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CHAPITRE VIT

Cancer vient d’un mot grec qui veut dire crabe, et d'un mot latin qui à la même signification. On dit que cette dénomination a été puisée dans la ressemblance du cancer avec cet animal. Les anciens appelaient surtout cancer la dégénérescence la plus fréquente de la mamelle, et l’on sait que la tumeur est alors entourée par des veines qui partent de la tumeur et qui rayonnent comme le font les pattes d’un crabe. On attribue aussi cette dénomination à l’idée qu’on se faisait d'une bête qui dévorait la partie affectée. A une époque où le doute scientifique n’était pas très répandu, chaque doctrine définissait le cancer à son point de vue, et quelquefois sans trop se préoccuper de la rigueur de la définition. Le progrès de la science à montré les vices de toutes les définitions, mais il n’a pu en trouver une complétement satisfaisante : de là vient qu'aujourd'hui on décrit le cancer, mais on ne Le définit pas.

[Le cancer, dit Boyer (4), est une tumeur dure, inégale, d’abord indolente, Qui devient ensuite le siége de douleurs lancinantes et brâlantes, s'ouvre

(1) Traité des maladies chirurgicales. 5° édition, t. 11, p. 700.

h56 CANCER. | “c spontanément, et présente un ulcère à bords durs et renversés, d’un aspect désagréable, d’où découle un ichor fétide et àcre; cette maladie conduit au tombeau par une suite de phénomènes qui ne présentent rien de sembable à ce qu’on observe ordinairement dans les espèces de colliquation et de consomption. À cette définition du grand clinicien, il faut ajouter que le cancer présente comme caractères constants la récidive de la tumeur après l'ablauon et l’engorgement des ganglions Iymphatiques. |

Bien que le cancer ait une symptomatologie particulière, bien qu'il imprime à l'organisme un cachet particulier évident, surtout à une époque avancée de la maladie, c’est principalement par ses produits locaux qu’on le caractérise, Ge sont eux qui servent à distinguer les espèces. Ces produits sont surtout constitués par deux tissus anormaux, le squirrhe et l’encéphaloïde; je lui en joindrai un autre, le tissu colloïde (1). Voici d’abord la description de chacun de ces tissus ; je chercherai ensuite à In qREg les liens qui les unissent et les différences qui les séparent.

Squirrhe. — Ce tissu est le seul que la plupart des auteurs anglais, et Scarpa avec eux, regardent comine constituant le véritable cancer. Il est composé, à l’état le plus parfait, par une trame cellulo-fibreuse, dans: la= quelle est comme déposée une substance solide, demi-transparente, blanchâtre, ou d’un blanc à reflet très légèrement bleuâtre (2) : «Gette substance pénètre et remplit exactement tous les intervalles fibreux, comme le mortier complète les intervalles qui séparent les pierres d’une muraille (3). » Cette -disposition donne au tissu squirrheux un aspect qui se rapproche assez de celui du lard. La plupart des auteurs, frappés de cette analogie, ont appelé souvent le squirrhe, tissu lardacé. La quantité de la matière interposée et la disposition relative de la trame impriment au squirrhe des modifications dont

(4) Bayle dit avoir observé les neuf espèces suivantes, qu'il appelle et classe ainsi : 1° Tissu chondroïde ou cartilagineux (squirrhe moderne). 2° Tissu hyaloïde ou vitriforme (colloïde moderne), 3” Tissu larinoïde ou lardiforme (squirrhe).

4° Tissu bunoïde ou napiforme (squirrhe\.

5° Tissu encéphaloïde ou cérébriforme.

6° Tissu colloïde ou gélatiniforme.

Tissu cancéreux composé (cancer composilus).

8° Tissu entremêlé (cancer interpositus).

9° Tissu cancéreux superficiel.

Je note ces espèces de Bayle, non pour en faire des descriptions particulières, mais pour que le lecteur retienne les types des différences qu’on pourra trouver dans les trois espèces principales de cancer que je vais décrire.

(2) Cette teinte bleuâtre est beaucoup moins fréquente et moins prononcée qu'on ne pourrait le croire en lisant les descriptions des auteurs, qui pour la plupart y insistent beaucoup.

(3) Encyclopédie anatomique (Anat. pathol. génér., traduit par A.-J.-L. Jourdan), t, IX, p. 240, Paris, 1847.

CANCER. 157 quelques-unes ont reçu des noms spéciaux : tantôt les aréoles sont très nettement formées et assez régulières, c’est le cancer aréolaire (dénomination qui s'applique plus spécialement au tissu colloïde); tantôt la trame cellulo-fibreuse est disposée sous forme de fibres qui rayonnent du centre à la circonférence, c'est alors le squirrhe napiforme (Bayle), ressemblant au parenchyme du navet. Mais la forme la plus commune est celle qui se compose des nuances précédentes sans exagération de l’une d'elles. On voit donc alors, ici aspect lardacé plus prononcé, là l'aspect finement rayonné ou fasciculé parallèlement, plus loin des portions où l'élément fibreux semble seul exister et former des masses ou des filons de forme et de volume divers. Du reste, ces fibres se prolongent presque toujours dans les tissus normaux environnants, bien en dehors de la portion lardacée : cette circonstance à été fortement mise en relief par Ch. Bell, qui pense que toutes les fois que dans une opération on laisse dans les tissus une petite quantité de ces fibres, la récidive est fort à redouter. Je dirai plus tard ce qu'il faut penser de cette opinion. Dans les cas plus rares, les tumeurs squirrheuses sont assez bien isolées au sein des tissus, sans être cependant dépourvues d’adhérences même assez fortes, et forment les squirrhes enkystés.

Lorsqu'on presse entre les doigts une tranche de tissu squirrheux, on fait assez souvent suinter de la surface des coupes un liquide lactescent auquel on a donné le nom de suc cancéreux. Cependant la présence de ce liquide n’est pas constante, et de plus on trouve dans les tumeurs non squirrheuses un liquide fort analogue; en sorte qu'il ne faudrait pas le considérer comme le caractère pathognomonique du cancer. (Voy. p. 464.)

La structure extrêmement serrée du tissu squirrheux lui donne une pesanteur spécifique supérieure à la plupart des autres produits morbides; cette circonstance peut être mise à profit pour le diagnostic, surtout quand il s’agit de tumeurs de la mamelle, du testicule.

Scarpa n’a jamais pu, dit-il, injecter de tumeurs squirrheuses ; il pense qu'elles ne contiennent pas de vaisseaux ; cependant, malgré l'autorité de Lravers et de Lobstein, qui partage l'opinion de Scarpa, MM. J. Müller, Lebert et Cruveilhier disent avoir constaté dans le squirrhe des vaisseaux extrêmement fins; j'ai pu en voir à l'œil nu dans une dégénérescence squirrheuse de l'estomac. L'état des lymphatiques dans les tumeurs squirrheuses est complétement inconnu. On n’y à point constaté de nerfs.

Les masses squirrheuses sont ordinairement de formes très irrégulières, bosselées, dures comme le lard ou très dures comme le bois. La consistance d'ailleurs varie le plus souvent dans les différents points de la tumeur; elle est plus considérable dans les portions purement fibreuses que dans les portions lardacées. Ces masses sont le plus souvent d’un volume médiocre; il est assez rare d'en rencontrer qui dépassent ou même qui atteignent la grosseur du poing. Tantôt, en se développant, elles semblent dilater, augmenter le volume de l'organe qu'elles envahissent en se mêlant intimement à son

tissu ; tantôt, au contraire, elles l’amoindrissent, le racornissent, | ’atrophient : dans le premier cas, on a nommé le cancer hypertrophique, et danse second, afrophique.

