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III. — INOCULATION DES VIRUS

Il ne sera question ici que de l’inoculation de la rage et de la morve.

A, RAGE, — Une inoculation qui a les résultats les plus graves, c’est celle du virus rabique : elle est faite par la morsure du chien, du loup, du renard,

AVEG INOGULATION. 297 du chat ; quelques herbivores peuvent même avoir et communiquer la rage ; mais c’est le chien qui est le plus souvent dans ce cas.

Comme c’est ordinairement par la morsure du chien que la rage est communiquée à l’homme, je vais indiquer les signes que cet animal présente, avant d’en venir à la description de la rage dans notre espèce.

Chez le chien affecté de cette terrible maladie, il y a absence de vivacité, tristesse, indifférence pour les boissons et les aliments, tendance à se précipiter sur tous les objets et désir de les mordre; yeux chassieux, regard sinistre, sueur qui tombe sur les pattes, poils hérissés sur le dos ; les autres chiens le fuient : un instinct particulier semble l’éloigner des objets que

l'écume de sa bouche à touchés. La fureur du chien augmente, il s'attaque même à son maître; marche chancelante, le plus souvent horreur de Peau ; à la vue de tout ce qui représente le brillant de la surface d’un liquide, le chien s’agite violemment ; enfin il s’abat et meurt dans les convulsions. La rage est quelquefois annoncée chez les chiens par un dérangement dans leurs habitudes ordinaires; on les voit ramasser de la paille, des morceaux de papier ou les petits objets qui sont sur le sol. Ce sont surtout les jeunes chiens qui présentent ces phénomènes.

D'ailleurs il manque souvent quelques traits au tableau que je viens de tracer de la rage, et l’on a vu des chiens enragés boire et manger sans peine : ainsi le symptôme appelé hydrophobie n’est pas plus constant chez les animaux que chez l’homme.

Étudions maintenant la rage chez l’homme.

Causes. Invasion, — Il règne sur l’étiologie de cette maladie une obscurité que je ne tenterai pas de dissiper. Ici, d’ailleurs, la rage ne doit être étudiée que comme complication des plaies : aussi éviterai-je les questions de savoir comment naît la rage chez les chiens, si elle peut être spontanée chez l’homme, si elle est toujours contagieuse, si elle dépend d’un virus. Ce virus, je l'admets sans discussion : c’est l'agent qui fait qu’à la suite d’une morsure produite par un animal dans l’état que je viens de représenter, apparaissent les phénomènes qui vont bientôt être décrits.

L'époque moyenne du développement de la rage est entre le trentième et le quarantième jour de la blessure. Hunter fixe à dix-sept mois l’époque la plus éloignée ; après viennent des estimations qui vont de trois à trente ans ; mais les faits qui leur servent de base doivent être acceptés avec méfiance. Comment un virus dont les effets sont si terribles peut-il rester si longtemps innocent dans le sein de nos tissus ? Faut-il, pour que son action se révèle, que les propriétés de la vie se mettent en rapport avec celles du virus? Mais nous ne connaissons ni celles-ci ni les autres ; nous ne pouvons donc que conjecturer. Quoi qu'il en soit, c’est ordinairement à la suite d’une vive émotion que la rage éclate. Ce qui contribue le plus à son développement, c’est l’idée que l’animal qui à mordu est enragé : cette pensée seule, d’après quelques pathologistes, peut déterminer la rage. Selon eux, des malades qui

avaient déjà offert des symptômes d’hydrophobie ont dû leur guérison à \ là présence du chien qu’on leur a montré en parfaite santé. ait

Symptômes. — Voici une observation d’une rage bien caractérisée qui vaudra bien une description; je la donne telle qu’elle a été rédigée au lit même du malade, en 1824, pendant que j'étais interne à l'Hôtel-Dieu de Marseille.

