‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 3)Chapitre 84 sur 302 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LÉSIONS DE CONTINUITÉ ET DE CONTIGUÏTÉ

Je dois indiquer ici quelques rapports entre les solutions de continuité et les solutions de contiguïté (1). Ces généralités sont indispensables pour arriver aux notions du traumatisme , tel qu'il doit être conçu aujourd'hui.

«Des parties 'peuvent être violemment désunies dans les points I où elles sont continues ou dans des points où elles ne sont que conliguës. Dans le premier cas, il y a solution de continuité , blessure, laquelle est appelée plaie, rupture, fracture, selon des circonstances qui tiennent à la cause traumatique et à la partie affectée. Dans le .second cas, il y a solution de contiguïté, laquelle est appelée luxation, hernie, invagination, prolapsus, selon la partie déplacée

(1) Les mois solution de conligvïlé sont usités séparcincnl ; je crois qu'on ne les a pas encore rapprochés pour le sens que je désire leur faire exprimer. Les mois solulion de conlinui lé sont au conlraire admis depuis longtemps, et i cependant les mots solulion de contiguïté, indiquant un déplacement, sont encore plus conformes aux règles grammaticales, car sohition vient de solutio, qui signifie i'aclion de délier, de détacher, de l.icher, de relAclier, lous termes qui se ra|)portent aux divers dépiacemonis.

LÉSIONS DE CONTINCTTÉ ET DE CONTIGUÏTE.

et la manière dont elle se déplace. Mais une observation attentive des faits de physiologie et d'anatomie pathologiques qui se rapportent à ces deux ordres de lésions , montre qu'elles se combinent dans le plus grand nombre des cas. Ainsi, dans les plaies, il y a, le plus souvent, changement de rapports, et dans la luxation traumatique il y a déchirure des parties qui entourent ou composent l'articulation, Non seulement il y a alors solution de continuité des parties molles, mais, plus souvent qu'on ne pense, des extrémités osseuses, des cartilages d'incrustation, sont brisés, désunis. J'ai déjà fait pressentir que la hernie violemment produite, sans dilatation préalable des anneaux, devait être avec quelque solution de continuité. Ainsi il ne faudrait pas complètement dédaigner l'idée des anciens ni même leur dénomination relativement aux hernies réellement traumatiques.

Képaration. — Cette synthèse, que je cherche à établir ici, a un but pratique. Je désire montrer toutes les désunions dans des rapports très importants à connaître, au point de vue du pronostic et de la médecine opératoire. En effet, j'ai déjà dit qu'après l'action physique éclatait l'action vitale , laquelle a une influence sur les caractères que doit revêtir la lésion et sur ses terminaisons. En eflTet, l'action vitale peut rester dans les bornes de celle qui préside à toute formation organique normale : un liquide immédiatement formé, ou le sang modifié ou une de ses parties , devient l'élément de la réparation qui s'opérera alors physiologiquement, immédiatement, c'est-à-dire sans l'intermédiaire d'un acte morbide. Quand un état pathologique intervient, c'est alors, le plus souvent, une inflammation. (Pour le dire en passant, on a eu tort, selon moi, d'avancer partout que l'inflammation était l'acte pathologique qui survenait après toute lésion physique. ) Il est facile de comprendre la différence qui existera entre une désunion dans la sphère de laquelle rien de pathologique n'aura été suscité, et celle qui , par exemple, deviendra le foyer d'une inflammation. Dans le premier cas, la réparation est nécessairement immédiate, dans le second, si la réparation a lieu, c'est en passant par une phase pathologique qui a ses chances, ses dangers; car l'inflammation peut être réparatrice ou désorganisatrice , elle peut se borner au foyer de la lésion physique ou s'étendre plus loin et réagir sur tout l'organisme.

Certaines conditions qui se lient à l'état de la peau, au siège de la lésion, au repos, à la position de la partie lésée, peuvent favoriser la réparation physiologique et sans participation d'aucun état morbide, pas même de la plus légère inHammalion. La plus importante de ces conditions, c'est l'intégrité du tégument, c'est celle que je vais examiner.