Le tissu que je viens de décrire est le tissu squirrheux à l’état de crudité,

c'est-à-dire à la première période de développement, qui peut durer un

temps considérable et en quelque sorte indéfini; néanmoins, dans le plus grand nombre des cas, au bout d’un an, quelquefois de deux ou trois ans, le üssu devient moins transparent et commence à se ramollir; la surface tégus mentaire la plus rapprochée de la tumeur est comme attirée vers elle, lui adhère, rougit, et finit par s’ulcérer. Une fois l'ulcération établie, elle détruit peu à peu la masse dégénérée, tandis que cette masse elle-même continue à s'étendre en profondeur et à gagner d’un côté ce qu’elle perd de l’autre. I faut remarquer toutefois que ce ramollissement du tissu squirrheux n’est pas aussi complet qu'on le croit généralement, et ne ressemble point à celui du tissu encéphaloïde : en effet, quand ce dernier perd sa consistance, quelle que soit son étendue, le ramollissement est partout à peu près au même degré, tandis que dans les masses squirrheuses il n'y a guère que la face superficielle qui diminue de consistance, et qui se détruit comme par exfoliation; quelques lignes au-dessous, le tissu a conservé ordinairement une densité considérable. Ceux qui ont décrit un ramollissement du squirrhe en une gelée demi-transparente ont mentionné, pour le moins, une rare exception. L’ulcère qui succède au ramollissement du squirrhe offre une surface irrégulière, grisâtre, brunâtre, rarement rougeâtre, ayant des bords irréguliers nettement découpés, souvent renversés; lé fond quelquefois est sec ‘et assez dur, plus ordinairement formé par un liquide séro-purulent, roussâtre, nommé chor. Gette surface devient rarement le siége d’une hémorrhagie, surtout d’une hémorrhagie grave.

La détermination du siége primitif du squirrhe a été l'objet d'un travail spécial de Scarpa (1). L'illustre chirurgien de Pavie pense que ce tissu ne se développe primitivement que dans les glandes conglomérées extérieures (nammaires, parotides, testicules, sous-maxillaires, lucrymales), dans le

tégument externe, et dans quelques organes revêtus par le tégument interne,

tels que l’æsophage, l'estomac, ete. Cette opinion se rapproche assez de la vérité pour conserver une certaine importance, mais elle n’est pas rigoureusement exacte, Le pancréas peut devenir squirrheux, il m'a été donné d’en observer un exemple; M. Velpeau à vu des squirrhes des plèvres et du poumon; enfin des exemples de squirrhes des membranes cérébrales et du cer: velet ont été signalés par différents observateurs. M. Cruveilhier a généralisé son Opinion sur le siége primitif du cancer, en disant qu'il se développait de préférence dans les organes où dominait le tissu cellulo-fibreux. Enfin, quelques pathologistes ont avancé qu'il envahissait de préférence les organes

(1) Memoria sullo sciro e sui cancro. Pavie, 1825,

CANCER. h59 olandulaires ; mais cette opinion ne saurait être admise sans restriction, car l'est douteux que le squirrhe ait jamais été observé dans les reins, il ne l’a été que fort rarement dans le foie, et l’encéphaloïde est plus fréquent que lui dans les testicules. Il resterait donc le sein et les glandes salivaires (encore le fait nous paraît-il douteux pour ces dernières) où le squirrhe se développerait plus souvent que l’encéphaloïde.

Encéphaloïde. — Ce cancer à été ainsi nommé par Laennec à cause de la ressemblance d'aspect qu'il à avec le cerveau. Il à reçu une foule de noms différents, qu'il n’est pas inutile de connaître pour comprendre les travaux dont il a été l’objet, et dans la plupart desquels on le considère comme un produit cancéreux. Ces noms sont les suivants : sarcome pulpeux où médullaire, — fongus médullaire, — inflammation spongieuse ou fonqueuse, — fongus hématode, — carcinome mou où spongieux.

La description de l’encéphaloïde n’est pas à beaucoup près aussi simple que celle du squirrhe. Non-seulement dans l’encéphaloïde les deux périodes de crudité et de ramollissement sont beaucoup plus distinctes que dans le squirrhe, mais encore il renferme souvent d’autres éléments sur lesquels les auteurs n'ont pas toujours suffisamment insisté, et qu'il me semble important de faire connaître. Et d’abord les descriptions que l’on en donne généralement se rapportent à cette période où lencéphaloïde passe de l’état de crudité à celui de ramollissement, seul état, en effet, où la dénomination d'encéphaloide lui convienne réellement; car dans l’état qui précède, comme dans celui qui suit, sa ressemblance avec le cerveau est fort éloignée. Je suivrai l'exemple de mes devanciers quant à la description générale, et j’ajouterai ensuite ce que cette description laisse chez eux d’incomplet.

Le tissu encéphaloïde, à l’état de développement où je le suppose, se présente sous la forme de masses d’un blanc jaunâtre, opaques ou à peine opalines, veinées, striées ou plaquées de rose plus ou moins foncé, d'un aspect et d'une consistance qui rappellent la substance cérébrale. Si l’on ne s'en tient pas à ce premier aperçu et que l’on cherche à voir plus exactement, on trouve que ces masses sont formées d’une matière homogène, d'apparence inorganique, à laquelle appartiennent la plupart des caractères physiques que je viens d'énumérer, et d’une trame celluleuse ordinairement peu abondante, quelquefois cependant assez prononcée pour former des cellules bien distinctes qui ont fait donner alors au tissu encéphaloïde comme au squirrhe le nom de tissu aréolaire. Au milieu de ces substances se trouvent des vaisseaux sanguins plus ou moins nombreux suivant les cas, mais, en général, d'autant plus abondants que le tissu encéphaloïde est plus avancé dans son évolution. Ces vaisseaux étaient considérés autrefois comme formant un système circulatoire complet, c’est-à-dire composé d’artères et de veines; une injection faite sur des tumeurs encéphaloïdes du cou, par P. Bérard (1), vint ébranler l'opinion qu’on avait à ce sujet : ce professeur ne put, en effet, faire pénétrer la matière à injection dans la tumeur que par le système artériel ;

(1) Dictionnaire de médecine, 2° édition, t. VI, p. 274.

460 CANCER. nn. :

rien ne pénétra par le système veineux, bien que, dansles veines des parties environnantes, l'injection eût parfaitement réussi. On en était à l’étonnement que devait produire un résultat aussi surprenant, lorsque M. Lenoir répét: cette expérience, demeurée isolée jusqu’à lui; le résultat qu'il obtint ne fu pas confirmatif de celui de Bérard, car l'injection veineuse et l'injectior artérielle pénétrèrent également dans la tumeur.

[La disposition des vaisseaux sanguins dans le tissu encéphaloïde a ét étudiée plus récemment par Schræder Van der Kolk (4) et M. Lebert (2). D'après les recherches de ce dernier, il y a dans le cancer non-seulemen: des artères, mais encore des veines et des réseaux capillaires intermédiaires, Dans la dernière période de son évolution, l’encéphaloïde est réduit à une bouillie épaisse, de couleur blanche, rose ou rouge ; les vaisseaux qu'il contient se Sont en partie rompus et ont versé dans la masse morbide une certaine quantité de sang qui se ramasse sous forme de foyers. |

On n'a constaté dans les tumeurs encéphaloïdes ni nerfs ni vaisseaux Iymphatiques. Lorsqu'on presse entre les doigts un fragment de tissu cérébriforme, il laisse suinter, plus facilement encore que le squirrhe, un.liquide qu'on à qualifié, comme celui du squirrhe, de suc cancéreux.

Tel est le tissu encéphaloïde qu’on pourrait appeler type. Mais je dois dire qu'il se présente rarement à cet état de simplicité, et qu’il offre souvent non-seulement d’autres éléments sur lesquels je vais m'’arrêter quelques instants, et surtout d’autres périodes qu'il me semble intéressant de décrire avec soin, car on les a en général un peu négligées.

Avant d'arriver au point où je viens de l'étudier, le tissu encéphaloïde offre une période de crudité que les auteurs ont plutôt signalée que décrite. A cette période, ce tissu a une consistance infiniment supérieure à celle du cerveau ; 1l est demi-transparent, renferme très peu de vaisseaux, et ressemble beaucoup au tubercule cru de la pomme de terre; d’autres fois il se rap= proche encore davantage de l'aspect squirrheux dont il est vraiment IMpossible de le distinguer d’une manière certaine. Cette circonstance a fait admettre à quelques auteurs, à Récamier en particulier, que le squirrhe était le premier degré de l’encéphaloïde, et cette opinion est assez embarrassante à discuter, si l’on veut éviter la confusion; elle est presque impossible à résoudre. Voici, selon moi, ce que l’on peut dire de plus raisonnable à ce sujet. Il est incontestable que le tissu encéphaloïde offre pendant une certaine période des caractères qui se rapprochent beaucoup de ceux du squirrhe, et qui quelquefois sont presque identiques; mais on comprend que, pour constater de semblables faits, il faut observer des tumeurs à l’état de crudité : or, comment s'assurer que la portion de ces tumeurs qui se rapproche tant du tissu squirrheux aurait réellement suivi l'évolution encéphaloïde, si on les avait laissées marcher ? C’est une chose qui paraît impossible

(1) Lespinasse, Specimen analomico-pathologicum de vasis novis pseudo-membra= norum, etc. Rheno Traject., 1842, p. 33.