Gorel (Jean-Thomas), âgé de quatorze ans, d’un caractère gai et présen= tant à peu près tous les autres attributs de ce que l’on appelle tempérament sanguin, fut mordu il y à environ trois mois par un chien que l’on dit enragé et qui fut tué. Les cicatrices de la morsure, qui eut lieu à Ja partie antérieure et moyenne de la jambe droite, se firent assez promptement, sans que les moyens que là prudence dicte, en pareil cas, aient été employés : cependant le jeune Gorel jouit d’une bonne santé jusqu’au 41 décembre. Dans la nuit, il voit en songe des brasiers ardénts sur lesquels il croit être précipité : alors il est épouvanté ; il s’agite fortement, et revient de ce songe en se plaignant d’une douleur dans la poitrine et d’une légère difficulté dans la r'espiration, Le 12 au matin, il se lève ; il n’a plus son air de gaieté ordinaire; il est morose, taciturne : cependant il veut déjeuner, mais il refuse obstinément de boire. Il est amené à l’Hôtel-Dieu à midi, je n’eus pas occasion dé l'observer à la visite de trois heures; mais on m'a dit qu'il ne présenta aucun Symptôme tranché de la rage. A la visite de huit heures du soir, étant à la suite du chirurgien chef interne, en qualité de chirurgien de garde, je pus observer les symptômes suivants : face animée, langue rouge, pouls peu développé, mais très accéléré et comme tremblotant, agitation continuelle qui se prolonge pendant toute la nuit suivante; il pousse quelques cris; il refuse toute sorte de liquides. Le 13 au matin, il est examiné par le médecin en chef, qui ne fut pas longtemps à reconnaître la rage, soit aux mouvements convulsifs de tous les membres, à la grande difficulté de la déglutition, soit à un crachotement continuel d’ane salive écumeuse, soit enfin à la dyspnée et à un sentiment particulier de constriction à la gorge. Mais ce qui confirme encore mieux le diagnostic de cette effroyable maladie, ce sont les yeux étins celants, hagards, ce regard étonné, et quelquefois ces traits furieux de la face tirés en avant et lui donnant l'aspect d’un museau de chien, cette hor: reur pour les liquides si prononcée chez Gorel, qu'il suffit d'en dire le nom ou de lui montrer un corps luisant pour qu'il entre en füreur et qu'il offre le spectacle le plus déchirant. Cependant, magré la violence du mal, il à quelques moments lucides pendant lesquels il répond catégoriquement aux questions qu'on lui fait. On lui demande s’il n’a jamais été mordu par un chien ; il répond qu'il l'a été il y a trois mois, ét montre brusquement deux petites cicatrices à la partie antérieure et moyenne de la jambe droite. Saignée du bras ; un quart d'heure après, excision des cicatrices indiquées qui n'avaient pas changé d'aspect, cautérisation avec le fer chauffé à blanc, pansement avec la charpie imbibée de vinaigre. Nulle expression de douleur de

AVEC INOGULATION. 999 la part du malade. On soupconne l'existence de deux petites vésicules sous la langue ; on procède à leur recherche ; on croit les apercevoir à la face inférieure de cet organe, sur les côtés de son frein; la gauche est plus marquée. Excision des pustules, cautérisation avec le beurre d’antimoine ; potion avec dix grains de musc, douze sangsues autour du cou. Le malade est lié sur son lit; tous les symptômes s’exaspèrent de nouveau; il crie qu'il va être étouffé ; il demande les secours de la religion ; il urine à tout moment. Les lèvres deviennent livides; la conjonctive est injectée; les yeux ne peuvent plus supporter la lumière ; impression de l’air augmente sa fureur; la rougeur des joues est tantôt bornée, tantôt diffuse ; il imite la voix du chien ; il sifle ; ses cheveux sont hérissés ; il dit qu’une corde lui serre le cou. On s'efforce inutilement de lui faire avaler quelques cuillerées de liquide ; les convulsions vont toujours en augmentant; le pouls devient insensible, il y a aphonie ; une sueur froide couvre son corps ; il expire après dix minutes d’agonie, trente-six heures après l'invasion de la rage, et après avoir montré dans certains moments une présence d'esprit et une résignation adinirables.

