CHAPITRE IE
BRULURE.
Causes. — Tous les corps qui dégagent du calorique à un certain degré peuvent produire une brulûre : 1° par le calorique qu’ils rayonnent ; 2° par la flamme qui les entoure; 3° par contact direct. Ainsi, rayonnement du calorique, action de la flamme, application immédiate des corps comburants. Ceux-ci peuvent être gazeux, liquides ou solides.
1° ÆRayonnement du calorique. — Coup de soleil. — Xe calorique rayonnant détermine un afflux sanguin sur les parties, puis un érythème; son action, plus prolongée et plus intense, peut aller jusqu’à la désorganisation des couches les plus superficielles, ce qui est très exceptionnel, car les parties sont presque toujours soustraites au rayonnement du calorique avant la production d’un pareil accident. Mais il n’est pas toujours possible, par de fortes chaleurs, de se dérober à l’ardeur des rayons du soleil, et il en résulte assez souvent alors des espèces d’érysipèles, surtout chez les sujets à peau fine, délicate, et chez ceux qui ne suent pas facilement. Ces érysipèles se montrent sur une partie découverte, comme les épaules, le cou, la face, le cuir chevelu. C’est quand cette partie du tégument est atteinte qu’on a vu l’inflammation se propager aux méninges et au cerveau. Le rayonnement du calorique, trop faible pour produire des effets douloureux, mais longtemps continué ou souvent réitéré, produit une espèce de brûlure que j'appellerai chronique avec Dupuytren, et dont voici les caractères. L'épiderme s’épaissit, la peau devient sèche, moins unie, plus fortement colorée; la teinte brune est uniforme, si elle est due à l’insolation, mais très inégale , si elle est le résultat de la chaleur artificielle. Les téguments prennent un aspect marbré ; on voit quelquefois des espèces de gerçures au centre de ces brûlures, qui affectent de préférence lés jambes des vieillards toujours » assis près des foyers ardents, et les cuisses des vieilles femmes qui abusent des chaufferettes.
2 Action de la flamme. — Non-seulement la flamme brûle instantanément à la manière des corps immédiatement appliqués sur les parties, mais elle entraîne encore avec facilité les substances animales à partager le mouvement de combustion dont elle est elle-même le produit. Ces substances se lesséchant promptement, bouillonnent en quelque sorte, se racornissent, et e consument bientôt en produisant une flamme nouvelle qui s’ajoute à la dremière, augmente son activité et étend ses ravages. On sait avec quelle Jrodigieuse rapidité les vêtements enflammés brûlent à de grandes profonleurs les parties qu'ils recouvrent. La lésion alors est souvent portée au deraier degré de gravité, et la mort en est ordinairement la suite. On à vu, en
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peu d'heures, des individus entiers frappés d'ivresse ou d’apoplexie, ou des enfants en bas âge, se consumer.
3° Contact direct des corps comburants. — Les corps comburants sont liquides, gazeux, solides. Les liquides ne peuvent être instantanément enlevés ; ils s'étendent sur la peau, et produisent des brûlures ordinairement très vastes. Leur imbibition dans les vêtements, s’ils tombent sur des parties recouvertes, a pour eflet de les fixer sur les organes qu’ils recouvrent et'de prolonger leur action jusqu’à ce qu'ils soient entièrement refroidis. La rapidité d'action des liquides varie avec leur nature, et surtout la densité. Si l'on voulait les classer d’après leur énergie, on devrait suivre l’ordre que voici : 4° huile, 2° bouillon, 3° lait, 4° eau. Quand celle-ci est saturée d’un sel, elle brûle davantage. Ainsi les solutions saturées des laboratoires de chi: mie, des fabriques de savon, etc. , produisent ordinairement des brûlures très graves.
Fous les gaz, l'air échappé d’une machine à pression, à température égale, agissent comme la flamme. L'état gazeux leur permet de s’insinuer dans certaines cavités comme les fosses nasales, la bouche, et d’y causer les plus grands désordres. Lors de la terrible catastrophe du chemin de fer de la rive gauche, à Paris, on a pu observer des exemples de brûlures des muqueuses par l'application directe de la vapeur dans le nez, dans la bouche, jusqu’au pharynx.
