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AVEC INOCULATION

Ces deux ordres de symptômes peuvent exister seuls ou se succéder. On dit avoir observé plusieurs fois de la dysurie et même de l’ischurie. Mais ces symptômes sont très rares, si toutefois ils ne dépendent pas de la coïncidence d'une maladie de l’urètre avec la blessure.

Marche. — La marche et l'intensité des symptômes varient beaucoup, selon l’âge de l'individu, son état normal. Fontana attribue à la terreur les syncopes et les autres accidents nerveux; il n’est pas éloigné de lui attribuer aussi la mort qui survient rarement après ces blessures. L’effroi de l'individu qui voit en même temps une vipère et son sang couler est certainement pour quelque chose dans les phénomènes primitifs; mais ce serait exagérer son influence que de l’accuser de tous les symptômes nerveux. D'ailleurs l’enfant, les animaux, qui ne connaissent ni la vipère ni le danger que peuvent occasionner ses blessures, n’en éprouvent pas moins les mêmes phénomènes. Il faut donc reconnaître l’action délétère du venin, d’autant plus prononcée que l'animal aura été plus longtemps sans vider les vésicules qui le contiennent, qu'il aura été plus irrité, que ses morsures auront été plus souvent répétées.

Traitement. — Trois indications se présentent ici: 4° s’opposer à l’introduction du venin dans la masse du sang ; 2° le neutraliser dans la plaie ; 3° enfin combattre ses effets si on le suppose absorbé.

On propose, pour remplir la première indication, d'appliquer, si la forme et la situation de la partie le permettent, une ligature entre la plaie et le cœur. Cependant on lit dans la Gazette des hôpitaux une observation, publiée par M. Franchi, qui prouverait d’une part que la ligature n’empêche pas la transmission du venin dans la circulation, et qu'elle peut même déterminer des accidents. 11 n’est pas moins vrai que tous les auteurs modernes recommandent ce moyen, et comme c’est celui qu’on se procure le plus facilement, ils conseillent de commencer par la compression qui, dans ces derniers temps, à parfaitement réussi à M. Bouillaud. Pendant qu’on préparera les autres moyens, on devra presser sur les environs de la plaie, pour expulser autant que possible le venin. Pour l’attirer vers la plaie, on applique des ventouses ; elles sont de beaucoup préférables à la succion, dont on faisait autrefois un si fréquent usage. La ventouse attire le venin en opérant le vide; elle empèche, en partie, Sa propagation par la compression que les bords des verres exercent sur nos tissus. Des sangsues ont été encore employées dans le but de leur faire aspirer le venin ; on a remarqué que les premières qui étaient appliquées sur la peau mouraient promptement. Ces moyens ne dispensent pas de la cautérisation, qu'on peut pratiquer avec tous les acides concentrés.

On s’est contenté, pour remplir la seconde indication, d’instiller dans la plaie quelques gouttes d’ammoniaque. Pour mettre le caustique en rapport avec le venin, il faut pratiquer un débridement qui, cependant, ne devra atteindre aucun organe important. Ici le danger n'étant pas imminent, on n'est pas en droit de faire de pareils sacrifices ; on y est quelquefois forcé

quand il s’agit de la morsure d’un chien enragé. Pour compléter le traitement local, on fera des embrocations avec l'huile d'olive; on frictionnera les environs de la plaie avec l’ammoniaque, et si le gonflement inflammatoire persiste, on appliquera des cataplasmes émollients : des fomentations de même nature pourront les remplacer.

La troisième indication consiste à neutraliser les effets de l’absorption du venin. Bernard de Jussieu a proposé l’ammoniaque liquide à l’intérieur, à la dose de 6 à 10 gouttes dans un verre d’eau. Le vin de quinquina, la thériaque et d’autres excitants peuvent aider l’action de l'ammoniaque, qui provoque ordinairement des sueurs abondantes.