Anatomie pathologique. — 7£te. — Aucune lésion bien prononcée; l'arachnoïde cependant paraît un peu injectée.

Poîtrine. — Tout dans l’état naturel.

Abdomen. — Rapetissement de l'estomac, et surtout de la vessie : celle-ci ressemble, par son volume et sa consistance, à une matrice à l’état de vacuité; les autres organes ne présentent rien de notable.

Les conduits aérifères et l’œsophage ont été examinés, aucune phlogose ; la glotte est manifestement rétrécie; on a trouvé du liquide clair et filant dans l’arrière-bouche.

L'examen du rachis a présenté une injection bien marquée de ses membranes; 30 grammes à peu près d’une sérosité limpide.

L’incubation à duré trois mois chez ce jeune sujet; elle est ordinairement de moins longue durée. La cicatrice, au moment de l'invasion, n’a présenté aucun changement, et de là ne se sont pas irradiées des douleurs qui seraient allées vers le tronc. Je dois dire que je n’ai jamais observé ce phénomène, que presque tous les auteurs ont noté. J'ai cependant vu trois cas de rage à l’'Hôtel-Dieu de Marseille et autant dans les hôpitaux de Paris. C’est après un songe effrayant que la rage s’est déclarée, ce qui concorde avec le dire des auteurs sur les émotions qui précèdent l’invasion. L'horreur des liquides à été très prononcée, la photophobie aussi. Mais ces symptômes ne sont pas plus constants chez l’homme que chez les animaux. |

L'émission involontaire des urines, très bien constatée chez Gorel, n’a pas été notée par les auteurs que j'ai consultés. Je ne garantis pas le fait de l'existence des deux vésicules que j'ai cru voir sur les côtés du frein de la langue ; il était trop difficile d'examiner cette région pour qu'aucune erreur Wait été commise même par ceux qui alors avaient plus l’habitude que moi

de l’observation, J'ai bien constaté le sifflement. La déformation de la face, si fortement tirée en avant chez ce sujet, m'explique l’exagération populaire qui représente l’enragé avec un museau de chien. Je ferai remarquer que les vomissements et les selles notés par les auteurs comme ayant lieu assez Souvent n'ont pas été constatés ici. Cette observation offre, entre autres détails remarquables, des moments d’intermittence très prononcés. L'autopsie a présenté de particulier le rapetissement extrême de la vessie, une diminution de la glotte, une injection des membranes du rachis et du liquide dans ce canal. Mais ces lésions ne sont pas constantes, et, au lieu de les rencontrer dans ces organes, on peut les trouver dans le ventre, dans la tête, dans la poitrine; et quelles qu’elles soient, elles n'expliquent jamais entièrement cette scène effrayante offerte par le malheureux Gorel. D'ailleurs il peut y avoir, avec cet ensemble de symptômes, l'absence complète d’altérations organiques appréciables par nos sens. La logique nous permet d’ad: mettre que le système nerveux joue le principal rôle ici. Aller au delà, c’est entrer dans une voie sans issue, jusqu’à présent du moins.

Pronostic. — Rien de plus grave que le pronostic de la rage confirmées la maladie est mortelle.