L'action des corps solides en ignition est bornée aux parties sur lesquelles ils sont appliqués, et un peu au delà, comme les caustiques solides. Les brûlures produites par ces corps ont nécessairement peu d’étendue: mais elles intéressent les organes dans une plus grande partie de leur épaisseur. Leur énergie, les effets qu’ils peuvent produire, sont relatifs à la capacité de ces corps pour le calorique, à leur température, à la durée de leur application.
Symptômes. — Les Symptômes de la brûlure doivent être ceux de l'inflammation tels qu'ils ont été exposés dans le chapitre précédent, car les mots inflammation, phlogose, indiquent assez que le type des états décrits sous ces titres était pris dans les effets du feu sur l’économie : ainsi, douleur, rougeur, tuméfaction, réaction fébrile. L’inflammation est en effet inséparable de la brûlure; ces deux termes ont donc pu être considérés comme synonymes par les pathologistes. Cependant il est des brûlures qui présentent des particularités, soit dans les phénomènes primitifs, soit dans les résultats. Aïnsi il en est qui ont pour effet immédiat une mortification, et pour effets tardifs des cicatrices d’une structure à Part. Ces considérations, et d’autres qu'il est inutile d'exposer ici, ont engagé depuis longtemps les auteurs à décrire à part cette inflammation éminemment de cause externe, et même à la diviser en plusieurs catégories, qu’on appelle degrés de la brûlure.
[Les lésions produites par les corps comburants diffèrent d'intensité, et se distinguent surtout entre elles d’après la profondeur à laquelle les tissus sont désorganisés, C'est sur cette idée qu’est basée la division de la brûlure
(2 BRULURE. 339 en plusieurs degrés; à l'exemple de Dupuviren, nous admettrons six degrés caractérisés de la manière suivante : le premier degré est une irritation légère de la peau; le second est une irritation plus intense accompagnée de la formation de phlyctènes; le troisième consiste dans une désorganisation des couches superficielles du derme ; le quatrième, dans une destruction de toute l’épaisseur de la peau et du tissu cellulaire sous-jacent ; dans le cinquième degré, les aponévroses et les muscles sont compris dans la désorganisation dela peau; dans le sixième degré enfin, il y a combustion et carbonisation detoute l'épaisseur d’un membre, Que lon sache bien, du reste, que, dans la pratique, tous ces degrés se montrent rarement séparés, et qu’un degré avancé est presque toujours accompagné au voisinage d’une altération moins grave. |
JL ne suffit pas d’avoir signalé le caractère essentiel propre à chacun des degrés de la brûlure, il faut étudier les phénomènes locaux qui appartiennent séparément à chacun d'eux. |
4 degré. — Forme érythémateuse. Rougeur vive et non circonscrite de la peau, sans tuméfaction apparente; la rougeur disparaît momentanément pat la pression; sentiment de chaleur, douleur cuisante, Après très peu de jours, la chaleur et la douleur disparaissent, il y a desquamation:; ce dernier phénomène n’a pas lieu si la rougeur et la douleur n’ont duré que quelques héures. Une si légère inflammation est ordinairement sans fièvre. Mais si elle s'étend sur de larges surfaces, elle accélère le pouls; Fa langue rougit, la soif devient vive, et apparaissent d’autres symptômes qui expriment la souffrance de l'appareil digestif. De Finsomnie, du délire, du coma, des mouvements convulsifs, la mort même peut survenir quand la brûlure au premier degré esttrès étendue, surtout si elle occupe les téguments de la tête. Le calorique rayonnant, l'impression de la flamme, de la vapeur chaude, l’eau ou les autres corps chauds, mais dont l'action à été peu prolongée, produisent cé premier degré. C’est aussi un premier degré de brûlure que ces espèces d'éphélides qui se montrent à la partie interne des cuisses des femmes qui se servent habituellement de chaulfferettes. M. Briquet à trouvé que ces losanges, ces lignes de marqueterie qu'on voyait alors sur la peau, étaient formées par des veines très élargies et environnées de tissu cellulaire imbibé de sang.
