DES VIRUS
iii(!nes locaux inflammatoires aient pris tout leui développement; d'autre part, les désordres qui annoncent l'infection générale et la morve bien confirmée ne se font pas attendre plus d'une semaine api^ès l'apparition des symptômes d'angioleucite ou de phlébite. Le début ressemble donc au début des affections dues à l'absorption acciden telle d'un poison morbide qui a altéré le sang. Les symptômes de l'invasion sont plus variés quand la morve aiguë est due à l'infection et non à l'inoculation. Ce sera l'ensemble des symptômes généraux qui signalera le début des phiegmasies, ou bien on observera des phénomènes typhoïdes. Mais voici le cas le plus ordinaire : douleurs arthritiques ou musculaires qui ressemblent plus ou moins , suivant leur siège et d'autres circonstances, au rhumatisme (cette circonstance doit être notée avec soin, car elle peut causer beaucoup de méprises); bientôt on peut constater , sur divers points du corps, des tumeurs dont les unes sont molles d'emblée, les autres le deviennent peu à peu et sont fluctuantes, ou bien surviennent des abcès qui passent à l'état gangréneux, ou disparaissent tout à coup. Sur les membres ou sur la face apparaît un érysipèle : quand c'est à la face, c'est par le nez ou les joues que débitte l'érysipèle , qui, de là , se rend aux paupières et au front. Au point de départ sont une pustule, une phlyctène, un tubercule de la peau. Des vésicules, des bulles, des taches violacées, se répandent souvent sur la surface érysipélateuse , et se transforment bientôt en autant de plaques frappées de gangrène. Le pouls, fréquent, est déjà moins fort et moins développé; langue rouge à la pointe, saburrale à la base; diarrhée ordinairement fétide; respiration accélérée, voix nasonnée. L'air semble trouver des obstacles dans les fosses nasales. Toux rare et brève par intervalles. L'auscultation décèle des râles muqueux ou sibilants dans la poitrine.
Des tumeurs , des pustules ou de simples taches rouges , ayant une tendance manifeste vers la terminaison par gangrène , se remarquent sur d'autres parties du corps ; un muco-pus jaunâtre, mêlé de stries sanguinolentes, flue par les narines. Des pressentiments funestes assiègent le malade, et un délire plus ou moins prononcé a lieu. La faiblesse va toujours en augmentant. La face est profondéi,nent altérée; respiration stertoreuse ; expectoration de crachats quelquefois semblables à ceux de la pneumonie. Le pouls se concentre, se déprime et est fréquent; selles de plus en plus Tiombreuses et fétides; abcès superficiels et profonds; pustules cutanées devenant toujours plus nombreuses. Si la gangrène s'est emparée de la face, elle marche avec rapidité, dévore tout un côté, d'où une déformation et une expression repoussantes: aux membres, ses progrès sont moins prompts ; mais sous les escarres sont do vastes collections de pus. Tous les symptômes généraux et locaux d'une rapide décomposition se manifes-
tent, et le malade expire ordinairement le quinzième jour , exhalant, avant la mort , l'odeur de la plus complète corruption.
Uiagiiosfic. — Après la lecture de la plupart des écrits sur la morve , je suis resté convaincu que certaines affections morveuses ont été prises pour des affections charbonneuses , et cela quand on a parlé de plusieurs charbons. Le tableau , quoique restreint, que je viens de présenter, offre des traits qui font ressembler la morve aux autres maladies par infection du sang : ainsi l'infection purulente , ainsi la lymphite par inoculation de sucs cadavériques. La phlébite et la lymphite donnent lieu à certains phénomènes généraux et locaux qui ressemblent à ceux de la morve; mais ici l'état putride est beaucoup plus prononcé, et la gangrène est pour ainsi dire obligée : en effet , on la trouve toujours avec l'ulcération ; tandis que , dans les autres affections que j'ai citées, elle est exceptionnelle. D'ailleurs l'inoculation à un solipède reproduit sur lui la morve, tandis que cela n'a pas lieu pour les autres maladies qu'on peut comparer à cette terrible maladie. La morve ne peut être confondue avec le rhumatisme que dans le début , et la fièvre typhoïde , dans son commencement , se signale par des étourdissements , des tintements d'oreille , et ensuite par des taches lenticulaires , des sudamina, qui la caractérisent assez poui' ne pas être confondue avec la morve.
Pronostic. — Le pronostic est des plus graves; on peut même dire que la morve aiguë chez l'homme est toujours mortelle.
Anatosuie itatitologiqvie. — Ce sont surtout les lésions des pièces profondes de l'appareil respiratoire que je vais faire connaître. La muqueuse des fosses nasales est hérissée de petits boutons miliaires taillés la plupart par des ulcérations.
Injection des bronches , qui sont rouges ; aux poumons , on trouve des espèces de pétéchies, des ecchymoses, des pustules immédiatement sous les plèvres qu'on attribue à des dépôts de lymphe plastique ou de pus. Dans le parenchyme même , on constate des indurations partielles ; elles sont plus nombreuses à la surface que dans le sein même des poumons : leur volume est depuis celui d'un pois jusqu'à celui d'une noix. Ces noyaux sont arrondis ou taillés à facettes; leur couleur est, ou brune, ou grisâtre, ou infdtrée de pus. Ce sont des pneumonies lobulaires à divers degrés d'évolution. On trouve encore des abcès qui ont les caractères de ceux qu'on appelle métastatiques; enfin il y a aussi, dans le tissu pulmonaire, des noyaux bleuâtres qui ont de l'analogie avec des foyers apoplectiques. Le tissu pulmonaire qui entoure ces lésions est plus ou moins engorgé; la plèvre est enflammée , et il y a des adhérences entre les deux feuillets de cette séreuse.
Tralieiueiit. — Tout ce que je viens de dire a laissé pressentir
le peu de fond qu'il y a à faire sur la thérapeutique quand la morve est déclarée. Ici les conseils de l'hygiène doivent surtout être écoutés afin d'éviter une si terrible inoculation. Dès qu'une plaie est produite par des instruments ou par des objets chargés de pus, de sang , ou d'une humeur provenant d'animaux morveux ou farcineux , il faut la considérer comme une plaie empoisonnée etla traiter comme telle. On la débridera, on fera l'extraction des brins de paille, des fragments d'os , des autres corps étrangers engagés dans nos tissus. La solution de continuité sera ensuite lavée à grande eau ; on exercera la compression , comme jè l'ai déjà dit , afin de diriger le sang vers la surface trauraatique , qui sera essuyée et cautérisée , soit avec un pinceau chargé de nitrate acide de mercure ou de tout autre caustique. On préférera cependant la pâte de Vienne , ou mieux le fer rouge. J'ai dit, en parlant des causes , que le virus morveux pouvait exercer son influence par son seul contact sur les muqueuses. Il faut donc proscrire la succion. Il est évident que ces moyens ne préviendront pas le développement des phénomènes inflammatoires , il en est même qui doivent provoquer une réaction assez vive. On espère surtout détruire surplace, parla cautérisation, la matière virulente pour réduire la solution de continuité à un état simple. Quant au traitement général, c'est le même que celui qui peut être conseillé pour toutes les altérations profondes du sang. L'iodurc de potassium ayant une action élective pour les cavités nasales, je serais très porté à l'employer à haute dose.