Traitement.— La liste des moyens proposés contre la rage est plus longue encore que celle destinée au traitement de la morsure de Ja vipère. Mais si lon peut avancer que contre cette dernière maladie tous ont eu des succès, on pourrait, sans être taxé d’exagération, dire qu'aucun n’a réussi dans la rage confirmée. La classe nombreuse et variée des antispasmodiques, des narcotiques, des toniques, des excitants, des antiphlogistiques, des diaphorétiques : tous les moyens enfin que la science avoue, et même ceux qu'elle n’avoue pas, ont été mis à contribution. Le rationalisme a donc échoué comme l’empirisme, Plusieurs praticiens espèrent encore en la belladone, à la dose de plusieurs grains qu’on augmente jusqu’au narcotisme , le calomel ou le mercure en frictions jusqu’à la salivation compte encore des partisans. Marochetti, qui croit à la formation de deux pustules sur les côtés du frein de la langue, conseille de les ouvrir et de les cautériser ; on administre ensuite la décoction de genêt. Les injections dans les veines d’eau simple, où dans laquelle de l’opium gommeux a été dissous, les unes proposées par Magendie, les autres par Dupuytren, n’ont obtenu aucun succès complet.

Un pareil résultat est fait pour jeter le découragement dans l'esprit des praticiens. Cependant on ne doit laisser perdre aucune occasion d’expérimenter.

La rage une fois déclarée étant mortelle, il faut chercher à la prévenir, Pour cela on aura égard aux phénomènes qui se passeront chez l'animal qui a mordu. Mais s’il à fui ou s’il a été tué avant qu'il en présente assez pour caractériser la rage, ce qui arrive souvent, le blessé se trouve dans un cruel embarras. Si l’animal s’est échappé, il ne reste aucun moyen de connaître son état, el s'il a été sacrifié, il en reste bien peu, Peut-on aujourd’hui se fier

AVEC INOGULATION. 301 aux expériences suivantes ? Du pain, de la viande sont imbibés du sang ou des sucs qui coulent de la plaie du chien mort : on offre ces aliments à un autre chien; s’il les mange, il n’y à pas eu rage; s’il les refuse, l'animal tué était enragé ! Ou bien, selon le conseil de J.-L. Petit, on frotte avec un morceau de viande les dents, les gencives du chien tué ; on le présente à un chien en bonne santé : s’il refuse en criant, en hurlant, il y avait rage ; sinon, elle n'existait pas! Ce qu'on peut craindre, c’est que le chien bien portant et en bon appétit avale tous ces morceaux que vous lui offrirez, et qu'il vous laisse ainsi dans une sécurité dangereuse. Il faut donc, au moindre soupçon, employer comme préservatifs les moyens généraux déjà indiqués, et cela selon la constitution du sujet; mais par-dessus tout la cautérisation. Pendant que l’on fait chauffer le fer jusqu’au blanc, le chirurgien débridera la plaie sans nul ménagement pour les tissus, quels qu’ils soient. Il faut, si la surface traumatique est trop mâchée, enlever tous les tissus sur lesquels elle repose; et même, si la partie blessée est peu considérable, on devra l’extirper. Ainsi un doigt, le nez, une oreille, seront sacrifiés, si la blessure est profonde et étendue. Après le débridement ou l’amputation, on peut appliquer sur la plaie plusieurs ventouses qu’on renouvellera promptement et sans perdre une minute; on appliquera le feu et le feu seul; les autres caustiques ne sont pas assez énergiques. Je me rappellerai toujours deux individus qui furent mordus à Marseille par le même chien : l’un d’eux fut cautérisé par le fer chaud, l’autre par le beurre d’antimoine; chez celuici la rage se déclara, l’autre n’en à jamais éprouvé le moindre symptôme.

Je ne puis trop recommander aux praticiens d'employer tous les moyens possibles pour obtenir l'entière confiance du malade, afin de pouvoir agir sur son moral qui joue un si grand rôle dans cette maladie. C’est ici que Vesprit d’à-propos, qu’une connaissance profonde de l’homme, sont nécessaires au praticien, s’il veut réussir. Que le nom de cette maladie ne soit jamais prononcé devant celui qui a été mordu par un chien; que tout ce qui rappelle cette malheureuse circonstance soit éloigné de son esprit.

