OR XX ÉLOGE" DE VIDAL (DE CASSIS
ques jours, C'est-à-dire au moment où la constitution est déjà infectée.
Il à fallu, messieurs, une vigueur d'esprit peu commune pour résister à l'argumentation de M. Ricord, et ne pas se laisser séduire par une erreur en faveur de laquelle militait une dialectique dont la puissance est encore mieux appréciée, depuis que des expériences faites à l'hôpital Saint-Louis (1) ont permis de reconnaître ce qu'il à fallu de ressources dans l'esprit pour faire vivre si longtemps des idées qui ne reposaient que sur la fausse interprétation d’une expérience.
Sur quoi, en effet, s’est-on fondé pour dire qu’en cautérisant avant le cinquième jour on met le malade à l'abri d’une infection générale ? Sur l’inoculation du pus provenant des chancres mous, puisque, pour être efficace, la cautérisation devait être pratiquée avant que l’ulcération eût revêtu les caractères du chancre induré (2).
Or, M. Ricord admet lui-même aujourd’hui que cette espèce d'ulcération n’est jamais suivie d'accidents secondaires.
Vidal comprenait que cette opinion sur l’innocuité d’un chancre cautérisé, ainsi que beaucoup d’autres, ne resterait pas longtemps debout, le jour où quelqu'un oserait la soumettre à l'épreuve de l’inoculation pratiquée sur des sujets sains ; mais, indulgent pour les convictions de ses confrères, il était d’une grande sévérité pour lui. « Ilest, dit-il (3), des pratiques qu’on nesuit pas et que l’on blâme : ce sont celles qui sont essentiellement mauvaises. Il en est que l’on ne suit pas, mais on ne blâme pas pour cela ceux qui les suivent, parce qu'elles ont en leur faveur des faits et des autorités incontestables. »
Avec cette morale, il ne pouvait pas recourir, pour renverser un système qu'il croyait erroné de tous points, à une arme qu’il eût trouvée déloyale entre ses mains. À l'exception d’une inoculation de plaques muqueuses qu’un jeune médecin se fit faire par lui, Vidal ne combattit qu'avec les ressources qu'il trouvait dans l'observation des faits cliniques, et son argumentation avait déjà fortement ébranlé le système de ses adversaires, lorsque des expériences et de nouvelles observations sont venues lui porter le dernier COUP.
Vidal ayant été longtemps méconnu par les partisans de la doctrine de l'hôpital du Midi, qui ne voyaient en lui qu’un entêté refusant d’ouvrir les yeux à la lumière, il convient, ce me semble, de continuer à rapprocher les idées professées par M. Ricord pendant vingt-cinq ans de celles qui tendent chaque jour à s’infiltrer dans la jeunesse médicale qui a tant contribué au succès de la doctrine de l’inoculation.
Le système de l’hôpital du Midi repose sur ce double axiome: Tout chancre
(4) Rapport de M. Gibert (Bulletin de l’Académie de médecine, Paris, 1859, t. XXIV, p. 888). *
(2) Ricord, Trailé pratique de l'inoculation, p. 93,
(3) Des indications et des contre-indications en médecine opéraloire.
ÉLOGE DE VIDAL (DE CASSIS). XXI qui n’est pas arrivé à la période de réparation est inoculable ; toute ulcération qui n'est pas inoculable à la période de progrès n’est pas un chancre.
Cela étant admis, l'argumentation était facile : du pus étant donné, si par l’inoculation il produisait une pustule d’ecthyma, on concluait qu’il provenait d’une ulcération de nature à donner lieu aux accidents constitutionnels.
C’est avec cet axiome que l'on imposa silence aux médecins qui persistaient à vouloir que la blennorrhagie fût un accident sypbilitique; aux observations de blennorrhagies suivies d'accidents constitutionnels on objectait, en effet, que le pus provenant de l’urèthre n'avait pas été inoculé. Si vous l’aviez inoculé, disait-on, il eût donné lieu à la pustule caractéristique, et
“vous eût ainsi prouvé qu'il y avait là deux choses : une blennorrhagie et un
chancre infectant. Des chancres ayant été découverts dans l’urèthre, la vic-
toire parut complète !
N'’allez pas croire, messieurs, que je veuille soutenir l'identité du chancre et de la blennorrhagie. Je crois bien qu'il y a une certaine parenté plus ou moins éloignée entre ces accidents ; mais on n’a point encore à me reprocher d’avoir appliqué à l’un le traitement de l’autre. J'ai seulement voulu rappeler combien était puissante l’arme avec laquelle on combattait, et les conséquences que l’on tirait de la théorie de l’inoculabilité des accidents primitifs de la syphilis.
En dehors du chancre, point d’inoculation ; en dehors de l’inoculation, point de vérole ; en dehors de la cautérisation avant le cinquième jour, point de salut!
Cette doctrine était trop simple pour ne pas séduire, Aussi Vidal, avec M. Cazenave, et quelques autres en petit nombre, furent-ils les seuls dissidents, jusqu’au moment où une observation plus attentive vint démontrer que le chancre induré n’est jamais inoculable sur le malade qui en est affecté ! Il y a encore aujourd’hui beaucoup d’anciens élèves de l’hôpital du Midi qui tressaillent de surprise et d’indignation quand ils entendent émettre une pareille proposition ; ils ne peuvent pas croire que la science en soit venue là, et pourtant, d’après M. Ricord lui-même, ce n'est qu’exceptionnellement que le pus des chancres indurés est inoculable.
Cet aveu anéantit toute l'argumentation qui reposait sur l’inoculabilité ; la pierre de touche fait défaut ; l'arme avec laquelle on avait porté de si rudes coups se trouve brisée. La grande lumière projetée par le système de l’inoculation n’a plus aujourd'hui que l'éclat d'un feu follet qui ne pourrait qu'égarer au lieu de guider ceux qui compteraient encore sur cette lueur pour arriver à la vérité.
On peut faire à Vidal le reproche de ne pas avoir eu assez de foi dans les idées nouvelles. 11 eût été bien plus fort dans la lutte si, s'emparant de l'opinion dans laquelle les chancres non infectants seraient seuls inoculables, il