TISSU FIBREUX ANORMAL
Le tissu fibreux se montre sous plusieurs formes, en masses plus ou moins régulières, arrondies, comme on l’observe dans la matrice, en masses sans régularité, et entrant pour une part dans les tumeurs composées, ou sous forme de bandes, de faisceaux plus ou moins irréguliers. Comme transformation, ce tissu comprend deux catégories de faits bien distincts : dans la première, la transformation est presque parfaite, et renferme les cas de transformation proprement dite; dans la seconde, la ressemblance entre le tissu accidentel et le tissu fibreux naturel est assez éloignée pour ‘qu'on ait pu le classer parmi les transformations cutanées. Gette seconde catégorie est constituée par le tissu cicatriciel. Les transformations de la première espèce sont assez rares, et ne s'observent guère que sur les tissus cellulaire, car tilagineux, musculaire et synovial. Elles se manifestent quand un de ces tissus est appelé à suppléer dans ses fonctions un organe fibreux quelconque, comme cela a lieu dans les luxations non réduites, dans les fausses articulations, etc. On voit, par conséquent, que la transformation fibreuse constitue presque toujours un moyen curatif plutôt qu'un état pathologique; cependant cette dernière circonstance s’observe quelquefois; c’est ce qui à lieu lorsque les colonnes charnues du cœur deviennent fibreuses, phénomène encore assez fréquent. Le tissu fibreux anormal, sous forme de tumeurs complétement indépendantes, est surtout une maladie de la matrice; c’est en exposant la pathologie de cet organe que j'en traiterai complétement. J'en dirai aussi quelques mots en parlant des tumeurs du sein, parce que dans ces derniers temps on à avancé qu’elles existaient dans cet organe avec les caractères de celles de la matrice. Je ne dois traiter ici que du tissu cicatriciel (1).
Tissu cicatricicl inodulaire.
Le tissu cicatriciel, qui s'éloigne des transformations fibreuses précédentes par sa structure et son extrême importance, s’en rapproche par la fin à laquelle il est destiné, c’est-à-dire parce qu'il est le produit d’un acte réparateur, mais dont les déviations peuvent entraîner des difformités, des maladies même qui nécessitent l'intervention de la médecine opératoire.
(1) M. Vidal n'ayant donné nulle part une description générale des tumeurs fibreuses, j'ai cru devoir combler cette lacune. (Voyez p. 43). (FANO. )
TISSU CICATRICIEL INODULAIRE, 425
Structure. — Le tissu inodulaire se présente sous forme de plaques ou de bandes d’une étendue et d’une épaisseur variables, de couleur rouge lie de vin, rose, jaunâtre, ou plus souvent d’un blanc plus ou moins pur. Sa surface est quelquefois rugueuse et mate, plus souvent unie et luisante, tantôt la cicatrice fait saillie au-dessus du niveau de la peau ; tantôt, mais plus rarement, elle est enfoncée dans les tissus, et donne lieu à des dépressions de forme et de profondeur diverses. Ce tissu anormal est ordinairement doublé d’une couche de tissu cellulaire qui lui permet des mouvements toujours plus limités que ceux de la peau ; d’autres fois il adhère plus ou moins intimement aux os, aux Cartilages ou aux aponévroses, et forme alors des cicatrices adhérentes. Le tissu inodulaire est pénétré de vaisseaux sanguins plus ou moins nombreux, mais toujours plus rares que ceux de la peau; on ignore s’il renferme des vaisseaux lymphatiques. Les nerfs n’y semblent pas exister, car ce tissu est toujours insensible par lui-même; si, dans quelques circonstances, il paraît doué de sensibilité, c’est qu’alors son épaisseur, très peu considérable, permet la transmission des impressions aux nerfs des tissus sous-jacents. L'élément principal du tissu inodulaire est un assemblage de fibres blanchâtres, irrégulières, rayonnées ou fasciculées, d’une consistance qui peut aller jusqu’à celle des fibres ligamenteuses les plus solides. Cet élément fibreux est recouvert par un épiderme mince et mal formé qui n’est humecté par aucune sécrétion ni exhalation, et qui est par conséquent toujours sec; on n’y rencontre jamais de bulbes pileux, ce qui explique pourquoi les cicatrices sont constamment dépourvues de poils, lorsque la lésion à laquelle elles succèdent à détruit toute l’épaisseur de la peau. On voit, d’après tous ces caractères, que le tissu cicatriciel se rapproche beaucoup plus du tissu fibreux que de la peau, et que c’est bien dans les transformations fibreuses que se trouve sa véritable place. Tous les tissus, moins peut-être le tissu osseux, paraissent susceptibles de se transformer en tissu inodulaire.
La propriété la plus remarquable du tissu inodulaire, celle sur laquelle j'ai insisté ailleurs, est la tendance qu'il a à la rétraction. Cette tendance, qui se développe déjà dans la membrane granuleuse qui forme le premier phénomène ou le premier état du tissu inodulaire, se continue dans ce dernier, et pendant un temps plus ou moins long, après qu'il est complétement fermé (1). Cette force de coarctation est d'autant plus considérable et d'autant plus efficace que la perte de substance a été plus large, que les parties sousjacentes sont pourvues d’un tissu cellulaire plus lâche, et peut-être, toutes choses égales d’ailleurs, que la suppuration a duré plus longtemps. Je dis peut-être, car j'ai vu des chancres durer pendant fort longtemps, et ne pas produire une rétraction plus grande que d’autres qui avaient le même siége
(1) 11 est de toute nécessité que le lecteur connaisse déjà ce qui a été dit, dans ce volume, de la réparation ou cicatrisation des plaies, des brûlures, de la gangrène,
426 TISSU CICATRICIEL INODULAIRE. D et la même étendue, et dont la guérison avait été plus prompte. La nature de l'agent destructeur a aussi une grande influence sur la propriété de rétraction: tout le monde sait que les cicatrices qui succèdent aux brûlures tiennent, à beaucoup près, le premier rang sous ce rapport. C’est à cette propriété de rétraction, dont le but semble utile en soi, puisqu'il a pour résultat de diminuer l'étendue de la surface accidentelle et de la remplacer par une surface paturelle (la surface cutanée), que sont dues une grande partie des difformités produites par les cicatrices. |
La formation du tissu inodulaire peut occasionner une foule de difformités, et il peut devenir lui-même le siége de quelques altérations qui constituent la pathologie des cicatrices, dont l'étude toute récente offre un champ fertile aux recherches.
S 1. — Difformité des cicatrices.
À l'exemple de MM. Bérard et Denonvilliers, je diviserai ces cicatrices en deux catégories très naturelles, savoir : les cicatrices difformes, ici la difs formité réside dans la cicatrice elle-même, et les de fformités causées par les cicatrices, lesquelles se produisent à la suite des tractions exercées par le tissu inodulaire sur les parties environnantes.