‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoireChapitre 9 sur 266 · AVIIE ÉLOGE DE VIDAL (DE CASSIS · texte numérisé non relu

AVIIE ÉLOGE DE VIDAL (DE CASSIS

conservé à la thérapeutique, et j'ai même désigné plusieurs inventeurs contemporains, le tout pour avoir la paix, et je n’ai pas réussi. »

Vous le voyez, messieurs, Vidal, qui, comme chirurgien d'hôpital, n'eut guère à pratiquer des opérations que sur les organes génitaux, a montré, comme opérateur, un esprit inventiféqui nous dit assez qu'il eût rendu de grands services à la chirurgie s’il n'avait pas consacré sa vie à l'étude des maladies vénériennes.

Beaucoup de chirurgiens prétendent au titre de praticien habile sans avoir fait autant que lui pour la pratique des opérations, et pourtant, en Île représentant ainsi, on donnerait de sa vie une fausse idée. C’est surtout comme auteur d’un Traité de pathologie externe et de médecine opératoire qu'il avait acquis de la renommée, lorsque parut, en 1853, son 7'raité des maladies vénériennes. Le premier de ces ouvrages a été apprécié par M. Marchal (de Calvi) en quelques lignes que je vous demande là peruwnission de reproduire ici : « Bientôt, dit M. Marchal (1), de cette plume que quelques-uns avaient peut-être jugée légère, on vit sortir cinq grands volumes de haute science, tout un immense Zraité de pathologie externe et de médecine opératoire. Le journaliste devenait tout, à coup un classique. Quatre éditions de ce grand ouvrage, qui ont porté le nom de l’auteur jusqu'aux limites du monde civilisé, prouvent du reste combien ce livre répondait aux besoins de notre époque.

» Vidal, lorsqu'il écrivit son Traité, n'avait pas beaucoup fait par luimême ; mais il était riche de l'expérience des autres, dont il avait suivi la pratique dans tous les hôpitaux de Paris, et il avait beaucoup étudié. Aussi, sans faire oublier le livre de Boyer, monument HNPOr EMA de sage pratique chirurgicale, son ouvrage passa dans toutes les mains à titre de livre d’initiation ou de livre courant, comprenant le vaste tableau de la chirurgie au point où elle est parvenue aujourd’hui, tracé par un homme familiarisé avec les procédés de la philosophie scientifique. Vidal était actuel, Boyer devenait historique. Quand on parle du Traité de Vidal, il faudrait presque dire les Traités, car celui des dernières éditions est, à proprement parler, un livre nouveau, tellement l’auteur le remania et y ajouta; on est étonné d’un tel travail en si peu d'années, et l’on se demande comment une or ganisation, re minée dès la jeunesse par un mal profond, à pu y suflire. » |

J'ajouterai que ce livre se recommande par la solidité du raisonnement, | par une érudition qui atteint son but, par la clarté de l'exposition aussi bien que par la sagesse de la méthode qui a présidé à sa rédaction. +

J'ai hâte, messieurs, d'arriver au livre que Vidal a le plus travaillé, et sur x lequel il a surtout compté pour passer à la postérité : son 7raité des mal. dies vénériennes est merveilleusement conçu ; écrit d’un style précis, € air, et d’une élégance sans prétention, il n’est pas moins remarquable par la jus-

(1) Discours prononcés sui la tombe de Vidal, p. 13.

ÉLOGE DE VIDAL (DE CASSIS). XIX tesse de ses appréciations que par la conviction qui les a dictées. Pour justifier cette dernière assertion, je ne peux me dispenser de rappeler quelques-unes des idées auxquelles il attachait le plus d'importance, et au sujet desquelles il était en dissidence avec la plupart des syphilographes (4).

: Après avoir longtemps étudié les maladies syphilitiques, il avait acquis la conviction que les idées professées à l'hôpital du Midi étaient comme un échafaudage qui s’écroulerait dès que l’on toucherait à sa base. Avec cette croyance, il voulut se fixer à l'hôpital des Vénériens, persuadé, disait-il, qu'il suffirait de dire le contraire de son collègue pour être sûr de professer la vérité. Par cette détermination, il se créa une vie de lutte dans laquelle il ne devait pas trouver tout de suite la satisfaction d’amour-propre sur laquelle il avait sans doute compté. e * Le collègue dont il attaquait les idées avait une immense popularité, qui s'appuyait sur des études sérieuses, sur une grande imagination, sur une finesse remarquable à se préparer des moyens de défense, des fins de nonrecevoir, et, par-dessus tout, sur l’art de séduire par ses manières avenantes toutes les personnes, riches ou pauvres, jeunes ou vieilles, qui avaient des relations avec lui.

Vidal n’avait pas toutes ces qualités : il ne cherchait point à séduire les élèves qui suivaient ses leçons, il se contentait de développer ses idées devant eux, frondant ses adversaires, raillant malicieusement ses contradicteurs, comptant sur l'avenir pour avoir raison, mais pourtant souffrant que sa voix n'eût pas assez de retentissement pour étouffer celle de son collègue.

Si nous nous arrêtons un instant sur quelques-uns des sujets les plus intéressants des contestations de Vidal et de M. Ricord, nous comprendrons Pintérêt que l’un et l’autre devaient y attacher.

S'appuyant sur l’inoculation, M. Ricord professait que, depuis le moment où le pus du chancre est déposé sur une membrane muqueuse ou au-dessous de Pépiderme, il y a une série non interrompue de phénomènes jusqu’à la réparation complète de l’ulcération. Il pensait, en outre, que l’action du pus inoculé reste locale jusqu’au quatrième ou cinquième jour. On comprend

- l’importance d’une pareille proposition. C'était là une des lors de l'hôpital . du Midi. D’après cette manière de voir, en détruisant le chancre par la cautérisation trois jours après son apparition, le sujet contaminé devait être à abri des accidents constitutionnels.

-Widal n'admit pas cette opinion. Il se rangea tout de suite sous la bannière e Hunter, pour qui l’incubation était un fait incontestable. Repoussant les nnnées de l’expérimentation, il s’appuya sur les faits cliniques et les lois

rales qui régissent le développement des maladies virulentes, pour enir que le chancre n'apparaît jamais qu'après une incubation de quel-

(1) Diday, Exposition critique et pratique des nouvelles doctrines sur la syphilis. Paris, 1858, in-18.

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