surnuméraire qui l'empêche de travailler pour vivre et celui qui n'aura nul besoin de travaux manuels pour subsister. La question de ces opérations sera surtout agitée quand je traiterai des amputations.

Séparation des monstres doubles.

La chirurgie actuelle, généralement si hardie, se résout bien à enlever des membres surnuméraires, à extraire des débris de fœtus inclus chez certains individus; mais elle n'ose pas attaquer les monstres doubles pour rétablir l'état normal ; elle se tait même dans les livres où l'art opératoire est enseigné avec le plus de détail et le plus d'éclat. Je me crois obligé de soulever cette question ici, et, pour me guider, il me faut de toute nécessité avoir recours à un naturaliste, et cependant la science nous offre plusieurs exemples de tentatives avec des succès et des revers; il en est même qui vont jusqu'au ix" siècle. C'est vers la lin du xvif siècle qu'on tr(Tuvera un des plus beaux succès. Un monstre double, un xiphopage, composé de deux femelles, fut séparé peu de temps après la naissance : la ligature fut préalablement employée; on compléta l'opération par l'instrument tranchant. Les deux enfants séparés n'éprouvèrent aucun accident, et vécurent (1).

Maintenant quelles sont les règles à poser, les pnncipes à faire prévaloir ? J'avoue qu'ici les matériaux me manquent, et les guides, ceux qu'on appelle les maîtres de la science, m'abandonnent. Cependant voici des considérations qui, si ejles sont insuffisantes pour résoudre la question si grave de médecine opératoire et de médecine légale dont il s'agit, serviront au moins à la faire poser d'une manière convenable.

Au point de vue thérapeutique, on devra considérer les monstres comme formant deux classes : ceux qu'on appelle autositaires, et les l)arasitaires. Les premiers sont composés de deux individus égaux on développement, et par suite participant aux mêmes titres à la vie

ommune; les seconds sont composés de deux sujets très inégaux : un, imparfait, n'est qu'un embryon d'une vie très obscure; il est lerte et complètement parasite. Cette division des monstres doubles renferme la division des opérations à pratiquer en deux catégories.

1° Ainsi, quand les deux individus composants sont égaux en dé- \ elopperaent et en vitalité, chacun d'eux a les mêmes chances de survivre à l'opération, et l'opérateur doit se proposer de les restituer tous deux au type normal et à la vie ordinaire. Ce résultat, il ne peut l'obienir qu'en opérant la division exactement sur l'axe d'union. Il ne tautpas que l'opération laisse plus à un frère, car le plus serait ravi à l 'autre qui l'aurait en moins, ce qui pourrait compromettre la viabilité <'l l'affliger d'un vice de conformation. L'opérateur ne peut jamais ainsi sacrifier un individu à l'autre : tous deux ont droit à retirer les mêmes bienfaits de l'opération ; car tous deux sont exposés aux dangers qu'elle fait courir et aux douleurs qui en sont inséparables.

2° Quand au contraire le monstre est parasitaire, l'un des individus ■st un être presque normal, tandis que l'autre est une masse inerte Hirasite, dénuée de mouvements; il doit être considéré comme une umeur, et sa sensibilité n'est que celle d'une partie du corps de l'être •nncipal. Ici l'opération qui tend à séparer jle monstre sur l'axe d'u- Hon a pour résultat, d'un côté, un individu normal, de l'autre un ■tre mforme et ne possédant pas les conditions de viabilité. L'opéraeur a donc plus de latitude; l'histrument, le moven de division nourra s elo.gner de l'axe d'union. S'il y a avantage pour le succès de opération, on peut agir comme on l'entendra sur l'être qui appar- |u^nt au parasite. L'opération rentre alors dans la classe des extirpa-

■l-eration dontle? dangers sont en rapport avec l'âge du sujet et la

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' il. Isidore Geoffroy Samt-Hilaire, chez une classe de monstre, loubles, la réduction au type normal doit se faire selon une S e u.vant une tendance. très différentes et même inverses I^opé tion ■ ZrT\''"' les autositaires, l'égalité des deux indivhiù^^^o^^^^^

a resti ution de chacun d'eux au type unitaire et à la v e indést le 1^";^^'^"^ '^'"^ P--'^--' l'an-élioration

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