N° LÉSIONS PHYSIQUES
La première indication à remplir, lorsqu'une artère est blessée, est de s'opposer à l'écoulement du sang. À défaut de tout instrument ou de tout appareil propres à interrompre le cours du sang dans l'artère, on exerce une compression non interrompue avec les doigts sur l'orifice du vaisseau ; lorsque l'artère est située trop profondément, on comprime de la même manière la plaie extérieure, Si l’on a à sa disposition un tourniquet, on ajoutera à la compression directe la compression indirecte sur l'artère principale du membre; les doigts d’un aide intelligent ou tout autre appareil peuvent suppléer le tourniquet, On évitera autant que possible de transporter le blessé à une grande distance du lieu de l'accident, dans la crainte que les secousses du transport ne dérangent l'appareil compressif. La compression n'est en effet qu’un moyen d'arrêter momentanément l'effusion du sang, et pour obtenir la guérison de la plaie artérielle, il faut recourir à d’autres méthodes de traitement, La règle de conduite à suivre varie en raison du volume du vaisseau blessé, de sa situation plus ou moins profonde, de ses rapports.
Lorsque le vaisseau blessé est peu volumineux, on arrête quelquefois définitivement l’hémorrhagie en affrontant exactement les lèvres de la plaie, c'est ce qui arrive après l'opération du bec-de-lièvre. À défaut de réunion, on peut soumettre le vaisseau à la torsion où bien encore en cautériser V'extrémité avec le fer rouge. La compression dérecte suffit aussi pour arrêter l'hémorrhagie dans les plaies des artères appuyées conire un plan osseux, telles que la temporale, l'occipitale, l’auriculaire, et lorsqu'une artère est ouverte dans la portion de son étendue qui est contenue dans un canal osseux, on introduit dans la lumière du vaisseau un cylindre de cire ou une petite portion de bougie; la même règle de conduite est applicable aux artères dont les parois sont ossifiées. En dehors des circonstances précédentes, il n'existe pour les plaies artérielles qu'un seul et même mode de traitement, c’est la ligature des deux. bouts du vaisseau divisé, à l'endroit même de la plaie. El faut donc découvrir l'artère, en se guidant sur les notions anatomiques que tout chirurgien doit posséder, en prenant la précaution de faire exercer par un aide une compression au-dessus de la plaie pour se rendre maitre de l'hémorrhagie pendant l'opération ; puis porter une première ligature sur le bout supérieur et une seconde sur le bout inférieur. Cette opération offre quelquefois de grandes difficultés, en raison de l'infiltration de sang qui masque les tissus et qui les rend méconnaissables. IL est bon de tenir compte d’une observation qui a été faite par Amussat (1) et qui résulte de ses expériences : d’après ce chirurgien, le sang fourni par l'artère blessée forme sous la peau une tumeur d’un rouge uniforme enveloppée dans une espèce de poche formée par le tissu cellulaire. Le trajet de la plaie qui s'étend de l'artère à la peau est indiqué par un caillot rouge que l'on peut enlever avec des pinces, et qui laisse à sa place un canal qui conduit
(1) Journal de chirurgie de Malgaigne,.
à l'artère blessée; cette artère, en cas de blessure latérale, est bouchée par un petit caillot brun ; en cas de blessure complète, on rencontre aux deux extré= mités de l'artère des caillots d’un brun noirâtre et à forme mamelonnée.
Il est des hémorrhagies artérielles dont il est extrêmement difficile de dé= terminer d’une manière précise le point de départ; cela arrive quand une plaie intéresse une région où plusieurs artères sont accolées les unes aux autres ; ou bien encore le vaisseau lésé est situé à une telle profondeur, que pour le découvrir il faudrait pratiquer de grands délabrements. Dans ce cas, la plupart des chirurgiens conseillent -de pratiquer la ligature de l'artère principale du membre, à une certaine distance de la plaie. Il ne faut pas se dissimuler toute l'insuffisance de ce traitement et les dangers auxquels il expose les malades; en effet, le rétablissement de la circulation donne lieu à des hémorrhagies consécutives. C’est par ce motif que Guthrie à conseillé la igature des deux bouts de l'artère divisée dans tous les cas sans exception. |
S2. — Des hémorrhagies consécutives aux places d'artères.
