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POLYPES

On donne le nom de polypes à des excroissances pédiculées, de volume et de forme variés, qui se développent dans la plupart des cavités revêtues par une muqueuse, sur la membrane interne des vaisseaux et du cœur. Ce nom paraît venir de æe:e, et de rss, poulpe, et indique la ressemblance que les anciens ont cru reconnaître entre ces excroissances et l'animal de ce nom, Il est bien entendu que je ne m'occuperai ici que des polypes qui se développent dans les cavités revêtues par des muqueuses.

Situation. — lle varie, pour ainsi dire, autant que les cavités mu queuses; mais il ne faudrait par croire que chacune de ces cavités y soit également sujette ; la muqueuse pituitaire occupe, sous ce rapport, le premier rang, et la muqueuse utérine vient immédiatement après ; arrivent ensuite la muqueuse des sinus maxillaires, celle du pharvnx, du larynx et du rectum, et enfin la plupart des autres muqueuses telles que la vaginale, la vésicale, etc. Une distinction fondée sur la situation des polypes, et qui intéresse le chirurgien, a été faite par M. Gerdy (4), dans son travail sur ces productions morbides. Ce professeur les a classés en deux ordres : 4° les polypes extéro-intérieurs, qui peuvent se montrer à l'extérieur et être enle: vés par le chirurgien, bien qu'ils aient leur point d’origine à l'intérieur ; 2° les polypes intérieurs, qui sont inaccessibles aux moyens chirurgicaux.

Forme. — Primitivement, les polypes sont toujours pyriformes ou s’en rapprochent beaucoup; mais, dans leur développement consécutif, cette forme éprouve de nombreuses modifications, résultant de la pression que les parois des diverses cavités muqueuses exercent sur le corps des polypes; c'est alors qu'ils peuvent prendre une forme allongée, comprimée, irrégulière, ramiforme, comme on l’a vu dans certains polvpes du sinus maxillaire qui se prolongeaient dans la fosse ptérygo-maxillaire, de là dans l'orbite par la fente sphéno-maxillaire, et enfin de ce dernier point dans le crâne par la fente orbitaire supérieure. Cependant, malgré ces modifications, il y a un caractère que les polypes conservent presque toujours, c’est le pédicule: celui qui sert de point d'insertion est toujours unique, dans l’origine au moins ; plus tard le polype peut contracter des adhérences, soit avec les parois de la cavité qui le renferme, soit avec des polypes voisins, ét dans ce cas on peut rencontrer deux pédicules où même davantage. :

La surface des polypes est ordinairement lisse et polie ; plus rarement ellé

est rugueuse, lobulée, mamelonnée, fongueuse, déchiquetée, divisée par des fissures profondes.

(1) Des polypes et de leur traitement. Paris, 1838, in-8.

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Volume.— Le volume des polypes ést très variable : on en trouve qui ne dépassent pas le volume d'un grain de mil, tandis que l'utérus en présente quelquefois qui dépassent le volume d’une tête de fœtus à terme. Le volume estrordinairement limité par les parois de l'organe contenant. Lorsque ces parois sont inextensibles, les polypes restent à un état de développement peu considérable; dans le cas contraire, le volume s'accroît d’une manière presque illimitée.

Nombre. — 11 est en général peu considérable, et le plus souvent il ne se développe qu'un polype à la fois chez la même personne; quand il en existe simultanément plusieurs, c’est le plus souvent dans la même cavité, et beaucoup plus rarement dans des cavités différentes. Celles dans lesquelles on les trouve le plus souvent multiples sont les fosses nasales, l'oreille et l'utérus.

| Structure. — C'est sur la structure qu'est fondée la division la plus importante des polypes. Celle de M. Gerdy me paraît, dans l’état actuel de la science, satisfaire à toutes les exigences. Ge professeur les divise : 4° en polvpes, mous, muqueux, cellulo-membraneux, ou lardacés, ou fongueux, ou granuleux;°-2° en polvpes durs, ou charnus, ou fibreux; 3° en polvpes cartilagineux, osseux, pierreux ; 4° en polypes composés. Comme la structure imprime à Chacune de ces espèces une marche particulière, il est nécessaire d'en faire successivement une description spéciale. Je vais en faire sept groupes.