Si la pei\u est complètement intacte, si, comme le disait Hmiter,

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la lésion n'est pas exposée, vous avez beaucoup de chances pour que toutse passe physiologiquoment. Ainsi une fracture, une luxation, une rupture musculaire, sans division de la peau, toutes ces lésions peuvent être réparées par le procédé physiologique, c'est-à-dire sans la participation d'aucun acte pathologique. L'observation journalière •prouve ce que j'avance ici. Mais il est des faits qu'on ne doit pas négliger, et qui établissent que les lésions les plus compromettantes -pour la vie ont existé, précisément avec l'intégrité parfaite de la peauj ainsi un membre dont la peau est l'estée intacte a pu être broyé aû ipoint de tomber entièrement en gangrène. II n'est pas rare d'observer !des contusions, avec des suppurations profondes, et l'histoire des ■lésions physiques du squelette, même <à l'état de simplicité et sans idivision tégumentaire, est là pour nous apprendre à ne pas être trop absolu touchant l'innocuité des lésions sous-cutanées : on a vu la iluxation de la tète de l'humérus, en apparence la plus simple, proivoquer une arthrite suppuratiA'e mortelle. Il est évident que, la peau estant intacte, il n'y a pas, à proprement parler, solution complète dans la continuité organique ; car les tissus qui reviennent les uns aur les autres et le sang épanché comblent les vides. L'intégrité de la peau conserve une température constamment égale ; elle est encore un moyen de plus pour que la circulation et l'innervation ne soient pas interrompues entre les deux points de la partie divisée (1). Enfin 1 air ne se mettant pas en rapport avec les parties lésées, ne peut ainsi ni les séparer ni les irriter. Cependant l'air n'est pas aussi imiiible qu'on l'a avancé dans ces derniers temps; les observations il'emphysème rapportées par M. Ollivier d'Angers et les expériences lie M. Malgaigne prouvent ce que j'avance; mais il reste établi cependant que son absence vaut mieux que sa présence, car il n'en est pas moins un corps étranger, à la vérité le plus doux. Pour expli- <iuer les différentes opinions sur les eflèts de l'air dans le traumatisme, il faut distinguer l'air qui n'est pas renouvelé et celui qui est lonouvelé. En effet, une couche d'air sur une solution de conti- Jiuité ne peut nullement l'irriter; car les tissus sont facilement liabitués à son contact; mais si ce modificateur se renouvelle trop mvent, il finit par prendre le caractère de tout corps étranger. Le l' une praticien imitera mes réserves sur ce qu'on a dit de l'innocuité lies lésions sous-cutanées, non seulement pour ne pas tomber dans lies erreurs de pronostic qui pourraient singulièrement nuire à sa réputation, mais pour ne pas être trop audacieux dans les applications de ces principes à la médecine opoîratoire. Je reviendrai sur ces ques-

(1) Voyez l'imporlanl Iravoil du professeur Sédillot sur l'innociiilé de la lélotomie {Annales de la chirurgie, t. VIII, p. 278).

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lions quand j'en serai aux plaies sous-cutanées, surtout à celles des tendons et des muscles, soit accidentelles, soit produites dans des vues curatives.

C'est le moment d'établir historiquement l'époque à laquelle les faits de réparations immédiates ont pu être observés et classés. Ils ne se rapportent pas seulement aux plaies, comme on l'a dit, mais à toutes les solutions de continuité et de contiguïté, aux fractures comme aux luxations et même aux entorses. Il ne peut être question ici de renouveler des disputes de priorité : j'ai seulement en vue de montrer le vrai point de départ des idées qui, dans ces derniers temps, ont pris un si grand développement. Il est bon d'habituer les élèves aux recherches historiques, surtout quand on les t'ait remonter aux sources qui m'ont fourni les documents dont je vais me servir.

J. Hunter dit très positivement: « Je divise les lésions faites aux parties saines en deux ordres, d'après les effets de la lésion ; le premier ordre comprend celles dans lesquelles les parties lésées ne communiquent pas extérieurement; telles sont les commotions de la totalité du corps ou d'une de ses parties , les entorses, les contusions et les fractures simples , soit des os, soit des tendons (1) , ce qui constitue une vaste division. Dans le second ordre rentrent celles qui déterminent une communication du dedans au dehors, ce qui comprend toutes les espèces de plaies et les fractures compliquées. Les contusions qui détruisent la vitalité de la partie pourraient être considérées comme un troisième ordre participant, à son début, de la nature du premier, mais se terminant comme le second. »

Voici maintenant le commencement du chapitre qui traite des lésions dans lesquelles il nij a point de conimunication de l'intérieur à l'extérieur : « Les lésions de la première division , dans lesquelles les parties lésées ne communiquent point avec l'extérieur , s'enflamment rarement, tandis que celles de la seconde s'enflamment et suppurent ordinairement. Toutefois les mêmes phénomènes s'accomplissent très souvent dans les uns et dans les autres, bien que l'ordre dans lequel ils arrivent soit renversé. Ainsi les premières peuvent devenir semblables aux secondes, en s'enflammant en suppurant, tandis que les secondes peuvent être ramenées dans beaucoup de cas , quand elles sont convenablement traitées, aux conditions des premières, et être réunies par première intention , ce qui empêche l'inflammation et lit suppuration (2). »

On a remarqué , sans doute , que Hunter ne prétend pas que les

(1) Il est (îvidciit qu'an lieu de fracture il f'allnil traduire rupture, afin de comprendre dans le mùnic Icnnc la solution de continuité des os cl celle des tendons.

