OPÉRATIONS MOTIVÉES
nient sérieux. Presque tous les chirurgiens procèdent de dehors en dedans quand il faut pratiquer là première incision. M. Gensoul préfère,. dans la plupart des cas, piquer dans la tumeur à sa base, la traverser avec un bistouri ou un couteau aigu; le dos de l’instrument est dirigé du côté de l'insertion de la tumeur, le tranchant est tourné vers le tégument et divise ainsi-la tumeur en deux ; alors chaque segment est arraché, et de cette manière les vaisseaux divisés, après avoir été allongés, tiraillés, ne donnent pas de sang ou très rarement.
La dissection des fumeurs maliqnes exige plus d'attention. Sans doute la peau a besoin de ne pas être dénudée; mais il importe surtout de ne laisser adhérente à elle que la plus mince couche de tissu possible. La dissection des tumeurs enkystées, des sacs pleins de matières liquides ou demi-liquides, qu’on veut enlever sans les ouvrir ou extirper en entier, réclame encore plus de soin; les parois du kyste sont parfois si minces, que la moindre déviation du bistouri en dedans les divise ; alors le sac se vide, les tissus cessent de pouvoir être tendus, et l’opération, qui, sans ce contre-temps, eût été facile et des plus simples, devient des plus laborieuses, impossible même à terminer dans bon nombre de cas. J’ai déjà dit comment il fallait procéder alors à l'incision de la peau; après cette division, tout en cherchant à conserver le plus possible de tissu cellulaire, on dirige le tranchant du bistouri un peu plus vers les téguments que dans le sens de la tumeur toutes les fois que les parois du sac à ménager sont assez superficielles, ou paraissent assez minces pour être facilement percées. Ici la dissection doit beaucoup ressembler à celle que je conseillerai pour l'opération de la hernie étranglée,
ARTICLE VIIL
Ecrasement. — Arrachement.
Al n’est pas toujours possible d'appliquer les procédés réguliers que je viens de faire connaître. Ainsi, pour certaines tumeurs, pour des cancers : des cavités muqueuses, on est quelquelois obligé d’écraser, de rompre, d’arracher la tumeur, au lieu de l’extirper régulièrement. Dans la cavité du corps, du col de l’utérus, dans la vessie, dans le rectum, dans le fond des fosses nasales, s'élèvent des tumeurs qu’on ne peut pas attaquer avec méthode, et que l’on détruit, comme on peut, avec des pinces ordinaires ou diversement modifiées. M. Récamier et ses élèves ont débarrassé ainsi la matrice de certaines tumeurs fougueuses ; on a, avec l'instrument lithotriteur, enlevé plus d'un fongus de la vessie, plus d’une tumeur de la prostate. En lisant l’observation du cancer du rectum qui mit fin aux jours de l’illustre Broussais, on voit que M. Amussat se trouva dans la nécessité d’écraser une excroissance cancéreuse. Enfin tous les jours on écrase, on arrache des polypes du vez. Dans l’écrasement, ou les pinces ne saisissent que les parties malades,
art LE
“äû PAR LES LÉSIONS ORGANIQUES. 503 et alors restent .toujours les racines du mal; ou bien elles prennent dans leurs mors des parties saines, et l’arrachement peut alors avoir des suites promptement graves. Je le répète donc, ce n’est pas là une opération régulière et pouvant promettre une cure radicale, c’est une opération tout au plus palliative. Ainsi quand M. Amussat, ne pouvant extirper tout le cancer dans le cas cité, quand ce praticien écrasa, dans le rectum, un champignon cancéreux pour faciliter la défécation, il remplit une indication, mais une indication seulement palliative (4). Les kystes ont aussi été traités par l'écrasement que l'on exécute avec les pouces, ou par le choc avec un marteau, en se servant pour intermédiaire d’une pièce de cinq francs ou d’une palette de bois. Mais il n’y a guère que les petits kystes qui peuvent être traités ainsi, et dans certaines régions. On verra plus tard que ce procédé a surtout été employé dans des cas de ganglions du poignet.
De l’écrasement linéaire.
[On a cherché depuis quelques années à substituer, dans certains cas, aux méthodes généralement employées pour opérer la section des parties molles, un nouveau procédé propre à obtenir le même résultat sans effusion de sang. L'instrument à l’aide duquel on agit a recu le nom d’écraseur linéaire. Il a été construit par M. Mathieu, d’après les indications de M. Chassaignac. Voici tout d’abord une idée générale de l'appareil (voy. p. 50h).
L'écrasement linéaire a été appliqué jusqu'ici au cancer de la langue, aux tumeurs hémorrhoïdales, à la chute du rectum, aux polypes de cet intestin, aux fistules à l'anus, aux polypes utérins, aux affections organiques du col de la matrice, au varicocèle, au phimosis, au cancer du rectum, aux polvpes naso-pharyngiens, à des tumeurs de diverse nature.
M. Chassaignac attribue à ce mode opératoire les avantages suivants : 4° de permettre l'emploi d'agents constricteurs beaucoup plus solides que toutes les ligatures employées jusqu'ici; 2° d'assurer aux serre-nœuds une efficacité qu'aucun d'eux n'avait encore réalisée; 3° de donner lieu à ur traumatisme aussi limité que possible, eu égard à la nature de l'opération qu’on veut pratiquer. Si l’on compare l’action de cette méthode opératoire avec celle des ligatures ordinaires employées pour déterminer la séparation de certaines parties du corps, on voit qu'elle a sur ces ligatures l'avantage de diminuer les accidents inflammatoires, d'amoindrir les douleurs presque intolérables inhérentes à l'action lente du fil constricteur, et d’abréger la durée habituellement nécessaire pour la section des tissus.
(1) Voyez ma thèse : Du cancer du recium et des opérations qu'il peut réclamer. Paris, 1842, in-8.
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