‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 3)Chapitre 85 sur 302 · PAR INCISION · texte numérisé non relu

PAR INCISION

sont les boîirgeons diarnus. La plaie, qui, dans le début du gonllement, paraissait plus large et plus irrégulière, s'affaisse, se régularise, et est réduite à de moins grandes dimensions. La douleur diminue, elle cesse même dès que la suppuration est tout à fait établie. La membrane pyogénique est pourvue d'une grande rétractilité , ainsi que les bourgeons charnus. Quand la plaie est peu considérable, c'est sur un seul point que se développe cette propriété ; si la surface traumatique est très étendue , il naît plusieurs centres d'attraction : ce sont de petites îles qui se dessèchent et qui sont à la consolidation des plaies ce que les os wormiens sont à l'ossification du crâne. C'est vers ses centres que les lèvres de la solution de continuité sont ramenées. Elles sont d'un beau rose, comme la muqueuse buccale d'un jeune enfant. Les bourgeons disparaissent ; la membrane en question s'épaissit, se condense, et devient toujours plus rétractile; elle se constitue en une espèce de tissu fibreux appelé tissu inodulaire. On verra qu'après certaines solutions de continuité sa force rétractile est assez considérable pour lutter avec avantage contre des puissances musculaires.

Le tissu," de la cicatrice est formé ; la nouvelle membrane est plus rouge que les téguments ordinaires , lesquels sont déprimés sur les bords. Il ne faut pas moins de quinze ou vingt jours pour que cette cicatrice se forme, et encore je suppose une plaie peu profonde , sur un sujet dans de bonnes dispositions. Mais si la plaie est très large, si des tissus très disparates ont été divisés , si le sujet est mal disposé , on comprend la nécessité d'un temps bien plus long et d'ailleurs difficile à déterminer. Il faut quelquefois un an pour cicatriser certaines plaies ; encore peut-il rester un point qui ne se dessèche jamais et qui se transforme en ulcère.

Dans la plaie qui suppure , l'inflammation ne peut être niée; il y a deux humeurs produites : le pus et la lymphe coagulable qui s organise en membrane. Ce n'est pas seulement d'eux-mêmes que les bords se rapprochent; ils sont attirés les uns vers les autres par la rétractilité de la membrane pyogénique. Les plaies avec perte de substance ne sont pas seules à suppurer; une simple division qui a été irritée ou dont les bords sont tenus écartés suppure aussi. Une plaie à lambeau qui a été abandonnée à elle-même présente les mêmes phénomènes avant la réunion.

J'ai dit que les bourgeons charnus étaient sensibles et saignaient ; la cicatrice estvasculaire et pourvue quelquefois d'une extrême sensibilité; il est prouvé aussi que des pai-ties tout à fait séparées du corps et réunies ensuite ont recouvré leur circulation et leur innervation. Ces faits sont incontestables; il n'est pas môme nécessaire d'avoir recours aux expériences sur les animaux vivants pour les appuyer. Mais

quand des faits aussi remarquables se produisent, l'esprit humain veut en trouver la raison. On s'est donc demandé comment se passaient ces phénomènes : et, d'abord pour la circulation, est-ce que les vaisseaux divisés s'abouchent ensemble? se prolongent-ils des deux côtés? est-ce que le sang passe d'une lèvre de la plaie à l'autre par l'intermédiaire de nouveaux canaux?

Le système de l'abouchement des vaisseaux peut être combattu, i° par le peu de probabilité d'un rapport assez exact entre leur ouverture pour permettre une circulation directe ; 2° par le fait du rétablissement du cours du sang entre deux surfaces qui ont d'abord suppuré et qui se sont recouvertes d'une fausse membrane, ce qui a lieu quand on tente la réunion par seconde intention.