(2) Hunter, OEnvres complètes, t. TIT, Ji. 273 et BUiv., Irad. de M. Richelol.

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plaies non exposées sont toujours exemptes d'inflammation ; il se borne à dire que rarement cette inflammation a lieu , ce qui est l'expT'ession exacte des faits. Ainsi , pour Hunter , l'état pathologique intervient rarement, voilà tout.

La doctrine de la réparation sans l'intervention d'un acte morbide n'est pas seulement exposée dans la partie de l'ouvrage que je viens de citer , elle est reproduite dans plusieurs passages du même auteur. Ainsi , dans ses Leçons sur lesprincipes de chirurgie, p. 340 , on trouve encore ces mots : « Pour que deux surfaces deviennent adhérentes, il n'est pas nécessaire qu'elles soient toutes deux dans un état d'inflammation ; il suffit qu'une seule se trouve dans cette condition , afin de sécréter la lymphe coagulable ; il n'est pas même nécessaire que l'une des deux soit enflammée. » On voit que Hunter faisait intervenir dans la réparation : 1° l'inflammation ; 2" un autre acte qui n'était pas l'inflammation, qui n'était pas un acte morbide, mais un phénomène purement physiologique. Vous trouverez la même doctrine, mais avec des formules différentes, dans J. Bell, qui dit positivement : « Une division récente se consolide en vertu d'une propriété absolument semblable à celle qui, dans l'état normal, préside à V accroissement des parties. » Maintenant lisez la note de M. Estor, traducteur de J. Bell ; il ajoute : « Ce que vient de dire J. Bell s'applique surtout aux parties divisées encore recouvertes de leurs téguments naturels, et qui se réunissent à l'abri du contact de l'air, sans aucun des symptômes ordinaires de l'inflammation (1). » Dans un remarquable avant-propos, M. Estor, interprétant encore la doctrine anglaise sur les phénomènes qui se passent dans une plaie non exposée^ dit : « Les parties divisées se réunissent sans aucun des symptômes ordinaires de la phlegmasie, en vertu d'une propriété analogue à celle qui, dans l'état actuel , préside à la nutrition [T^a^e 20). » Ainsi, voilà la doctrine de la réparation des solutions de continuité sous-cutanées , non seulement comprise , interprétée comme on le fait aujourd'hui, mais formulée de la môme manière. Bell et M. Estor indiquent positivement que le travail de la réparation des plaies qui ne sont pas en rapport avec l'air est un travail semblable à celui qui préside à l'accomplissement des parties. C'est un épanchement d'un liquide fibrineux , base de toute nutrition , selon Vogel (2). Comme Hunter aussi, ils savent que cette condition n'est pas la seule qui supprime ou prévienne l'inllammation, puisqu'ils admettent des plaies mnexposées qui s'enflamment.

Maintenant , si l'on considère que la doctrine huntérienne a toujours été en honneur à Montpellier, que M. Estor, le traducteur de

(1) Traité dc$ plaies, li ad. par J.-L. E>*lor. Paris, 1825, p. 37, 38.

(2) Encyclopédie anatomiquc. Paris 'IS'»?, I. IX, p. 40 cl suiv.

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Jolm Bell , est un disciple fervent de Delpech , un des chirurgiens qui avaient le plus étudié et le mieux compris Hunier; si l'on ajoutas que le célèbre professeur de Montpellier a, le premier en France, proposé et exécuté la section du tendon d'Achille, en faisant un détour et non pus une incision de la peau parallèle (1) , si on lit l'ouvrage de A. Cowper , dans lequel il est question d'expériences par lesquelles la rotule était divisée selon les principes de la méthode sous-cutanée (2) ; si l'on considère que c'est encore un chirurgien de cette époque et du .même pays qui a proposé la section sous-cutanée des veines, on voit s'amoindrir les droits que peuvent avoir les ténotomistes du jour à la découverte des caractères des plaies sous-cutanées et du principe de médecine opératoire qui en découle nécessairement. Ce principe, je le répète , a été déposé dans la science par J. Huuter, et il a été développé par son école. Bien plus , un de nos classiques, dont l'esprit a toujours été à la hauteur des conceptions huntériennes , Richerand , appelait déjà plaies sous-cutanées (3) les contusions sans division de la peau.