m2 degré. — Forme vésiculeuse ou bulleuse. Ici les agents sont les mêmes que précédemment ; ils sont plus énergiques, ou Paction a duré plus longtemps. 11 y a formation de phlyctènes Immédiatement où au bout de quelques heures. Douleur d’abord vive, âcre, brûlante, puis tensive; elle s'exaspère quand on enlève l’épiderme où quand il est primitivement déchiré : alors il y a’toujours une légère suppuration, et quelquefois on aperçoit une fausse membrane recouvrant la prémière couche de la peau. On observe ici lrougeur du premier degré entre les phlyctènes, un peu de gonflement et de sion. Cependant, après le desséchement de la surface dénudée, il ne reste
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aucune trace de la lésion, si les pansements sont exécutés avec soin et si Pinflammation ne se prolonge pas trop; mais si l’épiderme est arraché, la peau s’enflamme au degré de la suppuration, et il reste une légère cicatrice. 3° degré. — Forme gangréneuse, ainsi que les degrés suivants. Kschare mince sous la forme de taches grises, jaunes ou brunes, souples, insensibles à un toucher doux, mais douloureuses par une légère pression : c’est le Corps muqueux qui est mortifié. Souvent des phlyctènes recouvrent les plaques : alors c’est une sérosité brunâtre, lactescente ou sanguinolente qui soulève l’épiderme. Il y aura nécessairement des cicatrices, soit que l’eschare tombe en masse ou par parcelles. Il se manifestera donc des phénomènes primitifs qui se rapportent à ceux des premiers degrés, puis des effets consécutifs qui se rattachent au travail d'élimination, enfin des effets tardifs : ce seront des diflormités par cicatrices.
L° degré. — Dans le degré précédent, ce qu’on a appelé le corps muqueux seul était mortifié. Ici toute l'épaisseur de la peau est privée de la vie, et quelquefois, avec elle, une légère couche de tissu cellulaire. L’eschare est plus foncée, plus sèche, plus dure; son racornissement plisse en rayons la peau saine qui l'entoure. La douleur, qui avait cessé avec l’action du calorique, renaît au bout de trois ou quatre jours : c’est le prélude de l’inflammation éliminatrice qui chassera l’eschare en quinze ou vingt jours. La suppuration sera plus abondante ; il y aura des bourgeons charnus et création du üssu inodulaire si bien décrit par Delpech. Ce tissu possède une puissance de rétractilité extrêmement remarquable : aussi devra-t-on surveiller la ci= catrisation, la diriger, afin d'éviter, autant que possible, des difformités qui peuvent non-seulement altérer la beauté des formes, mais encore entraver des fonctions importantes.
5° degré. — La mortification a frappé tous les éléments organiques : tissu cellulaire, aponévroses, muscles, vaisseaux, nerfs jusqu'aux os. Les eschares sont noires, déprimées, friables. Quand c’est un liquide bouillant qui les a occasionnées, elles forment une masse molle, grisâtre, insensible , se laissant déprimer par le doigt, sans déterminer de la douleur.
6° degré. — Pour caractériser ce degré, Dupuytren cite l'exemple d’un jeune homme qui, parcourant une fonderie, posa le pied dans un conduit par lequel le métal en fusion devait passer. Il fut atteint par la fonte, et ne retira; dit Dupuytren, de ce ruisseau de feu, qu’un membre auquel manquaient le pied et la partie inférieure de la jambe. Ce malheureux n’avait presque pas ressenti de douleur, et ne s’aperçut pas d’abord de l’horrible mutilation qu'il venait d'éprouver. C’est donc une carbonisation complète d’un membre qui constitue le dernier degré de Dupuytren.
On se demandera sans doute s’il est nécessaire de multiplier ainsi les degrés de la brûlure ; si, par exemple, le troisième, qui est caractérisé par la mortification du corps muqueux, peut se dédoubler pour former le quatrième, qui comprend toute la peau ; si le sixième ne pourrait pas être réuni au cinquième.