1° Polypes mous, muqueux ou vésiculaires. — IIS ont pour caractères essentiels d’être grisâtres ou jaunâtres, demi-transparents, quelquefois gélatiniformes et extrêmement friables. Ils sont composés d’une membrane extérieure d’une minceur variable, suivant les différents polypes et suivant les points d’un même polype ; cette membrane est difficile à détacher de la substance qui forme la masse de l’excroissance. Celle-ci est formée par des aéroles assez analogues à celles du tissu cellulaire, mais dont les lames sont plus larges, plus fines et plus friables; ces aréoles sont remplies par un liquide albuminiforme, quelquefois par. une matière molle, caséiforme; on ydistingue parfois des vésicules très apparentes, remplies d’un liquide transparent, ou plus rarement d’une humeur lactescente. Des filaments vasculaires très ténus traversent quelquefois ces divers éléments.

20 Lardacés. — Is ne paraissent être le plus souvent qu'une dégénérescence des précédents, desquels ils se distinguent par une consistance plus grande, par leur opacité, due à une matière épaisse, blanchâtre ou grisâtre, qu'on dirait être de l’albumine coagulée. Nous ferons remarquer que là comparaison entre ces polypes et le lard n’est nullement juste; car, sous le rapport de la consistance, le lard est bien supérieur à ces polypes, et nous ne pensons pas qu’on ait jamais rencontré un vrai polype pédiculé ayant l'aspect franchement lardacé.

3° Fongueux. — Us sont les mêmes que ceux qui précèdent, avec cette

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h A6 POLYPES, différence qu'ils offrent une vascularisation beaucoup plus prononcée qui explique la facilité avec laquelle ils saignent sous l'influence des moindres frottements. Les po/ypes granuleux se distinguent des précédents surtout par leur surface, qui offre des granulations, des mamelons analogues à ceux des végétations syphilitiques auxquelles on les a comparés, et avec lesquelles aussi on les à quelquefois confondus.

h° Polypes durs fibreux. — Dans les polypes mugueux, le pédicule sem: ble faire exclusivement suite à la membrane muqueuse ; dans ceux-ci, il semble se continuer avec la fibreuse sous-jacente, Les polypes fibreux sont durs, pesants, opaques; leur surface est souvent lisse, quelquefois mamelonnée ou tomenteuse ; la membrane qui les revêt est plus épaisse que celle qui revêt les précédents, mais Cependant d’une épaisseur peu considérable, et souvent très mince en certains points. Leur coloration est ordinairement rougeâtre à l'extérieur, grisâtre ou Jaunâtre à l’intérieur où l'élément vasculaire est moins abondant; ce qui domine dans leur structure, c’est l'élément libreux, qui affecte différentes dispositions sur lesquelles il serait inutile d'insister, vu qu'elles peuvent offrir toutes les variétés imaginables, |

9° Sarcomateux. — Lorsqu'on ne confond pas sous le nom de polypes des produits qui leur sont étrangers, les sarcomateux ne diffèrent des précédents que par une coloration rouge qui à remplacé la coloration grisâtre ; cette coloration est due, soit à une vascularisation plus grande de la masse polypeuse, soit à quelque épanchement sanguin qui s'est opéré dans son épaisseur.

6° Cartilagineux, osseux et pierreux. — Ces polypes, dont la dénomination indique suffisamment la structure, ne sont que le résultat des transformations successives subies par les polypes des espèces précédentes. Certains auteurs, et M. Gerdy lui-même, semblent Cependant admettre qu'ils peuvent se développer primitivement avec leurs caractères propres; mais il faudrait des faits bien précis pour faire admettre un mode de développement aussi contraire au développement organique général, et ces faits ont manqué Jusqu'à ce jour à la science.

T° Polypes mixtes et composés. — On a donné ce nom à des polypes qui renfermaient dans leur intérieur des matières étrangères à la CoOMposition ordinaire de ces productions : c’est ainsi qu'on à signalé dans les polypes un liquide laiteux (Spordeler), un liquide sanguin (Saviard), une matière gélatineuse (1).

Symptômes, marche, — Bien que les différentes espèces de polypes n'aient pas toutes la même gravité, qu'ils ne produisent Pas tous exactement les mêmes phénomènes, il est néanmoins utile d’embrasser sous un point de

(1) Nous donnerons d’autres détails sur Ja structure des polypes quand il sera question des polypes de l'utérus.

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vue général leurs diverses phases pathologiques, sauf à faire quelques remar-

ques sur ce qui sera spécial à chacune de ces. espèces.