[On donne le nom d’hémorrhagies consécutives aux hémorrhagies fournies par ane plaie, à l’époque où les accidents inflammatoires, conséquence nécessaire de toute plaie, se sont déjà développés. D'après la remarque dé Sanson (1), il faut distinguer des hémorrhagies consécutives celles qui surviennent peu de temps après la blessure; ces sortes d’hémorrhagiesreconnaissent pour causes l’absence de ligature de vaisseaux plus ou moins volumineux, leur dilatation à l’époque où le spasme produit au moment de l'opération a cessé, le retour du sang par le bout inférieur de l'artère lorsque ce bout n’a pas été lié. Le traitement des hémorrhagies de cette classe ne dif fère pas de celui des hémorrhagies primitives.
Les hémorrhagies consécutives proprement dites se produisent encore sous linfluence des causes précédentes. Il faut y ajouter les affections morales vives qui ont pour effet d'activer la circulation, l'usage de boissons alcooliques, une disposition constitutionnelle particulière à certains individus, la blessure de tissus érectiles ; une fluxion inflammatoire exagérée de Ja plaie qui produit une exhalation de sang; là chute prématurée d’une ligature, ou bien encore d’une eschare qui com prend une partie où toute l'épaisseur du vaisseau; des gangrènes diverses, la pourriture d'hôpital, etc. D'après Sanson, les hémorrhagies consécutives ont quelquefois le type intermittent et cèdent alors aux préparations de quinquina. |
Le traitement des hémorrhagies consécutives varie en raison de l’abondance de l’écoulement sanguin et des vaisseaux qui fournissent ce dernier.
Quand le sang est versé en nappe par la surface d’une plaie, et que l’hémorrhagie est le résultat d’un travail inflammatoire ou d’une trop forte constriction de l’appareil, il faut couvrir mollement la plaie, appliquer un simple
(1) Sanson, Des hémorrhagies lraumatiques, thèse de concours. Paris, 1836.
LÉSIONS VITALES. 589 bandage contentif, et modérer la fluxion inflammatoire par des émissions sanguines. Si l’hémorrhagie est fournie par un vaisseau d’un petit calibre, on exerce une compression sur son orifice, ou bien on le: cautérise avec un bouton de feu; cette dernière pratique convient également aux hémorrhagies fournies par des tissus érectiles. S'il se manifeste des hémorrhagies capillaires consécutives chez des individus faibles, scorbutiques, on aura recours aux topiques astringents et styptiques, aux absorbants, etc., à un régime analeptique, à des boissons aiguisées avec des acides minéraux. L'hémorrhagie consécutive peut être la conséquence du retour du sang par le bout inférieur, lorsqu'on a omis de faire la ligature de ce bout, ou bien de la section prématurée des tuniques artérielles de Fun ou de l’autre des bouts de l'artère liés tous les deux au moment de la plaie. La plupart des chirurgiens modernes conseillent, en pareille circonstance, de pratiquer une nouvelle ligaturé à une certaine distance de la première, persuadés que les artères qui se trouvent au fond d’une plaie qui suppure sont trop fragiles pour supporter la constriction d’un fil à ligature; ils préfèrent donc la méthode d’Anel. Telle n’est pas l'opinion de M. Nélaton : d’après lui, toutes les fois que la plaie artérielle est située dans une région où les anastomoses permettent à la circulation de reprendre rapidement son cours, à la main, au pied, au cou, le retour de Phémorrhagie après l'application de la méthode d'Anel est presque inévitable. I est donc préférable de faire là ligature directe de l'artère au fond de la plaie ; les expériences sur le cadavre et sur les animaux vivants faites par M. Courtin (1) démontrent en effet qu'on à exagéré la fragilité des artères entourées de tissus enflammés. |
[La description des anévrysmes traumatiques trouvera mieux Sa place après la description des anévrysmes spontanés, En conséquence, on la trouvera plus loin, à Particle des Lésions organiques des artères. |
Lésions vitales des artéres.
Ces lésions se rapportent à l’artérite et à une augmentation où diminution de la nutrition qui peuvent être liées à cette inflammation, mais qui ne le sont pas essentiellement.
S 1. — Artérite.
