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IT. — INOCULATION DES VENINS

Je traiterai seulement du venin de l'abeille, de la vipère et du crotale.

À. ABEILLES. — Ces insectes traversent la pean avec leur dard, qu'ils laissent dans la plaie si on les chasse brusquement. La piqûre est caractérisée par une douleur vive et brûlante, une tumeur, ou pour mieux dire une élevure de la peau qui est ronde, dure et circonscrite, une auréole érysipélateuse où une rougeur diffuse. La piqûre du frelon présente ces caractères au plus haut degré. Cependant ces symptômes disparaissent bientôt, et il reste seulement l’élevure, qui pâlit et disparaît plus tard. Aucun mouvement fébrile n'accompagne ces petites plaies, quand elles sont uniques et qu'elles n'atteignent pas des tissus très sensibles. Mais si des essaims de ces insectes fondent sur un enfant et attaquent les yeux, la bouche, il peut être exposé à de graves dangers. Un jardinier de Nancy porta à la bouche une pomme dans laquelle une guêpe s’était cachée; elle piqua le palais; de Rà gonflement considérable, interruption de la respiration, mort dans l’espace de quelques heures. C’est probablement dans un de ses irop rares moments de gaieté que Dupuytren à laissé dire, dans un livre sur les g/aies par armes de guerre, la mésaventure des Groisés qui assiégeaient Massa. Les assiégés auraient fait assaillir les assiégeants par des bataillons d’abeilles. Ils précipitèrent du haut des brèches des ruches qui en temps de paix faisaient leur richesse. Les soldats, dit Dupuytren, furent gravement incommodés par ce nouveau genre d’ennemis!

Presque toujours les lotions froides, les embrocations huileuses guérissent ces piqûres. Si elles ont été nombreuses sur un jeune sujet, on peut faire une petite saignée et administrer à l’intérieur quelques gouttes d’ammoniaque étendues dans une infusion diaphorétique.

D, SERPENTS VENIMEUX. — Les serpents venimeux ont une glande parti-

AVEC INOCULATION. 291 culière sur chaque côté de la tête ; cet organe verse au dehors le venin par un conduit aboutissant à une des dents de la mâchoire supérieure dont la conformation est particulière. La glande est placée sous chaque crotaphite, de manière à être comprimée par la contraction musculaire. Les deux dents qui doivent porter le venin et l’inoculer sont plus grandes que les autres (voy. la fig. 98); tantôt elles sont percées d’un canal, et tantôt seulement creusées d'un sillon ; mais dans l’un et dans l’autre cas, le conduit qu'elles présentent est en communication avec le canal excréteur de la glande venimeuse. Le venin est un poison plus ow moins violent selon l'espèce de serpent. Il n'est ni âcre ni brûlant, ne produit sur la langue qu’une sensation analogue à celle d’une matière grasse ; il peut être avalé impunément ; mais, introduit en certaine quantité dans une plaie, il donne lieu à des effets que je vais indiquer. Les serpents venimeux ont ces dents ou crochets immobiles ou mobiles. Ceux qui ont les crochets mobiles sont les plus redoutables. Je vais ésquisser l’histoire des espèces qu'il importe le plus de connaître.

SERPENTS A CROCHETS VENIMEUX MOBILES. — Ces crochets, situés sur le devant de la bouche, sont isolés, très aigus et percés d'un petit canal qui aboutit près de leur extrémité (dans la figure de la tête du serpent à sonnettes (fig. 98), on verra un de ces crochets). Ils sont fixés sur des os maxillaires très petits, et ces os, portés sur un long pédicule, sont très mobiles ; de sorte que, lorsque l'animal ne veut pas se servir des crochets, il les reploie en arrière pour les cacher dans un repli de la gencive. Quand il veut mordre, il les redresse. I y a une de ces longues dents de chaque côté, et derrière chacune d’elles sont déposés plusieurs germes en disponibilité; ils doivent remplacer la dent qui se cassera dans une lutte. Les maxillaires ne portent pas d’autres dents, et, par conséquent, on ne voit dans le haut de la bouche que les deux rangées de dents palatines, au lieu de quatre rangées comme dans les couleuvres. Tous ceux dont on connaît bien la reproduction sont ovo-vivipares, c’est-à-dire font des petits vivants, parce que leurs œufs éclosent avant d’avoir été pondus. De là le nom de vipères, contraction de vivipares, donné à la plupart d’entre eux.