Les polypes sont souvent insensibles par eux-mêmes : ceux des deux premières catégories sont les seuls qui accusent quelquefois un peu de sensibilité quand on les presse ou qu'on les pique. C'est surtout par leur action sur les parties voisines qu'ils deviennent difficiles à supporter : à mesure qu'ils se développent, ils distendent les cavités dans lesquelles ils sont renfermés, provoquent des hémorrhagies, des douleurs plus ou moins vives, quelquefois intolérables, des inflammations qui se terminent souvent par suppuration, par ulcération, et quelquefois par gangrène, soit du polype, ce qui est le cas le plus heureux, soit d’une portion de la cavité contenante, soit de l’un et de l’autre à la fois. Ces accidents s’observent, même dans les cavités osseuses, où ils sont souvent suivis des résultats les plus graves, tels que le ramollissement des os, la disjonction des sutures qui les unissent, etc. Outre ces accidents, qu'on pourrait appeler en quelque sorte directs, d'autres accidents indirects sont produits par les polypes ; ils sont constitués par la suspension des fonctions de l'organe affecté : l’olfaction est émoussée ou abolie dans les polypes du nez, la voix altérée dans ceux du larynx, la fécondation et la gestation sont en général troublées dans ceux de l'utérus, lc.

Lorsque les accidents locaux dont il vient d’être question sont portés à un certain degré, ils peuvent retentir sur tout l'organisme et produire les accidents les plus violents : cependant c’est d'ordinaire par un épuisement successif que les polypes ruinent la constitution et la conduisent à un terme fatal.

Dans une première phase de leur existence, la marche des polypes est fort difficile à apprécier, car ils ne se révèlent alors par aucun symptôme bien évident. Tous les jours, en pratiquant des autopsies, on rencontre des polypes qui, pendant la vie des malades, étaient passés complétement Inaperçus : c'est cette période que M. Gerdy a appelée période d’innocence, dénomination à laquelle on pourrait substituer celle de période d'innocuité. La seconde phase, ou celle dans laquelle les polypes produisent des accidents plus ou moins graves, phase qui à reçu de M. Gerdy le nom de période de méchanceté, et qu'il serait peut-être plus convenable de nommer période de nocuité ; cette seconde phase a une marche extrêmement différente, suivant les cas, quoique cette marche soit toujours chronique.

Diagnostie. — Le diagnostic des polypes extéro-intérieurs est ordinairement des plus faciles, puisque dans ce cas on peut presque toujours ou voir ou toucher la maladie. Lorsque les polypes sont tout à fait intérieurs, il est beaucoup plus difficile et fondé sur des caractères très différents, suivant les organes affectés. Il en sera question dans les volumes suivants.

Terminaison et pronostic. — La terminaison des polypes est souvent fatale, soit qu'ils épuisent peu à peu la constitution par des hémorrhagies, par

LAS TÜBERCULES.

la suppuration, par une fièvre hectique, ou qu'ils lébraulent fortement par des accidents aigus. La mort est souvent le résultat final de ces troubles divers ; dans quelques cas cependant, le polype, comprimé par les parois qui le renferment, se détruit par suppuration ou se gangrène, et alors tout peut rentrer dans l’ordre. Le pronostic ressort presque en totalité de ces faits: Pour en compléter les éléments, j'ajouterai que dans le cas où le polypera été expulsé spontanément, ou qu’il a été enlevé par une opération, la partie a de la tendance à en être affectée de nouveau.

Les polypes se développent-ils sous l'influence d’une cause ‘Jocale ou d’une diathèse analogue à celle qui produit les tubercules, de cancer, etc. ? On trouve des faits assez nombreux qui prouvent qu'un polvpe s’est manifesté à la suite d’inflammations, de violences extérieures ; mais comment décider s'il y avait Rà rapport de causalité ou simple coïncidence” Si l’on considère que toutes les productions morbides qui ont une tendance à récidiver où qui se montrent dans plusieurs points à la fois, comme le cancer, le tubercule, les diverses productions syphilitiques, se développent sous l'influence d’une altération générale, on sera bien disposé à admettre qu'il en doit être de même pour les polvpes. Il faut reconnaître toutefois que ce n’est là qu'une analogie probable, et qu'il est prudent, jusqu'à ce que dé nouvelles lumières aient surgi dans la science, de se maintenir dans un doute exempt de préjugé.

Causes.

Traitement. — La disparition d’un polype par les movens indirects est un rêve thérapeutique qui ne s’est jamais réalisé ; leur desséchement par les poudres absorbantes ne peut se comprendre que dans des cas de très petits polypes muqueux. Il fautdonc encoredétruire mécaniquement, chimiquement, ou enlever, ce qui est mieux. Ici deux méthodes sont en présence, la liga= ture et l’extirpation par les ciseaux ou ie bistouri. C’est la crainte de l’hé= morrhagie qui a conservé quelques partisans à la ligature; celle-ci à des inconvénients que je ferai connaître, surtout en parlant des polypes de là matrice.

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