Dans l'histoire de l’artérite est une question de doctrine médicale qui à surtout occupé les pathologistes depuis Frank. À mesure que l'idée de la localisation des fièvres s’est accréditée, on en a placé une dans ce système. Il n’est donc pas surprenant que des préoccupations de doctrine aient quel-
(1) Courtin, Mémoire sur la ligalure des artères dans les hémorrhagies conséculives (Gaz. méd. de Paris, 1848).
quefois exagéré certains changements dans la coloration de ces vaisseaux, et qu’on ait vu des inflammations là où il n’y avait qu'un effet cadavérique: Cependant, il faut le dire, on a exagéré les opinions de ceux qui ont étudié avec le plus de fruit les maladies de ce système : ainsi on peut voir, à l'ar= ticle ARTÉRITE du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, que les doctrines qu’il contient ne vont pas aussi loin que voudraient le dire les adversaires de M, Bouillaud, auteur de cet article. Je ne dois pas d’ailleurs entrer dans les discussions qui ont eu lieu à ce sujet; car je n’ai à m'occuper ici que de lartérite dans ses manifestations les plus tranchées, les plus chirurgicales. |
Variétés, — Je rappellerai une distinction à laquelle je tiens. beaucoup; c’est celle qu'il convient d'établir entre les inflammations limitées et diffuses Quelle différence entre une artérite sous la première forme ou sous l’autre! Quelle différence pour la fréquence d’abord, pour la marche, pour-le pro nostic, etc. ! L'artérite diffuse est heureusement plus rare que F'artérite limitée : celle-ci est la conséquence nécessaire de toute action un peu éner= gique exercée sur une artère. Après toutes les amputations il y a artérites dans presque toutes les opérations un peu graves, on coupe des artères qui doivent nécessairement s’enflammer avec la plaie des autres tissus, et cependant rien n’est plus rare que les accidents déterminés par l’artérite dans ces cas. L'artérite limitée ne donnera lieu à aucune réaction générale; si ellé oblitère le vaisseau, c’est dans une petite étendue, et, à la faveur des voies collatéraies, la circulation est bientôt rétablie ; tandis que l’artérite diffuse peut devenir funeste, non-seulement par la réaction fébrile qu’elle provoque, mais encore par l’étendue dans laquelle le vaisseau. ne fonctionne plus : de là diminution, perte même de la sensibilité, désordre dans la nutrition de la partie alimentée par cette-artère ; de là enfin paralysie, gangrène. C'est sur= tout ce dernier accident qui suit l’artérite diffuse. Certains pathologistes vont jusqu'à soutenir que la gangrène spontanée est toujours due à cette maladie du système artériel. (Voy. Grangrène spontanée.)
Causes. — Depuis qu'on à moins d'égard à cette espèce d'intelligence. que Bichat accordait aux absorbants, pour leur faire choisir ce qui est en rapport avec leur sensibilité, on s'explique mieux l’action de certaines causes de l’artérite, et celles qui étaient dites spontanées sont moins nombreuses : ainsi les liqueurs alcooliques passant en partie dans la circulation, il n'estpas étonnant qu'elles exercent une action surles artères, etqueleurabusne produise des artérites chroniques, qui ont pour conséquence une friabilité de ce systèmesingulièrement favorable aux hémorr hagies internes. La gangrène, que Jeanroy et Pott ont observée chez les gens riches dont l'alimentation était de haut goût, qui, comme nous l'avons dit, peut attaquer les indigents, se lie aussi à une artérite chronique dont l’étiologie est analogue à la précédente. Certains aliments peuvent avoir une action qui se rapproche beaucoup de l'influence dont il vient d’être question : le seigle ergoté est dans ce cas.
LÉSIONS VITALES. 59% Les causes traumatiques et les opérations donnent lieu à l’artérite, qui alors est ordinairement bornée. Quand elle s'étend vers les troncs ou vers une grande partie de l'arbre artériel, on peut supposer une lésion antécédénte de ce système. Je me rappellerai toujours une ligature pratiquée par Dupuytren sur l'artère axillaire et d’après la méthode de Brasdor. Il y eut {ne artérite qui s'étendit jusqu’à l'aorte. Au premier coup d'œil, on eût pu croire que cette inflammation datait du jour de l'opération; mais un examen plus attentif fit reconnaître que l'aorte était anciennement malade. Elle était très épaisse; les vasa vasorum étaient extrêmement développés, la membrane interne érodée, le tissu cellulaire sous-jacent gonflé et couvert de bourgeons charnus très évidents et d'un rouge vermeil. Je n’ai jamais observé une artérite plus complète.
