PAR CONTUSION
ce qu'on peut reprocher à ces distinctions ; niais elles ont une importance pratique incontestable, et par elles les questions de pronostic sont plus facilement résolues. Cette distinction fait très bien ressortir l'erreur des personnes qui parlent de l'innocuité absolue des plaies sous-cutanées.
Terminaisons. — Dans toute contusion, il y a division d'un tissu et du sang mis hors de la circulation. Quelquefois il y a d'autres liquides infiltrés, des tissus irrités, frappés de mort, ou n'ayant presque plus aucun droit à la vie. Il faut donc qu'il s'opère un travail de réparation avec ou sans élimination. 11 est curieux et très instructif de suivre ces phénomènes dans les principaux degrés de la contusion. De noirâtre l'ecchymose devient violette, puis rouge , puis jaune; elle s'étend toujours plus et s'évanouit enfin. Le sang a subi une espèce d'analyse qui lui a facilité sa rentrée dans la circulation ; quelquefois l'absorption se fait avec une rapidité extrême et sans aucune apparence d'inflammation. La tumeur de l'articulation du pied , dont je parlerai bientôt, a disparu par un repos de vingt-quatre heures ; il n'y avait pas trace de coloration à la peau. Quand le sang est accumulé , même en assez grande quantité , c'est par d'autres procédés que la nature le fait disparaître : 1° la partie la plus liquide est résorbée ; la poche qui le contenait revient sur elle-même , et coiffe une masse fibrineuse que l'absorption fait plus tard disparaître; 2° le sang, au lieu de se concréter, se fluidifie en entier, et repasse ainsi dans la circulation ; 3" il sort de la poche , s'infiltre au loin comme pour se mettre en contact avec un plus grand nombre de bouches absorbantes, afin de hâter sa réintégration. Par ces trois procédés , la nature fait tout à fait disparaître le sang et opère une cure radicale. Mais les* choses ne se passent pas toujours ainsi , et le sang peut subir les transformations suivantes : 1" La fibrine disparaît; reste la sérosité, qui quelquefois s'épaissit plus ou moins; il se forme un kyste qui persiste : c'est la transformation séreuse. 2° Au milieu du caillot se forme du pus , ou tout le caillot subit cette transformation : c'est l'abcès sfm(??a» ou traumatique de Larrey. Ici l'infiammation , qui n'était pas encore manifestement intervenue, se révèle par un de ses résultats ordinaires. 3» Un kyste plus ou moins épais se forme; il renferme des grumeaux fibrineux ou des couches concentriques qui se laissent facilement écraser. Cette matière est grisâtre, plus ou moins jaune, mêlée de noir : c'est le contenu de certaines loupes qui se développent sur la rotule des dévots, sur les malléoles des tailleurs d'habits, sur les coudes des penseurs. Les corps cartilagineux des articulations, les corps libres des cavités séreuses , les conci'étions micacées , caséeuses fibro-cartilagineuses de la tunif|ue vaginale, cei-laines tumeurs de là matrice, de la prostate, ce qu'on a appelé cancer du placenta , car-
262 l'LAiES
tains polypes, ont été considérés dans ces derniers tem])s comme des produits du sang mis hors de la circulation par accident. M. Vclpeau, dans une thèse à la(iuelle cet article doit beaucoup , a apprécié avec • sagacité toutes ces transformations, qui d'ailleurs ont été la plupart étudiées par MM. Cruveilhier et Andral. De tels talents étaient dignes de féconder cette idée de J. Hunter, savoir, (lue le sang cxtravasé pouvait servir de germe à toutes sortes de dégénérescences. Si l'on réfléchit aux diverses modifications que le sang subit dans les vaisseaux, on ne sera pas étonné du nombre infini de celles qu'il offre, lorsqu'il en est sorti : aussi rien de plus varié que les résultats des dépôts sanguins- un tissu formé par un sang altéré sera nécessairement le siège d'une'nutrition anormale; de là l'origine d'une foule de dégénères-
CGîlCGS .