Le traitement ne doit pas toujours être pris dans la classe des excitants, car si des symptômes inflammatoires locaux et généraux se manifestent au début, il convient d’avoir recours aux antiphlogistiques; mais on ne devra pas trop y insister s’il survient la moindre faiblesse. Rarement la saignée est ici indiquée; elle sera toujours peu copieuse, et l’on se gardera de la répéter.

CROTALES, OÙ SERPENTS À SONNETTES. — Ils doivent leur nom à un singulier appareil qui termine la queue, et qui les distingue de tous les autres ophidiens. C’est une suite de cornets écailleux, lâchement emboîtés les uns dans les autres, qui se meuvent, vibrent et résonnent quand l'animal remue la queue. Le nombre de ces grelots augmente avec l’âge: il parait qu'il en resté un de plus après chaque mue, et qu’ils sont formés par l’épiderme du serpent, retourné sur lui-même comme un doigt de gant et retenu à l’extrémité postérieure de la queue. (La tête que j'ai déjà représentée (fig. 98) est celle d’un crotale.) Get instrument vibre avec une rapidité extrême, et produit ainsi un bruit assez fort pour être entendu à une distance de plusieurs mètres. ‘Les serpents à sonnettes atteignent une longueur de 5 à 6 pieds ou même davantage ; ils habitent l'Amérique, et sont célèbres pour

la violence de leur venin. On a vu des chiens périr en quinze secondes de la morsure d’un de ces reptiles ; on assure que les chevaux et les bœufs y succombent aussi presque instantanément, et l’on a eu malheureusement l’occasion de constater, dans plus d’une circonstance, l’action terrible de ce poison sur l’homme, En général cependant, ces serpents n'attaquent pas les animaux trop gros pour pouvoir leur servir de proie, etils ne mordent l’homme

AVEC INOCULATION. 295 que lorsqu'ils sont provoqués. Leurs mouvements sont lents, et ils ne grImpent pas aux arbres ; néanmoins ils font leur principale nourriture des animaux que l’on croirait devoir leur échapper le plus facilement, tels que les oiseaux et les écureuils. La figure 99 représente le crotale entier.

Pour compléter ce que j’ai à dire sur le serpent à sonnettes et sa morsure, je rapporterai textuellement une observation qui a été publiée par Pihorel, et qui est relative à cet infortuné Dracke dont on a tant parlé à Paris.

Un Anglais, le sieur Dracke, âgé d'environ cinquante ans, demeurant galerie de bois du Palais-Royal, à Paris, apportait de Londres trois serpents à sonnettes et plusieurs jeunes crocodiles. Malgré les précautions qu'il avait prises pour les garantir du froid pendant la route, il reconnut avec douleur, après son arrivée, que le plus beau des trois serpents était mort ; ille sortit de la cage avec des pinces. Les deux autres, qui paraissaient languissants, furent transportés avec leur cage dans la salle à manger, et déposés par lui près du poële. Là, le sieur Dracke, les excitant avec une baguette, crut remarquer que l’un d’eux ne donnait aucun signe de vie. Pour s’en assurer, il eut l’imprudence d'ouvrir la cage, de prendre ce reptile par la queue et par la tête, et, l’'approchant de la croisée, il voulait, en le maniant, s'assurer s’il était mort, lorsque l'animal fait subitement un quart de cercle avec sa tête et lui enfonce un de ses crochets à la partie postérieure et externe de la main gauche. Le sieur Dracke jette un cri, prononce quelques mots en anglais, et voulant prévenir tout autre accident, il ne lâche point le serpent qu’il remet dans sa cage; mais, dans ce moment, il est de nouveau mordu à la face palmaire de la main. Dracke sort dans la cour, demande avec la plus vive instance un médecin, cherche de l’eau, et, n’en trouvant pas assez vite, porte Sa main sur la glace qui se trouve à sa portée, Deux minutes après, il s’empare d’une corde et se ligature le bras au-dessus du poignet. Son agitation et son inquiétude allaient toujours croissant, lorsque le docteur Pihorel arriva, Il trouva le malade pâle, le visage couvert d’une sueur froide, les yeux bagards et en proie aux plus vives inquiétudes; il lui fit prendre un demiverre d'huile d'olive, et se hâta de cautériser la plaie, ce qui se fit dix-huit à Yingt minutes après l'accident, La tuméfaction et l'engourdissement de la main, qui était toute violette, obligèrent d'ôter la ligature. Bientôt survinrent des syncopes, des évacuations involontaires d’excréments et d’urines ; la respiration était bruyante, le pouls à peine sensible, les veux fermés, la pupille contractée, la périphérie du corps froide, les membres inférieurs insensibles ; du reste, pas de tuméfaction à la main blessée, non plus que d’engorgement au bras.