Symptômes. — Les phénomènes de l'artérite se passent sur la région d'abord affectée, ou s'étendent plus ou moins loin, se généralisent ensuite, et constituent une fièvre qui peut varier selon la constitution de l'individu etles circonstances hygiéniques dans lesquelles il se trouve. Quand l’artérite ést due à une plaie, c’est-à-dire quand Finflammation obligée de toute artère divisée se propage au loin, on sent sur le trajet du vaisseau un cordon dur, douloureux, et qui est le siége de battements plus forts qu'à l’état normal. Quelquefois ces battements disparaissent complétement ‘ou deviennent ioindres. D’autres symptômes peuvent mettre sur la voie, et quoique aucun d'eux ne soit pathognomonique, cependant leur importance est grande s'ils se montrent avec.une certaine persistance. Ees voici (je suppose l'inflammation de l'artère principale d’un membre) : douleur profonde dans ce membre, engourdissement, pesanteur, difficulté dans les mouvements. Quand de pareils phénomènes persistent après une plaie, on doit soupçonner l’artérite; quand ils apparaissent sans lésion physique antécédente, ou, comme on le dit, spontanément, l'obscurité est grande encore. À la pesanteur et à l’engourdissement du membre succède une sensation de froid ou bien des douleurs très aiguës. Dans l’artérite la plus commune, qui est celle des artères des membres inférieurs, le malade se plaint surtout d’une douleur très vive à l'articulation du pied avec la jambe.
Les effets de lartérite ressemblent quelquefois à ceux qu'on observe à la suite d’une lésion du nerf principal d’un membre où d’une maladie de la moelle épinière, c’est-à-dire que la paralysie se prononce de plus en plus, elle devient complète, le membre se décolore et aucun gonflement n'apparait.
La gangrène est, comme je l'ai déjà dit, l’accident le plus fréquent de l’artérite étendue. C'est ordinairement une tache noire ou bleuâtre que l’on remarque d’abord; elle est circonserite, et c’est sur un des orteils qu'elle se montre ; autour, lépiderme se détache, et l’on voit au-dessous la peau d’un rouge foncé. Quelquefois il semble que l’épiderme se gonfle; çà et là des eschares sont formées, elles grandissent et se confondent; il arrive aussi que toute l'épaisseur du membre est pour ainsi dire prise d'emblée, et c'est en
cela que les progrès de la mortification sont effrayants. Cette gangrène n'est
jamais précédée de phénomènes inflammatoires ; c’est un de ses caractères distinctifs : c'est aussi cette circonstance qui l’a fait souvent méconnaître
dans son debut; les premières taches sont prises pour des contusions sans
importance, ou bien elles ne sont pas même apereues. Cette gangrène est le plus souvent sèche, c’est-à-dire que les parties sont dures, racornies, sans odeur, enfin momifiées, ou bien elles sont molles, grisatres, gonflées et très fétides. Je ne répéterai pas ici ce que j'ai dit des autres symptômes quand j'ai traité de la gangrène en général.
Pronostic. — Il sera bien différent, selon que l’artérite sera bornée ou diffuse. Dans le premier cas, il s’agit d'une maladie en général sans gravité et même très souvent nécessaire ; dans le second cas, c’est une des affections les plus graves, puisqu'elle a pour effet presque constant de compromettre la nutrition et la vie de toute une partie.
Anatomie pathologique. — Les discussions qui ont eu lieu sur la fréquence de lartérite ont donné un nouvel intérêt à l'anatomie patholo= gique du système artériel. Je ne décrirai ici que ce que le scalpel démontré rigoureusement.