Il y a deux choses bien distinctes dans toute désunion : les phénomènes instantanés, c'est-à-dire: 1° changement de rapport des parties désunies ; 2° une certaine quantité de liquide versé ; 3" modification de la sensibilité. Quand la lésion est à ciel ouvert , quand la peau est divisée, ces phénomènes sont tranchés, et presque toujours surviennent d'autres phénomènes, ordinairement de nature inflammatoire; mais si la peau est restée intacte , les phénomènes instantanés sont toujours moins marqués. Entre les deux lèvres de la solution de continuité s'interpose un autre tissu ou liquide vivant, et souvent la douleur est bien moindre. Quant au second ordre de phénomènes , il peut être complètement inobservable, car ce sont des phénomènes analogues à la nutrition : or, aucune manifestation symptomatologique ne les indique.

Ce que je viens de dire sur la différence entre les désunions qui

(1) Voyez De l'Orthomorpliie. THdpech.

(2) Voici une de ces expériences :

,. Je divisai chez'un lapin la peau qui recouvre la rotule, après avoir eu som de la tirer fortement sur le côlé; ensuite je plaçai un couteau sur la rolulc, et frappant légèrement avec un marteau, j'opérai une fracture transversale; le fragr ment supérieur fut à l'instant élevé par l'action des muscles. Je laissai revenir les téFumcnls de manière à empêcher que la plaie ne correspondît à la Iraclure. Après quaranle-huit heures, je fis périr l'animal et j'examinai les pardcs. Les IVacments étaient séparés par un intervalle de trois quar.s de P0"<^^^.q;7 comblé par du san^ coagulé. » {OEuvres d'A. Cooper, traduction de Richelolet

Chassaignac, p. 64.) (3) Noso(jraphi$ de Richerand, l. I.

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sont .sous-cutcUiées et celles qui ne le sont pas, est suftisantpour que l'élève puisse classer convenablement les laits et les lésions physiques qu'il observera et ceux que j'exposerai dans le cours de cet ouvrage. On verra l'erreur de ceux qui prétendent constituer toute une chirurgie avec quelques faits qui rentrent naturellement dans le cadre que nous avons tracé d'après les principes généraux qui dominent toute la pathologie des solutions de continuité et de contiguïté. Ces principes, qui sont le résultat de l'observation de tous les temps , nous indiquent les différences de ces lésions , selon : 1° le corps vulnérant; 2° la partie lésée; 3° la complication par le corps vulnérant, par un venin ou virus , ou toute autre partie étrangère à l'organisme ou devenue étrangère, comme une esquille, etc. Dans le chapitre qui va suivre, je ne traiterai que des solutions de continuité qui s'observent partout. Les véritables ruptures, les fractures, les lésions de contiguïté, les autres déplacements seront traités quand il sera question des maladies des organes où on les observe plus particulièrement, quand je traiterai des maladies des articulations, des hernies, etc.

Des plaies.

Les plaies appartiennent à la grande classe des lésions physiques et à l'ordre des solutions de continuité; elles sont produites par des instruments tranchants, piquants, contondants, ou des corps plus ou moins analogues. La différence de ces corps et leur mode d'application peuvent faire varier beaucoup les caractères des solutions de continuité que je vais étudier sous les chefs principaux que voici : 1» plaies par incision ; 2° plaies par piqûre ou perforation ; 3° plaies par rupture; 4° plaies par écrasement; 5° après viendra une autre série de plaies, les plaies avec inoculation.

§ 1. — Plaies par incision.

Ici l'instrument agit en pressant et en sciant et fait une incision; comme cette solution de continuité a des caractères nettement accusés, c'est par elle que je commencerai ; elle servira de type, auquel je rapporterai les autres plaies , dont je ferai ressortir les différences. On verra comment les circonstances alors déjii connues se modifient et se compliquent.

UiiTérences. — Les incisions sont uniques ou multiples, parallèles ou perpendiculaires à l'axe du corps ou dans des directions obliques. Elles peuvent être dans les mômes rapports avec un organe, par exemple un muscle; elles sont perpendiculaires ou parallèles à ses fibres ou bien obliques. L'instrument peut détacher corn-

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plélemenl un lambeau ou le tailler de manière k laisser une portion adhérente.