(2) Traité pratique des maladies cancéreuses. Paris, 1851, p. 38,

CANCER. h61 jusqu’à ce qu'on ait trouvé les moyens de diagnostiquer ces tissus pendant la vie. II y a cependant une remarque qui peut donner de fortes présomptions contre l'opinion qui considère les deux espèces de tissus cancéreux comme deux degrés d’un même tissu : C’est qu'on rencontre assez souvent au milieu d’une masse encéphaloïde ramollie les tissus squirrheux (au moins squirrhoïdes), tandis qu’on rencontre très-rarement dans ces mêmes masses le vrai encéphaloïde à l’état de crudité. Ge fait semble indiquer que le tissu squirrheux ne suit pas la même marche que l’encéphaloïde, et qu’il n’en est pas en conséquence le premier degré. Pour les micrographes, il n’y à qu’un élément qui constitue le cancer, c’est la cellule spéciale. Le squirrhe et l'encéphaloïde possèdent cette cellule. Ge qui les distingue, c'est, pour le squirrhe, le développement plus considérable du tissu fibreux ; la rareté de cet élément et l'abondance du suc cancéreux seraient des caractères propres à l’encéphaloïde.

Quelques chirurgiens ont douté que la période de crudité fût constante dans l’encéphaloïde , ou même ont positivement pensé le contraire. Cette opinion ne me paraît pas d priori très conforme aux lois de la physiologie ; ilne me semble pas très rationnel, en effet, de croire qu’un produit morbide vivant, qui à une évolution, c’est-à-dire commencement, milieu et fin, puisse d'emblée commencer par le milieu, devenir chrysalide ou papillon avant d'avoir été chenille. Quant aux faits qui paraissent favorables à l'opinion que je combats, il faudrait, pour qu’ils fussent concluants, que les tumeurs encéphaloïdes eussent été disséquées à mesure qu'elles commençaient à se formers car, d’une part, la période de crudité peut être très courte sans manquer pour cela, et, d’autre part, l’espèce de fluctuation que l'on sent dans quelques tumeurs n’est point une preuve qu'elles sont ramollies, car il y'a une certaine mollesse qui n’est point le ramollissement, c’est-à-dire qui s'allie à une grande cohésion, et cette sorte de mollesse s’observe quelquefois dans l’encéphaloïde cru.

La période de ramollissement, si imparfaite dans le squirrhe, est très remarquable dans l’encéphaloïde : commençant à l’état où nous avons décrit ce tissu, elle arrive à un degré tel, que la matière encéphaloïde n’a plus que là consistance d’une bouillie claire : à cette époque, on ne distingue le plus souvent aucune trace des cloisons celluleuses, on ne voit qu’une substance blanchâtre, homogène, parcourue par des stries ou des bandes sanguines plus ou moins abondantes. Ce qu'il y à surtout de remarquable dans ce ramollissement, c’est que, quel que soit le volume du produit morbide, il se fait à peu près partout à la fois, et même, s’il existe plusieurs tumeurs distantes les unes des autres, dans toutes les tumeurs à la fois. Gette circon- Sfance à contribué sans doute à faire croire que la période de crudité pouvait manquer dans l’encéphaloïde.

Si la tumeur est rapprochée de quelque surface tégumentaire, elle ne tarde pas, en même temps qu'elle se ramollit, à s’assimiler peu à peu les parties

h62 CANCER, qui l'en séparent, et à les détruire pour donner lieu à un ulcère dont l'aspect! diffère considérablement de celui qui succède au ramollissement du squirrhe. | Lom d’être en effet blanchâtre et sec, il est très humide, rougeâtre, fongueux, et le siége de fréquentes et quelquefois de très abondantes pertes de! sang; ses bords se renversent comme ceux des squirrhes, et se couvrent! souvent, ainsi que le reste de sa surface, de végétations qui peuvent acquérir un volume considérable. Pour arriver de la période de crudité à celle de ramollissement extrême, l’encéphaloïde met un temps très variable, mais qui, d’une manière générale, est moindre que celui qu’emploie le squirrhe: | dans quelques circonstances, ilne paraît pas dépasser six semaines à deux maoIs. |

Rarement le tissu encéphaloïde est à l’état de simplicité où nous venons | de le voir; pour peu que la tumeur soit avancée dans son développement, | elle contient presque toujours quelques épanchements sanguins, et.une sub- | stance jaunâtre, ou même d’un jaune prononcé, d’une consistance et d'un | aspect analogues à celles du caséum qui serait coloré en jaune, et dont l’origine semble être due à d'anciens épanchements : ce sont sans doute ces amas de matière que Laennec a voulu décrire en disant « qu’elle (la matière cérébriforme) n’a plus aucune ressemblance avec la substance cérébrale; elle présente une couleur rougeâtre ou noirâtre, et une consistance analogue à celle d’une pâte sèche et friable. » Je ferai remarquer que l’on rencontre, en ellet, des épanchements sanguins qui ont une couleur rougetre où noirâtre, mais Ce n’est pas lorsqu'ils ont la consistance d’une pâte sèche ; dans ce dernier cas, ils sont plus anciens et ont presque constamment une couleur jaune ou grisâtre. Laennec a dit également que la partie séreuse du sang était absorbée à la suite des épanchements : cependant je connais une observation de M. de Castelnau où il paraissait ne pas en avoir été ainsi. Au milieu des masses jaunâtres dont il vient d’être question, et ayant leur siége dans le foie, il a trouvé des anfractuosités assez considérables pour loger le poing d’un adulte, remplies d’un liquide séreux transparent et légèrement citrin, très semblable au sérum du sang. Ce sont à évidemment les cavités closes dont parle M. Velpeau, et qu'on observe dans les masses encéphaloïdes, On rencontre encore dans l’encéphaloïde, mais moins fréquemment que la substance précédente, des masses squirrheuses ou squirrhoïdes, des masses d'apparence fibreuse ou fibro-cartilagineuse, et même des concrétions calcaires : le tout forme alors les fumeurs composées (cancer compositus, Bayle), dont il sera surtout question en parlant des maladies du sein.

Les masses encéphaloïdes acquièrent un volume bien supérieur à celles qui sont formées par le squirrhe : il n’est pas très rare d’en voir qui dépassent le volume d’une tête d'adulte, et quelquefois le même individu peut en porter plusieurs de ce volume. Elles sont aussi plus souvent multiples que celles du squirrhe; et si l'organe dans lequel elles se développent est d’un volume un peu considérable, comme le foie ou le poumon, on en rencontre presque toujours plusieurs dans son épaisseur, Enfin elles sont aussi beau-

CANCER. h63

coup plus souvent isolées, et quelquefois presque complétement enkystées

au sein des tissus, où elles se développent dans une sorte de membrane.

Laennee à vu cette envelüppe revêtir les caractères du tissu’ cartilagineux

imparfait. D'autres lois ces masses sont confondues et comme infiltrées au milieu des organes. L'une et l’autre de ces dispositions se rencontrent souvent dans le foie.

Comme pour le squirrhe, on à établi, pour l’encéphaloïde, des siéges de prédilection ; mais il est difficile de rien dire de général à ce sujet, s’il affecte plutôt certains organes que certains systèmes ; cependant le système osseux et le système vasculaire à sang noir sont spécialement affectés par le tissu encéphaloïde ; le système nerveux paraît être presque dans le même cas.

Les tumeurs encéphaloïdes, de même que les tumeurs squirrheuses, produisent dans les ganglions lymphatiques avec lesquels elles sont en rapport des engorgements qui ne tardent pas eux-mêmes à revêtir les caractères cancéreux; cependant le temps qu'ils mettent à accomplir leur dégénérescence ne saurait être rigoureusement déterminé, et on lapprécie, dans les ganglions superficiels, plutôt par leur consistance et leur irrégularité que par l'ancienneté de l'engorgement.