Friabilité du tissu cellulaire; les diverses membranes qui composent le tube artériel sont facilement séparées. On peut quelquefois détacher la membrane interne; elle forme à elle seule un tube coloré en rouge clair. Gette membrane est {oyjours dépolie, selon M. Gendrin; examinée à contre-jour, elle présente un aspect ridé; elle manque quand l'inflammation a été très vive; elle est alors remplacée par des bourgeons charnus, d’un rouge vif : témoin le fait déjà cité. Toute l'artère est épaissie; elle est devenue sécable, au point qu'en la serrant avec un fil, on la coupe comme du lard. Les vase vasorum Sont très développés et gorgés de sang. Des sécrétions où exhalations morbides s’exhalent sur les diverses membranes, sur l’interne, entre elle et la moyenne, et même dans la gaine qui renferme le tube artériel. C’est du pus quelquefois, mais plus souvent de la Iymphe plastique, surtout à la
face interne. Là cette matière s'organise réellement sous forme de mem
brane, et alofs le tube n’est que rétréci, ou bien elle est exhalée en plus grande quantité, et il y. a oblitération. C'est souvent le sang qui produit cet effet. Ces circonstances ont fait admettre une artérite oblitérante et une artérite qui ne le serait pas. Il en est qui ont voulu que toute artérite fût oblitérante, ce qui peut être admis pour les artères d’un ordre très inférieur; tnais pour les troncs, on conçoit que les produits morbides sont plus facilement emportés par les flots de sang et que le caillot ne se formé pas toujours; de là moins de chance pour l’oblitération. On conçoit que cela devait être ainsi; autrement l’artérite, même l'artérite limitée, serait toujours une maladie grave, car le fait de l'oblitération d’une artère principale comporte toujours un certain danger, quelle que soit la confiance inspirée par les collatérales. Ce ne sont pas seulement les liquides morbides
LÉSIONS VITALES. 393 qui oblitèrent les artères ; le sang, comme je l'ai dit, sert aussi de bouchon, quelquefois seul, quelquefois mêlé à un produit morbide. Au-dessus et audessous, et sur le point où l'artère est enflammée, on voit souvent le sang coagulé oblitérer complétement le vaisseau. Quand on trouve un caillot sur la portion malade, il n’est pas toujours directement en rapport avec les membranes ; il en est séparé quelquefois par une couche de lymphe plastique. Le dépoli de la membrane interne, la saillie des bourgeons charnus, sont des entraves à la circulation et favorisent la coagulation du sang artériel.
Traitement. — Les saignées générales sont ici très applicables. Dupuytren les faisait pratiquer même pour les artérites qui causent la gangrène chez les vieillards. Dans les cas d’une artérite consécutive à une blessure ou à une opération, on conçoit que les antiphlogistiques seront encore plus rationnel lement employés ; les sangsues en grand nombre appliquées sur le trajet du vaisseau malade sont ici parfaitement indiquées.
Une position qui favorise la circulation, l'absence de toute compression sur le membre malade, et tout topique chaud, l’opium ou les autres narcotiques pour calmer les douleurs quand elles sont trop vives, voilà la thérapeutique la plus convenable. Mais il est bien douteux que, même en des mains habiles, elle ait pu arrêter la marche d’une artérite diffuse. Pour le traitement de la gangrène en elle-même, nous n’ajouterons rien à ce que nous avons dit quand il à été question de cette maladie.
$ 2. — Mypertrophie ct alrophie des arteres.
La vitalité des artères peut être modifiée de manière à produire une augmentation ou une diminution dans les forces nutritives; de là des hypertrophies et des atrophies. Les faits d’hypertrophie des artères sont nombreux : ils se produisent surtout toutes les fois qu'une branche un peu considérable a été oblitérée. On verra dans un autre article les collatérales prendre un grand développement pour rétablir la circulation : il y a alors non-seulement une plus grande épaisseur des membranes, mais augmentation du calibre. Avec cette hypertrophie nécessaire à Pétablissement d’une circulation indirecte, marche l’atrophie, résultat obligé de la cessation de la circulation directe : ainsi, sur le point où le vaisseau a été oblitéré, et même dans une étendue quelquefois assez considérable, il y a diminution, retrait des parois du canal, Il se produit Rà le phénomène observé après qu’un conduit quelconque n’est plus en rapport avec le liquide qui le parcourait. Ce n’est pas seulement l'artère ombilicale qui nous offre un exemple de cette espèce d’atrophie, mais les voies lacrymales, les voies urinaires. Ainsi, devant une fistule, l’urèthre S'atrophie en revenant sur lui-même, parce que l'urine ne le parcourt plus en assez grande quantité, où ne le parcourt pas du tout. L'atrophie n’a pas toujours pour effet la diminution ou Poblitération du canal artériel, elle a quelquefois un résultat opposé ; mais alors elle ne tient pas à une soustraction
du sang. L’atrophie, comme l'hypertrophie, peut conduire à l'augmentation du calibre du vaisseau ; mais, dans le premier cas, il y aura diminution, dans l’autre augmentation de l'épaisseur des parois. L’atrophie et l’'hypertrophie ne portent pas toujours sur toutes les membranes à la fois, elles peuvent les atteindre séparément; de là des modifications extrêmement variées dans la forme, la direction et le volume de l'artère. C’est ordinairement après une atrophie de la membrane la plus élastique, la moyenne, qu'on voit survenir ces dilatations artérielles qui simulent des varices. C’est après une atrophie d’un point limité de la même membrane qu'on peut observer des anévrysmes mixtes internes, c’est-à-dire formés par la dilatation de la membrane interne avant perdu cette fragilité qui constitue son caractère principal.