Pli«;nonièiie8 primitifs. — 1" Douleur; 2» écartement des bords; 3° effusion du sang.

1" Douleur. — Le degré de la douleur est en rapport avec la sensibilité de la partie lésée et avec celle du blessé : ainsi les plaies de la peau sont très douloureuses, et il y a une grande différence entre le blessé du Midi et celui du Nord pour les souffrances qu'ils accusent. La douleur est modifiée aussi par los circonstances dans lesquelles le blessé se trouve; pendant l'ardeur du combat, on pourra ne pas percevoir la douleur, tandis qu'en général elle sera vive si l'on voit approcher l'instrument vulnérant, et si l'on n'est pas sous l'influence d'une grande préoccupation. Après six ou huit heures, quelquefois plus tôt, la douleur fait place à un engourdissement accompagné d'un sentiment de chaleur qui annonce le début de l'inflammation.

2» Écartement des bords de la plaie. — L'écarlement est plus ou moins considérable selon que les tissus divisés sont plus ou moins tendus au moment de la blessure, selon leur degré de contractihté et la laxité de l'élément anatoraique qui fait le fond de la plaie. L'écartement des bords est surtout remarquable à la peau , aux muscles , aux vaisseaux artériels, à la trachée-artère. En parlant des plaies de ces parties, je ferai ressortir l'importance de ce phénomène primitif. La position des parties blessées peut aussi faire varier le degré d'écartement. Les différences d'élasticité, de contractihté , de tension dans les différents tissus, doivent donner à la plaie une forme très inégale quand elle comprend une foule d'éléments anatomiques. La forme et l'épaisseur de l'instrument sont une cause d'écartement, car il agit un peu comme un coin ; cet effet est surtout remarquable dans les cas de plaies faitès aux os.

3" Effusion du sang. — Elle est plus ou moins considérable, selon que la plaie arrive jusqu'à des vaisseaux importants, ou qu'elle n'atteint que des divisions très secondaires. J'ai opéré avec succès à l'hôpital Necker, dans le service de M. Bricheteau, une femme qui avait le choléra et une hernie étranglée; toute l'opération se passa presque à sec. A. Bérard cite un fait analogue. Je viens d'exciser une amygdale à un malade de mon service, sans aucune effusion de sang.

Pliëiioiitcnes consécutifs. Béparatlon. — Rien de plus^ intéressant que l'étude que nous allons faire; car, enhardi par les ressources que possède la nature dans cet acte de réparation du traumatisme accidentel , l'homme a osé porter le fer sur son semblable et produire, non seulement des plaies simples, mais des plaies avec ablation des parties plus ou moins imporlanles, dont l'existence était jugée comme compromeltante pour la vie.

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La blessure, abandonnée aux seules ressources de l'organisme, suit une marche qu'il faut étudier avec soin pour saisir les vraies indications curatives. Je suppose une incision dans toute sa simplicité ; elle comprend la peau et le tissu cellulaire sous-jacent ; l'instrument a agi en pressant et en sciant. Le fond est alors anguleux, et les surfaces vont en s'écartant à mesure qu'elles avancent vers la peau ; du sang baigne la plaie; il y en a très peu dans le fond, un peu plus à la superficie; là il se condense, et le contact de l'air le dessèche. Le gonflement arrive, les surfaces vont au-devant l'une de l'autre ; d'abord elles se touchent dans le fond; delà la contiguïté s'établit progressivement vers la surface cutanée. Le peu de sang qui servait d'intermédiaire aux deux surfaces traumatiques est chassé à l'extérieur par la pression mutuelle due au gonflement des tissus, lesquels soulèvent la croûte qui se détachera plus tard. Il s'est formé un suc, un composé de fibrine et d'un peu d'albumine, appelé lymphe plastique ou coagulable qui, en ~ s'organisant, a rétabli et assuré la continuité des tissus ; reste une cicatrice linéaire. Ce travail peut être terminé en moins de cinq jours : c'est la réunion par première intention. Cette marche de la plaie simple est celle que j'ai.tracée en 1839 dans la première édition. On voit que je ne dis pas un mot de l'inflammation, et cependant je parlais d'une plaie en contact d'abord avec l'air. Cette réparation immédiate est la même qui a lieu quand , pour une plaie plus profonde , plus complexe que celle que je viens de supposer , on pratique la réunion immédiate : c'est ainsi qu'on peut obtenir une réunion en trois jours , comme cela m'est arrivé après une opération de hernie crurale, comme je l'ai observé assez souvent après l'opération du phimosis par réunion de la muqueuse avec la peau du prépuce, à l'aide d'une suture d'après mon procédé. Les serres-fines ont pu me permettre d'observer des réunions en vingt-quatre heures, en douze heures

