DES VIRUS
d'une matière muco-purulente qui constitué le jetage. Il y a une autre maladie qui a la plus grande analogie avec la morve et dans laquelle ou n'observe pas le jetage ; cette maladie, c'est le farcin, qui paraît, d'après les recherches modernes, avoir le même principe que la morve, comme la pustule maligne est due au même virus que le charbon, puisque c'est dans cette dernière tumeur que le virus de la pustule maligne est puisé. Cette explication donnée, je vais dans quelques ligues tracer les caractères les plus saillants de la morve et du farcin chez les solipèdes ; je pourrai ensuite parler avec plus clarté de l'inoculation de la morve chez l'homme.
^ Morve chez les solipèdes.— r La morve proprement dite est caractérisée, chez les solipèdes, par des lésions qui se rapportent k l'appareil respiratoire. C'est une éruption constante dans les fosses nasales, moins fréquente sur le voile du palais et lepiglotte, et rare dans là trachée. L'ulcération est presque toujours la conséquence de cette éruption, et il y a écoulement par les narines d'un muco-pus. De ces ulcérations partent des traînées d'engorgements des vaisseaux lymphatiques qui aboutissent aux ganglions maxillaires, lesquels s'engorgent. L'autopsie dévoile de plus des pneumonies lobulaires, des dépôts purulents, des abcès multiples comme ceux de l'infection purulente ou des amas d'une matière plastique dans les poumons ou sous les plèvres.
2° Lefarcin,ou l'autre forme de la morve est plus particulièrement accusée par des lésions des vaisseaux et ganglions lymphatiques et du tégument externe. Ainsi on remarque des espèces de cordes, des plaques, ou des boutons de la peau; ces diverses formes de l'engorgement lymphatique se terminent par la suppuration ou un ramollissement, dont la conséquence est encore l'ulcération. Il y a aussi des oblitérations des veines superficielles.
La morve et le farcin peuvent être aigus ou chroniques. Le farcin • se montre surtout à l'état chronique; quand il est aigu , il est presque : toujours compliqué de la morve. C'est sous la forme aiguë qu'on voit : apparaître les symptômes généraux qui se rapportent aux alTections ! putrides, et les caractères extérieurs qui sont une combinaison de 1 gangrène et de scorbut.
Morve CHEZ l'homme. - Je n'exposerai pas les diverses formes de la morve et du larcin ; je décrirai seulement la morve aiguë , parce que cest la plus fréquente, et qu'elle peut exister indépendamment des :autres affections morveuses; elle les complique souvent, et leur sert généralement de terminaison. Eu effet, c'est la morve aiguë qui vient ordmairement tuer le malade alfecté de morve chroni(iue , de farcin aigu ou chronicpie.
f 'ailles. — Le virus do l'inoculation est surtout contenu dans le
jetagc. Il réside encore dans l'humeur des boulons de la peau , dans le pus des abcès des poumons , et môme dans le sang. On a , en elïel, communiqué la morve à des chevaux bien poi'tants par injection dans leui's veines du sang appartenant à un animal aOecté de la morve aiguë. Cette expérience d'ailleurs ne prouve pas d'une manière complète la possibilité d'inoculer de la même manière la morve à l'homme.
On doit être prévenu que le virus conserve sa transmissibilité, même après la mort de l'individu. Les cadavres peuvent donc transmettre la morve. On a constaté aussi que la matière du jetage desséchée à l'air libre , et même conservée pendant un mois et demi , après avoir été délayée dans l'eau distillée, a pu être inoculée avec succès sur des animaux bien portants qui ont eu le larcin aigu par le fait de cette inoculation. Ces expériences prouvent en même temps, et la force du virus de la morve, et l'identité, quant au fond, entre la morve et le farcin ; elles prouvent encore l'analogie de ce virus venimeux avec celui du charbon, qui peut être conservé très longtemps ; on sait que des peaux très anciennes, et utilisées pour les usages domestiques, peuvent encore transmettre la tumeur charbonneuse appelée pustule maligne.
Les circonstances , les lésions par lesquelles l'inoculation de la morve du cheval à l'homme s'opère , ressemblent assez à celles qui favorisent l'inoculation des sucs cadavériques dont il a déjà été question : ainsi c'est par une coupure ou une déchirure produite par un fragment d'os d'un cheval dont on a fait l'autopsie; quelquefois les mains d'un vétérinaire portant des crevasses, des excoriations, sont plongées dans des liquides auxquels est mêlé le virus. Les palefreniers qui bouchonnent les chevaux avec de la paille sont exposés à voir des brins s'introduire sous les ongles , d'où une porte ouverte à l'inoculation. En portant les doigts dans les narines des chevaux, pour enlever des croûtes ou y introduire des médicaments, on peut prendre la morve. Le virus peut être absorbé par les muqueuses avec ou sans entamures. Ainsi , un individu qui buvait au seau servant à l'abreuvage des chevaux infectés, a été pris de la morve. D'autres l'ont contractée en se servant du mouchoir avec lequel ils avaient essuyé les naseaux des chevaux infectés. Enfin , il est des sujets qui ont élé infectés et non inoculés, et cela en couchant dans des écuries mal tenues, encombrées et logeant des chevaux morveux.
Syiiiptoiiies , luarclie , terminaison. — L'invasion est mar^ quée par des symptômes locaux qui peuvent être rapportés, soit à une angioleucite, soit h une phlébite, soit à un phlegmon simple ou érysipélateux. On peut dire, d'une manière générale , que la blessure par laquelle se fait l'inoculation est rarement guérie avant que les phéno-