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Ces objections, et d’autres encore qu'il est inutile de reproduire ici, ont leur valeur. Mais on ne saurait disconvenir aussi que, depuis que l’analyse a été portée si loin dans l'étude des brûlures, il y a eu progrès dans le diagnostic et le pronostic. Ainsi, cette classification n’aurait-elle pour résultat que de fournir au praticien des données plus exactes sur l'issue de pareils accidents, qu'elle serait encore un bienfait pour notre profession, qui peut être singulièrement compromise par des promesses mal fondées. Trop souvent le praticien se trouve dans l'obligation de prédire une mort certaine et une difformité incurable, sous peine d'être quelquefois accusé de l’une et de l’autre.
L'exposition que je viens de faire des divers degrés de la brûlure est le meilleur tableau symptomatologique de cette maladie. Si l’on veut résumer ce qui à trait aux principaux caractères et à la marche de la brûlure pris dans leur ensemble, on arrive à l'établissement de trois périodes distinctes : la première période est de trois à quatre jours, elle est remplie par les phénomènes locaux, quels que soient les degrés de la brûlure; la seconde période va du quatrième au dixième jour, elle commence avec le travail d’élimination et se termine par la chute des eschares (cette période appartient aux quatre derniers degrés) ; la troisième et dernière période doit nécessairement offrir de grandes variations, puisqu'elle est relative à la réparation. Elle peut durer plusieurs mois.
Il y à deux phénomènes signalés par Dupuytren, et que je dois faire ressortir ici, c’est la soif inextinguible qui à lieu dans les premiers moments de la brûlure, et les épreintes vésicales qui portent les sujets à uriner continuel-lement sans pouvoir rejeter quelques gouttes d’urme ; le cathétérisme prouve alors que la vessie est vide. Ces deux phénomènes ont été observés surtout chez les malheureux affectés de brûlures très étendues. Quelques brûlés de la catastrophe du chemin de fer de la rive gauche ont offert ce phénomène.
| Biagnostie. — Il faut distinguer la brûlure de lésions qui peuvent la simuler, et reconnaître le degré de la brûlure.
4° Une brûlure au premier degré ressemble à une irritation de la peau produite par un agent rubéfiant, ou à un érythème. Une brûlure au second degré se présente avec les mêmes apparences qu’une partie du corps qui à été recouverte par un vésicatoire. Les eschares du troisième degré de la brûlure ressemblent à celles qui sont produites par des caustiques. On évitera toute méprise en s’informant des circonstances antécédentes ; ajoutez que pour des eschares produites par des caustiques liquides, il existe généralement des traînées qui sont de nature à ne pas permettre une erreur.
2 Les deux premiers degrés de la brûlure se reconnaïîtront toujours à leurs caractères respectifs. Le troisième degré, accompagné de phlyctènes, peut en imposer pour le second degré; qu’on n'oublie pas la transparence de la sérosité dans ce dernier cas, son aspect sanguinolent dans le premier. Pour le quatrième, le cinquième et le sixième degré, le diagnostic différentiel ést plus difficile. 11 faut donc apporter une certaine circonspection dans le
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diagnostic du degré de profondeur de la brûlure, et attendre, pour se prononcer d’une manière définitive, que le sillon formé autour de Peschare ait permis d'en apprécier l'épaisseur. ]
Pronostie, — Une circonstance qui aura le plus grand poids dans le pronostic, c’est l'étendue en surface de la brûlure. En effet, la plus superficielle peut, en envahissant une grande partie de la peau, déterminer des accidents mortels, On doit toujours avoir en vue les fonctions de la peau qui se rapportent à la sensibilité, calculer la somme de douleurs que devra supporter le malheureux affecté d’une large brûlure. Quelquefois cette douleur est si vive, que l'individu succombe épuisé; car, je l'ai souvent dit, les pertes nerveuses n’aflaiblissent pas moins que les pertes sanguines. Ce n’est. pas seulement le pronostic qui sera éclairé par la connaissance des fonctions de la peau, mais encore le traitement : en effet, la douleur pouvant tuer quand elle est extrême, l'indication capitale est de tout faire pour la calmer, si l’on ne peut la dompter entièrement. La peau remplit encore des fonctions relatives aux sécrétions et aux exhalations qui, trop brusquement supprimées, peuvent donner lieu à des accidents très graves : aussi, après la guérison d’une large brûlure qui a suppuré, on doit craindre une mort aussi prompte que celles observées par Delpech dans de pareilles circonstances.