Je dois ici décrire ce tissu, bien que sa nature ne soit

Tissu coïiloïde.

pas encore hors de toute contestation ; mais s'il ne représente pas une variété du cancer, il se rapproche plus de cette lésion organique que de toute autre. Il constitue le tissu aréolaire par excellence, et est formé par des cloisons celluleuses, blanches, fines, demi-transparentes, formant des aréoles parfaitement évidentes, lesquelles contiennent dans leur intérieur un fluide albumineux, incolore et transparent, ce qui lui donne laspect d’une gelée transparente, d’où lui est venu un autre nom, celui de cancer gélatini forme. Cependant l'imparfaite transparence de ses cloisons lui donne encore plus de ressemblance avec certains fruits pulpeux, avec certaines prunes de grosse espèce qu'à une gelée. Sa consistance est assez variable, mais ne paraît pas changer selon qu'il est plus ou moins ancien; il paraît conserver pendant toute sa durée les caractères qu’il affecte au début : cette consistance est loin d'atteindre jamais celle du squirrhe ni celle de l’encéphaloïde cru. I ne contient ni vaisseaux ni nerfs; M. Velpeau dit cependant en avoir observé dans une tumeur colloïde de l'épaule. Sa destruction s'opère couche par couche, d’une manière en quelque sorte mécanique, exagérant ainsi beaucoup le mode de destruction du squirrhe. Il se présente rarement sous la forme de tumeur isolée, mais le plus souvent sous forme d'infiltration. Il ne se répète guère dans plusieurs points à la fois, mais jouit à un degré prononcé de la propriété de s’assimiler les parties qui l’environnent. On ignore s'il a de la tendance à récidiver. Il a été observé dans l'estomac, les intestins, l'utérus, l'ovaire et les membres.

Cancer mélané. — | Le cancer mélané, qu'il ne faut pas confondre avec là mélanose, est constitué par du tissu cancéreux mélangé avec une certaine

h64 CANCER.

quantité de matière colorante noire ou de pigment. M. Lebert (1) a déduit de ses recherches microscopiques que le pigment se présente ici sous deux formes; ou Bien il est situé en dehors des cellules dites cancéreuses, où bien il est contenu dans l’intérieur même de ces cellules.

Le CANCER HÉMATODE n'est autre chose que le cancer encéphaloïde avee

prédominance de l’élément vasculaire. ]

Fathogénie et micrographie du cancer, — | Le cancer est constitué par un tissu particulier, sans analogue dans l’économie, que l’on appelle {issu cancéreux. Ge tissu se présente avec certains caractères qui permettent, dans l’immense inajorité des circonstances, de le reconnaître à l'œil nu, avec quelques différences toutefois, selon les cas; ce qui motive la class fication du cancer en variétés distinctes les unes des autres, et désignées sous les noms de cancer squirrheux ou dur, de cancer encéphaloïde où mou, de cancer gélatiniforme ou colloïde, de cancer mélané. (Voy. plus haut.)

La coupe d’une tumeur cancéreuse présente une trame molle ou plus où inoins dure, presque homogène, d'apparence fibreuse, généralement infiltrée d’un liquide que lon désigne sous le nom de suc cancéreux, et que l'on obtient en assez grande quantité en comprimant la tumeur où en raclant là surface de la coupe.

Le suc cancéreux est un liquide trouble et homogène, d’une teinte jaune très pâle tirant sur le blanc, parfois d’une teinte rougeâtre lorsqu'il est mélangé avec du sang, ou bien encore d’une teinte brune ou noire dans le cancer mélanique; il reste homogène et devient un peu moins trouble, lors: qu'on y ajoute une petite quantité d’eau pure.

Si l’on porte une gouttelette de suc cancéreux sur le porte-objet du microscope et qu'on l’examine à un fort grossissement, on y trouve en général des éléments qui ont été étudiés avec soin dans ces dernières années. Ce sont d’abord des cellules dites cancéreuses, de forme extrêmement variable, avec des contours pâles et fins, pourvues d’un noyau proportionnellement volumineux, qui renferme lui-même un nucléole terne, grand et très apparent.

Ge sont ensuite d’autres cellules que M. Lebert (2) a décrites sous les noms

de cellules mères et de cellules cancéreuses concentriques ; enfin, de très petites cellules appelées g/obulins cancéreux. ]

La cellule du cancer n’a pas toujours le même aspect, mais les micrographes lui donnent un type commun qui constituerait un cachet de spécificité (3): Gependant le volume, la forme de cette cellule n’ont rien d’absolu. 1 y en à de petites qui n’ont que 0"",007, et d’autres qui s'élèvent à 0"",060. La forme peut être exactement circulaire, le plus souvent très irrégulièrement arrondie, et elles peuvent s’allonger sur un point et offrir une espèce de queue. Une ligne noire circonscrit quelquefois très exactement la cellule; d’autres fois sa pâleur est telle, que les parois et la cavité ne peuvent être constatées.

(1) Trailé pratique des maladies cancéreuses. Paris, 1851, p.18. — (2) Jbid., p. 19.

(3) Voy. plus loin, à la p. 466, la discussion de la spécificité de la cellule cancéreuse.

ut

CANCER. h6> Outre les cellules, il existe dans le cancer des noyaux. Us sont dans les cellules ou libres. Selon MM. Follin et Broca (1), cet élément est le plus essentiel. I pourrait, à là rigueur, y avoir des cancers sans cellules, mais jamais sans noyaux. Ils sont réguliers de contour, arrondis, obscurs ; ils varient de volume, et ont en général 0®®,01 de diamètre. Leur couleur est plus foncée que la cellule dans laquelle ils se trouvent, et eux-mêmes contiennent des granulations obscures serrées les unes contre les autres. Ils résistent à l'action de l'acide acétique. Dans les noyaux il y à encore les nucléoles, dont la ténuité est telle qu'ils ne peuvent être révélés que par certains grossissements. M. Follin les croit de nature graisseuse. Tous les micrographes ne font pas la même description de ces éléments. Ils sont loin d'être d'accord sur ce point, et l’on comprend que, selon la période du cancer, ces éléments peuvent varier, s’altérer, disparaître même en partie, D'après M. Ch. Robin, l'élément histologique sans lequel il n’y a pas de cancer, offre six variétés que l’on trouve souvent réunies énsemble au nombre de deux, trois ou quatre au moins, dont la sixième toutefois est rare, Ce sont : 1° Les noyaux cancéreux : ils sont ovoïdes, quelquefois sphériques, de forme et de volume bien moins variables que celui des cellules; plus nom breux (fig. 112, 1,1) que les autres variétés, dans le cancer du testicule et du cerveau, etc. 2° Les cellules types, variété dans laquelle on fait rentrer les cellules les plus régulières (2,2). 3° Les cellules en raquette, où cellulæ caudatæ, cellules qui diffèrent des autres par un ou plusieurs prolongements, ou queues, plus courts où. plus longs que leur propre largeur (3,3). h° Les cellules fusiformes (cellulæ fusiformes), généralement grandes, à un ou à plusieurs noyaux, plus fréquentes dans les os, dans le périoste que dans le cancer des autres organes (fig. 112, 4,4). 5° Les cellules excavées, dont les excavations, quand il y en a plus d’une, renferment soit des amas granuleux, soit de petits corpuscules sphériques particuliers, soit même une autre cellule ou des noyaux (d’où le nom de ce/lules concentriques où cellules mères qu’elles ont reçu quelquefois). La figure 112, 5, représente en haut une cellule dont une des excavations, petite et transparente, renferme des granulations graisseuses ; l’autre excavation, plus grande, renferme un seul corpuscule sphérique : ceux-ci, attaquables par lacide acétique, sont quelquefois très nombreux. Cette excavation a refoulé le noyau sur le côté de la cellule. En bas de 5 se voit une cellule dont la cavité contient quatre noyaux. 5’ offre deux cavités (ce/lule mère) dont une renferme une petite cellule, et l'autre deux cellules et des noyaux. 5" est une cellule qui englobe à moitié une plus petite cellule ; elle renferme un noyau énorme (presque aussi grand que la petite cellule), avec un gros nucléole. En général, le noyau des éléments cancéreux est de 0%",012 pour les plus petits; 0,015 à 0"®,018

(1) Anatomie pathologique du cancer (Mém. de l’ Acad. de méd., Paris, 1852,t. XVI, p. 453 à 820).

k VIDAL, T. 1. — 5° ÉDIT. 30

en moyenne, mais pouvant atteindre le double ou à peu près : tel est celui de 5”, On peut, d’après cela, juger le volume des cellules. 6° Les p/aquesou lamelles à noyaux multiples, amas de blastème demi-solide abondant au

Fig, 112.

sein du tissu cancéreux, de forme et de volume très varia:

bles, souvent considérables, contenant beaucoup denoyaux (fig. 112, 6,6,6), variété la plus rare. — Toutes les fois que des cellules cancéreuses existent quelque part, elles sont accompagnées de noyaux libres, plus ou moins nombreux qu'elles. Toujours, d’après M. Charles Robin (4), il n’est pas de tumeur cancéreuse dans laquelle on ne trouve plusieurs cellules à

deux ou plusieurs noyaux,

Souvent, dans les tumeurs molles surtout, on trouve des cellules plus où moins parsemées de granulations graisseuses (fig. 112, 4), masquant quelquefois le ou les noyaux en partie ou en totalité.

