‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoireChapitre 225 sur 266 · DE L'ANÉVRYSME FAUX PRIMITIF · texte numérisé non relu

DE L'ANÉVRYSME FAUX PRIMITIF

[On désigne encore cette espèce d’anévrysme sous les noms de fumeur hémorrhagiale non circonscrile, d'anévrysme faux non circonscrit ou d'anévrysme diffus. Bille consiste dans un épanchement ou une infiltration de sang dans le tissu cellulaire qui entoure l'artère, d’où la formation d’une tumeur vague, irrégulière, quelquefois très étendue.

Causes. — Le plus souvent l’anévrysme faux primitif succède à une blessure artérielle dans laquelle la plaie du vaisseau est étroite et non paral- 1èle à celle des parties molles, ce qui empêche le sang de s’écouler au dehors. Elle est quelquefois la conséquence d’une déchirure d’artère par un fragment ou une esquille d'os fracturé; ou bien encore d’une plaie par arme à feu. Lorsqu'une artère se déchire après un ellort violent ou après des tractions énergiques exercées sur un membre, qu'une poche anévrysmale considérablement distendue se rompt sous les téguments, il en résulte encore la formation d’un anévrysme diffus. Quelle que soit d’ailleurs la cause de l’anévrysme faux primitif, le sang s’infiltre d’abord dans la gaîne celluleuse de l'artère, puis dans le tissu cellulaire voisin, plus tard dans les espaces intermusculaires, entre les muscles et le périoste, enfin entre la peau et les aponévroses d’enveloppe.

Symptômes et diagnostie. — Lorsque l'anévrysme est produit à la suite d’une blessure étroite d’artère, un jet de sang artériel sort par la plaie extérieure au moment de l'accident, et cesse bientôt. Un sonflement se manifeste d’abord sur le trajet du vaisseau, puis sur les autres points du membre. Ce gonflement est mal circonscrit, mou, indolent, sans changement de couleur de la peau, qui ne présente que plus tard une teinte bleuâtre marbrée. 1l est rare de percevoir une fluctuation qui est le plus souvent remplacée par une tension élastique ; quelquefois on découvre des battements isochrones à ceux du pouls ou un léger frémissement, mais il est impossible de trouver nulle part un bruit de souffle. Le gonflement n'apparaît pas toujours immédiatement après la blessure ; il peut survenir plus tard, lorsque la blessure artérielle est très étroite; il peut aussi y avoir absence d’'hémorrhagie au moment de l'accident, parce que le sang ne s'écoule pas au dehors en raison du défaut de parallélisme et de l'éloignement de la plaie extérieure et de la plaie artérielle. Lorsque lanévrysme diffus succède à la déchirure d’une artère ou à la rupture d’un sac anévrysmal, la tuméfaction se développe très

(1) Des anévrysmes et de leur trailement. Paris, 1856, p. 863.

rapidement, ét elle est accompagnée de douleurs très vives. La tumeur, nial circonscrite, présente des pulsations obscures, et l’on perçoit souvent un léger frémissement vis-à-vis ouverture de l’artère.

Marche ct terminaisons, — Le sang est en grande partie résorbé, le vaisseau blessé s’oblitère au-dessus et au-dessous de la blessure ; la guérison est complète. Ou bien la résorption du sang n'est que partielle, la tumeur devient circonscrite, et un anévrysme faux consécutif succède à l’anévrysme diffus; où bien encore le sang se décompose, le fover s’enflamme et se convertit en un abcès sanguin qui s'ouvre à l'extérieur, ce qui donne lieu à des hémorrhagies graves; parfois même ce travail de décomposition du sang amène un gonflement considérable et une gangrène du membre.

Pronostic et traitement. — Le pronostic est d'autant plus grave que l'artère blessée est plus voisine du tronc, qu'elle est située plus profondément, que l’infiltration du sang est plus considérable.

L'indication à remplir dans tout anévrysme diffus est de mettre à découvert l'artère blessée, après avoir au préalable fait exercer une compression au-dessus du lien de la blessure, puis de porter une ligature sur le bout supérieur et sur le bout inférieur. Dans le cas où l’anévrysme s’est formé dans une région où l'existence d’un grand nombre de branches artérielles ne permet pas de préciser exactement celle qui a été blessée, on a conseillé d’avoir recours à la méthode d’Anel, méthode incertaine dans ses résultats, puisqu'elle expose tout au moins, suivant les remarques de Guthrie (4), à l’hémorrhagie par le bout inférieur. Aussi le chirurgien anglais prescrit-il lormellement de mettre à découvert le vaisseau blessé pour en faire la ligature, quels que soient les délabrements qu'une pareille opération nécessite. Nous pensons qu'il serait plus convenable, en pareil cas, de tenter la méthode de la compression indirecte qui a donné quelquefois de bons résultats dans les anévrysmes diffus. |

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