Au bout d’une heure, arrivent des vomissements qui apportent quelque soulagement ; on administre une potion éthérée et opiacée, une tisane sudorifique, | » Après trois heures, le mieux est sensible, le pouls s’est relevé, mais de nouveau la respiration s’embarrasse, la déglutition devient difficile : le malade

dit que le sang l'étouffe, et demande à être saigné. Dix sangsues sont appliquées au-devant du cou, mais en vain : tout annonce une mort prochaine. En effet, elle arriva un peu moins de neuf heures après la morsure, le malade avant conservé jusqu'à la fin la connaissance et la raison.

Le cadavre ne fut ouvert que quatre jours et demi après la mort, à la suite d'une exhumation : il n'avait éprouvé encore aucune putréfaction. L'extérieur était celui d’une personne qui serait morte eu syncope ; nul gonflement ni changement de couleur à la main mordue, non plus qu’au bras ; un peu d'injection au cerveau et à la moelle épinière, dont le tissu, à la coupe, paraît sablé d’un peu de sang ; arachnoïde épaisse, plus opaque et adhérente à la pie-mère, dont les réseaux et les mailles sont distendus par une sérosité sanguinolente. La dissection des morsures ne fait rien découvrir de particulier. A partir des veines axillaires, caillots de sang jusque dans les gros troncs veineux et les oreillettes du cœur, et semblable état de la veine cave inférieure, à partir de la veine hépatique. Membrane muqueuse de la trachée et des bronches injectée, enflammée même en un point; la trachée et les bronches remplies d’une mucosité écumeuse, roussâtre. Tous les autres organes sains.

Traitement, — Le traitement de la morsure des crotales doit reposer” sur les mêmes principes que celui des morsures de la vipère, mais dirigé avec une grande promptitude et être essentiellement énergique. Ainsi, M. Pihorel, qui a rédigé l'observation qu'on vient de lire, et qui a fait des expériences sur les effets de ce funeste venin, à prouvé que son absorption a lieu avec une extrême rapidité. La cautérisation doit donc être faite dès l'instant de la blessure, s’il y a possibilité. Selon ce praticien, après quelques minutes, il est déjà trop tard. On comprend alors que le plus souvent ce venin doit donner la mort, car les secours se font toujours attendre plus de quelques minutes. On voit à quelle profondeur il faudrait porter le caustique, quand on pense à la profondeur qu’atteignent les crochets du serpent qui instillent le venin. Cette rapidité dans l'absorption du venin qui généralise si promptement ses effets, rendrait même l’amputation d’une partie tout à fait inutile. Cette extrême subtilité et la gravité extrême de ses effets me font considérer comme vaine la médication des Indiens, qui croyaient cautériser avec du tabac mâché et appliqué sur la blessure, et qui donnaient à l’intérieur de l’huile de sucs de plantes comme certaines laitues, et dans des cas désespérés le suc de l’écorce et de la racine du tulipier. Je préfère la cautérisation avec la poudre à canon brûlée, après scarification de la blessure. Ce qui vaudrait encore mieux, ce serait le fer incandescent ou le caustique de Vienne.

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