Les régions qu'occupe la brûlure doivent être prises en considération : toutes choses égales d’ailleurs, elle sera plus grave quand elle aura lieu sur les parois des grandes cavités. On devra redouter alors l'inflammation secondaire des organes contenus dans ces cavités et des séreuses qui les tapissent.
Dans les brûlures profondes, le malade doit passer par trois périodes qui l’exposent à trois accidents assez graves pour le faire succomber, Les individus se comportent différemment à l'égard de ces périodes. Sous ce rapport, les malades seront classés par le praticien en trois catégories : les sujets jeunes, nerveux, irritables, qui sont plus ‘impressionnés par la première période, par la période douloureuse; les sujets forts, robustes, sanguins, qui sont exposés aux complications inflammatoires : les s’Jets débilités ou porteurs de quelque affection chronique, qui doivent nécessairement redouter la troisième période, surtout quand la suppuration est abondante. Il est EVE dent que ce sont les sujets de la seconde catégorie qui supportent le mieux la brûlure; car si, d’un côté, ils réagissent davantage, et sont par conséquent exposés aux complications inflammatoires, d’un autre côté, ils supportent mieux les moyens qui abattent les inflammations. Les tempéraments sanguins ont de plus l'avantage d'être moins exposés que d’autres à une certaine brûlure, à l'insolation. En effet, sous les rayons brûlants du soleil les ouvriers sanguins suent davantage et plus facilement ; il se fait donc une vaporisation sur la peau qui la rafraichit et empêche le coup de soleil.
La brûlure à jugé favorablement certains rhumatismes anciens ; elle agit alors comme un vésicatoire.
Anatomie pathologique, — Les nécropsies ont démontré que la lésion
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viscérale la plus commune consiste en une rougeur très vive du tube intestinal, avec ou sans épanchement d’un fluide sanguinolent. La muqueusé pulmonaire à été trouvée aussi très colorée; c’est même après la lésion des intestins, celle que l’on constate le plus souvent. Ensuite viennent les épanchements purulents et sanguinolents dans les articulations des membres brûlés, les congestions des vaisseaux du cerveau et des traces manifestes de linflammation des membranes séreuses ; l’infection purulente.
Wraitement. —(C’est surtout en abordant ce paragraphe qu’il est utile de se rappeler les trois accidents qui, dans le plus grand nombre des cas, font périr les malades : la douleur, linflammation, la suppuration portées à un degré extrême. Les brûlures qui doivent être compliquées d’un de ces trois accidents sont graves, et fixeront surtout l'attention du praticien; les autres sont légères, et, pour le dire en passant, ce sont celles qui ont établi la réputation de tous les remèdes dits souverains. Cette seconde classe sera avantageusement traitée par tous les moyens qui ont été proposés; seulement le praticien devra faire un choix intelligent pour abréger le temps de la guérison.
S'il y à une brûlure grave, le chirurgien se propose un but plus important : c’est de sauver la vie, qui est fortement compromise. Le premier accident à combattre, c’est la douleur. La brûlure s'étend sur un ou plusieurs membres, sur le tronc où partout : dans le premier cas, l’eau froide en immersion est un très bon moyen; si l'immersion ne peut être employée, on couvrira la partie avec des compresses continuellement arrosées avec le même liquide, que l’on maintiendra à une température basse avec la glace ou la neige. L'eau acidulée, l’éther, l’alceol, les solutions de sulfate de fer, d’alun, l'encre, ont aussi leur efficacité. On comprend que ces moyens sont surtout applicables au premier degré, s'il n’y a pas de phlyctènes. Il est de ces moyens, l'eau froide, par exemple, l'encre, qui peuvent être employés même avec les phlyctènes, si elles ne sont pas ouvertes. Leur ouverture prématurée ou déterminée par accident, les mouvements, augmentent toujours la douleur ; il faut donc toujours éviter la dénudation du derme, et laisser les parties dans le repos le plus complet. Quand, plus tard, on voudra vider les phlyctènes, il faudra le faire avec une aiguille très fine.