[Quelques anatomo-patho:

ogistes modernes, et notam= ment M. Lebert (2), ont avancé que la cellule cancéreuse se présente toujours avec des caractères physiques tellement distincts, qu’il est impossible de la méconnaître, et qu'il suffit d’avoir cette cellule sous les veux pour affirmer qu’elle provient d’un tissu cancéreux.

Cette opinion ne compte plus

aujourd’hui que de rares partisans. Des micrographes distingués : Mandl (3),

(1) Dictionnaire de médecine, de chirurgie, de pharmacie, etc., de P.-H. NysrEN; 40° édition revue par Ë. Littré et Ch. Robin. Paris, 1855, art. CANCER.

(2) Loc. cût., p. 15.

(3) Communication à l’Académie de médecine en 1854 (séance du 6 noyembre):

% 54: PR: CANCER, h67

1 20Èr :

Virchow (1), Bennett (2), Paget (3), Delafond (4), Vogel (5), Forster (6), Michel (7), la rejettent formellement, Les faits cliniques communiqués par M. Velpeau à l’Académie de médecine la réfutent également. Ainsi, M. Velpeau a enlevé d’une part des tumeurs où le microscope n’a pas trouvé de cellules cancéreuses et qui ont récidivé; de l’autre, il a enlevé sans récidive des tumeurs qui ont présenté des cellules dites cancérenses. I ne faut donc pas attacher à l'examen microscopique des tumeurs cancéreuses plus d’importance qu’il n’en mérite. |

Un élément fibreux constitue souvent la base des tumeurs cancéreuses, offrant la forme de réseaux irréguliers, ou de faisceaux à peu près réguliers ; dans le squirrhe, les fibres forment le réseau blanchâtre, bien visible à l'œil nu, et qui renferme dans ses mailles l'élément globuleux, sous forme d’une substance d’un jaune grisâtre, quelquefois demi-transparente, L'encéphaloïde contient quelquefois beaucoup de fibres, ce qui explique ses variétés de consistance.

Un des éléments constants du cancer, mais qui est commun à presque toutes les productions accidentelles, est l'élément graisseux sous différentes formes, et quelquefois en quantité telle, que la structure globulaire devient difficile à reconnaître, Au milieu du tissu cancéreux, on trouve des masses réticulaires d'un blanc jaunâtre, composées de granules graisseux et de quelques globules cancéreux ; la matière grasse peut aussi se rencontrer sous forme de vésicules, de gouttelettes huileuses et de feuillets rhomboïdaux de cholestérine.

On rencontre d'autres masses, résultant d'anciens épanchements sanguins, et qui sont composées de fibrine en décomposition granuleuse et de globules sanguins déformés.

Des vaisseaux en nombre variable, depuis l'absence presque totale jusqu'à un degré où ils semblent seuls composer toute la dégénérescence.

Symptômes, marehe, — [Le cancer débute, en général, par l'apparition d'une tumeur petite, dure, circonscrite, arrondie ou ovalaire, mobile, e’està-dire sans adhérences avec les parties voisines, sans altération et sans adhérences de la peau qui la recouvre, indolente ox peu douloureuse; sans réaction fâcheuse sur la santé.

. Dans quelques Cas, un organe tout entier, la mamelle ou le testicule, est envahi d'emblée par la dégénérescence morbide, et tantôt alors il augmente

(1) Archiv. fur pathol. Anatomie und Physiol., t. HT.

(2) On cancerous and cancroid growths. Edinburgh, 1849.

(3) Bulletin de l’Académie de médecine, séance du 24 octobre 1854.

(4) Loc. cit., séance du 28 novembre 1854.

(>) Anatomie pathologique générale, trad. par A.-J.,-L. Jourdan. Paris, 1847.

(6) Manuel d'anatomie pathologique, 2 édit., traduct. par Kaula. Strasbourg, 1853, p. 110.

(7) Bulletin de l’Académie de médecine, séance du 2 janvier 1855.

AGE CANCER. * notablement de volume ; d’autres fois, ce qui est assez rare, il subit une sorte d’atrophie en même temps que la consistance en devient plus prononcée. Lorsque le cancer commence par une tumeur, celle-ci augmente graduellement de volume ; elle devient bosselée et inégale, perd sa mobilité et contracte des adhérences avec la peau qui la recouvre ; elle offre une consistance variable suivant qu’elle est formée de tissu squirrheux ou de tissu encéphaloïde ; elle est très dure dans le premier cas, souple et élastique dans le second. Les malades v ressentent des douleurs vives, aiguës, ou bien une sensation dé piqûre, de tension, de brûlure, de déchirement, de morsure, le plus souvent des douleurs lancinantes ; ce symptôme présente du reste de nombreuses variétés d’après les individus; chez les uns les douleurs sont très fortes, chez d’autres elles sont à peine marquées. À une époque plus avancée, les ganglions lymphatiques qui recoivent les vaisseaux de la partie malade présentent une tuméfaction d’abord molle, puis très dure et comparable à la consistance du cancer lui-même ; la tumeur s'accroît et finit par exercer une compression plus ou moins forte sur les parties voisines ; de à des douleurs sur le trajet des troncs nerveux, un œdème et une dilatation des veines superficielles, par suite de l'obstacle qu'’éprouve la circulation veineuse. La santé générale, qui jusqu'à ce moment était restée intacte, s’altère : les malades maigrissent, ils perdent l'appétit.

Le cancer, abandonné à sa marche naturelle, se ramollit et s'ulcère au bout d’un temps plus ou moins court. Les phénomènes qui appartiennent à cette période de la maladie offrent quelques différences suivant qu'il s’agit du squirrhe ou de l’encéphaloïde, et cette seule considération motiverait la distinction des deux formes principales que nous avons admises en étudiant l'anatomie pathologique.

A° Lorsque le cancer est formé de tissu squirrheux, la peau contracte des adhérences de plus en plus intimes avec la tumeur, et est elle-même envahie par la dégénérescence squirrheuse; elle présente une coloration rouge et s’ulcère au bout d’un certain temps. Cette ulcération est quelquefois précédée d’une fluctuation obscure du centre dela tumeur, due au ramollissement partiel de cette dernière. Elle se forme de diverses manières : tantôt par une excoriation superficielle gris rougeâtre qui laisse écouler un peu de sérosité et s'étend en largeur et en profondeur ; tantôt par une petite eschare qui se soulève d’abord par quelque point de sa circonférence, d’où s'écoule de la sanie mêlée de sang, et finit par tomber complétement ; tantôt par une gercure qui verse du sang ; tantôt enfin l’ulcère se forme d'emblée par l’ouverture à extérieur d’une portion ramollie du squirrhe. De quelque manière que l’ulcère prenne naissance, une fois qu'il est établi, il se présente sous la forme d’une surface irrégulière, sèche et grisâtre, ou rouge livide, ou brune, friable, recouverte quelquefois de végétations mollasses et fongueuses ; à bords épais, arrondis, renversés, soit en dehors, soit en dedans ; fournissant une humeur sanieuse, ichoreuse, fétide ; donnant licu rarement à des hé-

morrhagies, à moins que le travail de destruction ne se propage jusqu’au niveau d’un vaisseau important.