J'ai dit que l'horreur de l’eau n’est par un symptôme constant de la rage. J'ajoute que l’hydrophobie peut exister dans certaines maladies qui ne sont pas la rage; on à même vu des femmes enceintes hydrophobes et ne plus l'être après l'accouchement. L’oubli de cette particularité pourrait faire tomber les praticiens dans de cruelles erreurs ; Le fait suivant ne sortira jamais de ma mémoire :

Dans un hôpital d’une grande ville mourut un malade réellement enragé. Peu de temps après, un homme, ayant une angine très intense, fut reçu dans le même hôpital et couché dans la même salle. L'esprit du médecin était encore frappé du spectacle offert par le malheureux qui venait de succomber. L'élève de garde lui dit, à sa visite, qu’il avait reçu un malade qui avait refusé de boire; l’idée de la rage se présente à l'instant. On aborde le patient, on lui dit de boire : il répond qu'il ne le pourrait pas, qu'il serait

302 PLAIES 4 impossible au liquide de passer par son gosier. On insiste, il refuse ; on veut le forcer, il se défend. On le lie, il entre en convulsion ; on cautérise le des= sous de la langue, il meurt dans la journée ! L’autopsie a démontré que ce malheureux était affecté d’une angine très intense qui ne lui permettait pas la déglutition des liquides. Après ces détails, les commentaires sont inutiles Voyez quel malheur une forte prévention peut occasionner !

B. MORVE. — On avait observé la transmisssion de la morve du cheval x l’homme dès le commencement du x1Ix° siècle. Mais les faits restaient stériles dans les annales de la science, et les livres de médecine n’en faisaient nulle mention. Dans ces derniers temps, Elliotson et M. Rayer (1) ont appelé l'attention sur cette partie de la pathologie. Depuis, les observations qui s'y rapportent se multiplient, et les rapports de la morve humaine avec la morve chevaline sont de mieux en mieux connus. Je n’ai pas à faire l'histoire de la morve chez le solipède ni même chez l'homme. C’est par le vétérinaire et le médecin que cette tâche doit plus particulièrement être remplie, car la morve est une maladie essentiellement générale, et sa transmission à l’homme a lieu le plus souvent par infection. Mais comme elle peut s’opérer aussi par inoculation, et constituer une grave complication des plaies, je dois tracer ici les principaux caractères de la morve et les phénomènes qu’elle produit sur l’homme quand elle lui est transmise.

Et, d’abord, une explication sur le mot morve. On l’a emprunté aux vétérinaires pour désigner une maladie dont un des caractères saillants est l’écoulement par les narines d’une plus ou moins grande quantité d’une matière muco-purulente qui constitue le 7efage. Il y à une autre maladie qui à la plus grande analogie avec la morve et dans laquelle on n’observe pas le jetage: c’est le farcin, qui paraît, d’après les recherches modernes, avoir le même principe que la morve, comme la pustule maligne est due au même virus que le charbon, puisque c’est dans ceite dernière tumeur que le virus de la pustule maligne est puisé, Cette explication donnée, je vais, dans quelques lignes, tracer les caractères les plus saillants de la morve et du farcin chez les solipèdes. Je pourrai ensuite parler avec plus de clarté de l’inoculation de la morve chez l’homme.

MORVE CHEZ LES SOLIPÈDES. — 1° La morve proprement dite est caractérisée, chez les solipèdes, par des lésions qui se rapportent à l'appareil respiratoire. C’est une éruption constante dans les fosses nasales, moins fréquente sur le voile du palais et l’épiglotte, et rare dans la trachée. L'ulcération est presque toujours la conséquence de cette éruption, et il y a écoulement parles narines d’un muco-pus. De ces ulcérations partent des trainées d’engorgement des vaisseaux lymphatiques qui aboutissent aux gan-

(1) De la morve el du farcin chez l'homme (Mém. de l’Acad. de méd., 1837, t. VI, p. 625 et suiv.) — Bulletin de l’Académie royale de médecine, t. II. — A. Tardieu, De la morve et du farcin chronique chez l’homme. Paris, 1843, in-4.

