‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoireChapitre 160 sur 266 · IL. -— DES ABCÈS FROIDS · texte numérisé non relu

IL. -— DES ABCÈS FROIDS

[ On désigne sous ce nom des collections purulentes qui se forment lenteent, sans être accompagnées de douleurs, et dont le développement n’est pas dû à une maladie du tissu osseux.

Causes. — Elles sont prédisposantes ou déterminantes. Le plus souvent ces abcès se montrent chez des enfants, des sujets d’un tempérament lymphatique, où présentant les attributs de la diathèse scrofuleuse. Ces causes seules sont suffisantes; quelquefois cependant ces abcès surviennent après une forte contusion, une pression ou des frottements prolongés; mais toujours alors leur développement se rattache aussi à une condition générale inhérente à la constitution de l'individu. On les observe dans tous les points du corps pourvus de tissu cellulaire graisseux.

Anatomie et physiologie pathologiques. — 1° Le contenu de ces abcès, ou le pus, présente des qualités différentes de celles du pus des abcès phlegmoneux. C’est un liquide peu consistant, séreux, de couleur jaune verdâtre, semblable à da petit-lait trouble, complétement inodore, tant que le foyer n'a pas donné accès à l'air atmosphérique.

2 La poche est bien limitée de tous côtés; les parois en sont tapissées par une membrane pyogénique douce au toucher, de couleur rouge ou grisâtre, parsemée souvent de plaques ardoisées ou de stries rougeâtres. Cette membrane est doublée par une couche de tissu cellulaire condensé, infiltré de lmphe plastique. La membrane pyogénique elle-même est formée par la lymphe plastique sécrétée sous l'influence du travail inflammatoire obscur et lent qui préside à la formation du pus. On ne rencontre pas dans les abcès

Æroids ces cloisons ou brides constituées par des vaisseaux et des nerfs, dont nous avons signalé l'existence dans les abcès phlegmoneux.

Les abcès froids ont une tendance incessante à augmenter de volume; la Membrane pyogénique sécrète continuellement une nouvelle quantité de pus qui s'ajoute à celle qui existait antérieurement. Mais comme cette membrane

. possède aussi la propriété d’absorber les produits liquides avec lesquels elle est en rapport, il arrive quelquefois que le travail d'absorption s'exécutant avec autant d'activité que le travail de sécrétion, l’abcès reste stationnaire,

Parfois même, l'absorption devenant plus active, a collection diminue et peut même disparaître complétement. Ce n’est pas à dire que, dans ce cas, le pus soit absorbé en nature ; la sérosité seule du pus repasse dans le torrent circulatoire, l’élément globulaire se condense, et forme à la place même occupée par l’abcès un noyau plus ou moins résistant qui lui-même disparaît quelquelois, après une dissociation préalable des éléments des globules absorbés aussi à leur tour.

Lorsque l’abcès augmente de volume, le pus tend à se porter vers les points qui lui offrent le moins de résistance, il chemine le long des gaines aponévrotiques sans cesser d’être entouré par la membrane pyogénique, et, s'il rencontre sur son passage quelque ouverture, il s'y insinue et arrive finalement sous la peau où il forme une seconde poche séparée de la première par un étranglement.

L'abcès, une fois parvenu à ce point d'évolution, peut rester stationnaire; en général, au bout de quelque temps, il devient le siége d’un travail inflammatoire subaigu. La peau elle-même s’échauffe et rougit, puis s’ulcère, et le pus s'échappe à l'extérieur. Quelquefois l’abcès se cicatrise; le plus souvent la membrane pyogénique conserve son Organisation primitive, c'est-àdire qu’elle ne se transforme pas en membrane granuleuse. Elle est donc impropre à subir le travail de l'adhésion, elle continue à sécréter du pus, et comme ce liquide se trouve en contact avec l'air, il ne tarde pas à subir des altérations préjudiciables au malade, sur lesquelles nous reviendrons ultérieurement. |

Symptômes. — Un abcès froid se présente sous la forme d’une tumeur plus ou moins volumineuse, bien limitée de toutes parts, rénitente, élastique, fluctuante. Les téguments qui recouvrent la tumeur ne sont altérés ni dans leur couleur, ni dans leur température ; la tumeur est peu ou point douloureuse, soit par elle-même, soit lorsque le chirurgien l’explore. En général, elle commence par un engorgement plus où moins dur qui se ramollit du centre à la périphérie.

