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I. — INOCULATION DES POISONS

Dans les pays civilisés, les poisons appartenant aux règnes minéral et végétal ne sont introduits par les plaies que sur des animaux, dans le but de connaître exactement les effets toxiques. Je n'ai donc guère à m'occuper de l'inoculation de ces poisons proprement dits. Mais considérant le suc cadavérique comme un poison, j'en dirai quelques mots, après avoir exposé les conclusions auxquelles on est arrivé en inoculant sur les animaux les poisons proprement dits. Ges données d’ailleurs serviront à éclairer l'histoire de toutes les plaies avec inoculation.

Les expériences autorisent les conclusions que voici : beaucoup de poisons, appliqués sur la peau ulcérée ou introduits dans une solution de continuité récente, produisent des effets toxiques souvent égaux et quelquefois supérieurs à ceux qui résultent de l’ingestion de ces mêmes substances dans l’estomac. Les agents toxiques ne produisent quelquefois que des effets locaux qui sont l’action directe exercée par le poison sur la partie qu’il touche; s’il se déclare alors quelques phénomènes sympathiques, on peut les rattacher aux désordres locaux. L'absorption de la substance vénéneuse n'a pas lieu: Quand elle s'effectue, sans que la plaie soit influencée d’une manière notable par la présence du poison, éclatent plus ou moins rapidement des troubles dans les fonctions des principaux viscères. Il est plus ordinaire qu'aux phénomènes locaux se joignent les phénomènes généraux; les premiers sont la conséquence de l'action directe du poison, les autres dépendent de son ab= sorption. Les accidents généraux sont plus marqués si le poison est à l'état de dissolution que quand il est solide. Cependant lempoisonnement peut encore s'effectuer même avec un poison insoluble ou peu soluble; lacide arsénieux en poudre en fournit des exemples : ici les effets sont en raison directe de la concentration du poison, quand ils sont seulement locaux. La rapidité et la sûreté de lempoisonnement sont en rapport avec la quantité de veines et de vaisseaux lymphatiques de la région qui est le théâtre de la plaie empoisonnée.

INOCULATION DES SUCS CADAVÉRIQUES. — Les dissections, les recherches d'anatomie pathologique, exposent à des coupures, à des piqûres, à des déchirures de la main, des doigts : ce sont les ciseaux, le bistouri, une érigne, une aiguille, une scie, une pointe d'os, qui, chargés de sucs cada= vériques, inoculent le médecin. Il arrive aussi à l’anatomiste de plonger dans les cavités remplies de ces liquides des mains avec de petites plaies, des écorchures, dont on ignore l'existence ou qu'on néglige. En général, ces lésions sont à peine suivies d'accidents : un bouton inflammatoire qui fournit quelques gouttes de pus constitue tout le mal. Quelquefois même les plaies ne sont pas inoculées, elles guérissent comme les autres; d’autres fois il y a inoculation avec toutes ses conséquences. On demande la cause de cette différence, C’est comme si l'on demandait la cause qui fait que les individus qui

AVEC INOCGULATION. 289 voient une femme gâtée subissent l’inoculation vénérienne, tandis que d’autres qui ont puisé à la même source y échappent. Évidemment les prédispositions jouent ici un grand rôle : en effet, il est des personnes qui se blessent journellement dans leurs dissections sans qu'il en résulte jamais rien de fàcheux, tandis que d’autres peuvent à peine s’exposer à la plaie la plus légère sans qu'il s’ensuive des accidents plus où moins graves. La matière inoculée sera prise en considération, et l'espèce de cadavre doit avoir quelque influence sur les résultats : il en est en effet qui portent en eux un principe très malfaisant. ILest remarquable que ce ne sont pas, comme on pourrait le croire, les cadavres très avancés en putréfaction qui exposent aux plus grands dangers. Il semble prouvé, au contraire, du moins cela ressort de quelques observations, que la majorité des blessures qui ont causé des accidents ou entraîné la mort ont précisément été dues à des dissections de cadavres frais et à la suite d’une mort par affections inflammatoires avec sécrétion abondante de liquides dans les cavités thoraciques et surtout abdominales. Cette circonstance a tellement préoccupé B. Travers, qu'il a agité la question de savoir si la putréfaction elle-même ne neutralisait pas une matière septique particulière qui se formerait au moment de la mort.

Symptômes. — Les premiers symptômes sont ceux du phlegmon diffus dont il sera question plus tard. Les autres expressions symptomatiques se présentent sous deux formes différentes : tantôt elles dépendent de la réaction inflammatoire; tantôt, au contraire, elles éclatent d’abord avec un caractère d'extrême gravité; on dirait le groupe de symptômes qu'on appelle fièvre typhoïde : il y a faiblesse, prostration, douleurs contusives aux membres, dyspnée, vomissements ou évacuations alvines très fétides ; céphalalgie, assoupissement, délire, fièvre intense, pouls petit, serré. C’est alors que les troubles généraux précèdent souvent les progrès de laffection locale; du moins ces troubles ne sont pas en rapport avec l'intensité des lésions locales. Quand la réaction locale est prononcée, on peut admettre que la substance vénéneuse agit comme un irritant ordinaire; mais la seconde forme indique évidemment l’inoculation avec absorption du poison qui à agi sur tout l'organisme.

Pronostie. — Il est facile de comprendre que la seconde forme est infipiment plus grave que la première. Travers à recueilli un grand nombre d'observations qui prouvent que huit blessures se sont terminées par la mort, le vingt-deuxième jour, le quatorzième, le onzième, le dixième, et même une fois quarante heures après le début des accidents. Ce chirurgien avance que dans le cas où l’inoculation est complète, c’est-à-dire générale, la guérison est d’un malade sur sept; tandis que, si la maladie se borne à une inflammation du tissu cellulaire, des lymphatiques, ou même des veines du membre, n’y à qu'un mort sur vingt blessés.

Il faut, quand on s’est blessé en disséquant, presser fortement la partie entre la plaie et le cœur, c’est-à-dire dans la direction du sang artériel, pour exprimer le sang, le faire sortir par la blessure qui

Traitement.

Le

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est tenue sous un jet d'eau fraîche. Cette manœuvre sera longtemps conti: nuée, et on pansera ensuite avec de l’eau alumineuse. Les cautérisations avec le nitrate d'argent, qu’on a prodiguées, sont généralement rejetées au jourd'hui; car, pour être rationnelles, elles devraient pénétrer jusqu’au fond de la plaie, et dans certains cas de piqûre, elles pourraient avoir dé graves inconvénients, faire naître une inflammation intense de la partie blessée. M. Monod à eu raison d’insister pour blâmer cette pratique. L'inflammation locale sera traitée par des émissions sanguines, des fomentations, des cata= plasmes émollients où narcotiques. D'ailleurs, quand il sera question du phlegmon, de l'angioleucite, de la phlébite, je donnerai le détail de ce traites ment. Quand ont éclaté les accidents généraux attribués à l'absorption du sue cadavérique, il serait imprudent de continuer l'emploi des antiphlogistiques, surtout les saignées. Il faudrait pour cela des indications spéciales puisées dans le tempérament du sujet, ainsi que dans la forme inflammatoire des symptômes. Dans la grande majorité des cas, les toniques doivent être préférés.

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