AVEC INOCULATION. 303 glions maxillaires, lesquels se tuméfient. L’autopsie dévoile, de plus, des pneumonies lobulaires, des dépôts purulents, des abcès multiples comme ceux de l'infection purulente ou des amas d’une matière plastique dans les poumons ou sous les plèvres.

2 Le farcin, ou l’autre forme de la morve est plus particulièrement accusée par des lésions des vaisseaux et ganglions lymphatiques et du tégument externe. On remarque des espèces de cordes, des plaques, ou des boutons de la peau. Ces diverses formes de l’engorgement lymphatique se terminent par là suppuration ou un ramollissement, dont là conséquence est encore l’ulcération. I y a aussi des oblitérations des veines superficielles.

La morve etle farcin peuvent être aigus ou chroniques. Le farcin se montre surtout à l’état chronique. Quand il est aigu, il est presque toujours compliqué de la morve. C'est sous la forme aiguë qu’on voit apparaître les symptomes généraux qui se rapportent aux aflections putrides, et les caractères extérieurs qui sont une combinaison de gangrène et de scorbut.

MORVE CHEZ L'HOMME. — Je n’exposerai pas les diverses formes de la morve et du farcin. Je décrirai seulement la morve aiguë, parce que c’est la plus fréquente, et qu’elle peut exister indépendamment des autres affections morveuses. Du reste, elle es complique souvent, et leur sert généralement de terminaison. En effet, c’est la morve aiguë qui vient ordinairement tuer le malade affecté de morve chronique, de farcin aigu ou chronique.

Causes. — Le virus de l’inoculation est surtout contenu dans le jetage. Il réside encore dans l'humeur des boutons de la peau, dans le pus des abcès des poumons, et même dans le sang. On a, en effet, communiqué la morve à des chevaux bien portants par injection dans leurs veines du sang appartenant à un animal affecté de la morve aiguë. Cette expérience d’ailleurs ne prouve pas d’une manière complète la possibilité d’inoculer de la même manière la morve à l’homme,

On doit être prévenu que le virus conserve sa transmissibilité, même après la mort de l'individu. Les cadavres peuvent donc transmettre la morve. On à constaté aussi que la matière du jetage desséchée à Pair libre, et même conservée pendant un mois et demi, après avoir été délayée dans l’eau distillée, a pu être inoculée avec succès sur des animaux bien portants qui ont eu le farcin aigu par le fait de cette inoculation. Ces expériences prouvent en même temps, et la force du virus de la morve, et l'identité, quant au fond, entre la morve et le farcin; elles prouvent encore: l’analogie de ce virus avec celui du charbon, qui peut être conservé très longtemps. On sait que les peaux très anciennes, et utilisées pour les usages domestiques, peuvent encore transmettre la tumeur charbonneuse appelée pustule maligne.

Les circonstances, les lésions par lesquelles linoculation de la morve du cheval à l’homme s'opère, ressemblent assez à celles qui favorisent linoculation des sucs cadavériques dont il a déjà été question. Ainsi c'est par une