On discute sur la source de cette lymphe plastique. Est-ce le tissu cellulaire qui la fournit? coule-t-elle des vaisseaux divisés, modifiés ou non par l'inflammation? Sa vraie source est dans le sang : c'est le plas7na, c'est-à-dire le sang dont les globules sont enlevés avant que la fibrine ne soit coagulée. Cette lymphe plastique émane du sang pendant qu'il est contenu dans les vaisseaux; il concourt à la former , même quand il est hors de la circulation : ainsi je pense, avec J. Hunter, que des éléments du sang qui baigne le fond de la plaie s'organisent et servent de moyen d'union. Il faut, pour cela, que le sang ne se trouve pas en trop grande quantité, qu'il soit c;i rapport avec des parties bien vivanics, et que l'action de l'air ne se renouvelle pas sur elles. M. Cruveilhier soutient l'opinion qui veut que cette lymphe provienne du tissu celluliiire; elle serait de même nature (|ue les fausses membranes ((u'on remanpie sur les séreuses. C'est aussi l opinion do M Ré-

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camier qui compare chaque cellule de ce lissu à une petite séreuse qui sécréterait la matière des fausses membranes si facilement adliésiveset coagulables. Mais l'intervention d'un acte inflammatoire ou d'une sécrétion n'est pas absolue ; car c'est cette lymphe qui, dans de certaines conditions , constitue le tissu cellulaire lui-même à son état primitif. N'est-ce pas elle aussi qui constitue les rudiments de l'embryon? n'estce pas là l'élément de toute création organique? Or, on ne peut supposer pour ces actes primordiaux ni sécrétion ni inflammation. Ce qu'U faut, c'est de la fibrine; or la fibrine n'est pas de toute nécessité un produit inflammatoire. Dans la plaie que j'ai supposée tantôt, les lèvres de la plaie se sont rapprochées par le seul fait du gonflement; il n'y a eu qu'une humeur produite, la lymphe coagulable appelée aussi lymphe plastique , organisable : c'est un liquide de consistance sirupeuse, rougeàtre, transparent, de nature fibrino-albumiiieuse, qui revêt promptement tous les caractères de l'organisation. Sa partie la plus fluide est facilement résorbée , au point qu'à la fin du premier jour la forme aréolaire se prononce. Après quarante-huit heures , déjà des vaisseaux parcourent cette trame , et le sixième ou le septième jour, l'organisation est complète , c'est-à-dire la couche formée par cette lymphe a une solidité presque égale aux parties molles environnantes. Si J'hiflammation est intervenue, c'est avec une modération telle, que sa présence a pu être niée par de bons esprits. De deux surfaces mises en contact, U n'est pas nécessaire que toutes deux soient enflammées pour adhérer. « Il n'est même pas nécessaire absolument qu'une seule le soit, car la réunion peut avoir lieu par l'intermédiaire du sang extravasé et sans inflammation. » J'ai déjà cité ce passage remarquable de Hunter (1).

On va voir une série de phénomènes plus complexes. Si, au lieu d'une simple incision , une perte de substance a été opérée , ou si une plaie un peu profonde n'a pas été réunie, voici ce qui arrive : après que le sang a coulé, survient un suintement sanguinolent, lequel cesse vers le troisième jour. Cependant une partie de ces humeurs se dessèche et couvre la plaie ; le gonflemeiit arrive avec une douleur tensive; alors une nouvelle sérosité baigne la plaie qui présente, a cette période , un aspect blafard , quelquefois livide et hideux , comme le dit Boyer. Peu à peu le liquide séreux se trouble, s'épaissit, devient d'un blanc jaunâtre: c'est du pus qui s'est formé; il détache les. croûtes • si on l'enlève , on trouve au-dessous une membrane de nouvelle formation qui est considérée par Delpech comme la matrice de

le lui iii'ii'K-'»' — — i -

pus Cette membrane est soulevée par de petites saillies mamtinées , mollettes, sensibles et saignant avec une grande facilite, ce

(1) Huilier, OEuvres complcles. Paris, 1843, 1. 1, p. 420.

ce

lonnées

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