2 Lorsque le cancer est formé de tissu encéphaloïde, la tumeur se ramollit successivement dans les divers points de son étendue ; elle donne au toucher une sensation de fausse fluctuation, et subit des alternatives d’accroissement et de retrait dues à des épanchements de sang interstitiels qui sont repris ensuite par un travail d'absorption. Après un certain temps, la peau, amincie par la distension qu’elle a éprouvée, rougit et se perfore ; le tissu encéphaloïde exposé au contact de l'air est détruit : tantôt on voit s'échapper au dehors des portions plus ou moins considérables de la tumeur, atteintes d’une sorte de décomposition ; tantôt l’ulcère se couvre de végétations cancéreuses qui tombent et se reproduisent ; quelquefois il s'écoule une substance pulpeuse ramollie, mêlée d’un liquide ichoreux sanguinolent, ou de sang pur. L'ulcération cancéreuse de l’encéphaloïde se présente elle-même sous des aspects différents : c’est un fongus noirâtre recouvert de sang et de sanie, s'épanouissant en forme de champignon ; ou une solution de continuité à bords renversés en dehors, élevés et taillés à pic, à surface anfractueuse et tapissée par de la matière cancéreuse ramollie, ou bien encore une surface ulcéreuse inégale, rougeûtre, brune, masquée çà et là de débris pultacés grisâtres, et environnée de bords irréguliers dentelés, livides. Quelle que soit la forme de l’ulcération cancéreuse encéphaloïde, cette dernière fournit un liquide ichoreux, d’une fétidité caractéristique ; elle donne lieu à des hémorrhagies beaucoup plus abondantes que celles de Pulcère squirrheux, quelquefois très difficiles à arrêter et pouvant même occasionner la mort lorsque le travail de destruction locale s'étend jusqu’à un gros vaisseau.

Lorsque le cancer est arrivé à la période d’ulcération, la production morbide s'étend graduellement en surface et en profondeur; les douleurs deviennent plus vives et continues ; les malades maigrissent et s’aflaiblissent considérablement ; la peau de la face prend la teinte jaune-paille ; les membres s’infiltrent, des douleurs erratiques se font sentir dans le bassin, les hanches et les épaules. L'appétit et le sommeil se perdent, il y a parfois des vomissements. Chez quelques sujets, il se forme des‘épanchements dans la poitrine et dans l’abdomen ; chez d’autres 1l se produit des fractures multiples à l’occasion du moindre effort, indices du dépôt de matière cancéreuse dans différents points du squelette ou d’une sorte de fragilité du tissu osseux due à l'infection cancéreuse; enfin surviennent une fièvre continue, une diarrhée colliquative, et finalement la mort. Dans quelques cas cette terminaison fatale est hâtée par des hémorrhagies abondantes qui augmentent l’état d'affaiblissement du sujet, par des douleurs qui épuisent le patient, ou bien encore par quelque perforation d’organe qui entraîne à sa suite un épanchement dans une cavité séreuse et une inflammation suraiguë.

La mort est donc la conséquence fatale de tout cancer abandonné à sa marche naturelle ; si l’on voit dans quelques cas des ulcères cancéreux prendre

un aspect favorable et tendre même à la cicatrisation, cet amendement est passager et lulcération reprend bientôt sa marche envahissante et destruc= tive ; il en est de même quand une tumeur cancéreuse est frappée de gangrène et éliminée après cette mortification : le cancer, après avoir paru arrêté dans sa marche, se montre bientôt avec ses caractères accoutumés. Si au lieu d'abandonner le cancer à lui-même, on pratique l’ablation de la tumeur, on peut bien obtenir une cicatrisation de la plaie; mais tôt ou tard l'affection récidive, soit dans le lieu occupé par la tumeur elle-même, soit dans une région plus ou moins éloignée de la première, dans les ganglions lymphatiques; dans les viscères, dans le tissu cellulaire splanchnique; bien plus, d’autres extirpations consécutives de la production morbide ne mettent pas sûrement le malade à l'abri de nouvelles récidives. |

Diagnostie. — | Il est d'autant plus facile de différencier le cancer des affections qui lui ressemblent, que la maladie est arrivée à une période plus avancée, Personne ne méconnaîtra la nature cancéreuse d’une tumeur déjà ulcérée, accompagnée d’un engorgement ganglionnaire et d’une altération générale de l'organisme. Il n’en est plus de même lorsque le cancer est à son début: if ressemble alors très souvent à une inflammation chronique, à une de ces tumeurs désignées sous le nom d’adénoide ou d’hypertrophie glandulaire ; la marche ultérieure de la maladie pourra seule, dans un grand nombre de cas, éclairer le praticien. Le cancer encéphaloïde ramolli peut simuler, par sa fluctuation obscure et trompeuse, un kyste, un abcès; une ponction exploratrice avec un trocart est nécessaire pour arriver au diagnostic. Une tumeur encéphaloïde très vasculaire (cancer hématode) est quelquelois accompagnée de battements et d’un bruit de souflle qui en imposent pour une tumeur érectile, Un cancer squirrheux ressemble parfois à une tumeur fibreuse ou ostéo-fibreuse, La circonscription exacte dela maladie, sa marche lente, l’absence de tout retentissement dans les ganglions, la conservation de la santé, éloigneront l'idée d'un cancer.

Une affection étant reconnue de nature cancéreuse, il reste à savoir de quelle variété de cancer il s’agit. En général, il est facile de distinguer le squirrhe de l’encéphäloïde par les caractères suivants. Le squirrhe est rare dans l’enfance et la jeunesse ; l’'encéphaloïde se montre dans l’âge adulte, la jeunesse el l'enfance. Le premier forme des tumeurs inégales, anguleuses, quelquefois très dures; le second, des masses arrondies ou à bosselures régulières, souples, élastiques, fournissant au toucher une sensation de fausse fluctuation à la période de ramollissement. Le squirrhe procède dans sa marche d’une manière lente, continue et régulière ; l’'encéphaloïde subit des alternatives d'augmentation et de retrait. Le cancer colloïde présenté une fluctuation par places dès le début; il a une tendance moins prononcée à se terminer par ulcération. Le cancer hématode est animé de battements et. parfois de bruit de souflle. Le cancer mélané a une couleur toute Spéciale. |

Nature, terminaison, eurabilité, — De tout ce qui précède, le lecteur

CANCER. L71 à pu facilement induire que la terminaison presque constante du cancer était Ja mort. Il importe de savoir s’il y a des exceptions à cette loi très générale. Le cancér est-il susceptible de guérison? Telle est la question qu'il serait important de pouvoir résoudre. Avant de l’aborder, qu’il me soit permis de présenter sur la nature du cancer quelques réflexions qui me paraissent indispensables pour le traiter convenablement. Je n’examinerai pas si l’organe dans lequel le cancer se développe est transformé, dégénéré, ou bien s’il a été détruit et remplacé seulement par un nouveau ; cette question est de sa natüre insoluble, puisqu'elle touche à des phénomènes intimes qu'il ne nous sera probablement jamais donné d'observer. Une autre question plus accessible, quoique bien difficile encore, mais qui intéresse infiniment plus le pathologiste, est celle de savoir si ces productions anormales sont ou non le résultat d’une altération généralement préexistante, ou bien si elles se fortent sous l'influence d’un travail exclusivement local. D'abord les écrivains qui n’ont pas adopté toutes les erreurs de l’école physiologique, ont admis

que, dans certains cas au moins, le cancer était produit par une altération

générale de l’économie. Il était impossible de ne pas être frappé de cette vérité en présence des faits qui montrent une foule de tumeurs encéphaloïdes se développant simultanément dans l'organisme et à des distances très crandes les unes des autres. Il est donc des cas où le cancer se développe sous l'influence d’une altération générale, d’une diathése ; cette opinion n’est

pas, ne peut être contestée aujourd’hui : or cette vérité étant reconnue, en

invoquant les lois de la physiologie pathologique, les antagonistes de la localisation du cancer disent qu’on admettra difficilement qu'un même produit morbide se forme au sein de l'économie, tantôt par un procédé, tantôt par un autre. Tout corps qui à évolution, vie, exige pour se développer un cerlain concours de forces qui ‘doivent constamment rester les mêmes, sous peine de faire un chaos de l’organisation. Les arguments que l’on pourrait opposer à cette vérité fondamentale ne sont nullement susceptibles de l’ébranler, et souvent même viennent à son appui. Mais les localisateurs répondent :

Les signes d’une diathèse ne sont nullement évidents, alors que certaines

tumeurs cancéreuses se développent; ces signes ne le deviennent que plus tard, C'est-à-dire quand la tumeur à déjà réagi sur l’économie tout entière. Ils invoquent ensuite les individus qui ont conservé longtemps les tumeurs sans jamais avoir été affectés de la cachexie, où en ont été débarrassés sans que celle-ci se soit montrée plus tard. À cela les partisans de la diathèse répondent: 4° Dans les cas où la diathèse est incontestable, c’est-à-dire lorsque plusieurs tumeurs se développent simultanément, ses caractères extérieurs ne sont pas plus développés que danses cas cités. 2° Certains symptômes incontestablement diathésiques, tels que les ulcères syphilitiques de la gorge, par exemple, ont pu disparaître spontanément sans qu'aucun symptôme général se soit montré; ce qui n'empêche pas d'admettre que ces ulcères ne soient bien réellement le résultat d’une affection générale, 3° Enfin il est

h72 CANCER.