Le cas d’une brûlure qui occupe la surface du tronc est le plus embarrassant, surtout si les membres sont aussi affectés. Comment les centres nerveux pourront-ils ne pas être accablés par la douleur qui rayonne de toutes parts ? Toutes les impressions sont alors des douleurs. Plonger le malade le plus promptement possible dans un bain à la température du corps est le meilleur parti à prendre ; le contact de l’eau à ce degré est le seul qui n’irrite pas la peau. Les Grecs employaient fréquemment le coton; le docteur Anderson, de Glasgow, en a renouvelé l'application; il compte beaucoup sur lui pour calmer les douleurs, et Marjolin convient qu'il a une grande efficacité. Mais, comme on le remarque toujours, celui qui a renouvelé ce moyen a voulu en faire une panacée, M. Anderson fait carder le coton et il le dispose en couches
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assez minces pour être transparentes. S'il y a des vésicules, il les évacue, il lave les parties avec de l’eau tiède, qu’il remplace par l'alcool de lavande ou par l'huile essentielle de térébenthine en lotions, si la peau est plus profondément brûlée. Plusieurs couches de coton sont ensuite appliquées. Quand la suppuration suinte à travers le coton, on remplace les couches souillées, ce qui doit se faire un peu plus tôt en été. Il faut mettre une certaine célérité dans ce renouvellement, car la plaie ne doit pas rester longtemps exposée à l'air. Je ne saurais trop répéter que, pour combattre la douleur, le repos le plus absolu est nécessaire, surtout dans les premiers temps; le premier appareil ne sera levé que le plus tard possible, malgré les plaintes du malade qui se trouve incommodé par l’odeur du pus. Les aigrettes soyeuses du #ypha ont été emplovées dans le même but que le coton.
Aux topiques destinés à calmer les douleurs, il faut joindre quelques potions anodines. La saignée et les autres moyens antiphlogistiques accessoires sont quelquefois les meilleurs calmants. On devra surtout les employer pour prévenir et combattre une inflammation trop vive. M. Bozot a eu l’idée d’appliquer des sangsues en grand nombre sur toutes les parties enflammées, et cela avec succès. M. J. Cloquet a eu aussi à se louer de cette pratique. Dans l'emploi de ces moyens, ayez toujours présentes à l'esprit les dépenses auxquelles l'organisme sera forcé pour la suppuration : aussi ne pratiquez de saignées copieuses et répétées que quand il existe une brûlure très étendue aux deux premiers degrés ; s’il y a de nombreuses eschares, il convient d’être plus réservé.
Si la suppuration est très abondante, on devra faire deux et même trois pansements par jour, en ayant toujours soin de ne découvrir la plaie que partiellement et de manière à ne jamais laisser la surface suppurante entièrement à nu. Pour peu que la fièvre tombe, on permettra des aliments au malade, mais en petite quantité et légers. Les préparations ferrugineuses et de quinine trouveront ici leur place. Quand le marasme et la diarrhée colliquative arrivent, Dupuytren ordonne trois ou quatre fois par jour une pilule avec : extrait d’opium, 5 centigrammes; sulfate de zinc, 5 centigrammes. La diarrhée est quelquefois très avantageusement combattue dans ce cas par l’ipécacuanha.
Le meilleur topique est le cérat opiacé ou saturnisé. Il faut encore surveiller ces moyens, qui, appliqués sur des surfaces très étendues, peuvent donner lieu au narcotisme ou à la colique des peintres. Ces accidents sont plus rares qu'on ne pense. On étendra le cérat sur le papier brouillard ou sur le linge fin percé. Des compresses émollientes, qu'on arrosera souvent, seront ajoutées au pansement. L'huile d'olive dont on oint les parties, l'huile de lin mêlée à l’eau de chaux, deux parties de blanc d’œuf et une partie d'huile tous ces moyens peuvent se suppléer.