Quand la contusion est aux deux derniers degrés, c'est-à-dire quand la mortification existe, il y a nécessairement avec ou après des phénomènes analogues à ceux que je viens de décrire, et qui la plupart sont provoqués par la présence du sang, qui, d'ailleurs, nest pas toujours un corps étranger; d y a, dis-je, un travail d'élimination suscite par la partie mortifiée, l'escarre, laquelle est toujours un corps étranger, et tandis que les autres contusions, celles des deux premiers degrés, peuvent se terminer sans compromettre la peau, ici le tégument subira une solution de continuité consécutive pour compléter le travad d'élimination. Le procédé par lequel la nature sépare le mort du vit, et rejette l'escarre ou le séquestre, sera exposé aux articles Gangrené et Nécrose; en parlant des plaies suppurantes, d a été dit comment se réparaient les plaies qui étaient la conséquence de toute perte de
substance'. . , , » ^-^^o
»iag..«Ntic.- L'ecchymose, caractère principal des contusions
n'apparaît cependant pas toujours, ou bien elle ne se montre que fort tard et quelquefois loin de l'endroit frappé. Ces exceptions se remarquen quand les tissas lésés sont profondément situes e recouver s par mr plan aponévrotique. Des teintures artilic.e les jointes a des - ^Ires c,ui produisent du gonflement ont été emplo>.es parles ind vidus qui avaient intérêt à simuler des ecchymoses. Le lavage, le le nos et une surveillance .le peu de moments déjouent ces manœuvTes^ Ta !a i vne, qui pourrai! être confondue avec l'ecchymose, es^^de coulH grise rousse ou noire; ses limites sont nettement accus es Te P st nécessairement diffuse, elle est noirâtre, vio acee, et
in nCilunir La première présente une escarre .lure ou diK uente Ct rn' d on qui ressemlle à cette altération. D'ailleurs, le point lantienotnciifi qu nlus souvent le contraire qu on
gangrené est froid, in.sensible , cest i«. pius.uu>c observe quand il y a seulement ecchymose. .,.\u second degré, la contusion présente quelqueto.s des cncon
l'Ail CONTUSION. 'J6o
^tallces qui ont, daus un tenips, emijarrassé les praticiens : ce sont des bosses déprimées et molles au centre, dures à la circontérence, et olirant dans quelques cas un battement marqué. Ces bosses surviennent à la suite de coups portés sur des régions où le squelette est voisin de la peau doublée d'un tissu cellulaire dense. A la tête, elles ' ont simulé des enfoncements du crâne pour lesquels on allait se déciider à trépaner. A. Paré, Ruysch, et surtout J. -Louis Petit, ont bien . décrit ces bosses, et elles ne lrom])ent plus que les chirurgiens inatitentifs. Des tumeurs analogues se développent à la suite d'une contu- •sion dans le voisinage d'une articulation. Aujourd'hui, 5 mai 1836, j'ai, dans le service que je dirige par intérim à l'Hôtel-Dieu, un jeune homme qui a présenté au coté externe de l'articulation tibio-tarsienne iune tumeur grosse comme le poing, suite d'une chute; mais je l'ai I reconnue en développant par la palpation cette espèce de crépitation qui est produite par une boule de neige qu'on presse dans la main. iLa contusion, surtout la contusion indirecte par contre-coup, peut être d'un diagnostic très difficile. En effet, les parties extérieures des téguments peuvent n'offrir aucune altération, et cependant un or- -gane intérieur a beaucoup souffert. Une chute d'un cheval, sans lésion extérieure appréciable, a cependant causé la mort du cavalier, qui avait une rupture de la rate. Un coup de pied de mulet déchire un intestin sans que les parois abdominales paraissent endommagées. Si l'on n'est pas prévenu, on peut commettre de graves erreurs de pronostic. On peut juger un cas très léger ((ui, au fond, est un cas mortel. Ce sont surtout les contusions du cerveau qui donnent lieu aux erreurs les plus graves. Après que le malade est revenu d'un certain éblouissement, il se livre à ses occupations, et six ou huit jours après il est pris d'une cérébrite mortelle.