L'hypothèse de l'élongation des vaisseaux par des cercles successifs qui seraient appliqués les uns au-devant des autres a été considérée comme trop en dehors des notions physiologiques les plus vulgaires pour être adoptée. Cependant M. Deville, adoptant une nouvelle théorie qui se confond au fond avec celle de Garengeot, dit que les vaisseaux non oblitérés des lèvres de la plaie poussent du côté de la fausse membrane résultat de la coagulation de la lymphe plastique des culsde-sac des prolongements qui s'allongent de plus en plus, se rencontrent, s'anastomosent et finissent par former des anses vasculaires qui confondent en un seul réseau les vaisseaux qui parcourent chacune des lèvres de la plaie et le tissu intermédiaire (1).

Pour moi, voici ma manière de concevoir la formation des nouveaux vaisseaux : le sang qui est versé sur la plaie est divisé en trois parties ; une meurt, c'est la plus superficielle , celle qui est en contact avec l'an- ; la seconde fournit le plasma, la lymphe coagulable; enfin la troisième partie est formée par les globules du sang qui ont été le plus en rapport avec les chairs vivantes et qui ont conservé leurs droits à la vie ; ceu.vci oscillent et se meuvent dans la lymphe qui n'est pas encore coagulée; ils vont d'une surface traumalique à l'autre, de sorte qu'il y a deja mouvement, transmission du sang d'une lèvre de la plaie à l'autre avant l'apparition des vaisseaux. Mais ces globules, qui d'abord s'agitaient irrégulièrement dans la lymphe plastique, s'attirent mutuellement et se réunissent sur des lignes plus ou moins droites; en même temps la lymphe s'épaissit autour d'eux, et les courants commencent à être protégés par des parois; les vaisseaux sont alors formés. Il faudrait expliquer maintenant comment ces nouveaux vaisseaux s anastomosent avec ceux qui existaient déjà. Pour cela, on ne doit pas considérer les dernières ramifications capillaires comme formées par des parois complètes; il faut voir les canaux se déformer, leurs parois (1) DcviUe, Des différents modes de réunion el de cautérisation des plaies, ihèse de concours. 18'i7.

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s'érailler et présenter des ouvertures qui les rapprochent do la structure des vaisseaux des végétaux. Il convient encore d'admettre que, dans l'état normal, il existe dans le sein de nos tissus de la lymphe non coagulée dans laquelle le sang qui entre et sort par les ouvertures des vaisseaux se mêle à celui qui est répandu dans la lymphe qui vient d'être formée, et les rapports de la nouvelle circulation sont ainsi établis avec la circulation générale.

Ce que je viens de dire peut faire pressentir mon opinion sur ce qu'on appelait la régénération des chairs, question qui a agité l'Académie de Chirurgie pendant cinq grandes années, et cà laquelle ont surtout pris part Quesnay qui croyait à cette régénération, et Fabre qui la combattait. Les progrès de l'anatomie pathologique et de la physiologie peuvent ici faire admettre une opinion qui n'est ni précisément celle de Quesnay ni absolument celle de Fabre, mais celle qui résulte des faits. Ainsi il faut distinguer deux choses : la reproduction des tissus simples et la reproduction des organes qui ont une structure complexe. Or, la première reproduction est possible dans toute la série animale, et ce que je viens de dire sur la production de nouveaux vaisseaux le prouve; il est incontestable aussi que des portions de squelette se reproduisent chez l'homme comme chez tous les animaux supérieurs ; il se reproduit aussi chez eux des tissus fibreux, cartilagineux, séreux, muqueux; rien de mieux prouvé. Mais aller de là jusqu'à la reproduction du gland, d'une grande partie de la langue, ce serait aller jusqu'à l'erreur. Pour le fait qui se rapporte à la reproduction du gland, il est évident que Jameson, qui croit l'avoir observé, n'avait en réalité sous les yeux qu'une gangrène du ^ prépuce, dont la séparation avait laissé le gland à nu, comme on peut ' le voir assez souvent dans les salles de mon service à l'hôpital du Midi. ! Il n'y a que chez les êtres très inférieurs de l'échelle animale que des I reproductions de ce genre peuvent être observées. Ainsi, chez les in- ' vertébrés, non seulement on voit renaître des tissus simples, mais des « organes composés, même des membres.