encore antiphysiologique de croire que la diathèse cancéreuse produise tantôt le tissu cancéreux, tandis que d’autres fois elle est produite par lui. II faut savoir ensuite qu'une fois un produit morbide formé ou en voie de forma= | tion, il s'établit entre ce produit et les parties qui le contiennent, qui le forment même, un tel rapport, que.ce produit n’a aucune influence délétère ; s'il en était autrement, si l'absorption pouvait s'exercer sur les produits pathologiques par les parties mêmes au milieu desquelles ils se forment, elle s’exercerait dès le principe d’une manière constante, et la mort arriverait nécessairement avant qu'aucun de ces produits fût au centième élaboré. Jamais la cachexie cancéreuse n’est le résultat du produit local; elle n’est que l’exagération de la diathèse qui préexiste toujours à ce produit. Si certaines tumeurs d'apparence cancéreuse se formaient sous l'influence d’un travail exclusivement local, ce serait une déplorable confusion que de leur donner le même nom qu'à celles qui se développent sous l'influence d’une diathèse.

Voilà les raisonnements qui sont faits par chaque opinion. Tout en avouant l'obscurité qui règne encore sur ces deux points, je suis obligé de convenir que les localisateurs me paraissent moins logiques. Mais l’expérience m'a appris que certains cancers (des squirrhes) ont été enlevés à leur début sans qu'ils aient récidivé, sans manifestation aucune de ce qu’on peut appeler une diathèse.

Ce que je viens de dire s’applique-t-il aux trois tissus que j'ai compris sous le nom de cancer? Je ne pense pas qu’il puisse y avoir de doute à ce sujet; car tous les trois ont une grande tendance à récidiver après qu’on les a enlevés, ce qui indique évidemment l'existence d’une force intérieure générale. Cela ne veut pas dire que cette force, que la cause inconnue qui détermine la diathèse soit identiquement la même pour les trois tissus ; je suis disposé à croire que celle qui produit le colloïde diffère de celle du squirrhe et de l'encéphaloïde, laquelle me paraît identique, à cause de la coïncidence fréquente de ces deux tissus dans l’économie.

Ces considérations posées, je vais examiner si la guérison paraît ou est réellement possible, Cette question a été comprise d’une manière complexe, et il convient de la diviser pour l’éclaircir. Si l’on entend par guérison du cancer la résolution des produits que j'ai décrits, je n’hésite pas à dire que la guérison du cancer est impossible, car tout ce qu’on pourrait espérer de plus favorable dans ce sens, serait la transformation crétacée de ces produits, transformation analogue à celle qu'on a vue s’opérer dans les tubercules, et qui est plutôt un arrêt de développement qu’une véritable guérison. Mais cette face de la question est évidemment la moins importante; ce qui est important, c’est de savoir si la cause inconnue qui produit le cancer peut cesser d'agir, si la diathèse peut disparaître. A priori, une semblable opinion n'a rien que de très rationnel, puisque l'expérience nous apprend que plusieurs autres diathèses, comme la syphilitique et la scrofuleuse, peuvent

| disparaître sans retour. Mais comme l’analogie peut être une preuve insuffi- | sante, l'expérience seule doit décider si la diathèse cancéreuse se comporte | de même que les autres ; or les faits ne permettent guère de douter qu’il en soit ainsi. On voit, par exemple, des individus atteints de tumeurs cancéreuses qui depuis fort longtemps ne font plus de progrès, et qui meurent, à un âge avancé, d’une maladie intercurrente. Il y a également des cas où une tumeur cancéreuse enlevée n’a point été suivie de récidive. Toutefois il ne faudrait pas croire ce dernier fait aussi fréquent que sembleraientl’indiquer es observations fort incomplètes rapportées dans les auteurs, attendu que beaucoup d’entre elles sont fondées sur des erreurs de diagnostic. En résumé, il est hors de doute que le cancer est susceptible d’une certaine guérison dans des cas extrêmement rares. On verra jusqu'à quel point l’art peut favoriser cetté heureuse terminaison. Surtout, qu'il soit bien entendu que ce que je viens de dire sur la diathèse et sur la rareté des guérisons ne peut faire rejeter d'une manière absolue la médecine opératoire du traitement du cancer. Tout ce qu'on peut en induire logiquement, c’est que la chirurgie doit être ici très réservée dans ses promesses et dans ses actes.

Quant au pronostic, on peut dire qu’en général le cancer chirurgical, c'est-à-dire le cancer le plus extérieur, celui qui n'’affecte pas les viscères, est moins grave, c’est-à-dire qu'il est moins directement, moins promptement dangereux. Ainsi un cancer agit comme tumeur, c’est-à-dire mécaniquement et physiologiquement; eh bien, aux membres, son action inécanique n’a pas d'effets directement dangereux, tandis qu'au Cerveau, à l'estomac, il peut produire des rétrécissements, des compressions directement compromettantes; aux membres, le cancer n’est qu’indirectement dangereux ; ile le devient réellement qu'après avoir fortement compromis la nutrition.

Étiologie. — Je dirai d'abord, pour ne pas tromper l'attente du lecteur, et à l'exemple de M. Littré, que la cause immédiate du cancer, que la force qui préside à la formation des tissus cancéreux, est 2gnorée. En revanche, on croit généralement que plusieurs des circonstances qui peuvent favoriser l’action de cette force, que plusieurs causes indirectes, par conséquent, sont connues ; C’est ce que je vais essayer de juger.

L'âge est une des circonstances qui ont le plus d'influence sur la production du cancer, nouvelle preuve que cette maladie est sous l'influence d'un état Diner de la constitution. L'âge de maturité est celui qui est le plus propre à sa manifestation ; vient ensuite la vieillesse, puis l’âge adulte, puis l'enfance. Non-seulement l’âge influe sur la production du cancer, mais encore sur la variété produite : c’est ainsi que chez l’enfant on n’observe guère que lencéphaloïde, tandis que chez le vieillard on observe à peu près aussi SOUvent le squirrhe que l’encéphaloïde. On n’a pas apprécié encore l'influence de l’âge sur le cancer gélatiniforme.

Le sexe avait été considéré comme ayant une assez grande part dans le développement du cancer; mais il a plutôt de l'influence sur les organes

h7l CANCER.

qu'il affecte que sur la masse générale des individus atteints. Ainsi la ferimy est moins sujette au cancer de l’estomac et du foie; elle est au conträir plus exposée au cancer du sein, etc. Cependant si l’on mettait d'un côté tou les cancers du sein et de la matrice, ils l’emporteraient en nombre sur tou les autres cancers.

Plusieurs auteurs ont pensé que là constitution, le tempérament, consti tuent une prédisposition marquée, et l’on signalait surtout le tempéramen bilieux ; mais rien ne prouve l'exactitude d’une semblable opinion.

L'hérédité, au contraire, semble avoir des probabilités plûs grandes e sa faveur ; il faut reconnaître néanmoins qu'il est des observations que Po a faites sur ce sujet qui pourraient aussi bien être le résultat d’une simpl coïncidence que d’un rapport de causalité.

On à pensé également que les c/imats chauds comptent plus de cancéreur que ceux des contrées froides. [D’après Walshe (1), le cancer est plus fré: quent en Europe, plus rare en Asie. Sur 1080 hommes admis dans lespac de trois ans à l'hôpital de Calcutta, il ne $’est trouvé que trois cañcéreux sur 701 femmes admises dans le même établissement, pendant deux ans, 0 ü’a rencontré que deux cancéreuses, D'après Clot-Bey, le cancer est rar en Égypte. ]

Les alimentations de haut-goût ont une influence aussi douteuse que cell du climat.

I en est de même de l’Aabifation et des professions.