. Non-seulement la quantité de sang et la force d’impulsion doivent mos difier la nutrition des artères, mais encore les qualités de ce liquide peuvent exercer une influence sur les parois des vaisseaux ; on le voit en effet dans les anévrysmes variqueux ; le sang artériel, passant dans les veines, déve- Joppe leurs parois au point de leur donner les caractères artériels.
La quantité de sang, son effort latéral, l’oblitération des artères, certaines modifications dans les éléments de ce liquide, ne sont pas les seules cirs constances qui modifient la nutrition des artères et produisent l’atrophie et l'hypertrophie. S'il en était ainsi, on reconnaîtrait toujours l'influence de ces circonstances, quand les phénomènes de défaut ou d’excès de nutrition se produisent. Il est des cas qui prouvent que la cause est ailleurs, et que les parois artérielles ont été modifiées dans leur nutrition sous toute autre influence. Ainsi la trop forte impulsion du cœur ne peut être invoquée pour expliquer une dilatation d’une artère appartenant à la dernière fraction d’un membre : car pourquoi le reste du système artériel aurait-il résisté ?
Ces augmentations du: calibre de l’artère ne se présentent pas toujours de la même manière, et leurs formes varient. G. Breschet (1) à établi quatre variétés de dilatations. |
Variétés. — À° Dilatation sacciforme. — C’est celle d’un point plus ou moins étendu de la circonférence du vaisseau; c’est une espèce de diverz | ticulum de l'artère, un sac formé par les membranes dans un état d'expansion. Gette forme constitue les anévrysmes vrais. Ils ne sont pas volumiz neux ; ils sont conime une aveline, une noiïx, excepté à l’aorte, où ils peuvent être plus considérables.
2 Dilatation fusiforme. — Ce nom indique un renflement de toute la circonférence du vaisseau dans une étendue plus ou moins considérable; puis au-dessus ou au-dessous une diminution progressive qui ramène le vaisseau à son calibre ordinaire. C’est évidemment une variété de l’anévrysme: qui va suivre, car ce dernier se termine toujours plus ou moins en mourant: il est plus volumineux que le premier, moins que le cylindroïde.
(1) Mémoires de l’Académie de médecine. Paris, 1833, t. IL, p. 101 et suiv.
8° La dilatation cylindroide n’est autre chose qu'une ampliation régulière du vaisseau, qui, en augmentant de calibre, n’a pas perdu sa forme primitive. Ce sont les petites artères ou les moyennes qui présentent le plus souvent cette espèce de dilatation.
h° Dailatation avec allongement ou cirsoide.
—il n'y a pas seulement augmentation du calibre, mais allongement; l'artère devient alors flexueuse comme une veine variqueuse, ce qui à valu à cette affection le nom de varice artérielle. On voit au muséum de la Faculté une pièce pathologique bien conservée qui montre les artères du membre supérieur très dilatées et très flexueuses ; l'artère cubitale vers le poignet a un volume quatre fois plus fort que dans l’état normal. La fig. 133 représente cette pièce qui est aussi représentée, grandeur naturelle, dans le travail de G. Breschet. On voit ici de remarquables circonvolutions de l'artère au poignet, à la main, et conservant ce caractère jusqu'aux doigts. Dans cet état simultané d’allongement et de dilatation, les tuniques artérielles sont épaissies ou amincies, c’est-à-dire qu'il y à atrophie ou hypertrophie. On sait que les dilatations du cœur offrent les mêmes circonstances ; elles peuvent être avec ou sans épaississement des parois ventriculaires. La varice artérielle est le plus souvent avec amincissement ; Mais pour les autres formes de dilatations admises par G. Breschet, les artères augmentent plutôt qu’elles ne diminuent d'épaisseur, c’est-àdire que l’hypertrophie domine. Le travail nutritif nest pas seulement augmenté ou diminué dans la plupart de ces dilatations, il est encore perverti:. c'est ce qui rapproche ces lésions des lésions organiques des artères, qui vont faire le sujet du prochain article (4).
Fig.