DE LA GANGRÈNE SPONTANÉE
[ C’est une espèce de gangrène qui reconnaît souvent pour cause quelque lésion du système vasculaire, qui d’autres fois se développe sans cause bien appréciable pour nous. On l’a appelée gangrène sénile, parce qu’on la remarque surtout chez les vieillards ; gangrène sèche, parce que c’est cette forme qu’elle revêt le plus souvent; gangrène chronique, parce qu’elle a une marche lente.
Causes. — Elle est plus fréquente chez l’homme que chez la femme ; elle se développe aussi bien chez les gens riches qui usent d'une nourriture
GANGRÈNE SPONTANÉE. at
succulente que chez les gens pauvres qui sont soumis à toute espèce de privations. On la voit quelquefois apparaître à la fin de quelque maladie grave, de la fièvre typhoïde, par exemple.
On rencontre souvent chez les individus atteints de cette affection des ossifications dans les tuniques artérielles, ou des concrétions tophacées, des plaques athéromateuses ou stéatomateuses; une tumeur qui avoisine une artère et exerce sur celle-ci une compression plus ou moins forte. On conçoit quels troubles de pareilles lésions doivent occasionner dans la circulation du sang. D’autres fois c’est une artérite qui produit une oblitération de l'artère principale du membre et des branches collatérales, ce qui donne lieu aux mêmes effets que les lésions précédentes.
Du côté des vemes, on rencontre quelquefois une oblitération due à une phlébite. Peut-être existe-t-il dans certains cas des lésions bornées aux vaisseaux capillaires; mais ces lésions n’ont pas été constatées jusqu'ici.
Symptômes. — La gangrène spontanée débute toujours par les parties du corps les plus éloignées du centre circulatoire, les doigts des pieds ou des mains, l'extrémité du nez, les oreilles, le pénis ; le plus souvent c’est aux pieds, sur le dos de l’un des orteils ou sur le côté d’un ongle. Les malades ressentent pendant quelque temps des douleurs, des fourmillements, de l’engourdissement et une pesanteur dans l’orteil, dans le pied ou même dans la jambe. Ces parties perdent leur sensibilité, les mouvements en sont gênés, la température légèrement abaissée ; les battements artériels, généralement moins forts, cessent complétement dans certains cas. La peau qui recouvre la face dorsale de l’orteil ou le côté de l’ongle prend une coloration d'un rouge brun; plus tard, cette couleur est livide et enfin noire. L'épiderme est soulevé, puis détaché ; le derme, mis à nu, présente une couleur rouge foncé, et la sensibilité y est totalement abolie; la peau se racornit, se dessèche, se momifie. Ce travail de destruction se propage de proche en en proche, mais avec une lenteur généralement très grande. IL faut parfois plusieurs années pour que la totalité d’un membre se gangrène. En général, la gangrène se présente sous la forme sèche ; la gangrène humide s’observe très rarement. Au bout d’un certain temps et lorsque la mortification est limitée, on voit apparaître le travail qui préside à l'élimination ; souvent ce travail est arrêté par de nouveaux progrès que fait la mortification.
Chez quelques malades, il n'existe d’autres troubles fonctionnels dans le membre qu’une diminution de la sensibilité et du mouvement. Chez le plus grand nombre, il se développe des douleurs plus ou moins vives, parfois intolérables, qui augmentent par la chaleur du lit Un phénomène bien Surprenant au premier abord est la conservation des mouvements des doigts envahis par la gangrène; on l'explique par l'intégrité des tendons qui résistent longtemps au travail destructeur et qui sont entraînés par la contraction des muscles de la jambe.
Les phénomènes généraux varient ; les douleurs vives déterminent parfois