304 PLAIES coupure où une déchirure produite par un fragment d'os d'un cheval dont on à fait l’autopsie ; quelquefois les mains d’un vétérinaire portant des crevasses, des excoriations, sont plongées dans les liquides auxquels est mêlé le virus. Les palefreniers qui bouchonnent les chevaux avec de la paille sont exposés à voir des brins s’introduire sous les ongles, d’où une porte ouverte à l’inoculation. En introduisant les doigts dans les narines des chevaux, pour enlever des croûtes ou y appliquer des médicaments, on peut prendre Ja morve. Le virus peut être absorbé par les muqueuses avec ou sans entamures. Ainsi, un individu qui buvait au seau servant à l’abreuvage des chevaux infectés, à été pris de la morve. D’autres l'ont contractée en se servant du mouchoir avec lequel ils avaient essuyé les naseaux des chevaux infectés. Enfin, il est des sujets qui ont été infectés et non inoculés, et cela en couchant dans des écuries mal tenues, encombrées et logeant des chevaux morveux. Symptômes, marche, terminaison. — L'invasion est marquée par des symptômes locaux qui peuvent être rapportés, soit à une angioleucite, soit à une phlébite, soit à un phlegmon simple ou érysipélateux. On peut dire, d’une manière générale, que la blessure par laquelle se fait l’inoculauon est rarement guérie avant que les phénomènes locaux inflammatoires aient pris tout leur développement ; d'autre part, les désordres qui annoncent l'infection générale et la morve bien confirmée ne se font pas attendre plus: d'une semaine après l'apparition des Symptômes d’angioleucite ou de phlébite. Le début ressemble donc à celui des affections dues à l'absorption accidentelle d’un poison morbide qui a altéré le sang. Les symptômes de l'invasion sont plus variés, quand la morve aiguë est due à l'infection et non à l’inoculation. Ce sera l’ensemble des Symptômes généraux qui signalera le début des phlegmasies, ou bien on observera des phénomènes typhoïdes. Mais voici le cas le plus ordinaire : douleurs arthritiqnes ou musculaires qui ressemblent plus ou moins, suivant le siége et d’autres circonstances, au rhumatisme (cette circonstance doit être notée avec soin, car elle peut causer beaucoup de méprises ) ; bientôt on peut constater, sur divers points du corps, des tumeurs dont les unes sont molles d'emblée, les autres le deviennent peu à peu et sont fluctuantes, ou bien surviennent des abcès qui passent à l'état gangréneux, ou disparaissent tout à coup. Sur les membres ou sur la face apparaît un érysipèle : quand c'est à la face, c’est par le nez. ou les joues que débute l’érysipèle, qui, de R, se rend aux paupières et au front. Au point de départ sont une pustule, une phlyctène, un tubercule de la peau. Des vésicules, des bulles, des taches violacées, se répandent souvent sur la surface érysipélateuse, et se transforment bientôt en autant de plaques frappées de gangrène. Le pouls, fréquent, est déjà moins développé; langue rouge à la pointe, saburrale à la base ; diarrhée ordinairement fétide ; respiration accélérée, voix nasonnée. L'air semble trouver des obstacles dans les fosses nasales. Toux rare et brève par intervalles. L’auscultation décèle des râles muqueux ou sibilants dans la poitrine,

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Des tumeurs, des pustules ou de simples taches rouges, avant une tendance manifeste vers la terminaison par gangrène, se remarquent sur d’autres parties du corps; un muco-pus jaunâtre, mêlé de stries sanguinolentes, flue par les narines. Des pressentiments funestes assiégent le malade, et un délire plus ou moins prononcé à lieu. La faiblesse va toujours en augmentant. La face est profondément altérée ; respiration stertoreuse ; expectoration de crachats quelquefais semblables à ceux de la pneumonie, Le pouls se concentre, se déprime et est fréquent ; selles de plus en plus nombreuses et fétides; abcès superficiels et profonds; pustules cutanées devenant toujours plus nombreuses. Si la gangrène s’est emparée de la face, elle marche avec rapidité, dévore tout un côté, d’où une déformation et une expression repoussantes. Aux membres, les progrès sont moins prompts; mais sous les eschares on trouve de vastes collections de pus. Tous les symptômes généraux et locaux d’une rapide décomposition se manifestent, et le malade expire ordinairement le quinzième jour, exhalant, avant la mort, l'odeur de la plus complète Corruption.