^ Quand il y a eu formation de pus , les lèvres d'une plaie avant été s séparées pendant peu de temps, on observe que la fausse membrane c qui les recouvre est mince, fine, qu'elle saigne facilement, parce qu'elle est très perméable. Si les lèvres ont été réunies par seconde in- I tention , les globules du sang qui baigne les deux surfaces s'attirent «mutuellement, et le courant sanguin est bientôt établi. Par le fait seul de ces nouveaux rapports , la suppuration s'arrête et la lymphe plastique est formée; elle joue ici le même rôle que plus haut dans la formation des vaisseaux.

La théorie que j'ai exposée sur le rétablissement de la circulation et sur la production des vaisseaux nouveaux inc paraît satisfiiisnnfp •

on trouvera peut-être qu'elle explique trop ou trop peu ; on pourra alors l'abandonner pour une autre qui probablement ne vaudra pas mieux ; mais les faits qui constatent le rétablissement de la circulation restent'. Si l'on peut adresser quelques reproches à celte théorie, que n'aurait-on pas à dire contre celle qui tenterait d'expliquer la formation des nerfs ! C'est ce qui m'engage à ra'abstenir, et cependant certaines données semblei'aient m'autoriser à une pareille tentative. D'ailleurs on sait que l'innervation peut s'opérer a distance; ainsi, nierait-on la production nouvelle des nerfs qu'on trouverait encore une explication pour le rétablissement de la sensibilité des parties qui ont été réunies après avoir été tout à fait séparées du corps. Quelques circonstances, mêlées à la narration des laits de cette nature, en avaient augmenté le merveilleux et altéré en même temps l'authenticité. Ainsi ce fait du nez mordu, foulé aux pieds , puis jeté dans une boutique où il est lavé avec du vin et réappliqué avec succès sur la face de l'individu , après que celui-ci a assouvi sa vengeance contre le camarade qui le lui avait arraché; ce fait, ainsi exposé par un conteur tel que Garengeot, ne pouvait qu'augmenter la méfiance des esprits sévères. Le cas de Fioraventi, qui remit un nez après l'avoir arrosé de son urine et que l'on trouve dans ses Secrets de La chirurgie, a aussi peu convaincu les chirurgiens ; tandis que Bossu, chirurgien d'Arras, a mérité plus de confiance : il rapporte une observation d'une extrémité de doigt complètement séparée et réunie avec plein succès. De nos jours de pareilles observations se multiplient; dernièrement encore un cas semblable à celui de Bossu a été présenté à la société anatomique. M. Ph. Bérard a inséré dans les Bulletins de la Société anatomique une série de faits de cette nature. Burdach rapporte que Lenhossek a vu une phalange onguéale complètement détachée reprendre sa place; que Schopper a vu réunir deux phalangmes qui avaient été complètement séparées ; Braun cite même un tait de reunion d'un doigt entier qui avait été complètement sépare de la main (1). Je suis donc dispensé de rapporter ici les expériences que J Hunter et d'autres chirurgiens ont faites pour étabhr la possibilité des greflès animales, et on est autorisé, en bonne chirurgie, a tenter ces espèces de réunion, puisque d'ailleurs l'insuccès ne peut nuire.

Mai^s il ne faut pas manquer de noter, afin de ne pas trop espérer, que les exemples authentiques de greffe animale, soit sur 1 l^omme ■ soit sur les animaux, ne portent que sur des parties d un très petit volume et presque toujours très riches en vaisseaux

i»l««..ostic. - On conçoit que le diagnostic des P '^'es don Ij caractèL viennent d'être décrits n'a rien de dithcUe; les dilficultes

(1) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1837, l. VIII, p. 291.

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