Je place ici le profil de la tête d’un serpent à sonnettes comme type de l’espèce à crochets mobiles (fig. 98). La lettre & indique la glande qui sécrète le venin ; , dent à crochet cannelé dans lequel est versé le venin ; €, élévateur de la mâchoire ; dd, glandes salivaires qui bordent les mâchoires.

VIPÈREs. — Les vipères diffèrent des autres serpents venimeux par l'absence de fossettes derrière les narines. La plupart ont été souvent confondues avec les couleuvres, à cause de leurs plaques subcaudales doubles, et quelques-unes ont la tête garnie de grandes plaques comme ces dernières. Mais

292 PLAIES chez presque toutes les vipères, la tête est recouverte d’écailles imbriquées ou granulées.

La vipére commune se trouve dans toutes les parties chaudes et tempérées de l'Europe. Elle présente le dernier caractère que je viens d’indiquer ; sa taille dépasse rarement deux pieds, et elle est en général brune, avec une double rangée de taches transversales noires sur le dos et une rangée sur chaque flanc. Mais souvent ces taches s'unissent pour former des bandes ployées en zigzag, et l’on retrouve des individus presque entièrement noirs. C’est une de ces vipères que l’on nomme quelquefois dans nos environs l’aspec. Il ne faut pas la confondre avec le véritable aspic des anciens, qui n’est autre que le crotale naja. La vipère commune habite les cantons boisés, montueux et pierreux. On la retrouve principalement sur la lisière des taillis secs, et elle était devenue très commune dans la forêt de Fontainebleau. La vipère fait des plaies moins graves qu’on ne l’a cru dans un temps. Fontana l’a prouvé par ses expériences. Il a vu d’ailleurs douze de ces blessures; puis on lui a parlé de plus de cinquante cas, et deux seulement se sont terminés par la mort. Gette circonstance a été très favorable aux succès obtenus par la foule innombrable des moyens préconisés comme spécifiques. Ce n’est pas seulement ici que la nature fait tous les frais des guérisons dont les thérapeutistes s’attribuent l'honneur. Cependant il est prouvé que dans quelques cas rares cette morsure peut avoir une Issue promp= tement funeste si l’on n’administre aucun remède. Ainsi on lit dans les An= nales du cercle médical qu'une femme mordue à la cuisse par une vipère resta une heure sans secours, et expira au bout de trente-six heures, malgré les médications les plus convenables. I faut donc traiter ces plaies dans là crainte de les voir devenir funestes, ou bien pour abréger les souffrances du malade, dans les cas où l’on ne suppose pas la plaie mortelle. Pour cela il faut connaître les phénomènes auxquels elles donnent lieu.

Symptômes. — C'est d'abord une douleur vive, avec engourdissement qui se propage au loin avec une grande promptitude; puis apparaît une aus réole inflammatoire autour de la piqûre; quelquefois ce sont de petites phly ctènes ; un gonflement considérable se manifeste sur la partie; il s'empare de tout un membre et même de tout le corps. Plus tard l'aspect change ; les dou leurs se calment, le gonflement aigu se change en une tuméfaction œdéma= teuse; des taches livides se montrent sur le membre, et elles dégénèrent parfois en eschares gangréneuses. Dans le plus grand nombre des cas, tous ces accidents tombent d'eux-mêmes, les eschares sont détachées, puis éliminées ; la couleur livide fuit, et tout rentre dans l’état normal. Voilà pour les sym= ptômes locaux.

Les symptômes généraux sont: un pouls dur et fréquent, une injection de la face, un regard fixe et hagard, avec sécheresse de la langue, soif intense et délire; ou bien des lipothvmies, des syncopes, des sueurs froides, de l’ictère, des nausées, des vomissements, de la stupeur, quelquefois des déjections alvines très fétides. Certains auteurs ont noté un vive douleur à la région ombilicale.

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