Diagnostie, -— Après la lecture de la plupart des écrits sur la morve, je suis resté convaincu que certaines affections morveuses ont été prises pour des affections charbonneuses, et cela quand on a parlé de plusieurs charbons. Le tableau, quoique restreint, que je viens de présenter, offre des traits qui font ressembler la morve aux autres maladies par infection du sang. Aïnsi l'infection purulente, la Iymphite par inoculation de sucs cadavériques. La phlébite et la lymphite donnent lieu à certains phénomènes généraux et locaux qui ressemblent à ceux de la morve; mais ici l’état putride est beaucoup plus prononcé, et la gangrènce est pour ainsi dire obligée : en effet, on là trouve toujours avec l’ulcération ; tandis que, dans les autres affections que j'ai citées, elle est exceptionnelle. D'ailleurs linoculation à un solipède reproduit sur lui la morve, tandis que cela n'a pas lieu pour les autres affections qu'on peut confondre avec cette terrible maladie. La morve ne peut être confondue avec le rhumatisme qu'au début; la fièvre typhoïde, au commencement, se signale par des étourdissements, des tintements d'oreilles, et ensuite par des taches lenticulaires, des sudamina, qui la caractérisent assez pour ne pas être confondue avec la morve.

Pronostic. — Le pronostic est des plus graves; on peut même dire que la morve aiguë chez l’homme est toujours mortelle.

Anatomie pathologique. — Ce sont surtout les lésions des pièces profondes de l'appareil respiratoire qu’il importe de connaître. La muqueuse des fosses nasales est hérissée de petits boutons miliaires taillés la plupart par des ulcérations. Injection des bronches, qui sont rouges. Aux poumons, on trouve des espèces de pétéchies, des ecchymoses, des pustules immédiatement sous les plèvres qu'on attribue à des dépôts de Iymphe plastique ou de pus. Dans le parenchyme même, on constate des indurations partielles ; elles sont plus nombreuses à la surface que dans le sein même des poumons :

ViDAL, T. I. — 5° ÉDIT, 20

leur volume est depuis celui d’un pois jusqu’à celui d’une noix. Ces noyaux sont arrondis ou taillés à facettes ; leur couleur est, ou brune, ou grisâtre, ou infiltrée de pus. Ge sont des pneumonies lobulaires à divers degrés d’évolution. On trouve encore des abcès qui ont les caractères de ceux qu’on appelle métastatiques; enfin, il y a aussi dans le tissu pulmonaire des noyaux bleuâtres qui ont de l’analogie avec des foyers apoplectiques. Le tissu pulmonaire qui entoure ces lésions est plus ou moins engorgé ; la plèvre est enflammée, et il y a des adhérences entre les deux feuillets de cette séreuse.

Træitement. — Tout ce que je viens de dire laisse pressentir le peu de fond qu'il y a à faire sur la thérapeutique quand la morve est déclarée. Ici les conseils de l’hygiène doivent surtout être écoutés afin d'éviter une si terrible inoculation. Dès qu'une plaie est produite par des instruments ou par des objets chargés de pus, de sang ou d’une humeur provenant d’animaux morveux ou farcineux, il faut la considérer comme empoisonnée et la traiter comme telle. On la débridera, on fera l'extraction des brins de paille, des fragments d'os, des autres corps étrangers engagés dans nos tissus. La solution de continuité sera ensuite lavée à grande eau ; on exercera la compression, comme je l'ai déjà dit, afin de diriger le sang vers la surface traumatique, laquelle sera essuyée et cautérisée, soit avec un pinceau chargé de nitrate acide de mercure ou de tout autre caustique. On prélérera cependant la pâte de Vienne, ou mieux le fer rouge. J’ai dit, en parlant des causes, que le virus morveux pouvait exercer son influence par son seul contact sur les muqueuses. Il faut donc proscrire la succion. Il est évident que ces moyens ne préviendront pas le développement de phénomènes in= flammatoires ; ilen est même qui doivent provoquer une réaction assez vive. On espère surtout détruire sur place, par la cautérisation, la matière viru= lente pour réduire la solution de continuité à un état simple. Quant au trai= tément général, c’est le même que celui qui est conseillé pour toutes les altérations profondes du sang. L'iodure de potassium ayant une action élective pour les cavités nasales, je serais très porté à l’employer à haute dose.

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