Marehe et terminaisons, — Un abcès froid guérit quelquefois spontanément, et d'après le mécanisme que nous avons précédemment exposé. Ou bien l’abcès reste stationnaire pendant un certain temps; le plus souvent il augmente insensiblement de volume ; la peau qui le recouvre s’échauffe, s’ulcère et le pus s'écoule au dehors. Tantôt, ce qui est rare, l’abcès se cica- (rise; d’autres fois la suppuration ne diminue pas en quantité ; le pus, en contact avec l'air atmosphérique, s’altère, prend une odeur fétide; les malades sont pris de fièvre, ils maigrissent, perdent l'appétit, s’affaiblissent, sont affectés de diarrhée, et finissent par succomber en présentant un ensemble de symptômes désignés par les uns sous le nom de fièvre hectique, par d’autres sous le nom de résorption putride. (Voy. p. 267.)

Diagnostic. — Les abcès froids diffèrent des abcès phlegmoneux en ce que ces derniers sont accompagnés de phénomènes inflammatoires à leur

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ABCEÈS. 365 début. Les abcès froids symptomatiques d’une lésion osseuse offrent les mêmes caractères que les abcès froids idiopathiques. Mais ils sont presque toujours précédés pendant longtemps de douleurs qui ont leur siége sur un point du squelette, notamment le long de la colonne vertébrale, sur la circonférence du bassin, etc. Les adénites chroniques suppurées ressemblent aux abcès froids ; elles en diffèrent par leur siége dans les régions pourvues de ganglions lympbatiques. Les lipomes présentent quelquefois une fausse fluctuation qui peut en imposer pour un abcès froid. Les kystes se présentent avec des caractères qui simulent aussi une collection purulente, et souvent il est nécessaire d'avoir recours à une ponction exploratrice pour arriver à un diagnostic exact. (Voy. Aystes.)

Pronostie. — Il est plus grave pour un abeès froid que pour un abcès phlegmoneux ; il suffit, pour s’en convaincre, d’opposer l’une à l’autre les descriptions de ces deux affections.

Fraitement. — 1° Au début de la formation d'un abcès froid, alors qu'il n'existe encore qu’un engorgement, on peut chercher à en obtenir la résolution par des frictions avec des pommades ou des liniments ammoniacaux et jodés; en administrant au patient des douches sulfureuses sur la partie malade; en le soumettant à un régime tonique.

2° Lorsqu'on est appelé plus tard, à une époque où le pus tend à se former, il faut favoriser ce travail en recouvrant là tumeur d’un emplâtre de Vigo cum mercurio, ou d'un emplâtre de diachylon gommé. Des vésicatoires volants promenés sur la région malade ont un effet analogue; il en est de même du massage prolongé et des ventouses sèches.

3° Lorsque la tumeur s’est ramollie, il convient d'évacuer le pus et de chercher à obtenir une adhésion des parois du foyer. Une simple ponction ou une incision seraient tout à fait insuffisantes pour obtenir ce double but: il faut en effet modifier la membrane pyogénique, chercher à la convertir en membrane granuleuse. On arrive à ce résultat en recouvrant la surface de la membrane d’une traînée de potasse caustique ou de pâte de Vienne (mélange de poudre de chaux et de potasse). On produit ainsi une eschare qui donne lieu à un travail inflammatoire borné d’abord à la peau voisine, étendu plus tard aux parois de la poche, c’est-à-dire à la membrane pyogénique. L’eschare elle-même doit être incisée dans toute son épaisseur de manière à pénétrer dans le foyer que l’on vide du pus qu’il contient.

On peut également produire l'irritation de la face interne de l’abcès, en évacuant le pus au moyen d’une ponction avec un trocart, puis en injectant dans la poche une certaine quantité de teinture d’iode, d’après la formule qui sera indiquée à l’article des Abcès par congestion. ]

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