A*rouostic Tout ce que j'ai dit montre la nécessité de traiter
convenablement les contusions en apparence les plus légères, et d'être très l'éserv.! sur le pronostic, surtout quand les lésions sont profondes, qu'elles atteignent des viscères. Que de lésions organiques de la tète! de la poitrine et du ventre, cpii recomiaissent pour point de départ une contusion qui n'a pas ét('! traitén;!
Traiteiiieiil. — Les indications sont tracées par le court exposé ique j'ai déjà fait des effets de la contusion. La terminaison par absorption du sang extravasé étant la plus désirable, c'est celle qu'il convient de provoquer. On devra ensuite combattre l'inllammation si elle est trop mtense. Beaucoup de moyens ont été proposés : 1" Les toplcjnes dits 'Itscussifs, tels que l'eau salée, l'eau de-vie simple ou camphrée, l'eau blanche, l'hydrochlorale d'ammonia(]uo dans du vin rouge ou dans de l'eau avec du vinaigre scillitique, l'eau très froide, la glace, la neige. Il est inutile de dire que, pour la contusion, au premier degré,
ces moyens peuvent même être négligés. 2° La compression, méthodiquement faite, non seulement favorise l'absorption du sang, arrête celui qui coule des vaisseaux déoliirés, mais prévient et modère encore l'inflammation quand elle se déclare. Dans les campagnes du midi de la France ou ne traite pas autrement les bosses de la tête; on se sert pour comprimer d'une pièce de monnaie. 3° Les sangsues : on ne saurait trop les répéter, quand il y a contusion profonde avecépanchement considérable de sang, menace d'une violente réaction et lésion d'une glande ou d'un viscère; en privant les tissus sous-cutanés d'une grande quantité de sang, on les place dans les conditions les plus favorables à l'absorption. Je n'hésite pas à proclamer ceci : de toutes les maladies pour lesquelles on emploie les sangsues, la contusion est celle qui en retire le plus d'avantages, à" Les ventouses sont aussi indiquées, surtout si on les scarifie; mais elles sont loin de valoir les sangsues. 5" L'écrasement des tumeurs sanguines a été proposé depuis longtemps. Léveillé en parle, mais c'est Champion qui a le plus vanté ce moyen. On se propose de rompre la poche qui renferme le sang, pour lui faire occuper un plus large espace, afin de favoriser son absorption. M. Velpeau loue cette pratique ; elle a eu aussi l'approbation de A. Bérard, qui propose, pour parvenir au même but, des incisions sous-cutanées qui étendraient le foyer traumatique. Quand ce foyer est agrandi par rupture ou par incision sous-cutanée, il arrive ce que j'ai observé à la suite d'une rupture de la tunique vaginale dans un cas d'hydrocèle; la sérosité s'infiltra, disparut, et la guérison eut lieu. Un second cas vient de se présenter à mon observation; il en sera question plus tard. Mais pour les contusions, de deux choses l'une : ou les tumeurs sont petites et superficielles, et alors l'écrasement n'est pas d'une grande utilité, ou elles sont volumineuses et profondes, et ce moyen peut avoir de grands inconvénients. Les débridements internes de A. Bérard seraient donc préférables. 6° L'incision doit être employée quand on a la certitude qu'aucun vaisseau important ne donne encore; mais même alors doit-on, avant de l'employer, avoir tenté au moins les trois premiers moyens, les sangsues surtout. Quand on désespère de la résolution, et dans la cramte que les liquides accumulés ne suscitent une inflammation trop violente on incise sur plusieurs points au lieu de faire une large mcision.'Le foyer est à découvert, une plaie existe; il faut alors modifier le traitement d'après ces circonstances. Quand la peau du foyer est trop amincie, il vaut mieux faire des incisions multiples qu'une grande incision qui favoriserait le décollement.