Les affections morales tristes semblent, au contraire, avoir le fâcheux pti vilége de favoriser le développement du cancer, et particulièrement celui d l’estomac. Bien que les observations recueillies sur ce point ne soient pas abso lument démonstratives, il est cependant fort difficile de ne pas admettre cett influence, tant l’opinion des auteurs est concordante en ce qui la concerne

Les violences extérieures, de quelque nature qu’elles soient, ont-elles un influence sur le développement des tissus cancéreux ? Plusieurs auteurs l’on pensé. Mais si l’on songe, d’une part, combien sont rares les cas où l’on a mi des cancers se développer sur une partie contuse ou blessée, et, d’une autr part, combien sont fréquentes les blessures et les contusions, on sera pa disposé à accepter cette opinion. Peut-être pourrait-on dire avec plus di vérité que ces violences ont quelquefois activé une cause qui agissait aupa: ravant d’une manière peu énergique, ou qu’elles l'ont comme réveillée alor qu'elle n’agissait presque plus, en produisant un ébranlement dans l'or ganisme.

La contagion, à laquelle on a pendant longtemps attribué un grand rôl dans là production du cancer, est aujourd’hui repoussée par la presque totas lité des observateurs, et sa non-existence est moins prouvée encore par le expériences de Dupuytren sur les chiens, de Biett et d’Alibert sur eux

(1) On nature and treatment of cancer. London, 1846.

CANCER. h75 mêmes, que par celte quantité d'hommes qui cohabitent impunément pendant des années avec des femmes affectées de cancers utérins.

Cependant la question de la contagion devra être revue, car on à mal noculé le cancer, c’est-à-dire qu’on a pris sur des ulcères cancéreux de l'ichor ou des détritus du cancer. Mais est-ce bien là ce qu'il faudrait transmettre? N'est-ce pas surtout la cellule, sans laquelle, dit-on, il n°v à pas de Cancer (1)? Le chancre vénérien, on le sait, n’est inoculable qu’à cer- {aïnes conditions. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour le cancer ?

Langenbeck a pris des cellules fraîches provenant d'un cancer encore chaud, enlevé de l'humérus deux heures et demie auparavant, et les introduisant dans les vaisseaux sanguins d’un chien, il est parvenu à provoquer des tumeurs cancéreuses secondaires dans les poumons de cet animal. Ceci donne à réfléchir.

[Le cancer apparaît quelquefois après la suppression d'un écoulement sanguin ou purulent, après la disparition d'une affection cutanée. De à l’opiiiion dé quelques pathologistes qui font provenir le cancer de la répercussion d'un flux ou d’un exanthème. Rien né prouve qu'il y ait dans ce cas autre chiose qu'une coïncidence entre ces phénomènes.

En résumé, on voit que la plupart des causes énumérées jusqu'ici n'ont qu'une influence contestable. Si l’on réfléchit encore que ces mêmes causes agissent sur une masse considérable d'individus sans donner lieu au développement du cancer, que celui-ci naît le plus souvent en dehors de toute CiT- Constance de ce genre, on demeurera convaincu que ces causes ne jouent qu'un rôle secondaire; et dans l’impossibilité où l’on se trouve d'expliquer le dévéloppement du cancer d’une manière satisfaisante, il faut bien admettre l'existence d'une cause occulte que l'on appellera, por ne rien préjuger Sur sa nature, diathèse cancéreuse, comprenant sous cette dénomination une disposition particulière des sujets à être affectés de cancer. |

Certaines maladies peuvent-elles dégénérer en cancer ? On entend chaque jour dire que telle lésion, telle production morbide doit être activement traitée dans la crainte qu’elle ne dégénère en cancer. Ces appréhensions sont plutôt le résultat de préjugés transmis de siècle en siècle que d’une observalion attentive. Sans doute il n’est pas impossible qu'une production nouvelle, Qu'un polype, par exemple, dégénère en cancer ; mais cela ne suffit pas pour éonstituer une prédisposition : pour qu'il en fût ainsi, il faudrait pouvoir démontrer que la dégénérescence est plus fréquente dans ce tissu nouveau que dans l'organe sur lequel il s’est développé, et je ne sache pas que personne soit en état de faire une semblable démonstration.

Traitement, — [Le seul traitement rationnel du cancer confirmé est la “destruction ou l'ablation de la tumeur. C’est en vain qu’on essayerait d'obte-

(1) La cellule dite cancéreuse se trouve dans l’ichor et dans les détritus du cancer.

l'argument invoqué par M. Vidal est donc ici sans valeur. (FANO.)

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nir la guérison de cette redoutable maladie par des moyens internes ou par l'emploi de topiques divers. On a préconisé les préparations de ciguë (Stock, Récamier); celles de Jusquiame, de belladone, d’aconit ; l’acide arsénieux, les sels mercuriels, l'iode, les saignées répétés (Valsalva) ; l’abstinence complète d'aliments (Pouteau) ; les sangsues appliquées à diverses reprises sur la tumeur, les pommades ou les cataplasmes résolutifs, etc. La compression de la masse morbide a été conseillée par Desault, Sam. Young, Récamier, Si ces diverses méthodes ont donné des succès, c’est qu'elles ont été appliquées à des tumeurs autres que le cancer, avec lequel on les a confondues à une époque où le diagnostic n'avait pas la précision qu'il présente aujourd’hui.

On peut détruire la tumeur cancéreuse en étreignant la base de la production morbide au moven d’une ligature, lorsque la tumeur est pédiculée, circonstance d’ailleurs assez rare. C’est donc à la cautérisation qu'il faut avoir recours ; le cautère actuel est rarement employé et les caustiques proprement dits méritent la préférence ; tels : la poudre de Rousselot, le caustique du frère Côme, qui ont pour base l’acide arsénieux ; l’azotate acide de mercure, la pâte de Vienne, le caustique Filhos, la pâte de chlorure de zinc, le caustique sulfo-safrané, etc. (Consultez, pour l'emploi des caustiques, l’histoire des cancers des divers organes, et notamment du cancer du sein.)

L'ablation du cancer se fait par l’une des deux méthodes suivantes : où bien on incise la peau, et après avoir disséqué les lèvres de la plaie, on isole de toutes parts la production morbide que l’on sépare complétement des parties voisines; où bien on circonscrit par deux incisions semi-elliptiques se regardant par leur concavité toute la portion de peau altérée qui recouvre la tumeur, et l’on se comporte ultérieurement comme dans le premier cas. La méthode dans laquelle la peau est conservée est désignée sous le nom d’exlirpation du cancer; celle dans laquelle une portion de peau est sacrifiée est appelée amputation; et-c’est dans ce sens que l’on entend les expressions extirpation et amputation de la mamelle cancéreuse, du testicule cancéreux, etc. Lorsque le cancer est compliqué d’un engorgement des ganglions lymphatiques, il faut enlever ces derniers.

Si la destruction ou l’ablation du cancer sont les seuls moyens rationnels que l’on puisse opposer à cette affection, il est néanmoins des circonstances dans lesquelles ce mode de traitement est lui-même inapplicable. Ainsi on peut établir que le cancer est inopérable lorsque la tumeur est dans des conditions telles qu'on ne peut l'enlever complétement sans produire des délabrements considérables ou sans intéresser des organes importants; toute opération doit également être proscrite lorsque le malade présente déjà les signes de la cachexie cancéreuse. De même encore, lorsqu'il existe plusieurs tumeurs çt qu'une d’elles ne peut être enlevée complétement, il faut respecter les autres. Un engorgement ganglionnaire n’est un obstacle à l’opé= ration que lorsque les ganglions ont subi eux-mêmes la dégénérescence cancéreuse, ou bien encore lorsqu'ils occupent une situation telle qu'on ne

TUMEURS FIBRO-PLASTIQUES. h77 peut en faire l'extirpation, Ainsi, lorsque le sarcocèle cancéreux est compliqué déjà d’un engorgement des ganglions de la fosse iliaque , il est préférable d'abandonner le cancer à sa marche naturelle. Un cancer récidivé une preimiète fois, où même à plusieurs reprises, doit être enlevé lorsque la tumeur se trouve dans les conditions favorables que nous avons établies. Enfin la plupart des chirurgiens s'accordent à reconnaître qu'il faut respecter le cancer dur ou squirrheux qui, se montrant chez les vieillards, marche avec grande lenteur.

Lorsqu'un cancer est jugé inopérable, il faut soumettre le malade à un traitement palliatif. On combattra les douleurs par l'administration à l’intérieur et l'application sur la tumeur de préparations narcotiques; on soutiendra les forces par un régime corroborant, des ferrugineux et des toniques ; Si la tumeur est ulcérée et qu'il y ait des hémorrhagies, on réprimera ces dernières par l'emploi des styptiques et même par l'application du cautère actuel. ]

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