Pour hâter la cicatrisation, Lisfranc a conseillé la solution du chlorure de chaux, La créosote étendue dans une grande quantité d’eau a été aussi em-
BRULURE, 349 ployée. Les résultats n’ont pas répondu à l’idée que les premiers expérimentateurs s'étaient faite de ces moyens. La compression a été proposée et expérimentée par MM. Bretonneau et Velpeau : elle est applicable, selon ces praticiens, à tous les degrés de la brûlure ; mais il est évident qu’elle ne peut l’être à toutes les régions. C’est sur les membres qu'elle a le plas d’efficacité ; elle aurait pour effet de faire taire promptement la douleur, et de prévenir l’érysipèle simple ou phlegmoneux. Les bandelettes de diachylon, que j'ai vu employer par M. Velpeau, et dont parle Thomson, hâtent singulièrement la cicatrisation : elles ne sont applicables que dans les cas de brûlures peu étendues, et sur certaines régions seulement. C’est une espèce de pansement par occlusion (voy. p. 256), applicable par conséquent quand il y a dénudation du derme. Que dire du conseil de rapprocher du feu les parties brûlées ? Si des noms tels que ceux de Paré et de Fabrice de Hilden ne se rattachaient à cette pratique, il faudrait en faire le cas de certains préceptes de lhomæopathie. Brüûler une brûlure est un précepte dont l'application ne
serait possible que si la lésion était très limitée : pour peu qu’elle soit éten-
due, la doctrine des semblables n’est pas seulement absurde, elle est barbare.
La question de l’'amputation des membres brûlés se présente ici. Un membre brûlé au cinquième ou au sixième degré doit nécessairement être éliminé ; il faut s'attendre à de grands dégâts, à une inflammation des plus violentes et à une suppuration excessive, En pratiquant l’amputation, on simplifiera donc la plaie. On se détermine encore à extirper un membre, quand, après la chute d’une eschare, une grande articulation a été ouverte. Mais avant d’entreprendre une pareille opération, assurez-vous des limites du mal, et surtout ayez en grande considération la somme des douleurs endurées par le malade, pour savoir s’il pourra supporter celles que le couteau va lui causer. Si, avec les brälures du membre à enlever, il en existe dans d’autres parties du corps, vous vous abstiendrez. Pour qu’une amputation réussisse, il ne faut pas que les forces de Ia nature soient distraites, car la plaie les réclame toutes. Voyez ce qui arrive quand vous amputez dans les cas où le malade est sous l'influence de certaines affections viscérales.
[ La séparation des eschares exige une surveillance attentive de la part du chirurgien. Qu'on n'oublie pas que des vaisseaux plus ou moins volumineux ont pu être compris dans la brûlure et que des hémorrhagies graves sont à redouter. Si donc on ne peut laisser un aide intelligent à côté du malade, il conviendra au moins de placer un tourniquet à demeure sur l'artère principale du membre, pour exercer une compression dès le moment où une hémorrhagie se manifesterait. La plaie qui succède à la brûlure doit être pansée avec soin ; il faut que le chirurgien s’attache à prévenir les saillies ct les brides qui succèdent si souvent à ces plaies et qui deviennent un objet de difformité. Le meilleur moyen d'obtenir ce résultat est de chercher à maintenir la surface de la plaie de niveau avec les parties voisines, en la cautérisant avec le nitrate d'argent fondu (pierre infernale) ou avec l’alun
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calciné, en exerçant une compression avec une plaque de plomb, etc. Si la brûlure siége à la main, on prévient l'agglutination des doigts entre eux, en les maintenant écartés par l’interposition de plumasseaux de charpie où de tampons de linge ; pour les empêcher d’être entraînés par la cicatrice du côté de la paume de la main, on dispose le membre sur une planchette qui permette de fixer solidement les doigts jusqu’à la guérison. Si la brûlure occupe le voisinage de certains orifices, comme la bouche, les paupières, on combat la tendance à l’occlusion et au rétrécissement de ces ouvertures, au moyen de mèches, de tentes, de canules fixées à demeure dans ces orifices; souvent les efforts de l’art échouent devant la force de rétractilité du tissu inodulaire. (Voyez, pour le complément du traitement, l’article CrcA- TRICES.) ]